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Dr Balfour Mount

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Vivre, se préparer à mourir

Nous sommes tous appelés à "réaliser le potentiel en chacun de nous en faisant face à la vie et à la mort..."

Par Dr Balfour Mount

Ma première rencontre avec le docteur Mount remonte à un an... Je commencais à m’intéresser aux soins palliatifs, et décidai de lui rendre visite pour en savoir plus. Le comité d’accueil était composé de deux énormes chiens et d’une minuscule fillette nommée Béthanie, petite chinoise adoptée par Dr Mount et sa femme Lynda. Ils m’invitèrent à entrer. Après une discussion animée sur la vision orientale et occidentale de la mort, et sur la nécessité d’intégrer celle-ci à notre vie, le docteur Mount m’indiqua la marche à suivre pour travailler au Service des Soins Palliatifs. Après quelques mois de travail dans le pavillon, je suis retournée chez Dr Mount afin de lui poser quelques questions sur sa vision de la mort. Et de la vie.

Ce qui frappe, chaque fois qu’on le rencontre, c’est l’intensité de sa présence, sa disponibilité, sa vraie ouverture vers l’autre. Un regard profond, ’qui vous tire de derrière vos prunelles’, un sourire cordial et, surtout, une sérénité contagieuse. Cela peut sembler étonnant chez quelqu’un qui travaille avec des mourants. Mais en fait, par son attitude, Dr Mount exprime en grande partie la philosophie des soins palliatifs.

"Nous traitons les patients en tant qu’ils sont une personne, c’est-à-dire ayant un corps, un intellect et un esprit. Cela demande une attention toute particulière à la dimension de bien-être physique, mais aussi psychologique et spirituel. La souffrance physique est la première à soulager, mais ce n’est pas suffisant pour les patients. Ce ne sont pas que des corps, mais des individus, dans toute leur entité, qui souffrent et qui meurent. (...) Nous avons beaucoup à apprendre de la philosophie orientale qui, contrairement au dualisme cartésien, conçoit la personne comme un tout. L’harmonie est conservée grâce à un équilibre des forces complémentaires, le yin et le yang. La guérison, en Asie, intègre les deux et concerne le corps, l’intellect et l’esprit. Devant la mort, on se doit de considérer la personne dans toute la complexité de ces trois composantes."

C’est dans le but d’apporter des soins ’complets’ aux mourants, souvent délaissés dans notre société, que le docteur Mount a fondé le premier centre palliatif hospitalier au monde.

Selon Dr Mount, la médecine occidentale traditionnelle se concentre sur la guérison physique, ou le soulagement de la souffrance physique, aux dépens des autres aspects de la personne. On ne voit plus qu’un rein malade, ou un foie dysfonctionnel à la place d’un être humain. La dimension psychologique du patient doit être considérée. Ses peurs, son sentiment de vulnérabilité, de perte de contrôle devant un corps qui se détériore, l’angoisse de la mort et les mécanismes de défense qu’elle déclenche, tout cela affecte l’état du patient. L’influence des facteurs psychosociologiques sur le dévelopement du cancer et sur le système immunitaire a été prouvée, et de nombreux cas au pavillon des Soins Palliatifs ont attesté l’effet positif du bien-être psychologique sur la souffrance.

Une des considérations primordiales dans l’accompagnement des mourants concerne la dimension spirituelle du patient, ce quelque chose de mystérieux en plus du corps et de l’intellect.

Pour le docteur Mount, "l’esprit est l’essence même de la condition humaine. La spiritualité se distingue de la religion, qui est le système de croyances permettant la conceptualisation et l’expression de la spiritualité. La spiritualité est relationnelle, car elle ne s’exprime qu’à travers les relations, en dialogue, en communion avec les autres et avec l’Autre." Les soins palliatifs comprennent un certain accompagnement spirituel, défi plus délicat que l’accompagnement physique ou psychologique, surtout dans une société aussi multiculturelle que la nôtre. Selon Dr Mount, "nous devons répondre à la dimension spirituelle sans recours aux dogmes, soit en actualisant le sens de nos croyances personnelles, d’une manière qui transcende le discours et ouvre les fenêtres de la compréhension, sans ériger de barrières."

