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Voyage aux sources de l’inspiration

Se re-lier, s’inspirer, lâcher-prise et être efficace dans l’engagement

Par Réseau Cultures

Extrait de la REVUE "CULTURES ET DEVELOPPEMENT" du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement

Rédacteur en chef : Thierry Verhelst.

Les textes complets peuvent être consultés sur le site web du Réseau Cultures : http://www.networkcultures.net/

« AILES ET RACINES »

Partage international d’expériences

sur les

Sources d’Inspiration de l’Engagement Social

I. VOYAGE AUX SOURCES DE L’INSPIRATION

II. UNE NOUVELLE CULTURE POUR UN AGIR RENOUVELE

III. POUR REFONDER L’ACTION CITOYENNE

1. Se re-lier

Au sein du groupe « Ailes et Racines », la soif de Transcendance ou de Mystère a « pris aux tripes » un certain nombre de participants et cela dès leur jeunesse. Agnostiques et croyants rapportent avoir l’expérience d’une dimension verticale. Elle ne les a pas quittés. « Même détachée des religions, je ne peux concevoir la vie sans me relier au Mystère de la Vie » écrit une responsable d’ONG néerlandaise. De nombreux textes évoquent un sens du sacré. Le sacré ne se réduit pas à un savoir intellectuel (sans nier celui-ci pour autant). « Une philosophie, un message idéologique n’est pas encore un enracinement spirituel ni une relation à Dieu » écrit une participante rompue, en tant qu’universitaire, aux débats conceptuels. Il s’agit d’être fidèle à ce que l’homme porte de plus unique en lui-même et qui, paradoxalement, lui permet de rejoindre une expérience universelle. « Il existe dans l’univers une force, un principe d’harmonie fondamental qui dirige toute chose et auquel on peut avoir recours » estime un participant musulman d’Afrique de l’Ouest. Il écrira plus tard « Une des prises de conscience les plus puissantes que l’on puisse atteindre au niveau spirituel et que l’on retrouve dans les écrits de nombreux mystiques est qu’à un niveau de conscience plus profond et plus pénétrant que celui du quotidien, tout est un. Comme le disait le mystique Kabir : « Vois l’un en toute chose ; c’est l’autre, le second qui t’égare  ». La présence de Dieu peut être expérimentée dans un Ashram de l’Himalaya, dans un couvent trappiste de Dordogne, ou lors du Hadj musulman à la Mecque. « Si l’on ne sait pas vivre sa recherche spirituelle dans le métro, au cours d’une dispute ou d’une maladie, devant la télé ou en jouant au foot, alors il est inutile de la chercher à la mosquée, à l’église, à la synagogue, ou au temple. Car ce ne serait ou ne pourrait être qu’une pseudo-spiritualité sans racine et sans vie  » explique un syndicaliste africain. Un mystique chrétien orthodoxe,du 11ème siècle, appelé Syméon le Nouveau Théologien, ne s’exclamait-il pas qu’il s’agit de voir, dès maintenant, la vie éternelle, c’est-à-dire vivre chaque instant de la vie dans toute sa plénitude de sens ?

La notion d’unité profonde comme expérience vécue et comme quête revient dans de nombreux témoignages. Il s’agit, disent plusieurs, de « se re-lier ». « Pour moi, religion - qui vient du latin religare (relier) - vient de la reconnaissance de mon désir le plus profond et qui me dépasse car il vient de Dieu. Mais elle m’invite aussi à me re-lier à une histoire, une tradition, à un peuple en marche » précise un économiste belge. Les cosmologies traditionnelles africaines et amérindiennes ainsi que la cosmologie afro-brésilienne (Candomblé) rappellent cette vocation à la « reliance » cosmique et divine de tout être humain. C’est un des principes de base de la philosophie bantoue. Raimon Panikkar de son côté parle de cette triple identité de l’homme qu’il appelle « cosmothéandrisme » : sa vocation de relation à la nature (cosmos), à Dieu (theos) et aux hommes (aner).

2. Le silence comme épreuve et comme don

Une Européenne devenue agnostique témoigne : « Au moment où mon appartenance à l’église catholique et à sa tradition s’est déchirée, au moment donc où j’ai perdu mon lieu de référence, de nourriture, de confirmation et de soutien, un autre s’est présenté : ma nourriture spirituelle, je la trouve chez les réfugiés avec qui je travaille et suis engagée pour leur intégration en Belgique. C’est aussi dans le dialogue avec eux, dans une confrontation participative que je peux aujourd’hui vérifier la justesse de mon engagement et mes options fondamentales. Dans la période charnière que nous vivons, il me semble que je dois passer par l’épreuve du silence, le silence d’avant la création, le silence qui permet la maturation du neuf. Il s’agit de vivre la page blanche, le non-savoir, dans un abandon qui ne ressemble en rien au fatalisme ni au nihilisme. Il serait plutôt abandon confiant en la vie et, simultanément, connaissance de soi ».

D’autres témoignent en termes de foi de cette connaissance. Il s’agit, dans cette connaissance-là, de « passer de l’individu superficiel et extérieur (ce que de nombreuses traditions appellent « le petit moi ») à la profondeur, et cela par une percée vers la vraie personne que nous sommes en puissance. Celle-ci, rapporte la tradition chrétienne, est créée à l’image du créateur et appelée à grandir vers la ressemblance à Dieu par le jeu d’une synergie divino-humaine. » On retiendra que la connaissance de soi (par exemple le « gnôti se-auton » de la philosophie classique grecque) constitue pour tous les participants une condition du chemin spirituel. Condition nécessaire mais non suffisante. Il ne s’agit pas de confondre narcissisme et spiritualité. On note par ailleurs que la psychanalyse peut ouvrir au spirituel mais ne le fait pas nécessairement.

Plusieurs firent observer combien était frappante et émouvante la constatation qu’au-delà des différences de cultures et de religions/convictions ... ils vivent quelque chose de commun, qui est de l’ordre de la profondeur. Les êtres en recherche de sens sont proches. Ils ont en commun un point vibrant. Au-delà des croyances diverses, s’exprime une expérience d’éveil. Il y a entre tous les témoignages une sorte de connivence comme si les participants étaient un peu de la même famille. « L’universel naît du particulier vécu en profondeur » constate une Brésilienne. C’est dans la densité du silence habité de présence que cette solidarité profonde se vérifie. Lors de la rencontre, les sessions matinales de méditation en assises silencieuses furent des moments d’intense communion au-delà des différences culturelles, religieuses et philosophiques. Si le silence est un exercice salutaire, voire une épreuve - nécessaire et purificatrice pour certains -, il fut aussi vécu comme un don, un temps privilégié de communion au-delà des mots.

3. Le crible de la raison

Le participant suisse fit un plaidoyer en faveur du rationalisme, celui-ci « ayant libéré l’Europe de l’esclavage et ayant favorisé l’émancipation de la femme et les droits de l’homme ». Certes ces acquis « laïcs » s’enracinent eux-mêmes dans le terreau judéo-chrétien occidental d’où jaillit la personne revêtue d’un respect absolu, mais ils ne triomphèrent qu’en luttant contre l’institution cléricale dominante. Celle-ci ne s’y reconnut que plus tard. « Le rationalisme est une grande victoire de l’humanité. Le problème est qu’il a évacué la spiritualité et donc la question du sens. Aujourd’hui, il s’agit de favoriser une synthèse nouvelle, celle de la spiritualité et du rationalisme » poursuivit le même participant, très préoccupé des droits de l’homme et de spiritualité non liée aux églises.

La sécularisation très avancée en Europe fut mise en question par des Africains : « Les parents européens transmettent-ils encore quelque chose à leurs enfants ? Osez-vous encore leur parler de religion ou de valeurs ? » La recherche de sens, cœur des spiritualités, est affaiblie en Occident car on y a relégué la religion à la sphère privée. Cette attitude est sage dans la mesure où elle favorise le pluralisme et la tolérance propres à la démocratie. Cependant, elle conduit à un appauvrissement généralisé quand elle interdit toute référence spirituelle dans le discours public. A cet égard, l’attitude de Mahatma Gandhi était révélatrice. Interrogé sur la séparation des religions et de l’Etat, le père de l’Inde indépendante se disait favorable à ce grand principe des Etats modernes mais dans le sens que l’Etat ne serait non pas éloigné mais, au contraire, également proche de toutes les religions présentes en Inde : hindouisme, islam, christianisme, judaïsme, sikkhisme, jaïnisme, bouddhisme, etc... Y a-t-il là une idée à creuser en Europe où la démocratie, faute de sens, s’enlise ? Il serait utile, à cet égard, de relire le livre de Dominique Wolton sur la « Naissance de l’Europe démocratique ; La dernière utopie » (Flammarion, 1993) qui analyse les dégâts de l’uni-dimensionalité rationaliste moderne. Celle-ci a du mal à aborder les questions de sens. Elle engendre un vide existentiel que tente de combler en vain la libération individuelle infinie ou la consommation effrénée par des citoyens déboussolés au sein d’une société réduite à un marché

4. Sources d’inspiration, spiritualités, religions, convictions

Parler de spiritualité suscite nécessairement une interrogation sur sa définition. Quelles différences peut-on discerner entre religion et spiritualité ?

Les participants s’accordèrent à penser que la religion réfère à la relation à une Transcendance (soit une Sagesse, une Vacuité, un Dieu unique, une Trinité ...). Elle se caractérise par une organisation : les dogmes, l’institution, la communauté des croyants, les rites. La spiritualité, par contre, réfère à une expérience existentielle, un voyage intérieur, une démarche personnelle. Il s’agit d’une notion plus fluide et qui sonne mieux en Occident où le mot « religion » est devenu un repoussoir. Cette fluidité fait place au vécu personnel, à l’expérience intérieure, au dépouillement et au vide - qui peut être plénitude. Mais cette fluidité peut également mener au flou le plus ambigu et aux subjectivismes les plus fantasques. Cette distinction entre religion et spiritualité suscita d’ailleurs un malaise auprès d’un participant musulman. Il y voit une critique de la religion et considère par ailleurs que la spiritualité ne peut être que religieuse. Ce point de vue n’est pas partagé par les initiateurs de ce Projet pour qui il existe des spiritualités laïques, agnostiques ou athées. Les religions n’ont pas le monopole de la spiritualité.

Beaucoup sont arrivés à la conclusion que toute religion vraie doit mener à une spiritualité vivifiante. Un participant chrétien orthodoxe exprima son scepticisme à l’égard d’une religiosité sans spiritualité, sclérosée par un excès de règles, de moralisation et d’autoritarisme. Toute religion vraie est spirituelle, dit-il, mais toute spiritualité n’est pas pour autant religieuse.

Nombreux sont ceux qui optèrent pour le terme « source d’inspiration » plutôt que « spiritualité ». Ce terme convient davantage à ceux que rend mal à l’aise la notion à leurs yeux trop subjective et individuelle de spiritualité. Parmi les sources d’inspiration, il est possible de ranger des convictions religieuses, éthiques et philosophiques très diverses.

5. Spiritualités et liberté intérieure

La spiritualité étant caractérisée par une recherche de sens et d’une attitude de vie cohérente, son rôle est capital dans toute action sociale et dans toute tentative d’organiser la vie en commun. Cette cohérence n’est à dicter par aucun pouvoir « supérieur » mais doit venir de l’intériorité de chaque personne, ouverte à l’écoute de soi et de l’autre. C’est ce que Paul Tillich appelle la théonomie : être guidé par le sens du divin en soi, éventuellement éveillé par un maître spirituel (gourou, staretz, etc.). Cette théonomie s’oppose à l’hétéronomie : un pouvoir clérical, un principe religieux extérieur à l’homme. « Dieu », nul n’en a le monopole dirent certains. Il est à découvrir par un travail d’intériorité. Des participants contestèrent le caractère à leurs yeux excessivement individualiste de cette approche. D’autres y adhérèrent tout en signalant l’obligation de chacun de vérifier en communauté (la sangha bouddhiste, l’église chrétienne, la umma musulmane, etc.) son inspiration personnelle. Nombreux furent ceux qui évoquèrent l’importance de l’altérité dans la spiritualité. Sans faire fi de sa liberté intérieure, l’homme doit accepter d’écouter l’autre, voire d’être vérifié et interpellé par autrui. La spiritualité ne doit pas se confondre avec égocentration et narcissisme. Des chrétiens indiquèrent qu’une spiritualité qui ne mène pas vers l’ouverture à l’autre et l’amour, mérite d’être radicalement mise en question. Un des anciens pères de l’église, Basile de Cappadoce, interpellait ainsi un saint ermite : « toi qui vis seul, à qui laveras-tu les pieds ? » …

6. L’action sociale comme acte sacré

L’hindouisme distingue trois voies (marga) dans la vie spirituelle : la connaissance comme éveil à soi dans l’intériorité (jnana), l’adoration ou la vénération comme relation d’amour à une divinité (bhakti), et l’action comme acte offert en sacrifice (karma). A l’origine, la voie du karma se réalisait par l’action rituelle au temple mais aujourd’hui, notamment grâce à l’enseignement de la Bhagavat Gita revisité par Mahatma Gandhi, il peut aussi s’agir d’action sociale, d’engagement pour une société meilleure, pour les frères défavorisés. Selon la Gita, cette action sociale, pour être légitime, doit correspondre à trois critères. Premièrement, celui qui agit doit demeurer « détaché des fruits de son action ». Il s’agit là d’une belle antinomie : chercher à atteindre un résultat et être à la fois détaché de celui-ci ! De son côté, Ignace de Loyola enseignait la « sainte indifférence » à ses jésuites, leur recommandant d’agir comme si tout dépendait d’eux seuls tout en sachant que tout dépend de Dieu. L’Orient a formulé cette sagesse avec un bonheur incomparable en prônant l’équanimité dans l’échec comme dans le succès. Il s’agit donc d’agir dans la société, soit sur le plan de l’action politique soit sur celui de l’engagement pour la justice mais sans chercher ni prestige, ni autorité ni autre avantage ou récompense individuelle. A cette première condition de toute action juste s’en ajoute une deuxième, que la Gita formule aussi : savoir que ce n’est pas mon « petit moi » qui agit, mais quelque chose qui me dépasse. Ne retrouve-t-on pas cette idée dans l’enseignement du grand pédagogue brésilien Paulo Freire lorsqu’il rappelle que « personne ne libère une autre personne ... ; un peuple se libère ... » ? Il y a en l’homme un dynamisme libérateur qui le dépasse et que chacun appellera du terme convenant à ses convictions propres. Troisième condition de l’action juste : considérer celle-ci comme une offrande à la divinité. L’action sociale est envisagée comme un « sacrifice », c’est-à-dire un acte-qui-rend-sacré. Cette notion développée par la Gita est présente aussi dans la tradition chrétienne qui affirme que tout être humain est revêtu d’un sacerdoce royal : comme prêtre de la création, il a mission d’offrir le cosmos à Dieu et d’œuvrer à sa transfiguration. Son engagement social ne relève donc pas de l’une ou l’autre inclinaison subjective mais d’une mission ontologique. « Je suis co-créateur avec Dieu » écrit un leader paysan togolais. L’action politique ou sociale constitue pour un participant chrétien orthodoxe une collaboration à l’Energie « résurrectionnelle » du Christ. De même, l’acte altruiste du Bouddhiste l’identifie au Boddhisattva qui se sacrifie pour l’illumination des hommes envers lesquels il ressent une immense compassion. Dans la religion afro-brésilienne Candomblé on retrouve cette mission « sacerdotale » de louange et d’offrande des éléments de la nature aux divinités tutélaires.

Tout acte social mérite donc d’être considéré comme sacré. Faute de cela, réduit à un acte profane, il risque de profaner le monde, de manipuler les êtres et de gâter la nature. La non-violence active d’inspiration gandhienne trouve ici son fondement.

Spiritualités libératrices ou opprimantes

Chacun s’accordant à distinguer les religions et spiritualités libératrices de celles qui sont opprimantes, les participants se sont interrogés sur les critères et les lieux de vérification de la spiritualité. Ceux-ci sont essentiels quand on se préoccupe, comme dans le présent Projet, du lien entre la spiritualité et l’engagement social, la démocratie et le développement local. Des rencontres telles que celles organisées par le mouvement français « Démocratie et Spiritualité » ou le mouvement international « Holon » ou encore celle d’ « Ailes et Racines » sont des occasions bienvenues pour confronter sa pratique et sa spiritualité au regard des autres. Par ailleurs, le regard du plus démuni - par exemple un « sans papier » - peut être le « lieu » de cette vérification. Il convient de se référer ici à ce qu’écrivit Emmanuel Lévinas sur le regard de l’autre, et à ce texte très court de Gandhi qu’il appelle son talisman. Le mahatma y invite chacun à se poser la question de savoir si la décision qu’il est sur le point de prendre sera oui on non bénéfique à l’être le plus démuni qu’il a rencontré récemment. Parmi les critères de l’action sociale juste furent également cités ce que la tradition chrétienne appelle « les dons du Saint Esprit » : la joie et la paix intérieures. Le Bouddhisme souligne lui aussi l’importance de la sérénité et de l’équanimité comme critères de l’action juste.

7. Lâcher-prise et efficacité dans l’engagement

Tous s’accordent à reconnaître qu’ils puisent dans leur spiritualité une force, un courage et une inspiration à leurs yeux irremplaçable.

Pour le mouvement international « Holon », c’est la spiritualité qui permet au militant de ne pas s’essouffler mais de faire preuve d’endurance et de patience, sans verser dans la violence et la crispation. La gauche s’est historiquement constituée contre le pouvoir clérical accusé non sans raison d’obscurantisme. Mais cette gauche sociale et politique souffre encore aujourd’hui du fait qu’elle a cru devoir écarter la spiritualité comme un luxe superflu voire une illusion douteuse proche du fameux « opium du peuple » qu’était pour Marx la religion bourgeoise qu’il avait observée autour de lui. Un participant orthodoxe s’interroge : « Cet auto-appauvrissement de la gauche et des militants en Occident n’est-elle pas une des plus graves difficultés qu’ils rencontrent dans la transformation positive, efficace et radicale de la société ? » On prête à Lénine cette observation sur son lit de mort : « ce qui a manqué à notre révolution, c’est un François d’Assise ! ». Cela mérite réflexion … « Le langage des ONG (tiersmondistes) est trop carré et dur. Le manque de spiritualité s’y fait sentir et a des répercussions négatives sur la persévérance et l’efficacité » dit le participant suisse. Il faut y ajouter, avec Jean Ziegler, que la cécité spirituelle et religieuse des ONG occidentales et des intellectuels de gauche en Occident a eu des répercussions également négatives sur leurs analyses des sociétés du « tiers-monde ». Faute de comprendre la pregnance du religieux auprès de ceux qu’on prétend aider, on passe à côté du secret de leur résistance dans l’adversité. On ne mesure pas bien la force de leur joie et la créativité de leurs formes d’auto-organisation. La cosmologie et la religion sont les « logiciels » des peuples non-occidentaux. Ils en tirent une attitude de vie et des savoir-être que la lecture des sociologies laïques n’appréhendent guère.

Le sens du sacré mène au lâcher-prise et à un regain de force. « Ce vécu intérieur me donne force » dit une participante belge. L’Islam aida un militant sénégalais à relativiser la force et le prestige des puissants, leur brutalité, leurs menaces, la prison ... « Les militaires, je les ai démystifiés ». « Ma mère m’a enseigné le respect des valeurs de solidarité et de justice sociale, et de ne craindre que Dieu Tout Puissant, pas les hommes.  » « Je puis tout obtenir si je suis moi-même et si je crains Dieu  » dit-il encore. Comme en écho un autre Africain, chrétien celui-là, écrit : « Vivre l’intimité avec Dieu dans la prière et le service, et puiser là-dedans la force de tenir et d’avancer. » Leader paysan d’inspiration musulmane, un participant résuma ainsi le secret de la force intérieure qui le pousse : « Je me sens suivi et observé par Dieu  ».

Un chrétien d’Haïti eut à vivre trois années de maquis dans des conditions matérielles et psychologiques terribles mais dont il tira une puissance de résistance insoupçonnée. « Il n’y avait plus mon engagement (contre la dictature) et le Sien (celui de Dieu), mais notre engagement ».

Efficacité et fécondité

Il y a une différence capitale mais subtile entre efficacité et fécondité. L’efficacité est souvent liée à l’ego, au volontarisme. « La fécondité me dépasse bien qu’elle passe par moi. C’est du lâcher-prise, de la confiance voire de l’abandon que peut se développer une fécondité nouvelle » précise une participante belge.

