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Une éthique du bonheur et de la bonté

Le compte-rendu du livre de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, Sagesse ancienne, monde moderne

Par Sofia Stril-Rever

L’éthique nous relie à notre bonté fondamentale

Les enseignements du Bouddha visent à nous délivrer de la souffrance et, même dans leurs versions spéculatives les plus complexes, ils ne se séparent pas de cet objectif.

Le bouddhisme peut certes être défini comme une science de l’esprit, mais il faut entendre par là qu’il a élaboré une connaissance approfondie des mécanismes et du fonctionnement de l’esprit afin précisément de nous donner les moyens de transformer notre esprit. Il est important de transformer l’esprit pour en éliminer les facteurs mentaux négatifs et destructeurs. Car, sous l’emprise de pensées négatives, nos perceptions sont forcément erronées. Le monde autour de nous, qui nous paraît bon ou mauvais, est un reflet de notre propre esprit. Si nous savons regarder les êtres et les phénomènes sans projeter sur eux des notions déformées par nos pulsions égocentriques, ils nous apparaîtront naturellement parfaits. Lors de la nuit de l’Eveil, lorsque le Bouddha conçut clairement l’enchaînement des causes et des conditions qui sont à l’origine de la vie dans le cycle des existences, il réalisa la pureté profonde du samsara, son indifférenciation d’avec le nirvana. Et la bonté authentique de l’être humain est la nature de bouddha présente en chacun de nous.

Dans ses enseignements sur l’éthique, Sa Sainteté le Dalaï-Lama nous relie à notre bonté fondamentale. Il ne développe pas, à propos de l’éthique, un discours moralisateur et abstrait, mais ancre au contraire son propos dans la question du bonheur. Et le premier chapitre de son livre consacré à L’Ethique pour le nouveau millénaire est intitulé Société moderne et quête de bonheur. Au fil des pages, le Dalaï-Lama s’efforce de répondre à cette question : « S’il est si simple d’être heureux, pourquoi avons-nous tant de mal à l’être ? »1 Sa Sainteté le quatorzième Dalaï-Lama, Sagesse ancienne, monde moderne, Ethique pour le nouveau millénaire, Paris, Fayard, 1999, p. 275

« Le désir d’être heureux et de ne pas souffrir, remarque Sa Sainteté, ne connaît pas de frontières. Il est inscrit dans notre nature et, à ce titre se passe de justification. Que nous aspirions au bonheur est un simple fait. » op. cit. p. 17 Pourtant, l’aspiration au bonheur ne génère pas une logique du bonheur. Il ne suffit pas de souhaiter être heureux pour l’être ou le devenir. Dans les pays économiquement développés, où l’aspiration au bonheur peut se satisfaire de conditions de vie particulièrement enviables, force est de constater le poids de souffrances morales qui prennent les formes de l’angoisse, du mécontentement et de la frustration, de l’incertitude, du doute ou de la dépression. Le Dalaï-Lama avoue avoir été surpris de cette réalité : « Je n’avais jamais pensé que la richesse matérielle suffisait à vaincre la souffrance ; mais lorsque, du Tibet, pays à cet égard très défavorisé jadis comme aujourd’hui, j’observais le monde développé, j’avoue que je la croyais plus apte à y apporter remède. Je m’imaginais qu’avec l’allègement de la souffrance physique dont bénéficient l’ensemble des habitants des pays industriellement développés, le bonheur devait être pour eux beaucoup plus facile à atteindre que pour ceux qui vivent dans des conditions pénibles. » op. cit. p. 19

Il ne s’agit certes pas d’idéaliser le passé ou les sociétés traditionnelles. Ni le progrès économique, ni la science ou la technologie ne sont incriminés. Le mal n’est pas non plus classifié sociologiquement ou culturellement : « La souffrance psychologique et affective si répandue en Occident reflète plus vraisemblablement une disposition humaine sous-jacente qu’un défaut culturel. Cette souffrance intérieure se manifeste hors de l’Occident, dans certaines régions du sud-est asiatique... » op. cit. p.22

« Ce que je propose est une révolution spirituelle »

Et le Dalaï-Lama pointe vers la cause de ce mal-être qu’il définit comme « le manque de soins apportés à notre dimension intérieure ». op. cit. p. 30 Il s’explique : « Qu’ils nous viennent du dehors, comme les guerres, la violence et le crime, ou qu’ils se manifestent au-dedans de nous sous forme de souffrance psychologique et affective, nos problèmes resteront sans solution aussi longtemps que nous continuerons d’ignorer notre dimension intérieure. C’est cette ignorance qui explique qu’aucun des grands idéaux mis en œuvre depuis plus de cent ans - démocratie, libéralisme, socialisme - n’ait réussi à apporter les avantages universels qu’ils étaient censés procurer. A n’en pas douter, une révolution s’impose. Mais pas une révolution politique, économique ou même technique. Ce siècle en a connu assez pour que nous sachions désormais qu’une approche purement extérieure ne saurait suffire. Ce que je propose est une révolution spirituelle. » op. cit. p. 31

Avec l’ignorance identifiée comme la cause première de nos souffrances modernes, nous restons dans le droit fil de l’enseignement des Quatre Nobles Vérités. Vingt-cinq siècles après le premier sermon prononcé à Sarnath par le Bouddha, l’antidote prônée pour combattre notre souffrance-ignorance est l’éthique, shila, la deuxième des paramitas. L’éthique est la Voie hors de la souffrance que le Dalaï-Lama envisage pour le nouveau millénaire. Et il comprend la révolution spirituelle à laquelle il nous engage comme une révolution éthique.

