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Violence et non-violence

Par Dr Trinh Dinh Hy

Le Bouddha Gotama

Lorsque l’on porte un regard en arrière sur le siècle passé, et que l’on suit les informations sur les actualités quotidiennes, on ne peut s’empêcher de faire un constat terrible et angoissant : notre monde est de plus en plus violent.

Bien sûr, de tout temps il y a eu des guerres, des massacres, des oppressions de toute sorte. La paix, tant rêvée par les hommes, n’a jamais duré très longtemps, même dans les parties les plus épargnées de la planète. Les sociétés humaines sont ainsi faites, et il faut se faire à l’idée que nous vivons comme des animaux, dans une jungle où " manger ou être mangé " est la règle, et où " l’homme est un loup pour l’homme ". L’agressivité fait partie même des moyens de sauvegarde de la vie, puisque la loi naturelle veut que seuls survivent les individus qui savent se défendre.

Mais, ce qui est plus nouveau et inquiétant, c’est que les acteurs de la violence disposent des moyens de plus en plus efficaces et destructeurs. En quelques siècles, on est passé des armes blanches aux armes à feu, aux explosifs, puis aux armes nucléaires, chimiques, biologiques, pilotées par ordinateur, par rayon laser, et dans ce domaine les recherches technologiques vont bon train, financées par de puissants lobby de l’armement.

La violence est aussi devenue civile et pas seulement militaire, rurale et pas seulement urbaine, entre ethnies et pas seulement entre nations, gratuite et pas seulement par nécessité.

Et ce qui est grave, c’est qu’elle semble de plus en plus répandue, à l’école, sur les routes, sur les lieux de travail... On dirait qu’elle est contagieuse parmi les jeunes, véhiculée par les médias, et que rien ne l’arrête, pas même les lois (souvent trop laxistes), que la police (de plus en plus démotivée) tente vainement de faire respecter.

La violence moderne se vit au quotidien, avec selon des statistiques récentes, 11000 délits et des dizaines de voitures brûlées par jour, en France...

Qu’est-ce que la violence ?

C’est par définition " le caractère de ce qui se manifeste, se produit et produit ses effets avec une force intense, extrême, brutale ".

Elle peut être évidente, sous forme d’agressions de toutes sortes : guerres, massacres, déportation, assassinats, meurtres, viols, enlèvements, braquage, racket, vols, coups et blessures, maltraitance... Mais elle peut être simplement verbale : injures, diffamation, harcèlement... jusqu’à revêtir les formes les plus subtiles d’oppression, de contrainte.

Elle peut surgir de la simple misère, physique ou morale. Par exemple dans la situation de celui qui sombre dans la dépression, qui se fait violence jusqu’à se supprimer, parce qu’il n’a plus rien à espérer de la vie.

En vérité, quelle est la raison profonde de la violence ? Répondre à cette question, c’est déjà amorcer une solution au problème.

Il n’y a probablement pas une mais de multiples raisons à la violence, comme à chaque situation violente peuvent correspondre de multiples facteurs déclenchants et de multiples conditions qui les déterminent.

Il y a tout d’abord des situations qui nourrissent la haine, les rancoeurs, et en font le creuset d’une violence contenue, laquelle pourra devenir un jour explosive. Ce sont toutes les formes d’oppression d’un groupe d’individus par un autre, l’occupation d’un pays par un autre pays, la confiscation du pouvoir par un tyran ou un parti unique au dépens de la grande majorité du peuple. C’est la situation désespérée d’un classe sociale miséreuse et laissée pour compte, à côté d’une classe nantie et privilégiée. Ce sont, en général, toutes les situations de déséquilibre social qui génèrent un sentiment d’injustice, d’oppression, de révolte, et donc des germes de violence.

A l’échelon individuel, on retrouve à chaque fois les mêmes ingrédients de la violence : les passions (dont la haine), l’ignorance, le déséquilibre mental des acteurs de la violence. La violence est une expression du mal-être de l’individu lorsqu’elle est isolée, ou de la société lorsqu’elle est collective.

Il suffirait - mais il est plus facile de le dire que le faire - de dépassionner, de ramener à la raison, à l’équilibre mental l’acteur de la violence, pour que celle-ci disparaisse. Un homme équilibré, bien dans sa peau, heureux et lucide, aimant soi-même et les autres, ne peut pas être violent. Comme le disait Socrate, " Nul n’est méchant volontairement ".

En fin de compte, la violence se trouve, non pas en dehors, mais à l’intérieur de chacun de nous.

Si l’on veut lutter contre la violence, il faut l’extirper à la racine, c’est-à-dire de notre esprit. Plutôt que contre la violence, c’est contre l’esprit violent qu’il faut lutter.

Que faire face à la violence ?