Une militante politique insista sur l’importance des utopies créatrices comme « des possibles non encore expérimentés » : « elles me poussent à inventer le futur, sans certitudes ». Encore le thème du lâcher-prise et du silence ... Un chrétien français affirma explicitement le doute comme expérience douloureuse certes, mais constitutive de l’action et même de la foi. « Faire la volonté de Dieu », telle fut la réponse donnée au président Aristide par le participant haïtien lorsqu’il émergea du maquis après la chute de la dictature militaire et qu’il lui fut demandé quels étaient ces projets. Réponse impressionnante certes mais qui ne fait pas l’économie du questionnement, de l’interrogation, de la longue patience au sein d’un effort soutenu de discernement.

8. « Vivre soi-même aujourd’hui le changement qu’on veut voir dans le monde »

Il y eut un large consensus dans le groupe concernant la nécessité d’une cohérence interne entre le croire, le dire et le faire. La Rencontre se déroula dans un endroit hautement symbolique à cet égard. En effet, le groupe fut accueilli par une communauté de l’Arche (mouvement gandhien créé par Lanza del Vasto), celle située en bordure du maquis du Vercors, à Saint Antoine l’Abbaye, en France. L’unité de vie constitue un élément cardinal de la philosophie des arches gandhiennes : rien ne doit échapper aux principes de la non-violence et de l’auto-subsistance. La Communauté de l’Arche à St. Antoine l’Abbaye compte une cinquantaine de membres. Elle produit elle-même l’essentiel de ce qu’elle consomme, pratique une sobriété de vie aussi réelle que joyeuse, tend à écarter toute forme de mensonge, pratique les médecines douces et l’alimentation végétarienne. Elle constitue avec quelques autres « arches » en Europe un rappel concret et vécu de valeurs autres que celles de la consommation effrénée, de la compétition violente et de l’individualisme agressif qui en sont venus à caractériser une certaine culture (dominante ?) en Occident.

Pour le groupe, cette unité de vie s’impose à tout militant. A l’issue de la Rencontre, un syndicaliste africain écrit, en guise d’évaluation : « L’engagement ne peut être parcellisé, il ne peut être sélectif, il est total ou il n’est pas, il est entier ou il n’est pas. S’engager pour la construction d’une nouvelle société juste, exige l’engagement permanent, à la base, au niveau local, pour créer avec d’autres de nouvelles valeurs.  » Non seulement le mensonge est une déviation spirituelle (que la pensée gandhienne identifie à une première forme de violence) mais aussi toute contradiction entre ce que je crois, proclame et accomplis. Il convient de « vivre aujourd’hui ce que nous voulons créer pour demain ». Pour y arriver, il faut se libérer de l’activisme pour atteindre d’abord la profondeur, puis agir consciemment. Songeons ici à la métaphore hindoue du tir à l’arc : tirer la flèche vers soi, vers l’intérieur, afin qu’elle soit propulsée avec plus de force et de précision vers l’extérieur. Avant d’agir, savoir demeurer immobile. Avant de parler, cultiver le silence.

9. Une cohérence qui peut conduire à la solitude et à la souffrance

L’engagement social radical implique d’être prêt à en payer le prix dans sa chair, son confort, sa liberté. La souffrance est au cœur de l’engagement. C’est ce qu’illustrent les vies de Gandhi, Martin Luther King, Aung San Suu Kyi, Cesar Chavez, Mgr. Romero, etc. C’est aussi ce qui explique leur force de conviction. « Lorsque je devais engager un combat, j’ai toujours envisagé de devoir poursuivre seule en trouvant des alternatives à la défection des autres » rapporte une marocaine militante des droits de la femme. « Je me suis retrouvé seul » précise un pionnier du retour au village africain. « Sa propre réussite ne ressemble pas à celle du monde » confirme un opposant politique haïtien. « Vivre simplement et consacrer sa vie aux masses ... Cette simplicité a beaucoup déçu ma famille » témoigne une Thaïlandaise militante des droits humains. En Occident, cette cohérence passe notamment par l’art de se restreindre, de cultiver la frugalité. Aux Etats-Unis perce cette tendance nouvelle au sein de la classe moyenne et aisée : le « down-shifting » ou la réduction volontaire et créatrice de sa consommation. A ce sujet, il est utile de consulter le best-seller de Dominguez et Robin « Your money or your life » (Penguin 1992) que commente le sociologue helvétique Pierre Pradervand dans son livre « Découvrir les vraies richesses : pistes pour vivre plus simplement » (Ed. Jouvence, 1966).

Interpellante est d’ailleurs la fréquence avec laquelle revient le thème de la souffrance comme expérience potentiellement féconde. Elle est présente dans chaque vie, à divers degrés. Elle apparaît comme « l’engrais » de la vie ; mauvaise en soi, et pourtant utile à la maturation. Cette souffrance, la sienne propre ou celle de l’autre revient comme un leitmotiv. « C’est chez eux que je puisais la force de continuer  » rapporte une Européenne engagée aux côtés des réfugiés politiques et des « sans papiers ». « Elle s’adresse au plus profond de moi » nous confie un syndicaliste africain. « L’esprit traverse chaque être dans la nuit » dit un économiste belge. « Souffrir n’est pas dangereux, seulement inconfortable ». Le participant haïtien se souvient en ces termes de ses trois années de résistance clandestine : « Trois ans de maquis, 14 cachettes différentes, l’ennemi à nos trousses et la mort au nez sans cesse ... Ce fut un enfer ... mais spirituellement un temps de grâces tout à fait exceptionnel  ».

