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Visions du futur, une histoire des peurs et des espoirs de l’humanité

A travers 200 œuvres représentatives des civilisations d’Occident, Orient ancien, Islam, Chine, Tibet, Méso-Amérique, Afrique et Océanie,
cette exposition thématique présente les façons diverses dont les hommes de différentes époques ont imaginé leur futur.

Par Sofia Stril-Rever

L’exposition se déroule aux Galeries nationales du GRAND PALAIS

5 octobre – 1° janvier 2001

tous les jours sauf le mardi et le 25 décembre 2000

de 10h à 20h, le mercredi de 10h à 22h

plein tarif 56 F

tarif réduit le lundi 41 F

renseignements : 01 44 13 17 47

La quête de l’éternité : triompher de la mort

La thématique de l’exposition Visions du futur est mise en valeur par une véritable scénographie qui fait de la visite un parcours ponctué de rencontres imprévues.

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Ces rencontres commencent par une série de face-à-face avec les visages de l’après-vie tout d’abord, dans la première salle où la question posée est : « Comment triompher de la mort ? » Le triomphe de la mort est illustré par des œuvres qui montrent comment des hommes ont imaginé de conserver le corps pour le faire vivre au-delà de la durée biologique. Le premier objet est un masque en or, provenant de la culture Malagana en Colombie et datant du premier siècle avant JC environ. L’or, métal précieux, qui passe pour avoir l’éclat du teint des dieux, est la matière choisie pour signifier la transfiguration de l’être de chair, une fois qu’il a quitté son enveloppe corporelle. C’est également en or qu’est modelé le masque phénicien voisin de celui de Colombie et datant du 4° ou 5° siècle avant JC.

image 132 x 151 Les lieux et l’époque ne sont pas déterminants dans cette muséographie originale et audacieuse, puisque le visiteur, passé de Colombie en Phénicie, est ensuite sollicité par des objets des cultures océaniques. Il s’agit du crâne surmodelé d’un ancêtre, dont la mâchoire a été reconstituée au moyen d’une prothèse en bois, provenant de Nouvelle Guinée. A côté, est présenté un Rambaramp, mannequin funéraire de Vanuatu. Le bracelet de dents de cochon qu’il porte indique son rang social et il entre ainsi paré dans la communauté de ses ancêtres pour y jouir de la compagnie des dieux.

Au centre de la salle, un sphinx provenant de Deir-el-Bahari, en granit rouge rappelle l’importance de l’Egypte ancienne dans les techniques à la fois de conservation et de représentation du corps défunt. D’autres œuvres de l’Antiquité illustrent la seconde vie des morts dont la mémoire se perpétue à travers leurs portraits. Ces images d’outre-tombe qui ont défié les siècles peuvent être soit codifiées par des symboles sacrés comme la Tête de Sésostris III provenant de la XII° dynastie, vers 1860 avant JC, taillée dans du schiste vert ; soit idéalisées comme la Reine de la chefferie de Bansoa, œuvre Bamiléké du Cameroun, datant du début du XX° siècle, ou l’Impératrice chinoise de l’époque des Ming (1367-1644) ; soit encore plus réalistes comme les différents portraits de Mehmet II, réalisés au XV° siècle par des artistes italiens.

Il nous arrive aussi des messages de ceux qui n’ont pas voulu quitter leur corps sans laisser des traces durables en bâtissant pour l’éternité. Dans une Tablette de fondation, le roi Sargon II, à Khorshabad au VIII° siècle avant JC, a gravé dans l’or le texte suivant en caractères cunéiformes : « J’ai construit un palais d’ivoire, d’érable, de buis, de mûrier, de cèdre, de cyprès, de genévrier, de pin, de pistache / Puisse un prince futur restaurer ces ruines, inscrire un texte commémoratif et le mettre à côté du mien ! » Le vœu de Sargon II ainsi présenté sur une tablette en or de quelques centimètres carrés a, de façon émouvante, survécu au passage du temps. Il est comme exaucé dans cette exposition qui lui donne une nouvelle vie, vingt-siècles plus tard, dans notre regard. Mais nous sommes assurément impuissants à restaurer la gloire de ruines définitivement enfouies dans le passé. Cette tablette voisine avec des maquettes de tours des civilisations de l’Euphrate et avec les figurines-clous qui, en Mésopotamie, fixaient symboliquement les temples au sol. Et les bâtisseurs existent encore dans notre mémoire avec une Brique de fondation de la salle hypostyle du temple du roi de Suse, Shutruk Nahhunte, qui régna au XII° siècle avant JC. Tous les vestiges de cette salle sont le vivant témoignage d’ambitions démesurées, à la mesure de l’éternité rêvée.

Avec une salle consacrée aux héros, les commissaires de Visions du futur ont voulu donner une version où la quête d’immortalité a laissé des traces dans l’imaginaire des hommes. Le souvenir d’actes grandioses, surhumains, transmis par les œuvres, le cède à la mise en mémoire de la plastique du corps dans la pierre. Et le parti-pris de transversalité culturelle et chronologique de l’exposition veut que l’Illustration de couverture pour Captain America de Mike Zeck, créée en 1962, voisine avec Gilgamesh, le « Héros au lion » de Khorsabad représenté par Eugène Flandin en 1844 à la mine de plomb, ou avec Ajax et Achille jouant aux dés, peints par Euphiléos sur une amphore du VI° siècle avant JC, ou encore avec Alexandre devant l’arbre parlant, œuvre du XV° siècle, ou enfin avec Gesar de Ling, thangka tibétaine représentant le jeune héros qui, à 24 ans, à la tête de ses armées, part reconquérir son épouse que le roi de Hor a enlevée.

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On citera enfin, au centre de cette salle des héros, la vitrine où sont rassemblés quatorze Cavaliers funéraires chinois de l’armée d’un général, terre cuite datant de l’époque Han (220-25 avant JC) où le cheval était regardé comme le principal acteur des conquêtes terrestres et économiques.

L’attente de la fin des temps : une seconde vie pour l’âme

Vaincre la mort ne se limite pas à conserver le corps et lui permettre une survie à travers les techniques de momification qui le font perdurer, la sculpture qui en préserve l’apparence ou l’architecture qui l’abrite. La religion donne l’espérance d’une vie après la vie. Les chrétiens sont le corps du Christ vivant. Au moment du Jugement dernier, la chair revient sur le corps des gisants. Sur les sarcophages des débuts de l’ère chrétienne, on grave des chrismes, monogrammes du Christ, comportant les deux lettres grecques, alpha et oméga, qui scellent le commencement et la fin des temps.

Au centre de la salle intitulée « La résurrection universelle », on voit côte à côte deux sarcophages, celui de Théodore, en marbre, datant du VI° siècle, et celui de Saint Drausin, également en marbre, de la fin du VI° siècle. Dans cette salle est aussi présenté un linteau de la Chapelle de Mancioux du début du XII° siècle, avec un Chrisme porté par deux anges. Le monogramme, symbolisant la source et la fin du cosmos est à l’image de la domination du Christ sur l’ensemble de l’univers et de la rémission des péchés accomplie par le Christ sauveur. Le Jugement dernier est le thème de plusieurs œuvres du XVI° siècle, de Hans Dürer, Jan van Eyck, Jean Cousin. Dans ce dernier tableau, les ruines d’une cité indiquent la fin du monde. Elles sont surmontées d’un Christ en gloire irradiant de lumière. Dans les nuées, une croix symbolise la promesse du salut. Et un texte nous plonge dans l’imaginaire de l’époque sur le thème du tableau : « Les temps sont accomplis et les astres tombent de la voûte céleste, désormais inutiles pour la mesure de l’éternité… déjà les sépulcres ont lâché leur proie, la faucille à la main, les anges parcourent en tous sens la moisson des justes et des pêcheurs. »

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Jan Van Eyck représente lui le Christ assis sur au trône au-dessus d’un arc-en-ciel. Le Jugement dernier marque en effet la rencontre de la terre et du ciel que symbolisent les sept couleurs de l’arc-en-ciel.

Sept couleurs pour les sept sacrements de l’Eglise, les sept dons de l’esprit, les sept sceaux de l’Apocalypse. L’attente du Jugement dernier se situe entre crainte et espoir. Serons-nous parmi les élus que le Christ accueille ou parmi les damnés qu’il renvoie loin de sa gloire ?

image 275 x 199La salle suivante est organisée sur le thème de la pesée des âmes qui est au carrefour de l’imaginaire de nombreuses cultures. L’espoir d’avoir mérité le paradis et la crainte du châtiment inspirent les différentes œuvres sélectionnées. L’Antiquité est représentée par une Psychostasie, conduite des âmes défuntes, peinte sur une amphore par Niçon, au V° siècle avant JC et par le Livre des Morts de la dame Nehemesrattouy, dessin sur papyrus datant de la Basse Epoque, IV°-III° siècle avant JC.

Les diverses autres œuvres appartiennent à la culture de la chrétienté. Dans un tableau du Tintoret, Le Paradis, décor de la salle du Grand Conseil du Palais des Doges de Venise, datant de 1580, des cercles de lumière indiquent la plus ou moins grande proximité avec le centre, irradiant de l’amour divin. Un extrait du texte Le Paradis, chant XXXI, accompagne l’œuvre : « Et dans le milieu, ailes déployées, je vis plus de mille anges en liesse… Là je vis à leurs jeux et à leurs chants rire une beauté qui donnait de la joie aux yeux de tous les autres saints. »

L’archange Saint-Michel est la grande figure qui domine cette salle où se joue le destin individuel des âmes. Dans Saint-Michel partageant les âmes, huile sur bois d’un retable italien du XV° siècle, l’archange est le soldat de Dieu, victorieux des démons. Il porte la tenue de ce combat contre le mal qui n’est pas différente de celle d’un guerrier de l’époque : cotte de mailles en fer, armure, cuirasse. Il brandit le glaive de sa main droite et dans la gauche tient une balance pour effectuer la pesée des âmes. Les justes sont dirigés vers Saint Pierre, à la porte du paradis et les méchants vers le diable, à la porte de l’enfer où rougeoie le feu de la damnation.

Une belle citation d’Anatole France accompagne le Tympan de la porte de l’Enfer de Rodin (1880-1917) : « Nos tourments éternels sont en nous. Nous portons en nous le feu qui nous brûle. L’enfer est cette vie durant laquelle on meurt sans cesse ». Ce texte est extrait d’un commentaire que France écrivit le 17 juin 1900 à propos d’une exposition Rodin.

Loin de la crainte et des peurs liées au châtiment, les artistes ont aussi développé des visions heureuses du jardin d’Eden. De la Renaissance au XIX° siècle, ils fusionnent les paradis issus de l’imaginaire chrétien et les nouvelles terres révélées par les grandes découvertes.

L’ Eden est les Amériques rêvées, la nature exotique, abondante et généreuse, associée à l’innocence de l’âge d’or. Le Fleuve du Paradis, bronze doré de 1150, Les Fleuves du Paradis, plat de reliure en cuivre doré du XII° siècle, La Cité de Dieu, figuration du jardin clos d’Eden à la fin du XV°siècle, le Plan du Paradis page d’un guide illustré de La Mecque du XVIII° siècle sont présentés avec le Triptyque de la Vierge à l’Enfant (deuxième moitié du XV° siècle).

Dans le décor d’un jardin de prière et de béatitude, Marie, entourée d’anges, intercède auprès de son fils et de Dieu pour les vivants et pour les mort. Ces œuvres voisinent avec Nave Nave Mahana, huile sur toile de Gauguin, datant de 1896. Le tableau dont l’intitulé signifie « Jours délicieux » correspond au dernier voyage dont Gauguin ne revint pas. Dans cette période de sa vie où la mort était proche, les îles océaniennes étaient devenues l’image d’un paradis personnel.

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De même Gustave Moreau représentant L’âge d’or (1180) assimile l’Eden à la candeur et à la pureté d’un renouveau du monde où les passions n’existent pas et où s’exprime la simplicité de sentiments primitifs.

Dernier thème de cette deuxième partie de l’exposition : l’apocalypse et la fin du monde. Le monde chrétien s’efface devant les visions orientales de fins des temps.

Ce sont Kalki et Devadatta, gouache sur papier représentant le dernier avatar de Vishnu. Dans ses dix avatars, le dieu de l’hindouisme combat des pouvoirs maléfiques et sauve le monde. A la fin de l’ère actuelle, il apparaîtra comme une comète pour sauver l’humanité et instaurer une ère de pureté et de paix universelle.

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Un Stupa de l’époque Nara au VIII° siècle est un exemplaire prélevé parmi des milliers d’autres semblables que la princesse japonaise Komyo fit enterrer dans ses îles.

Chaque stupa contenait un texte de prière écrit afin que les hommes du prochain cycle connaissent leurs ancêtres.

image 169 x 329Une statue de Maitreya, provenant du Népal et datant du IX° siècle, représente « le bodhisattva du futur », tenant dans sa main gauche l’élixir d’immortalité.

Et sur une Bannière au lièvre de la dynastie Ming (1368-1644), un lièvre blanc, est l’habitant de la lune qui passe pour confectionner l’élixir d’immortalité au pilon et au mortier.

Enfin, deux œuvres sont consacrées à Shambhala, terre pure de bouddhéité et royaume des rois-Kalkins qui tiennent en main, dans l’invisible, les destinées de ce monde. Dans une thangka de Mongolie, datant du XIX° siècle, Le royaume de Shambhala et la bataille de la fin du monde, le mandala de Shambhala est représenté à droite, cercle entouré de montagnes blanches recouvertes de neiges éternelles. Au centre, dans un autre cercle de pics neigeux, se trouve Kalapa la capitale du royaume où règne le roi de Shambhala, Suchandra, assis sur un trône qui fait face au palais de Kalachakra.

Suchandra, « Seigneur de la lune parfaite », est émané de la déité Kalachakra, tout comme Raudrachakrin, « Le Seigneur des larmes à la roue », vingt-cinquième roi-kalkin de Shambhala. Sa manifestation terrestre brandit un javelot duquel il transperce les Mleccha qui, dans cette bataille de la fin des temps prophétisée pour l’an 2424, ont entrepris d’attaquer Shambhala. Les guerriers de Shambhala sortent d’une passe neigeuse qui permet de quitter la terre pure pour rejoindre notre monde.

Raudrachakrin, dernier roi de Shambhala, sur le même thème, est une autre thangka du Tibet, datant de la fin du XVIII° siècle qui représente le roi-Kalkin assis sur le trône du lion dans le mandala de Shambhala dont les montagnes sont dites « aussi pointues que des dents ». Du souverain sont émanées des nuées contenant ses armées. Cavaliers, fantassins, soldats montés sur des éléphants s’élancent hors du royaume pour mener une bataille où l’arme suprême est « l’inconcevable sagesse ». Car l’enjeu du combat est la victoire des forces de l’omniscience contre celles de l’ignorance. La déité Kalachakra et le roi Suchandra sont également représentés sur cette thangka, entourés d’un arc-en-ciel.

On revient au monde judéo-chrétien avec d’autres visions apocalyptiques appartenant aux imaginaires juif et chrétien, notamment la représentation de la Jérusalem céleste par différents artistes. Un texte dit de cette cité rêvée : « Son éclat rappelait une pierre précieuse, comme une pierre de jaspe cristalline… Les matériaux de ses remparts étaient de jaspe et la cité d’un or pur semblable au pur cristal. » Celestial City de John Martin, peintre américain du XIX° siècle, représente une vision de rêve baignée de lumière irréelle. Dans un ciel empourpré où volent des anges, se profile une cité immatérielle irisée, rose et or, sur fond de ciel bleu céleste. Tout autour, dans des paysages enluminés, des cortèges d’anges sont rassemblés, ajoutant au caractère visionnaire de la composition.

