La Voie est foncièrement parfaite. Elle emplit tout.
Le Maître répondit : Cela dépend des qualités innées et des facultés sensibles de chacun, mais maintenant la pratique exclusive transmise par les fondateurs de la secte est la méditation assise (za zen).
Cette pratique est une loi qui peut être suivie également par tous les hommes quelles que soient leurs capacités naturelles, supérieures, moyennes ou inférieures. Après que j’eus entendu cette vérité de la bouche du défunt Maître au monastère de Tendô (T’ien-t’ong), sous les grands Song, je pratiquai nuit et jour la méditation assise. Tous les moines abandonnaient quelque temps la pratique dans la saison des très grandes chaleurs ou des très grands froids de peur de tomber malades. Moi, dans ces moments, je pensais : même si je tombe malade et que j’en meure, je continuerai cette pratique. A quoi me servirait de ménager mon corps si je ne pratiquais pas quand je suis bien portant ? Si je tombe malade et que je meure, le but sera atteint. Si l’on juge que j’ai été un bon moine en mourant alors que je pratiquais sous la direction d’un excellent moine éclairé du pays des grands Song, j’aurai acquis un lien avec le Bouddha. Si je meurs au Japon il ne me sera fait de cérémonie que comme à un homme ordinaire et non comme à un bouddhiste conformément à la Loi. Si je meurs en pratiquant le (za zen) avant d’être parvenu à l’Illumination, les liens bouddhiques qui se seront établis en ma faveur me feront renaître dans une famille bouddhique. Si je ne pratique pas (le za zen) il est absolument inutile que je vive longtemps. A quoi bon ? Bien plus, si tout en conservant mon corps en bonne santé et en pensant que la maladie ne m’atteindra pas, je tombe en mer d’une manière imprévue, ou si je meurs d’une mort violente, quels ne seront pas mes regrets ? Continuant à raisonner de la sorte, avec résolution je restai correctement assis en méditation jour et nuit et je ne suis nullement tombé malade. Maintenant que chacun d’entre vous essaie de pratiquer résolument (la méditation assise).
Sur dix hommes,le Maître dit encore :
Obtient-t-on l’Eveil par l’esprit, l’obtient-on par le corps ? Le bouddhisme enseigné par les livres disent que le corps et l’esprit ne font qu’un et alors ils déclarent que c’est par le corps qu’on obtient l’Eveil, mais comme ils s’appuient sur le principe d’identité du corps et de l’esprit, il n’est pas vraiment certain que ce soit par le corps qu’on obtient l’Éveil.
Actuellement, dans notre école, on l’obtient tout ensemble par le corps et par 1’esprit. Mais, du corps et de l’esprit, c’est l’esprit qui nous fait réfléchir au bouddhisme, et c’est à cause de lui si, même au cours de mille vies pendant tout un kalpa, nous n’obtenons pas l’Éveil. On obtient l’Éveil quand on a fait abstraction de son esprit et qu’on a renoncé à savoir et à comprendre.
C’est par le corps qu’un homme a été illuminé en voyant des formes, un autre en écoutant des sons .
Si nous rejetons entièrement les raisonnements, le savoir, si nous méditons ardemment en position assise, la Voie de l’Eveil s’ouvre doucement à nous. Elle se sera ouverte véritablement par le corps. C’est pourquoi je vous exhorte à prendre l’habitude de pratiquer exclusivement le za zen.
Le Maître donna cet enseignement :
Ce qu’il y a de plus important dans l’étude de la Voie, c’est la méditation assise (za zen). L’Éveil de la plupart des hommes chez les grands Song fut dû à la puissance du za zen. Même, ceux qui ne comprennent rien, qui ne sont pas doués, les sots, pensent surpasser ceux, à l’esprit vif, qui ont étudié de longues années, s’ils pratiquent le za zen, grâce aux mérites de la concentration. Dans ces conditions, ceux qui étudient doivent pratiquer exclusivement le za zen et ne s’occuper de rien d’autre. La Voie qu’ont suivie le Bouddha et les Pères du bouddhisme était seulement le za zen. Il ne faut en suivre aucune autre.
A ce moment, Ejô demanda : " Quand, à la fois, on pratique le za zen et qu’on étudie les textes, on arrive à comprendre à peu près un sur cent ou sur mille des recueils de dits (goroku) ou des problèmes zen (kôan). Dans la pratique du za zen on n’a pas une telle impression. Alors, doit-on aimer le za zen ? "
Le Maître répondit : " Même si vous croyez comprendre un peu les kôan, cela vous éloigne de la Voie du Bouddha et des Pères. Etre assis correctement sans gain ou sans compréhension et passer le temps ainsi, telle est la Voie des Pères. Les anciens engageaient aussi à associer la lecture des kôan à la pratique du za zen, mais ils recommandaient surtout cette dernière. Il y a eu des personnes qui sont parvenues à l’Éveil par les kôan, mais la cause en était due aux mérites du za zen. Le succès doit être recherché dans le za zen