Les participants du groupe « Ailes et Racines » furent émus par des témoignages, tous deux du Brésil, l’un du Candomblé, l’autre de la mystique chrétienne. Le Candomblé propose l’archétype puissant de l’Orixa Omulu (divinité afro-brésilienne ; prononcer « oricha »), le « Médecin blessé » : il a connu la maladie, reçut la guérison et l’art de guérir. « A travers la souffrance, Dieu m’a préparée à délivrer mon message. Mon action est désormais une expérience initiatique » nous livre une Brésilienne luttant contre le racisme dans son pays. Puissant aussi est l’archétype assez proche du Serviteur Souffrant tiré de la Bible (Livre de Daniel). « Ils regardent Celui qu’ils ont transpercé … ». Ce Serviteur Souffrant est la figure de l’innocent injustement châtié mais qui en réalité porte le mal du monde. Décrit comme victime défigurée et humiliée, les chrétiens y voient une préfiguration du Christ qui prend sur lui les péchés du monde afin de libérer l’humanité entière. Aujourd’hui, des milliers de marginaux, exclus, prostituées, alcooliques, grands malades, SDF, s’identifient à ce Serviteur Souffrant au sein d’un mouvement brésilien devenu international et appelé « la fraternité des Serviteurs Souffrants ». Ils se sentent, par leur souffrance même, investis d’un rôle social capital qui leur rend la dignité et les invite, à travers la Théologie de la Libération, à changer la société. Aucun dolorisme donc dans ce mouvement, mais dation de sens à la souffrance et, ce faisant, regain de dignité, de solidarité et d’engagement. Le témoignage de ces « Fraternités des Serviteurs Souffrants », livré avec le sourire rayonnant d’une participante venue du sertao brésilien, fut un des moments poignants de la Rencontre. Autre point culminant pour la plupart des participants, l’invocation des dieux du Candomblé, chantée à l’unisson par des musulmans, des chrétiens, des athées, reconnaissant ainsi à cette religion méprisée, refuge des esclaves arrachés à l’Afrique, une place égale aux côtés des grands courants religieux et philosophiques « ayant pignon sur rue ». Tous furent touchés par l’intense souffrance qui accompagna la sauvegarde, en terre d’esclavage, de la religion africaine. Elle donne au Candomblé et aux autres rites-frères (vaudou haïtien, santoria cubaine, etc.) une intensité dont l’impact sur les adeptes doit être considérable. Quel évènement, en effet, pour une pauvre servante domestique noire, méprisée le jour, de devenir la nuit une reine de lumière reconnue par tout un peuple marginalisé comme le médium d’un esprit africain.

La souffrance accompagne le militant mais il l’assume car il a confiance : « le mont chauve se transformera en verger ». Cette expression, version togolaise d’un psaume biblique, est inspirée par l’expérience concrète au Nord du Togo d’une terre aride, « latéritisée » et maudite par les villageois mais revenue à la vie et à la fertilité grâce à un effort intense de récupération des sols et de contestation patiente (et dangereuse) des fatalismes destructeurs véhiculés par une tradition « animiste » affaiblie et pervertie.

10. Agir concrètement à partir d’une spiritualité ?

Les spiritualités influencent profondément l’agir en société et cependant elles ne dictent pas de recettes précises sur le plan de l’organisation de la société. « La spiritualité donne le ton, pas la mélodie ». La spiritualité n’est certes pas « neutre » par rapport au contenu de l’action. Elle conduit au respect de la vie, de la personne, de la nature ; elle interdit le crime, le racisme, la violation de la dignité, la détérioration de l’environnement. Ainsi, la spiritualité inspire cette prise de conscience écologiste : « Je suis invité sur cette terre ». Cependant, au-delà de ces valeurs incontournables, c’est à chacun de déterminer la façon dont elles se traduisent concrètement. Par exemple, il conviendra de donner une réponse concrète à la question : quel type de démocratie, quelle décentralisation, quelle écologie, quel féminisme, quel type de rapports Nord-Sud, quel syndicalisme, quelle alternative à l’économie dualisante ... ? Si je suis « invité » sur cette Terre, comment me comporter concrètement envers elle ?

Bien qu’il y ait de la part de tous les participants un engagement précis (même par exemple dans un parti politique), il fut question de « déconstruire les certitudes », de sortir des classements dichotomiques, de « passer du ou/ou et entrer dans le et/et ». Cette ouverture n’écarte pas la radicalité, notamment pour « renverser l’emprise de la propriété privée » ou « les soi-disant déterminismes » de l’économie globalisée.

S’il existe un principe spirituel fondamental (et généralement bafoué en politique) c’est bien celui-ci : la fin ne justifie pas les moyens ! Quelles que soient l’urgence et la valeur de mon action, elle ne peut être menée en violant une des valeurs mentionnées ci-dessus. Ainsi, tuer, violenter, mépriser un adversaire, mentir, manipuler autrui sont des actes contraires à la spiritualité. Il en va de même de la haine : même si elle permet de décupler sa propre force, elle est inacceptable : on peut haïr un acte, non pas la personne qui l’a commis. « La paix envers soi et les autres » est capitale estime la participante thaïlandaise, rapportant un principe essentiel de l’action sociale et politique inspirée par le Bouddhisme. Cela implique la « patience du militant » renchérit une militante écologiste occidentale. Ainsi que nous le rappelle la sagesse amérindienne, « la semence ne voit pas son propre fruit ».