La notion de transcendance revient souvent dans la bouche du docteur Mount. D’après lui, "oublier notre petit moi, let go the ego est essentiel au dépassement de chacun. Nous nous préoccupons trop souvent de ce qui aurait d’être fait, comment on devrait être, et nous nous laissons torturer par notre orgueil. (...) L’égoïsme, préoccupation du moi qui nous garde dirigé vers l’intérieur, est l’antithèse de la croissance". Le personnel hospitalier, dans les unités palliatives plus particulièrement, a la possibilité d’apporter énormément aux patients en sortant d’eux-mêmes et en se laissant toucher par le patient et sa souffrance ; en recevant ce que les patients peuvent offrir, "avec réceptivité et ouverture, avec la capacité de recevoir sans l’avoir gagné, avec émerveillement" ; en vivant une expérience de dépassement, de transcendance. Les patients, ceux qui les accompagnent et nous tous, sommes appelés à transcender notre condition en osant sortir de nous-mêmes, en contemplant et en écoutant.

Mais comment atteindre cette transcendance ? La méditation est pour le docteur Mount un outil de dépassement. "Il faut d’abord s’accepter comme on est, avec nos blessures comme dit Jean Vanier. Puis se mettre en état de disponibilité... Écouter sans exiger de réponse. La méditation est gratuite. Respirer, expirer... Laisser sortir l’ego et ses frustrations avec chaque souffle. (...) Elle demande beaucoup de discipline. Humilité, gratuité et abandon. La méditation demande un oubli de soi et une présence à l’instant." C’est cette présence et cette intensité qui peut faire de chaque jour de notre vie une célébration, une prière selon Dr Mount. "J’ai rencontré dans une gare, raconte-t-il, un homme qui, à sa manière, célébrait intensément la vie. Il balayait le sol. Mais il le faisait avec tant d’abandon, de joie, et si entièrement, que j’aurais voulu, moi aussi, balayer le sol de la gare." C’est cette forme de Carpe Diem qui permet d’aller au bout de chaque instant, d’en tirer toute sa substance et de se dépasser.

La méditation est aussi un moyen de se rapprocher de l’Autre, peu importe le nom qu’on lui donne. Un moyen de trouver une signification à sa vie, ce qui demeure pour Dr Mount, l’ultime quête : la quête de sens. Pour lui, quotidiennement confronté à la mort, "trouver un sens à la vie est essentiel, ainsi que de comprendre la réalité de la vie".

Mais qu’on soit mourant, bien en vie ou mort-vivant, notre quête se fait à travers l’expérience de la totalité et de l’unicité. Se donner entièrement à la vie, et "se suivre, faire ce qu’on est seul à pouvoir faire... Car chacun de nous peut changer le monde."

Changer le monde est ce que nous sommes tous appelés à faire, selon Dr Mount. Comme nous sommes tous appelés à "réaliser le potentiel en chacun de nous en faisant face à la vie et à la mort..."

C’est ce que le travail aux Soins Palliatifs du Royal Victoria m’a aidée à comprendre. Devant notre mort, on réalise, quelquefois avec angoisse, l’urgence de vivre, et de vivre pleinement.

Comme le dit Dr Mount, "Il est très difficile d’être confrontés à notre propre fin, notre fragilité, notre condition de mortel devant l’inconnu. Mais c’est aussi l’occasion de sortir de notre petit moi, d’aller à la rencontre de l’Autre. Toute notre vie n’est qu’attente de cette rencontre. (...)

Vivre, c’est se préparer à mourir."

Dr Balfour Mount en entrevue avec Annie Jaimes

Dr Balfour Mount dirige le Département des Soins Palliatifs de l’Université McGill, où il enseigne aussi la chirurgie. Il a fondé le Service des Soins Palliatifs à l’Hôpital Royal Victoria, premier programme hospitalier de soins palliatifs au monde. ’Fan’ de Bach et d’Elton John, ayant étudié la méditation à l’École de Divinité après sa Chirurgie Oncologique, Dr Mount est un homme étonnamment vivant dont on saura sans doute apprécier l’expérience.

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