Ethique et spiritualité se rejoignent car la spiritualité est définie par Sa Sainteté comme la transformation de notre esprit. Une transformation qui dissout les pensées négatives en les remplaçant par une attitude empreinte de bonté et de compassion, en un mot d’éthique. En ce sens, l’éthique est au fondement même de l’altruisme : « Il s’agit d’une réorientation radicale, loin de nos préoccupations égoïstes habituelles au profit de la communauté qui est la nôtre, d’une conduite qui prenne en compte en même temps que les nôtres, les intérêts d’autrui. » op. cit. p. 39

La spiritualité ainsi entendue dans un rapport essentiel à l’éthique, n’a pas partie liée avec une religion particulière, ni même avec la religion tout court. Cette spiritualité pour tous dépasse les clivages de la croyance ou de la non-croyance. Elle ne concerne pas exclusivement ceux qui croient en une religion, de sorte qu’on peut parler à cette égard de spiritualité laïque : « La révolution spirituelle que je préconise n’est pas une révolution religieuse... J’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’importait guère qu’un être soit croyant ou non : il est plus important qu’il soit bon. » op. cit. p. 38

La révolution spirituelle qui ne naît pas de conditions extérieures, telles que le développement économique ou le progrès scientifique et technologique, prend naissance à l’intérieur de nous, dans un désir profond de nous transformer pour devenir un meilleur être humain. Il s’agit d’une prise de conscience radicale qui fait de nous les artisans de notre bonheur et, de ce fait, les artisans du bonheur universel. Car le Dalaï-Lama nous engage à considérer que la souffrance de l’un est aussi la souffrance de l’autre, tout comme le chemin du bonheur de l’un passe par le bonheur de tous. Cette réciprocité fondamentale a un nom dans le bouddhisme, c’est « l’interdépendance », dite aussi « la vacuité » de toutes choses qui, en termes d’éthique, se traduit par responsabilité et bonheur.

Il n’y a pas de limite à nos actes dans la dimension

d’une réciprocité universelle

Dans le chapitre Origine dépendante et nature de la réalité, le Dalaï-Lama invite le lecteur à s’interroger sur la réalité de la réalité. L’identité du pot de terre est-elle déterminée par sa forme, ou sa fonction, ou l’eau et l’argile qui le composent ? La simplicité du pot n’est qu’apparente, son identité ne repose que sur un réseau complexe de causes et de conditions qui en font un objet émergent ou contingent, n’existant pas en soi, mais de façon dépendante.

De même la perception est un événement cognitif lié à l’interaction de différents facteurs, une construction née d’un spectre de causes et de conditions s’influençant mutuellement : organe sensoriel, objet perceptible, faculté de perception et de désignation interviennent pour rendre possible l’acte perceptif. La dépendance réside dans le rapport entre ce qui est perçu et celui qui perçoit. L’œil qui voit et l’objet vu existent en relation. Leur vacuité essentielle est leur absence d’existence indépendante ou d’identité intrinsèque séparée. Cette compréhension du monde phénoménal nous conduit à une représentation des choses et des événements comme étroitement reliés entre eux.

Traduite sur le plan éthique, l’interdépendance s’entend comme la responsabilité élargie. Il n’y a plus de limite à nos actes dans la dimension d’une réciprocité universelle où l’individu situe son intérêt personnel dans le contexte de celui d’autrui : « Du fait de l’interrelation fondamentale qui règne au cœur de la réalité, votre intérêt est également le mien. Ainsi mon bonheur est en bonne partie dépendant du vôtre. En profondeur, nos intérêts convergent. » op. cit. p. 63 Ainsi l’éthique se trouve-t-elle fondée en sagesse, sur la compréhension juste de la réalité. L’éthique est indispensable car elle seule nous offre « le moyen de s’assurer que ce que nous faisons ne nuit pas à autrui. » op. cit. p. 81 Et comme nous sommes heureux à proportion du bonheur que nous donnons à autrui, l’éthique est l’antidote à notre souffrance. Elle nous apporte « la félicité authentique qui dépend de la mise en pratique des qualités spirituelles que sont l’amour et la compassion, la patience, la tolérance, le pardon ou l’humilité, car ce sont elles qui font notre bonheur aussi bien que celui des autres. » ibid.

Un comportement éthique nous permet d’être en adéquation à la fois avec notre bonté fondamentale et avec la vraie nature des choses et des êtres. Ces thèmes que Sa Sainteté développa dans Sagesse ancienne, monde moderne, sont aussi ceux qu’il présente lors de conférences publiques, telles que celle donnée à Paris, au stade Charléty le 26 septembre 2000, devant plus de six mille personnes. Dans ce lieu culte du football, aménagé pour l’occasion avec au centre une tente où prirent place le Dalaï-Lama et son traducteur, Matthieu Ricard, à ciel ouvert parcouru de vols d’oiseaux, de nuages et pour finir de filaments d’éclairs, des mots d’une sagesse de toujours résonnèrent en décalage par rapport à l’environnement qui appelle d’autres manifestations. Mais ces mots étaient à l’unisson de notre aspiration fondamentale au bonheur et au bien qui transcende l’espace et le temps. Pour finir, c’est la prière de Shantideva qui exprimera certainement au mieux le cœur de l’enseignement de Sa Sainteté :

Puissé-je devenir en tout temps, maintenant et à jamais,
Un protecteur pour ceux qui sont sans protection,
Un guide pour ceux qui ont perdu leur route,
Une barque pour ceux qui ont des océans à traverser,
Un pont pour ceux qui ont des rivières à franchir,
Un asile pour ceux qui sont en danger,
Une lampe pour ceux qui n’ont pas de lumière,
Un refuge pour les sans-abris,
Et un serviteur pour tous ceux qui sont dans le besoin.

Sa Sainteté le dalaï-Lama, Sagesse ancienne, sagesse moderne, Fayard

Décembre 2000


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