Plusieurs participants du Sud et du Nord ont rapporté qu’ils avaient été inspirés par le message de Taizé, cette communauté monastique chrétienne protestante et largement oecuménique, très ouverte aux pays du Sud, à ceux de l’Est européen et aux jeunes du monde entier.Le message du « Concile des Jeunes » de Taizé résume à la perfection, mais à l’aide du langage d’une seule tradition, en l’occurrence chrétienne, l’esprit qui sous-tend ce Projet : « Lutte et contemplation pour devenir hommes de communion ». Le lien intériorité et action est difficile mais essentiel. « Il est à rétablir chaque jour » précise une participante européenne.

A vouloir trop agir on devient une coquille vide et on risque de sombrer dans un activisme brouillon, voire arrogant. C’est en cela que le rappel au retour en soi-même, à la méditation, au silence intérieur est si important. Sulak Sivaraksa, militant asiatique d’inspiration bouddhiste s’adressa jadis en ces termes à des ONG tiers-mondistes européennes : « Avant d’agir, avant de prétendre nous aider, interrogez-vous sur vos motivations  ». Il fit appel à la « mindfulness » (l’éveil) des militants d’ONG afin qu’ils soient capables d’éviter les dégâts de programmes de développement bien intentionnés peut-être mais finalement nocifs à force d’être interventionnistes et porteurs du matérialisme réducteur propre à la modernité occidentale.

Jacques Brel chantait à sa façon le drame évoqué par Sulak Sivaraksa lorsqu’il fustigeait ceux qui sont « amputés du cœur à force de trop ouvrir les mains ».

Ce dont le monde a sans doute le plus besoin ... c’est davantage de méditation en Occident.

Voici quelques extraits du numéro spécial « Ailes et Racines » consacré à la spiritualité de l’engagement social. Pour avoir accès à l’ensemble de la revue, veuillez vous abonner ou en commander un numéro.

I. VOYAGE AUX SOURCES DE L’INSPIRATION

II. UNE NOUVELLE CULTURE POUR UN AGIR RENOUVELE

III. POUR REFONDER L’ACTION CITOYENNE

Présentation du programme

Ce programme renferme deux projets différents. L’un se déroule actuellement (1999-2000) et traite de l’identité au niveau collectif, c’est-à-dire comme l’ensemble des notions telles que l’ethnie, le groupe linguistique ou culturel, la nation, le patrimoine, le « pays », les produits et savoir-faire locaux, etc. Ce projet veut mettre en lumière l’influence positive ou négative de l’identité sur le développement local et la démocratie..

L’autre projet au sein de ce programme eut lieu entre 1997 et 1999 et traita de l’identité au niveau plus personnel et intime, c’est-à-dire des sources personnelles d’inspiration, de spiritualité. Il s’intitulait « Ailes et Racines ».

Le présent numéro spécial en présente la synthèse et les conclusions.

INTRODUCTION A UNE DEMARCHE DE PARTAGE D’EXPERIENCES DE VIE

On entend ici par sources d’inspiration ou spiritualité, les convictions, croyances et représentations issues des valeurs, des références éthiques, des religions ainsi que des philosophies laïques ou agnostiques.

Cette distinction entre identité ou culture collective et personnelle a quelque chose d’artificiel car, bien évidemment, dans la culture d’une personne tout cela forme un tout indivisible. Cependant, pour des raisons méthodologiques, cette distinction a paru utile au Réseau Cultures qui est l’initiateur de ce Programme « Expériences Citoyennes au Sud et au Nord : l’incidence de la culture sur le développement local et la démocratie ». En effet, les débats sur l’identité collective, par exemple comme appartenance ethnique ou linguistique, sont très développés et ont donné lieu à une littérature scientifique sophistiquée. Ils se prêtent à des prises de paroles abondantes et à une conceptualisation poussée. Ce n’est pas le cas de l’identité comme source intime d’inspiration, comme spiritualité. Le Réseau Cultures a donc voulu créer un espace d’échange spécifique pour des personnes engagées socialement et disposées à s’exprimer sur leur spiritualité personnelle vécue. Elle risquait d’être marginalisée ou réduite à la portion congrue si elle était traitée en même temps que les questions d’identité collective, par exemple ethnique ou linguistique. Le Réseau Cultures veilla par ailleurs à ce que ce projet « Ailes et Racines » sur la spiritualité de l’action sociale et politique n’aboutisse pas à la énième conférence internationale de religion ou d’éthique comparée pour universitaires ou à un débat idéologique entre militants discutant des problèmes de société sans jamais s’interroger personnellement sur leur vécu et leurs motivations réelles.

Participèrent aux travaux de ce Projet des personnes avec des « profils » aussi divers que ce qui suit :

Une Brésilienne engagée dans les problèmes de racisme et de démocratie, et recevant impulsion du culte et de la communauté « candomblé » (religion afro-brésilienne) ; une Allemande engagée sur des questions de paix et de non-violence à partir de sa sensibilité inter-religieuse et du yoga ; un leader paysan togolais inspiré par sa foi d’ancien animiste traditionnel devenu chrétien et dirigeant un centre de développement rural ; un comédien belge engagé en théâtre-action, militant d’une ONG, inspiré par sa recherche de sens à partir d’un horizon agnostique ; une féministe thaïlandaise passionnée de démocratie sociale inspirée par la pensée bouddhiste progressiste du vénérable Buddhadasa Bikkhu ; un militant d’ONG italien et une responsable néerlandaise d’ONG, tous deux se disant en recherche de sens et s’investissant actuellement sur des questions de développement local en Europe ; un haïtien catholique, bras droit de l’ancien Président Aristide, porté par la théologie de la Libération ; une Belge engagée dans l’accueil et la mobilisation durable des réfugiés politiques et des « sans papiers » à partir d’une spiritualité hors église et inspirée par Maurice Bellet ; une militante des droits humains marocaine engagée à partir de la libre-pensée ; un universitaire sénégalais spécialisé en questions de développement et de démocratie, inspiré par sa confrérie soufie musulmane ; un militant français en matière de développement social en milieu urbain inspiré par l’Islam ; un spécialiste belge, à la fois universitaire et praticien de l’économie sociale au niveau local, inspiré par le catholicisme social et Taizé ; l’animateur français et catholique d’un mouvement pluraliste de citoyenneté axé sur les questions de démocratie et de spiritualité ; une mandataire politique écologiste belge, féministe et engagée à partir d’un questionnement pluraliste ; un syndicaliste dans l’enseignement supérieur et un leader paysan, tous deux musulmans et d’origine sénégalaise ; un ancien responsable d’ONG suisse, actuellement animateur d’un mouvement international éco-spirituel ; une religieuse catholique originaire du Nord-Est profond, passionnée par la défense des identités indiennes et noires au Brésil ; une économiste belge spécialiste de l’économie populaire au Chili ; une « tiers-mondiste » belge agnostique, proche des mouvements New Age et engagée dans des programmes intenses de réciprocité et d’échange interculturels ; un responsable belge du Réseau Cultures, inspiré par la spiritualité orthodoxe. Un nombre important de mouvements de citoyens et d’horizons philosophiques et religieux était ainsi, indirectement, présent au cœur des débats.

A l’issue du Projet « Ailes et Racines », les Européens comme les ressortissants du Sud se dirent interpellés, confortés et rassurés par cet exercice.

Interpellés car les menaces pesant sur la démocratie et sur le développement-épanouissement authentique des régions et terroirs sont réelles et, dans certains pays, catastrophiques. Les témoignages lus et entendus sont éloquents à ce sujet.

Confortés car le témoignage du courage dans la résistance et de l’ingéniosité dans la recherche et la mise au point d’alternatives sociales et économiques a quelque chose de contagieux. Il permet, au-delà du tableau parfois désespérant de notre monde, de voir se dessiner des foyers de vie citoyenne chargés d’espérance.

Rassurés, car des liens de solidarité sont envisagés entre des acteurs de la région Lombardie-Savoie, des acteurs belges, néerlandais et allemands, entre des Haïtiens ou des Togolais avec des Européens, sans parler de la Thaïlande et du Brésil qui ont découvert des occasions d’entraide en lien avec les participants européens.

Parmi les invités, des acteurs engagés dans le théâtre-action (Pérou, Belgique, Cuba, Nicaragua) et des comités de quartiers ont trouvé des synergies importantes en Europe et aussi au Maroc, au Sénégal, etc.

Le racisme étant un frein potentiel à la démocratie et au développement de toutes les forces humaines disponibles dans une région ou dans un quartier, la lutte contre le racisme a retenu l’attention des participants et des solidarités sont nées à ce sujet entre le Brésil, le Maroc, le Togo, la France, les Pays-Bas et la Belgique. Une lecture renouvelée de l’Islam a trouvé des acteurs compétents et engagés de France, du Sénégal et du Maroc. Des représentants de mouvements visant à promouvoir une citoyenneté ouverte au monde, et une approche différente de la question des immigrés, réfugiés et « sans papiers » d’Italie et de Belgique ont tissé des liens nouveaux. Les questions de démocratie ont été approfondies par le représentant d’un mouvement français intitulé « Démocratie et Spiritualité ». Il trouva un écho dans d’autres pays européens et jusqu’en Haïti où il est question de créer un mouvement semblable.

La méthodologie utilisée dans ce projet consiste à échanger témoignages et réflexions au cours de trois « vagues » de documents envoyés au secrétariat du Réseau Cultures qui les renvoit, assortis de questions, à l’ensemble des participants. La Rencontre constitue le point culminant mais non final d’un effort intensif de mise en commun, d’analyse, de réflexion et de formulation de conclusions tant sur le plan de la réflexion générale que sur celui de la pratique concrète.

Ce qui suit tente d’en rendre compte. Les références aux textes d’une des trois vagues sont notées au présent. L’usage du plus-que-parfait ou du passé composé renvoie ci-après aux débats lors de la Rencontre, et aux évaluations (quatrième vague). Cette distinction doit faciliter la recherche du lecteur.

Extrait de la REVUE "CULTURES ET DEVELOPPEMENT" du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement

Rédacteur en chef : Thierry Verhelst.

Les textes complets peuvent être consultés sur le site web du Réseau Cultures : http://www.networkcultures.net/

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