BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Village des Pruniers
Pour Nourrir Notre Joie - Thich Nhat Hanh
Discours de Berkeley donné par Thich Nhat Hanh , le 13 septembre - Thich Nhat Hanh
La Sangha - Thich Nhat Hanh
La paix : un art, une pratique, une approche bouddhiste - Thich Nhat Hanh
Thich Nhât Hanh -
Un nouveau départ - Village des pruniers
Etre libre là où vous êtes - Thich Nhat Hanh
Même rubrique

Touche : Relaxation - Jean Pelissier
Attention les yeux - Guy Mercier
Vivre ensemble à Menla Ling -
L’art de réciter les Mantras - Gyatrul Rinpotché
La posture : une question d’équilibre - Guy Mercier
La rencontre sereine avec la réalité - Thich Nhat Hanh
La méditation bouddhique - Lama Thubten Yeshe
Autres textes
Pouvoirs supra normaux et préscience - Lama Thubten Yeshe
« Je pense donc je scie » ou Le bouddhisme est-il une science ? - Luc Marianni
Zen et médecine chinoise traditionnelle - Michel Champeau
L’amour bienveillant - Yongey Mingyour Rinpoché
Dignité en maison de retraite - Jean-Pierre Gouffault
La liberté absolue - Suzuki Shunryu Roshi
La cuisine crudivore - Geneviève Maillant
Daniel Milles

Bouddhisme aux multiples facettes par Daniel Milles

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Pratique


Une retraite au Village des Pruniers

Le déroulement d’une journée de pratique au Village des Pruniers

Par Daniel Milles

Auprès du Vénérable Thich Nhat Hanh

Une retraite au « Village des Pruniers »

Témoignage de Florence et Daniel

Mondialement reconnu pour son engagement en faveur de la paix au Viêt-nam, Thich Nhat Hanh s’est vu interdire le retour dans son pays d’origine et vit depuis vingt ans en France, où il a fondé, en 1982, le Village des Pruniers.

Cette communauté de pratique, où les citadins peuvent se retirer momentanément du monde pour approfondir les enseignements du Bouddha et leur pratique de la méditation, connaît un succès grandissant depuis 1989.

Je me souviens encore aujourd’hui de notre arrivée au Village des Pruniers, un jour de juillet 1987 . Nous nous dirigions d’un pas parisien vers le bureau d’accueil quand la sœur Chang Khong nous arrête : « Ins-pirez, expirez, inspirez... » Joignant le geste à la parole, elle entreprend de nous montrer comment on se déplace au village. Conscient de chaque pas, synchronisant mouvements et respiration, on place un pied devant l’autre sans autre but que celui d’apprécier chaque instant... « Vous êtes arrivés, il n’y a nulle part où aller ». Puis, remarquant le ventre gonflé de Florence enceinte : « Le bébé aussi appréciera. »

Nous venions de recevoir nos premières instructions de méditation. Car, au village, la méditation est dans chaque geste, chaque mouvement et chaque activité. Les trois séances d’assise dans le zendo ne constituent pas vraiment un moment privilégié de pra-tique. Le Maître l’a voulu ainsi.

Le lendemain matin, après la première séance de méditation (les adultes comme les enfants y assistent) Sœur Chang Khong nous présente à l’assemblée, puis m’invite à dire quelques mots : « Moins de vingt-quatre heures après mon arrivée, j’ ai déjà le senti-ment d’appartenir à une grande famille. » Sans le savoir, je viens de mettre à jour un élément essentiel de la vie du village et de l’enseignement du maître, un élément nouveau pour moi : nous n’existons pas sans les autres, notre pratique a besoin du soutien des autres en même temps qu’elle est une source d’inspiration pour eux. « Nous inter—sommes », répète souvent Thay au cours de ses enseignements. C’est pourquoi notre attention à l’autre doit être constante. « Thay », c’est ainsi qu’on nomme Thich Nhat Hanh, le maître que nous sommes venus écouter et rencontrer.

Le petit déjeuner se déroule en silence, ponctué par une clochette retentissant à intervalles réguliers. Tout le monde s’arrête, chacun respire profondément trois fois, puis le repas reprend. La clochette est utilisée à tout moment pour permettre au pratiquant de se recentrer, de se rappeler que chaque ins-tant se suffit à lui-même et qu’il est unique. Puis la communauté se rassemble sous un tilleul pour définir et répartir les diffé-rentes tâches : cuisine, nettoyage, jardinage. Un cercle se forme et une sœur entonne une chanson, reprise par tous. Car on chante beaucoup au village, entre deux activités, en attendant que le maître arrive ou à toute au-tre occasion. Pour les Vietnamiens, ces chants semblent naturels et ils y prennent part avec une joie évidente. Mais pour nous, Français, c’est difficile. Je sens une résis-tance, de vieux souvenirs remontent, qui m’empêchent d’être totalement avec les autres. Le lâcher-prise se fera, mais il faudra du temps. Quoi de plus naturel, pourtant, pour célébrer la vie, que de chanter ?

Vient l’heure de la marche. Je me remé-more l’un des plus beaux passages du « Guide de la méditation marchée » ( I) . « Pratiquer la méditation marchée, c’est un peu flâner, sans avoir aucun but, sans vouloir arriver à un endroit donné à un moment donné. Le seul but de la méditation marchée est de pratiquer la méditation marchée. L’important est de marcher, non d’arriver. Cette pratique n’est pas un moyen, c’est le but même et sa réali-sation. De chacun de nos pas rayonnent la vie, la paix, la sérénité. Nous n’avons donc pas à presser le pas. Nous avons plutôt à le ralentir. Nous marchons sans marcher, sans qu’un but nous attire. Et c’est pour cette raison que peut naître sur nos lèvres un demi-sourire. »

Nous marchons dans la campagne autour du village. De temps en temps, quelqu’un fait sonner la clochette et tout le monde s’ar-rête. Chacun touche le sol avec ses pieds, le ciel avec ses yeux, le parfum des champs avec ses narines et le chant des oiseaux avec ses oreilles... Des mains se joignent, le monde s’arrête. Silence. Puis le cortège repart pour s’arrêter à nouveau un peu plus loin, autour de Thay. Quelqu’un offre un poème écrit la veille, un autre une chanson, un troisième un jeu ou une histoire.

A 10 h 30, la communauté se rassemble pour l’enseignement. La première partie est destinée aux enfants mais n’est pas dépour-vue d’intérêt pour les adultes. Elle concerne souvent la manière de pratiquer dans la vie, les relations familiales, les manières d’être dans les rapports sociaux. La philosophie bouddhique se fait très concrète et n’est exa-minée qu’à la lumière de son utilité dans un environnement contemporain. L’auditoire se laisse pénétrer par les mots plutôt qu’il ne cherche à les comprendre. « La compréhen-sion se fera d’elle-même et nul effort n’est nécessaire, insiste Thay. De plus, mieux vaut oublier ce qu’on a compris plutôt que de s’y attacher et risquer d’ériger un enseignement en vérité absolue qui deviendrait un obstacle au développement plutôt qu’une aide. »

Le déjeuner, végétarien, pris en silence, est l’occasion de se remémorer l’ interdé-pendance de toute chose, d’être en contact avec les couleurs dans l’assiette, les saveurs, les odeurs, mais aussi les frères et les sœurs qui ont préparé le repas, le ciel qui a envoyé la pluie, la terre qui a bu la pluie et nourri les légumes, les paysans qui ont récolté le riz. . .

L’ après-midi ne comporte pas toujours de programme fixe. Cérémonie du thé, pré-paration d’une fête, chants ou discussion sur les enseignements du matin, le but est tou-jours de se relaxer dans l’instant présent. La méditation du thé est un événement très apprécié, à la fois rituel et léger, une ren-contre d’amis en même temps qu’un partage. On raconte des histoires, on récite des poè-mes, on chante, on danse. On s’incline sim-plement devant l’interprète pour le remercier.

A 17 heures, une heure de méditation ou de relaxation guidée dans le zendo. L’assise est pratiquée face au mur, le dos droit, les yeux ouverts ou entrouverts. On prend conscience de sa respiration sans autre but que d’apprécier le moment présent. La concentration n’est pas recherchée pour elle—même, ni d’ailleurs la paix, l’éveil, ou quoi que ce soit d’autre. Simplement être là, sans effort particulier.

Après le dîner, des groupes se forment pour discuter sur un thème généralement proposé par Thay. Puis la communauté se rassemble une fois encore pour la dernière séance de méditation et la récitation des soutras, ou pour une célébration. A 22 heures, chacun va se coucher, en silence.

( 1) Ed. La Bôi, Village des Pruniers, 1983.

Ce texte est reproduit avec l’aimable permission du Magazine SANGHA

Octobre 2000






Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling