BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Même rubrique

Soufisme : Les cinq premiers Conseils d’Ibn ‘Arabî - Ibn Arabi
La paix entre les religions - Vénérable Parawahera Chandaratana
Deux aspects du sentiment religieux - Alain Bavelier
Aimer selon le Christ et Bouddha - Claudine Vernier-Palliez
La présence du bouddhisme en Europe - DIMMID
La transmission de l’éveil - Lama Denys
Donne moi la sagesse - Père Benoit Billot
Autres textes
Sarasvati, brillante comme mille soleils -
La posture : une question d’équilibre - Guy Mercier
Prendre Refuge - Bokar Rimpotché
Le pouvoir de la pensée positive - Lama Zopa Rinpoché
Donner du sens à l’argent : l’épargne solidaire - Michel Dughéra
Question de caractère - Pierre Lévy
La loi réalisée de l’Univers - Maître Dogen
Dan Toledano

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Intégration > Spiritualité > Interreligieux


Zen et tradition juive

La Kabbale développe le concept du juste milieu à travers la métaphore des trois colonnes : la colonne de l’amour, la colonne de la justice et, celle du milieu, la colonne de l’harmonie.

Par Dan Toledano

Si, grâce à des expériences inspirées par Maître Deshimaru, zen et christianisme ont pu souvent se rencontrer dans le cadre des monastères ou dans des tables rondes, on ne peut pas en dire autant de zen et judaïsme. Peut-être est-ce à cause du faible nombre de pratiquants de confession juive ou de la relation historique du judaïsme avec les autres religions, marquée par la crainte des conversions ou le rejet du paganisme (auquel est assimilé parfois le bouddhisme à cause de l’omniprésence des représentations de Bouddha).

Par exemple, ma réaction en entrant pour la première fois au dojo de Paris fut d’avoir une forte réticence à me « prosterner » face à l’autel à cause de l’« idole » posée dessus. Au-delà de cette première approche, ayant reçu une éducation juive dans mon enfance et pratiquant zazen depuis plusieurs années, j’ai éprouvé le désir de comprendre ce qui rapproche zen et tradition juive car je réalise aujourd’hui que cette éducation a été un moteur pour susciter le désir de pratiquer et de continuer zazen.

Les bases du judaïsme

Le judaïsme n’est pas une tradition uniforme et homogène. Outre la différence plus culturelle que religieuse entre juifs ashkénazes (d’Europe de l’Est) et séfarades (du Bassin méditerranéen), il existe une différence plus fondamentale entre juifs traditionalistes, orthodoxes ou libéraux. Et au sein du judaïsme orthodoxe lui-même existent de très nombreux courants de pensée.

Le tronc commun à partir duquel se déploie la tradition juive est la Torah qui a été révélée à Moïse sur le mont Sinaï. Elle raconte la création du monde, l’histoire des patriarches (Abraham, Isaac, Jacob) ainsi que la sortie des juifs d’Égypte. Elle contient les Dix Commandements ainsi qu’une grande variété d’autres commandements.

Ultérieurement, des rabbins de Babylonie et de Judée ont écrit des textes de commentaires fondamentaux : la Michna et la Guémara (plus connue sous le nom de Talmud). Tout au long de l’Exil et jusqu’à nos jours, de nombreux penseurs ont enrichi cette littérature, plus particulièrement dans l’Espagne musulmane et en Europe de l’Est. C’est ainsi qu’au Moyen Âge s’est développée la Kabbale, courant mystique juif dont le livre le plus important est le Zohar (Livre de la splendeur).

Sur quoi repose la foi juive ? Maïmonide, au XIIe siècle, a tenté de regrouper les principes fondamentaux à travers les treize articles de la foi parmi lesquels figurent : la foi en un Dieu unique, la juste rétribution de l’homme par rapport à ses actions, la croyance en l’arrivée du Messie…

Le rabbin Hillel, à qui un soldat romain demandait de lui résumer toute la philosophie juive le temps de tenir sur une seule jambe, répondit : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Et le judaïsme insiste sur le respect du prochain et l’importance de l’être humain dans la Création. Le livre de la Genèse n’indique-t-il pas que Dieu a créé l’homme à son image ?

Néanmoins, ces éléments ne reflètent qu’une partie de la tradition juive et il est plus aisé de décrire ce qui se pratique dans le judaïsme. En fait, une très grande partie de tradition juive et de la littérature religieuse porte sur des aspects pratiques relevant de la vie de tous les jours.

L’importance de la pratique

C’est peut-être là que je vois le premier point de rapprochement entre zen et judaïsme : l’importance de la pratique et de l’action dans la vie quotidienne. Le rabbin Hanania Ben Dossa disait : « Celui qui se livre aux théories et néglige les bonnes actions perd son temps. » Comme dans le zen, la pratique est plus importante que les bonnes pensées et les bonnes intentions.

Mais s’il n’existe qu’une seule façon de pratiquer zazen, les pratiques dans le judaïsme sont très nombreuses. Le judaïsme est avant tout une religion de pratiques, de vécu : l’étude, la prière, le respect des commandements. La vie du juif pratiquant est encadrée par ses obligations. Chaque instant de la vie le rappelle à l’accomplissement d’une action, mitsvah, au respect d’un commandement : par exemple, réciter une bénédiction avant de manger, après les toilettes, faire les trois prières de la journée, respecter le chabbath, repos hebdomadaire, prendre de la nourriture cacher. La Torah inclut 613 commandements répartis entre des actions « à faire » et d’autres « à ne pas faire ». Plus généralement de nombreuses règles régissent les relations entre l’homme et son prochain, entre l’homme et la femme, l’éducation,…

Parmi toutes les pratiques, l’étude tient une place privilégiée.

Le gyoji de l’étude

Si on peut parler d’un gyoji dans le judaïsme, c’est bien celui de l’étude. Celle-ci tient un rôle central et est considérée comme l’une des pratiques les plus élevées qui équivaut à l’ensemble de tous les autres rites. L’étude de quoi ? L’étude des textes : la Bible ou encore plus fréquemment la Guémara, les Commandements (Dinim). Peu importe le thème ou le chapitre, l’essentiel est de consacrer un peu de son temps à lire et commenter un texte, de préférence avec un haver, partenaire. Cette activité élève l’homme au-dessus de ses préoccupations quotidiennes. L’étude doit être désintéressée mais la recherche d’un profit n’est pas un obstacle car, disent les rabbins, « l’étude intéressée finit par devenir désintéressée ».

L’étude se déroule dans une pièce appelée beth hamidrache qui fait parfois office également de synagogue.

Elle peut être pratiquée pendant le temps libre ou comme une activité permanente. Ainsi, il existe de nombreuses yeshivas, académies talmudiques dans lesquelles des étudiants de tous âges, célibataires ou mariés, consacrent tout leur temps à l’étude.

L’étude consiste à découvrir un texte et à le questionner notamment à la lumière des commentaires qui s’y réfèrent. Le même texte peut offrir d’innombrables interprétations et peut être commenté à l’infini.

Unifier le matériel et le spirituel

Finalement, que ce soit par l’étude ou par des actions à faire ou à ne pas faire dans la vie quotidienne, l’accent mis sur la pratique a pour finalité de faire rentrer le sacré dans tous les instants de la vie, d’unifier le matériel et le spirituel, voire d’entrer dans une dimension spirituelle à partir de ce que l’on considère comme matériel.

Il n’existe pas de retraite, d’équivalent aux sesshin. Mais à diverses occasions, l’esprit de la retraite se retrouve. Par exemple, lors des jours de repos hebdomadaire, le chabbath et lors des fêtes, un certain nombre de règles (ne pas travailler, ne pas utiliser sa voiture ni appareil électronique) contribuent à créer à la maison une atmosphère propice à la méditation car ces journées sont consacrées exclusivement à l’étude, à la prière, au repos et… aux repas.

Les concepts de paradis, de résurrection, voire de réincarnation existent mais ils ne sont pas centraux. De même, le judaïsme réfute tout comportement ascétique.

La mystique juive

Parallèlement au judaïsme traditionnel, il a toujours existé un pan entier du judaïsme plus mystique, ésotérique, bien connu sous le nom de Kabbale. Cette tendance mystique a exercé une influence permanente, latente ou directe, sur le judaïsme traditionnel. Dans cet aspect du judaïsme, on trouve également des points communs avec le zen ou, en tout cas, avec le bouddhisme.

Par exemple, la Kabbale développe le concept du juste milieu à travers la métaphore des trois colonnes : la colonne de l’amour, la colonne de la justice et, celle du milieu, la colonne de l’harmonie.

Toutefois, malgré son influence, l’étude de la Kabbale reste marginale et l’apanage des initiés. Certains rabbins dissuadent les plus jeunes de l’étude, craignant qu’une compréhension erronée ne conduise à des comportements irrationnels comme au XVIIe siècle où des élans mystiques ont conduit des communautés entières à suivre des faux messies.

Pourtant, un des plus importants courants du judaïsme, le hassidisme, s’est développé en Pologne au XVIIIe siècle sur l’inspiration de la philosophie de la Kabbale. Les hassidim mettent l’accent sur la joie dans la pratique à travers la prière, le chant voire la danse, élément que l’on ne retrouve pas dans le judaïsme traditionnel. Ils accordent une importance particulière à suivre le Guide spirituel (tsadiq) auquel ils vouent la plus grande vénération.

Le hassidisme a connu un immense succès populaire car il met davantage l’accent sur la foi et la sincérité du pratiquant que sur l’étude des textes. Dans certaines branches du hassidisme, on pratique des formes de méditation comme la récitation des noms de Dieu ou Hitbodedouth (se retrouver seul) au cours de laquelle le pratiquant se retire seul dans la nature ou dans la forêt et s’adresse à Dieu par ses propres prières.

Conclusion

Ce rapprochement entre zen et judaïsme s’arrête… à la sortie du dojo. Car le pratiquant zen en dehors du dojo n’a pas de règles à suivre et à respecter. Étienne disait : « Après zazen, oubliez zazen. » Simplement zazen influence inconsciemment la vie quotidienne et développe la concentration sur chaque action et chaque geste de la vie. Hormis les dix kai qui sont seulement des indications, il n’y a pas de commandement particulier.

Zazen et la tradition juive proclament le libre arbitre de l’homme. Mais que faire de cette liberté ? D’un côté, des règles et des commandements à suivre pour illuminer sa vie. D’un autre, une pratique unique avec le corps pour s’harmoniser avec la vie, le cosmos et créer une véritable sagesse car il n’y a pas de véritable changement qui ne soit compris par la plus petite des cellules de son corps.

Qui est sage ? Celui qui apprend de tout le monde.
Qui est fort ? Celui qui maîtrise son esprit.
Qui est riche ? Celui qui se contente de ce qu’il a.
Qui est honoré ? Celui qui honore son prochain.

Maximes des Pères

Zen - Bulletin de l’Association Zen Internationale
Association Zen Internationale
175, rue de Tolbiac - 75013 Paris
Tél. : 01 53 80 19 19 - Fax : 01 53 80 14 33


http://www.zen-azi.org





Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling