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Vaclav Havel

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Une idée de responsabilité du monde

Qu’est-ce qui définit l’Europe ? Il est nécessaire de voir, pour l’avenir, quels rôles jouent la culture, la spiritualité et la civilisation européennes ?

Par Vaclav Havel

Qu’est-ce qui définit l’Europe ? Il est nécessaire de voir, pour l’avenir, quels rôles jouent la culture, la spiritualité et la civilisation européennes. L’Europe est un espace où se marient admirablement, en un seul courant historique, différentes sources, émanant notamment de l’Antiquité, du judaïsme et de la chrétienté. Comparé aux autres civilisations, ce courant se distingue par une conception différente du temps, comme si la tradition européenne voulait concevoir le temps d’abord sous forme d’histoire du salut, puis sous celle de l’idée de progrès, comme une possibilité de mouvement, une invitation à progresser à partir de l’ancien vers le nouveau, du pire vers le meilleur.

Projeté dans le temps européen, l’homme est sûr de mieux comprendre le monde dans toute sa dimension. Il se sent obligé, en fonction de son savoir, de l’améliorer sans cesse, de diffuser sa connaissance et ses procédés pour une vie meilleure. Il conçoit son savoir comme universel. Or, ressentant une responsabilité universelle, il se croit en droit de répandre ses idées et son progrès sur toute la planète, comme si la condition première d’une expansion était scellée dans la nature même de la culture européenne (…). L’esprit européen recèle alors une ambiguïté fatale : d’une part, un essor fantastique du savoir rationnel et, par conséquent, le respect croissant de l’être humain et de ses droits ; d’autre part, un expansionnisme viscéral. Le sentiment de responsabilité du monde, typiquement européen, revêt ainsi - paradoxalement, mais c’est logique - le visage d’un prétentieux détenteur de vérité (...).

Je ne pense pas que l’Europe en formation puisse chercher et retrouver son essence autrement qu’en repensant sa conduite, c’est-à-dire en reprenant les rênes de cette civilisation dont elle a précipité la chute pendant des siècles. Il est facile de dire en quoi doit consister cette nouvelle conduite, mais il est extrêmement difficle de la suivre réellement. Il me semble que l’Europe devrait être la première à exposer au monde actuel comment faire face à tous les dangers, toutes les menaces et les horreurs qu’il doit affronter. Qui d’autre que le berceau de la civilisation est mieux placé pour lui montrer comment renverser son évolution ambiguë ? Un tel défi ne serait-il pas un accomplissement authentique de ce sentiment de responsabilité universelle en Europe ? (…). L’Europe doit se rappeler la forme qu’elle avait épousée à l’origine de sa tradition culturelle, c’est-à-dire l’idée de la responsabilité du monde. Or, il ne s’agissait pas d’imposer sa foi, son opinion à autrui, avec prétention. Il s’agissait encore moins de l’anthropocentrisme hautain de l’homme à l’égard de la nature ! C’était autre chose : l’humble chemin de l’exemple (…). Le temps où l’Europe donnait des leçons et régnait sur le monde est définitivement révolu, et encore plus celui où elle lui imposait sa culture comme la seule véritable et la meilleure. Je suis, au contraire, profondément convaincu que le moment est venu pour l’Europe de se repenser, de se domestiquer, de se métamorphoser, avec l’humilité qui ornait jadis son blason spirituel. Si elle sert de modèle à d’autres, si elle les influence, tant mieux ! Nous avons l’obligation d’agir.

Il n’est vraiment pas indispensable de vénérer des veaux d’or, de tout subordonner au diktat de la publicité et des médias, de se laisser piéger par toutes les innovations des biens de consommation qui ont pour seul effet durable le pillage des ressources naturelles et la pollution atmosphérique. Il n’y a aucune raison de voir le sens de toute action humaine dans la croissance continue du produit intérieur brut ! (…).

Le problème, aujourd’hui, n’est plus notre méconnaissance des risques menaçant le monde et des moyens d’y faire face, mais notre incapacité à réagir. Beaucoup trop préoccupés par nos intérêts immédiats, nous avons perdu la capacité de voir les choses dans l’optique de l’éternité, de l’histoire de l’être et de sa mémoire. Qu’y a-t-il d’authentiquement européen dans cette conduite, d’européen au sens noble du terme ? Rien ! Au contraire, elle est en complète contradiction avec les idées qui ont fondé la civilisation européenne. Il est vrai que la logique interne fit aboutir le mouvement spirituel européen à la civilisation globale actuelle, technicienne et consumériste, qui court à sa propre destruction. Et, paradoxalement, c’est aussi l’Europe qui, pour toutes sortes de raisons, a la possibilité de faire basculer la situation, et de se dépasser pour ainsi dire. Enseveli et oublié, le potentiel d’une telle transcendance sommeille dans ses propres fondements spirituels.

La vocation de l’Europe dans le contexte de la civilisation actuelle (…) peut être tirée simplement d’une nouvelle lecture de livres européens très anciens, d’une nouvelle façon d’interpréter leur signification, si je puis m’exprimer ainsi. Il y a quatre ans, mourut un Juif lituanien, qui avait fait ses études en Allemagne pour devenir un célèbre philosophe français. Il s’appelait Emmanuel Lévinas. Selon son enseignement, conforme à l’esprit des plus anciennes traditions européennes - ici, sans doute, la tradition juive - c’est au moment où nous regardons le visage de l’autre que naît le sentiment de responsabilité de ce monde. J’estime que c’est justement de cette tradition spirituelle que l’Europe devrait se souvenir aujourd’hui.

Vaclav Havel

Vaclav Havel est président de la république tchèque. Ce texte reprend des extraits de son discours prononcé au Sénat le mercredi 3 mars 1999.

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