Les rêves de la modernité : bâtir un avenir commun

A partir de la Renaissance, les hommes rêvent d’autres mondes, parfois non-terrestres ou plus simplement utopiques. Avec Projet pour le Kinshasa du Troisième millénaire, datant de 1997, l’artiste Kingelez a construit la maquette d’une ville postmoderne aux gratte-ciels de couleur acidulée, surmontés de canettes de Coca et de Pepsi-Cola, d’un avion, d’une fleur de lotus, d’un planisphère etc. Ce qu’il appelle « l’extrême maquette de Kinshasa » fut selon lui réalisée en réaction au chaos urbain et comme l’image d’un rêve inaccessible.

A proximité sont exposés les instruments de la mesure du cosmos qui, au XVIII° siècle, passionnèrent l’astronome Desliles. Ce sont des astrolabes, des planétaires, des lunettes, un globe céleste somptueusement décoré de feuilles de bronze. L’intimité de la soif de connaissance encyclopédique de ce savant est illustrée par la collection d’ouvrage qu’il s’était proposé de réunir pour composer un Traité complet d’astronomie exposée historiquement et démontrée par toutes les observations faites jusqu’à présent. Desliles mourut avant d’avoir terminé à sa quête qui se termina avec sa mort.

Le génie humain lancé à la conquête de l’immortalité s’exprima aussi dans le progrès prodigieux de la technologie et une salle de Visions du futur est consacrée aux « machines de rêve » : « Ces machines, dit le texte de l’exposition, projettent les hommes du monde moderne dans des avenirs radieux où la technique promet une vie meilleure : voiture individuelle de Paul Arzens (1942), appareil photophonique de Bell pour transmettre les messages (1880), ordinateur de Couffignal (1950). » Ces inventions dont nous connaissons les développements qui ont transformé nos modes de vie, voisinent avec la Maquette de l’oiseau volant à moteur de Léonard de Vinci, émouvante et fragile silhouette ailée de baguettes de bois qui évoque la silhouette d’une statue africaine ou d’une composition constructiviste – tout en rappelant que les rêves d’hier sont devenues les réalités d’aujourd’hui.

Enfin le trajet dans la modernité conduit à l’invention qui révolutionna ce siècle et qui fut celle de l’image en mouvement, le cinéma, avec la projection d’un court-métrage de Tom Shannon intitulé Airlands, « Terres du ciel ».

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Des sphères célestes passent sur un paysage de gratte-ciels et Manhattan s’envole dans les airs, se pose sur les anneaux de Saturne, poursuivant un voyage dans un ciel coloré, rayé de bulles qui éclatent à la surface. Des atolls du Pacifique décollent au rythme de la danse de deux jeunes gens évoluant en apesanteur. Mais laissons le mot de la fin au cinéaste. Il dit avoir voulu « créer un paradis sur terre… On finira par voler comme les oiseaux, sans appareil visible, simplement parce que c’est ce dont on a toujours rêvé. » Il filme pour « montrer des futurs désirables qui n’ont pas encore été imaginés, à seule fin d’ajouter de nouveaux buts. »

C’est certainement le mérite de Visions du futur de nous avoir proposé un regard original sur les lendemains qui seront à l’image de ce que nous anticipons aujourd’hui. A travers l’exposition l’œil est sollicité par une diversité qui reflète la richesse et la créativité humaines. Dans un parcours qui croise les traditions des aires culturelles de tous les continents, le regard est décloisonné. Rien de ce qui est présenté ne nous paraît étranger. Un patrimoine divers et commun est rassemblé pour nourrir notre réflexion. Dans ce face à face avec notre destin, une chance nous est donnée, celle de nous découvrir un dans la multiplicité des interrogations et des formes que l’humanité a données de son futur qui est notre présent, de la transcendance qui est notre devenir commun. Chacun est en tous, tous sont en chacun, une belle leçon de vie que nous enseigne, dans ces Visions du futur, la contemplation de notre après-vie.

Pour accompagner la visite de l’exposition : Catalogue de l’exposition, 280 pages, éditions RMN, 290 F ; Album de l’exposition, éditions RMN, 80 F ; Petit Journal de l’exposition, en couleur, éditions RMN, 20 F.

Illustrations reproduites avec l’aimable autorisation de le Réunion des Musées Nationaux

Octobre 2000


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