C'est en quelque sorte une introduction au bouddhisme que je propose essentiellement destiné aux néophytes, avec quelques éléments quantitatifs et d'analyse qui pourront également leur être utile.Ce texte n'est pas la vision d'une école. Il essaie de présenter de façon simple et directe les principales problématiques liées au bouddhisme. Il a pour objectif de répondre à un certain nombre de questions que se posent ceux qui commencent sur la voie.
C'est un débat qui fait fureur en Occident. Pourtant, si l'on pose cette question au centaines de millions de bouddhistes vivant en Asie, cela leur paraîtra évident. Le bouddhisme est leur religion. Il y a une liturgie, parfois un clergé, des moines, des chants, des actes de dévotions, parfois des divinités qu'il convient de craindre ou d'honorer, toujours beaucoup de respect pour les maîtres, qu'on les appelle lamas, gurus, senseï... Bref, la réponse est claire, le bouddhisme est une religion.
Le problème se pose en Occident et même en Orient, là où sont implantées les grandes religions monothéïstes. Car si l'on considère que la religion correspond à l'adoration d'un dieu révélé, alors là non, le bouddhisme n'est pas une religion au sens strict du terme. C'est alors une spiritualité, une voie de la sagesse. Le Bouddha historique n'est pas un dieu et n'est pas vénéré comme tel. C'est un homme qui a trouvé une «méthode» pour atteindre la conscience suprême, l'Eveil, le nirvana. Ensuite les écoles bouddhistes se disputent pour savoir si l'Eveil peut-être atteint en une vie, s'il faut de nombreuses réincarnations pour cela, pour savoir même si le concept de réincarnation est un concept valide, s'il faut être moine, ou laïc pour y parvenir etc... Les querelles doctrinales sont aussi nombreuses qu'il y a d'écoles, et il y a des centaines d'écoles bouddhistes différentes !!!!!!! Le bouddhisme peut donc au moins être considéré comme une spiritualité destinée à libérer l'homme de ses passions et de l'emprise de son ego, par l'amour et la compassion. Ensuite, chaque école décline ses propres définitions et arrangements avec tout cela.
Ou plutôt, pourrait on dire, y a t'il un bouddhisme ? En France nous sommes un pays de tradition historique chrétienne et catholique. Il y a un pape, une Bible, une Eglise, un Dieu. C'est clair. Les protestant ont Bibles, temples, pasteurs, les juifs ont la Torah, les synagogues, les rabbins etc...
Ce qui est déconcertant pour nos esprits, c'est que tout cela n'existe pas dans le bouddhisme. Il n'ya pas un bouddhisme unique. Pour l'école des anciens il y a bien le Tipitaka, la corbeille des textes, mais il n'y a pas de corpus textuel commun, pas une «Bible» unique, pour le bouddhisme. Chaque école a ses sutras (suttas) ou textes sacrés qui lui sont propres. Il n'ya pas de pape, bien souvent pas d'église au sens ou nous l'entendons, des moines mais peu de prêtres, des grands maîtres spirituels «laïcs» avec femme et enfants, des moines chastes mais qui ne sont pas des maîtres spirituels, des moines chastes et qui sont de grands maîtres spirituels, des écoles qui prêchent l'étude des textes sacrés en continu comme seul moyen de parvenir à l'éveil, et d'autres écoles qui prêchent que seule la méditation peut amener à l'éveil et que l'étude des textes est inutile, d'autres écoles que les deux sont nécessaires... Bref la voie paraît très complexe pour un néophyte. Et, ne nions pas l'évidence, elle l'est en effet !!!!!!
Il n'y a donc pas UN BOUDDHISME, mais DES BOUDDHISMES, ou plutôt, des écoles bouddhistes et des maîtres qui rapportent et qui enseignent dans des traditions différentes. Pourtant, on sent bien que sous ces différentes écoles, il y a bien le Bouddha, qui a donné la méthode pour arriver à l'éveil, un dharma, un enseignement, un sangha, une communauté des fidèles: ce que l'on appelle les 3 joyaux. Et ce sont ces trois joyaux qui sont le socle commun des diverses traditions. Un maître disait que si plusieurs chemins mènent au sommet de la montagne, lorsqu'on arrive en haut l'on voit bien que tous ces chemins, même si on les pense différents lorsqu'on les chemine, mènent en fait au même but. Certains ajoutent même qu'il faut suivre un seul chemin, et que si l'oin va d'un chemin à l'autre, on risque de cheminer mais de ne pas parvenir au sommet...
Aux Etats-Unis comme en Europe, on découvre le bouddhisme depuis seulement 35 ans. Avant, l'étude des textes était réservée à quelques orientalistes réputés ou à quelques érudits. L'arrivée des maîtres tibétains, puis zen à donner un nouvel essor au bouddhisme. Des temples ont ouvert, des sanghas se sont créés. Si l'on connaît bien ces deux écoles en France, les gros bataillons des bouddhistes en Asie appartiennent aux écoles liées au Théravada, ou aux écoles Tendaï, Nichiren, «Terre Pure», shingon... Sur plus de 400 millions de bouddhistes, à peine 6 millions pratiquent le bouddhisme tibétain (Vajrayana) et à peine 10% des bouddhistes japonais appartiennent à l'une des deux écoles principales du Zen. Cela remet en perspective quantitative le poids respectif de ces deux traditions, très populaires chez nous.Pour autant, le Dalaï Lama, chef spirituel et temporel des Tibétains, sans être un «pape» est également considéré comme un grand maître spirituel par les autres écoles bouddhistes.
Comme toute nouvelle spiritualité, le bouddhisme a commencé à se diffuser par les élites (socio-économiques, culturelles) pour se diffuser ensuite vers des couches toujours plus larges de la population. Si le bouddhisme a le «vent en poupe» en Occident, il n'en va pas de même lorsqu'on regarde sa situation et son évolution au siècle passé, le 20ème siècle: Les trois grandes religions conquérantes, le christianisme, l'islam et l'hindouisme ont vu chacune leurs effectifs respectifs multipliés par trois entre 1900 et 2000. Or, il y a à peu près le même nombre de bouddhistes dans le monde en 2000 qu'en 1900. Leur nombre n'a pas sensiblement augmenté sur cette période. Si l'hindouisme a chassé le bouddhisme de l'Inde et si l'islam la chassé du Pakistan et l'a coupé de l'Occident et de la Grèce dans les siècles antérieurs, il est certain que l'avènement du communisme en Chine et dans certains pays du sud-est asiatique au XXème siècle a été un lourd facteur explicatif de la non expansion du bouddhisme. En Chine, le Grand Bond en Avant comme ensuite la Révolution Culturelle ont anéantit des dizaines de millions de personnes et parmi elles de très nombreux bouddhistes pratiquants, moines et autres. Le chauvinisme han fait montrer du doigt la «religion étrangère», le bouddhisme, par rapport au confucianisme par ex. Nous n'oublions évidemment pas le génocide, ethnique et culturel, du peuple tibétain qui, avec plus de 1 500.000 morts et 90% des temples et monastères détruits, constitue un des crimes les plus odieux du siècle passé. Le régime sanglant des Khmers rouges communistes de Pol Pot a fait également plus d'un million de mort en quelques années, avec pour cibles principales les «bourgeois» c'est à dire avant tout les élites culturelles et religieuses. Le Vietnam, rappellons le est également un régime communiste. La junte militaire au pouvoir en Birmanie opprime également les bouddhistes sincères qui, autour de Aung San Su Kyi cherchent à rétablir la paix et la démocratie.
Alors, comme on a pu le constater, si l'on considère en Europe et aux Etats-Unis que le bouddhisme est à la mode, cela dépend vraiment de quel point de vue l'on regarde, et cette expression révèle plutôt l'européano-centrisme de ceux qui la formulent...
Jean-Laurent Turbet