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Hugues Lagrange

Violences de jeunes, violences expressives par Hugues Lagrange

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> Bouddhisme > Intégration > Société > Développement local et durable


Violences de jeunes : violences expressives

Le passage d’une criminalité de prospérité à une criminalité associée au chômage et au rétrécissement des possibilités d’insertion sociale légale marque l’évolution récente des violences en France. Des violences dans lesquelles la dimension expressive prend une part grandissante.

Par Hugues Lagrange

Les années 1990 ont connu un développement spectaculaire des violences au sein d’espaces ordinairement protégés, comme les établissements scolaires : violences entre élèves, entre élèves et enseignants, racket. Dans cette délinquance scolaire, les violences et les confrontations verbales ou physiques ont plus d’importance que le vol ; elles concernent essentiellement des jeunes qui se connaissent. Les établissements qui ont connu le plus de violences au cours de l’année 1996 sont situés à proximité des quartiers sensibles (DSQ, contrats de ville, zones urbaines sensibles).

L’évolution récente de la délinquance des mineurs révèle une élévation du nombre des mises en cause de 93 000 en 1993 à 154 000 en 1997, soit 65 % en quatre ans, mais qu’on ne doit pas interpréter comme une augmentation massive du nombre de mineurs délinquants.

Cette augmentation peut avoir plusieurs causes, dont deux tiennent à la nature de la délinquance : l’augmentation du nombre des jeunes délinquants - ce qui est banal -, l’augmentation du taux de réitération, c’est-à-dire du nombre de mises en cause par mineur au cours d’une année donnée - ce qui l’est moins.

Une attention nouvelle portée à la délinquance des mineurs

Deux autres causes tiennent à la réaction des institutions pénales. La première cause est la transformation d’un certain nombre d’enregistrements de main courante police en signalements formels, sous forme de procès-verbaux ; le contexte des années 1993-1997, sur le plan policier, a pu favoriser une tendance à faire du chiffre, mais la motivation en serait surtout l’attention nouvelle, portée par les parquets, à la délinquance des mineurs, dont témoigne la mise en place de la médiation-réparation, laissant anticiper aux policiers une suite différente aux procédures transmises.

La deuxième cause est la transformation en procédures pénales de ce qui était auparavant signalé au titre de l’enfance en danger. À l’appui de cet argument, on peut invoquer la stagnation, au cours des années 1993-1997, des dossiers ouverts au titre de l’assistance éducative alors que les requêtes pénales connaissent une nette augmentation.

Par ailleurs, on observe que le nombre des mises en cause de mineurs augmente plus vite que le nombre d’affaires concernant les mineurs, sans doute parce que le nombre de mineurs impliqués dans chaque affaire (vol en réunion, racket à plusieurs) s’élève. Enfin, on invoque un rajeunissement de la délinquance. Cela signifie qu’il y a un accroissement du nombre des mineurs présumés délinquants, mais pas aussi important que le laisse penser une lecture, erronée, du nombre des mises en cause ; et qu’il y a, parallèlement à l’accroissement du périmètre de la population délinquante, un accroissement de l’activité des délinquants, une élévation de la dimension collective des actes délinquants, une entrée plus précoce qu’il y a dix ans et une volonté de réponse pénale nouvelle.

Accentuation de la dimension expressive

Au cours de la décennie 1986-1996, face à une multiplication des mises en cause pour coups et blessures volontaires, viols, destructions et dégradations, la progression du nombre des mis en cause pour vol est modeste. Les violences et la délinquance expressive s’étendent et se détachent de la délinquance d’appropriation et même de la violence instrumentale. Ces différences dans les taux de croissance des atteintes ont évidemment affecté la structure de la criminalité : les violences (agressions violentes contre les personnes, coups et blessures volontaires, vols avec violence) représentaient 14 % de la criminalité en 1988 et 23 % en 1996 ; parallèlement, la part des vols sans violences régressait de 70 % à 55 %.

Un aspect massif et révélateur de l’évolution de la nature des infractions peut être pris en exemple. Si les jeunes restent très fortement impliqués dans les vols liés à l’automobile, on observe une accentuation de la dimension expressive, perceptible à travers l’accroissement relatif des vols de voitures par rapport aux vols à la roulotte. Les auteurs s’intéressent moins aux autoradios qu’aux véhicules, ceux qui volent des voitures ne cherchent pas tous un gain économique, il s’agit souvent de vols d’emprunt ou de vols ludiques, alors que l’on avait observé une orientation instrumentale, dans un but de profit, dans les années 1980. De même, parmi les évolutions récentes, on note un accroissement considérable des dégradations et destructions de biens publics et privés - catégorie qui recouvre les dégradations et les incendies de voitures - concurremment au développement des violences.

Une violence plus visible

Depuis le début des années 1990, ces dégradations et incendies de voitures ont connu une croissance plus rapide que toutes les autres infractions. Elles ont pris un relief particulier, certes en raison de l’élévation de leur nombre - 15 000 au lieu de 7 à 8 000 au cours des années 1980 -, mais aussi en raison de leur mise en scène. La concentration des incendies attire l’attention : ainsi, le quartier du Neuhof à Strasbourg a baptisé un endroit propice « l’auto-grill ». La moitié des véhicules grillés sont des épaves, mais l’autre moitié est volée précisément en vue d’une immolation : cinq cents dans l’agglomération de Strasbourg en 1997. Le grill d’auto est plus rare à Mulhouse. C’est aussi une pratique répandue dans la banlieue lyonnaise, où l’on dénombre 700 incendies volontaires de véhicules par an vers 1995-1997, et dans les villes du Nord, Lille et Roubaix. Les incendies les plus massifs ont lieu lors des rencontres européennes de football - sans doute parce que l’emploi du temps policier plus chargé ménage des possibilités d’action mais aussi peut-être pour protester contre le prix des places. Les voitures sont choisies au hasard, en général par de très jeunes gens encore inexpérimentés, qui montrent, « en cramant une caisse », qu’ils sont passés du côté des grands. Sous réserve d’inventaire, les incendiaires ne sont pas des délinquants d’habitude, souvent ce sont des mômes, parfois des jeunes gens démunis au seuil de la majorité. Rien n’indique que les jeunes issus de l’immigration y aient une part importante : ainsi, parmi les 31 interpellations faites à Strasbourg au cours de la première semaine de l’année 1998, quatre seulement concernaient des jeunes nés de parents étrangers.

Deux courbes qui évoluent de concert : vois avec violence et chômage des jeunes

Avec les « caillassages » de bus durant l’automne et le début de l’hiver 1997, dans la région lilloise et celle de Rouen en particulier, ces manifestations ont acquis une grande visibilité, à l’instar des règlements de compte meurtriers entre bandes rivales. Les violences touchent à la fois les jeunes eux-mêmes, et ceux qui sont en contact avec eux sur la voie publique et dans les transports collectifs : progression des infractions pour outrages aux dépositaires de l’autorité - en clair, affrontements directs entre la police, les personnels de transports et les jeunes des cités. La géographie des affrontements collectifs et des incendies de véhicules des années 1994-1997 se situe, d’après ce que l’on sait, dans la couronne parisienne et l’Est lyonnais d’une part, sur une ligne de frontière de Dunkerque à Monbéliard, d’autre part.

Au total, à côté d’une délinquance de profit, classique en somme, se déploient des violences interpersonnelles et une délinquance ostensible, menée collectivement, sans but de profit, visant les autorités au sens large.

L’évolution du crime et des délits contre les biens et les personnes, en France, depuis la seconde guerre mondiale, traduit la domination successive d’une criminalité d’appropriation, tirée par l’augmentation des opportunités, puis d’une criminalité violente et expressive suscitée et entretenue par la pression du chômage, c’est-à-dire par la croissance de la population potentiellement délinquante.

Entre 1975 et 1995, le ralentissement durable de la croissance économique (1), la récession et le développement du chômage sur une grande échelle, écartent une masse croissante de jeunes des voies légales de réalisation de soi par l’emploi rémunéré. Depuis vingt ans, le taux des vols avec violences évolue en phase avec le taux de chômage des jeunes. Ainsi, les taux d’infractions s’élèvent entre 1975 et 1985 avec le taux de chômage ; l’amélioration relative de la situation de l’emploi entre 1985 et 1989 correspond à une baisse des taux de toutes ces catégories d’infractions ; enfin, la détérioration renouvelée de l’emploi des jeunes entre 1989 et 1994 correspond à une remontée des atteintes. Un an après la fin de leurs études, les taux de chômage des jeunes non ou très peu diplômés sont corrélés avec le taux des infractions contre les biens et surtout des violences. Pour ces jeunes « galériens » l’incidence du chômage est plus forte et intervient plus précocement que pour les diplômés.

Par Hugues Lagrange, sociologue au CNRS

Ce texte est tiré d’un article déjà paru : La délinquance des mineurs et les violences d’Hugues Lagrange dans Regards sur l’actualité, n’ 243, La Documentation française, Paris 1998.

(1) L’accroissement du pouvoir d’achat du salaire annuel ouvrier de 3,8 % entre 1945 et 1975, s’est réduit à 0,6 % entre 1975 et 1995.

Mai 2000

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