- La réaction habituelle face à la violence est de répondre par la violence. C’est le vieil adage " Oeil pour oeil, dent pour dent ", ou la loi du talion. Il suffit que quelqu’un m’insulte, parce que je l’ai bousculé au passage, pour que je lui réponde aussitôt par une autre insulte. Que quelqu’un me fasse une queue de poisson en voiture, pour qu’aussitôt je cherche à lui rendre la pareille. Les violences ainsi s’enchaînent, incontrôlables par l’un et l’autre des antagonistes, jusqu’à ne plus s’arrêter. A l’échelle de deux pays, c’est une guerre qui peut durer des siècles, d’un coût exorbitant en vies humaines, en deuils, en richesse nationale. Comme le dit un proverbe chinois, " Lorsque deux tigres s’entredéchirent, le plus petit est tué, le plus grand grièvement blessé ". Ce n’est pas assurément la meilleure réponse à faire à la violence, mais c’est malheureusement la plus courante.

- Une autre manière de réagir est de ne rien faire, c’est-à-dire de laisser faire. Attendre que l’orage passe, que le sujet violent s’apaise de lui-même. C’est le principe du non-agir.

- Enfin, une troisième attitude est de refuser la violence, d’où qu’elle vienne. Ne pas accepter la violence qui s’abat sur soi, mais ne pas répondre non plus par la violence : c’est le principe de la non-violence.

Qu’est-ce que la non-violence ?

La non-violence peut revêtir deux significations :

1. L’abstention de toute violence, dans quelque domaine que ce soit.

2. Le principe de conduite en vertu duquel on renonce à la violence comme moyen d’action politique.

Le principe de non-violence est appelé en Inde a-himsa (privatif de himsa = nuire, endommager), mot qui peut ainsi avoir une traduction courante : non-violence, ou une traduction technique : non-nuisance.

En dépit des entorses dans la pratique quotidienne, ahimsa reste une des valeurs fondamentales de la civilisation indienne.

Dans le Bouddhisme, elle revêt une importance capitale, car la première observance des cinq règles morales (sila, gio’i) du pratiquant bouddhiste est de " s’abstenir de tuer, d’attenter à la vie (avihimsa, không giê’t ha.i) ". Cette règle est fondée sur la croyance au cycle de renaissances (samsara, luaân hoài), à l’idée que tous les êtres sont à la fois interdépendants par la loi de la production conditionnée (pratitya-samutpada, ly’ duyen khoi) et des manifestations de la Vacuité (sunyata, Khoâng). Ce sont aussi les vertus cardinales bouddhiques de l’amour universel et la compassion (maitri, karuna, tu` bi), qui incitent naturellement au respect de la vie.

Dans le Jaïnisme, l’ahimsa est poussé jusqu’à l’extrême. Le premier grand voeu de l’adepte Jaïn est de renoncer solennellement à léser ou endommager la moindre parcelle de vie (jiva), si humble soit-elle. Ainsi voit-on encore en Inde des adeptes Jaïn balayer devant leur passage pour ne pas écraser des insectes en marchant, porter des masques pour ne pas les inhaler, boire de l’eau sans le bouillir pour ne pas tuer les micro-organismes...

Malgré ce côté excessif, il faut reconnaître que, comme beaucoup de termes privatifs en sanskrit, ahimsa peut avoir des implications positives dans divers aspects de la vie.

Ahimsa ne signifie pas seulement la non-nuisance, mais encore le respect de toutes les formes de vie, la bienveillance, la compassion envers tous les êtres vivants. " L’ahimsa n’est pas la chose simple et grossière qu’on a dépeinte. Ne faire de mal à aucun être vivant est sans doute une partie de l’ahimsa, mais ce n’en est que le plus petit aspect. Le principe de l’ahimsa est enfreint par toute pensée mauvaise, par toute hâte injustifiée, par la haine, le mensonge, le fait de souhaiter du mal à quiconque. On le viole également lorsque l’on retient pour soi ce dont le monde a besoin " (LA).

C’est peut-être justement cet esprit qui nous manque actuellement, dans cette société post-industrielle où seule compte la productivité immédiate pour l’homme, au dépens des autres êtres vivants, de la nature, de la planète Terre elle-même...

Quand l’homme moderne prendra t-il enfin conscience que ne pas nuire aux autres, c’est aussi ne pas nuire à soi-même ?

En fait, le principe de non-violence n’est pas l’apannage de l’Inde. Prêché et appliqué dès l’antiquité par de grand sages comme le Bouddha, Mo-tseu, Jésus-Christ, et certains stoïciens, il a été systématisé par Gandhi au XXè siècle, en vue d’objectifs politiques et sociaux (l’indépendance de l’Inde, l’abolition des castes, la réconciliation hindoue-musulmane), et ainsi devenu un instrument de combat d’une redoutable efficacité.

Plus tard, des luttes, comme pour l’indépendance de l’Irlande, l’égalité raciale des noirs aux USA (conduite par le pasteur Martin Luther King, lui aussi assassiné comme Gandhi par un extrêmiste), contre la misère en Sicile, contre la guerre d’Algérie en France, contre l’apartheid en Afrique du Sud, contre l’occupation du Tibet, contre l’oppression religieuse en général, se sont inspirées de ce principe de non-violence.

C’est en quelque sorte la " force du faible ", l’ultime recours devant un combat à armes inégales. En subissant la violence et en refusant d’y répondre, on brise cet enchaînement de violence, en le faisant comprendre à son adversaire et à l’opinion publique. Le scandale de l’oppression, de l’injustice ainsi dévoilé, touche les coeurs, ouvre les yeux, réveille la conscience morale de l’adversaire ainsi que de l’opinion publique, qui à son tour fait pression sur celui-ci. Finalement, ne pouvant plus persister dans la voie de la violence, l’adversaire se résoud à admettre son erreur et baisse les armes, dans une sorte de conversion à la paix, et non pas avec un esprit de défaite et de revanche.

La non-violence n’a rien d’une passivité, d’une résignation, encore moins d’une lâcheté. " La non-violence, disait Gandhi, ne consiste pas à ’s’abstenir de tout combat réel, face à la méchanceté’. Au contraire, c’est une forme de lutte plus énergique et plus authentique que la simple loi du talion, qui aboutit à multiplier par deux la méchanceté "(THF)... " Je n’hésite pas à dire que là où existe seulement le choix entre la lâcheté et la violence, il faut se décider pour la solution violente "(THF).

La non-violence est au contraire souvent un acte héroïque et exige une grande maîtrise de soi, une grande force d’âme.

" Pour devenir une force réelle, la non-violence doit commencer avec l’esprit. La non-violence qui n’embrasse que le corps, et dans laquelle l’esprit ne collabore pas, est celle du faible et du lâche ; il ne peut en sortir aucune puissance "(YI.2).

Alors que " la violence ne libère pas de la peur, mais cherche à combattre les causes de la peur, la non-violence au contraire est exempte de toute peur "(THF)... " La non-violence a pour condition préalable le pouvoir de frapper. C’est un refrènement conscient et délibéré du désir de vengeance que l’on ressent. La vengeance est toujours supérieure à la soumission passive, impuissante, mais la vengeance est aussi faiblesse "(YI.1).

Les moyens qu’utilise la lutte non-violente, comme la résistance passive, la désobéissance civile, la non-coopération, la grève générale, les marches symboliques (comme la "Marche du Sel") exercent certes une forte pression, mais une pression d’ordre moral. " La résistance passive est une méthode qui consiste à protéger ses droits par l’acceptation de la souffrance ; c’est le contraire de la résistance par les armes. Lorsque je refuse de faire quelque chose parce que cela répugne à ma conscience, je fais usage de la force de l’âme "(HS)...

Ainsi, la non-violence est une arme humaine par excellence, car elle rend plus humains ceux qui l’utilisent et ceux qui la subissent.

Elle n’est cependant utilisable que pour servir une bonne cause, une cause généreuse, désintéressée. Comme le disait Gandhi, " Je peux jeûner contre mon père pour le guérir d’un vice, mais pas pour obtenir de lui un héritage ".

Elle s’appuie avant tout sur ce que tous les sages n’ont cessé de tenir comme but, satyagraha (la force de la Vérité).

Car comme le disait Vinoba Bhave, disciple de Gandhi et ardent défenseur des pauvres, " Le champ de bataille de la non-violence, c’est le coeur de l’homme ".

Citons encore pour finir Gandhi, l’apôtre du XXè siècle de la non-violence, celui qui a su par la force de son âme libérer un grand peuple, sans l’entraîner dans un océan de larmes et de sang :

" La non-violence est la plus grande force que l’humanité a à sa disposition. Elle est plus puissante que l’arme la plus destructrice inventée par l’homme. La destruction ne correspond nullement à la loi des hommes. Vivre libre c’est être prêt à mourir, s’il le faut, de la main de son prochain, mais jamais à le tuer. Quelle qu’en soit la raison, tout meurtre ou autre atteinte à la personne est un crime contre l’humanité "(MM).

Mahatma Gandhi, saint homme que vous êtes, pardonnez nous, ainsi qu’à vos descendants, de ne pas être la hauteur de votre message !

Que celui-ci se répande encore, afin d’aider les hommes à extirper de leur coeur les germes de la violence...

(Olivet, Février 2002)

Citations de Gandhi :

(HS) Leur civilisation et notre délivrance (Hind Swaraj, or Indian Home Rule, 1938)

(LA) Lettres à l’Ashram (From Yeravda Mandir, 1937)

(MM) The Mind of Mahatma Gandhi, 1945

(THF) Tous les hommes sont frères (All Men are Brothers, 1958)

(YI.1) Young India, 12 Août 1926

(YI.2) Young India, 2 Avril 1931


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