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> Bouddhisme > Intégration > Spiritualité > Interreligieux


Un prêtre catholique zen !

Le Père Jacques Breton, prêtre catholique initié au Zen par Karlfried Graf Dürckheim, et en contact permanent avec un monastère Zen Rinzaï du Japon, illustre merveilleusement ces rencontres inter-religieuses Orient/Occident qui deviendront sans doute courantes au 21ème siècle.

Par Jean-Claude Cartier

Qu’est-ce qui vous a amené au Zen ?

En 68, j’étais aumônier à St Louis, un lycée qui prépare aux grandes écoles et se trouve face à la Sorbone. Ainsi étais-je en plein cœur de ce mai 68 de toutes les remises en questions, que j’ai vécu avec les jeunes, me demandant, pour ma part, si je connaissais si bien que ça ce Dieu dont je leur parlais.

La réponse s’étant révélée négative, j’ai été solliciter auprès du Cardinal Marty la permission de quitter mon ministère pour me consacrer à une vie plus spirituelle. Heureux de rencontrer enfin un prêtre qui ne vienne pas lui demander l’autorisation de se marier, le cardinal m’a laissé partir, et c’est comme ça que je me suis retrouvé ermite, sous la dépendance d’un évêque très ouvert - dont on pourrait dire qu’il était le Jacques Gaillot de l’époque - et qui m’a suivi dans ma démarche.

Malheureusement, cette vie d’ermite n’était pas facile, car on est face à soi-même, face à toutes ses difficultés psychiques, à ses problèmes ; et je me sentais très en insécurité. Il me fallait donc trouver en moi-même des possibilités pour libérer cet inconscient qui m’empoisonnait.

C’est dans cet esprit que je me rendais à une session organisée par les dominicains, qui s’intitulait « Sagesse du corps, prière chrétienne » et qui, en fait, était essentiellement consacrée à Dürckheim. Très heureux qu’on me parle enfin de ce corps que j’habitais si mal, j’y suis retourné l’année suivante, et y ai rencontré Dürckheim. J’ai immédiatement sympathisé avec lui, et décidé de suivre sa formation, tout au moins pendant un peu plus d’une année, jusqu’à ce qu’il fasse venir un Roshi, un maître spirituel japonais, qui nous a introduit au vrai Zen.

Pour moi, qui avait été élevé dans une religion un peu traditionaliste, et pour qui le Bouddhisme était plus ou moins démoniaque, cette rencontre a été marquante. D’autant que je me suis longuement entretenu avec le Roshi, lui posant même une question un petit peu perverse en lui demandant comment devenir instrument d’amour. Je ne sais plus trop ce qu’il m’a répondu, mais quand je suis sorti de cet entretien, il m’avait transmis un formidable dynamisme intérieur, et j’étais animé par un amour tel que j’aurais donné toute ma vie. J’ai alors pensé qu’il y avait quand même des valeurs spirituelles extraordinaires chez eux.

Ca n’était quand même pas une conversion ?

Non, mais enfin, c’était une ouverture sur des valeurs authentiques qui se trouvent dans le Bouddhisme.

Ensuite, j’ai bien sûr continué de pratiquer et, finissant par être reconnu par ma hiérarchie, j’ai été invité, en 84, à participer à un échange spirituel, organisé par le Vatican, qui eut lieu au Japon entre moines chrétiens et moines bouddhistes. Et là, ça a été la seconde grande découverte ! J’ai rencontré des moines de grande valeur, et ça m’a énormément aidé dans mon cheminement intérieur.

Maintenant, quel regard jetez-vous sur vos frères catholiques qui restent enfermés dans leur seule confession ?

Je ne peux plus porter de jugement, parce que tout mon travail consiste précisément à accueillir. Quand un prêtre vient me trouver, je l’accueille comme il est. Quelquefois, il est mal dans sa peau, d’autres fois il est trop intellectuel... mais je rencontre aussi des gens qui ont une grande dimension spirituelle.

Qu’est-ce que le Zen a changé dans votre foi catholique ?

Il faut dire que le corps n’avait pas beaucoup de place dans notre vie spirituelle catholique. Or, un tel rejet du corps est finalement contraire à ce christianisme basé sur un Dieu qui a pris corps. En tout cas, j’en souffrais, et ce que j’ai trouvé chez Dürckheim, c’est justement une unification de ma personne, corps-âme-Esprit.

J’avais aussi beaucoup de mal à quitter mon mental, à me rendre présent, à m’intérioriser, à être en communion avec les autres. Et surtout, j’éprouvais une énorme difficulté à m’abandonner, à me lâcher... J’étais souvent hypertendu. Le Zen m’a donc aidé dans ces domaines.

Enfin, bien que j’ai toujours admis que tout était Grâce, je ne savais pas comment vivre cette Grâce. J’avais une grande dévotion pour l’Esprit Saint, mais ce n’est qu’avec le Zen que j’ai compris à quel point l’Esprit, c’est le souffle. Avec Zazen, j’ai découvert qu’un geste juste, une parole juste doivent être portés par le souffle intérieur, l’énergie. Ce qui est important c’est que ce ne soit pas moi qui... mais le souffle en moi qui anime ma parole et mes gestes.

Et là où je ne suis pas d’accord avec les mouvements charismatiques, c’est que l’Esprit n’agit pas sans nous. Il faut que l’Esprit se mette en œuvre en nous. Et j’ai trouvé dans le Zen une méthode pour me laisser animer par ce souffle intérieur.

Dans les moments forts de méditation, je célèbre l’Eucharistie. En ces occasions, le Zen me met dans une telle attitude de réceptivité, d’accueil et de présence, que j’obtient un climat de présence extraordinaire où je participe vraiment à ce qui est vécu, et que ma parole est portée...

Le prêtre reprend sa dimension...

Et voilà ! Le prêtre redevient intermédiaire entre Dieu et les hommes. J’ai lu la dernière encyclique du Pape. C’est très beau, mais ça ne répond pas aux vrais questions, ça reste au plan intellectuel. Je crois profondément à la philosophie, mais si je ne suis pas en attitude pour pouvoir l’accueillir, ça ne sert à rien. Si ça n’atteint pas une expérience, ce sont des mots, tout ça !

Jusqu’à présent vous m’avez parlé de la technique du Zen, mais vous n’avez pas dit un mot de la philosophie bouddhiste ?

Je distingue un tout petit peu le Zen du Bouddhisme, parce qu’on peut pratiquer le Zen sans être Bouddhiste. Cela dit, je ne suis pas opposé à la philosophie bouddhiste, dans la mesure où elle nous aide à entrer dans un certain vide intérieur, à nous dégager de toutes choses. Je crois à cette harmonie.

En fait, je suis en accord avec tout ce que disent les Bouddhistes. Par contre, là où je suis en désaccord, c’est avec ce qu’ils ne disent pas. Quand vous leur demandez quelle est la nature du Bouddha, quel est ce Dieu, ils ne vous répondent pas. Ils vous laissent sur votre faim en ce qui concerne toutes les grandes questions qui donnent sens à mon existence et à ma vie.

D’autre part, pour eux, il n’y a pas de relation possible avec l’Absolu. Il n’y a pas de « je » et de « tu ». Or, je ressens autant la nécessité d’une vie intérieure que d’une vie extérieure. Il n’y a pas de « je » sans un « tu ». Et si je ne vis pas ce « tu » intérieurement, je ne le vivrais pas bien avec quelqu’un d’autre. Pour ma part, je suis toujours en relation avec ce « tu ». Et c’est ce qui nous distingue. Je crois profondément que cette nature divine, je la reçois, je l’accueille en moi pour la redonner. Mais chez les Bouddhistes, il y a un terrible principe de non-dualité qui les rend prisonniers. Quand je leur parle comme je le fais en ce moment, ça les touche très fort, mais en même temps ils refusent. La relation les dérange. C’est quelque chose qu’ils n’ont pas résolu en eux-mêmes. Alors, ils parlent de la Pure Conscience... mais qu’est-ce que c’est, la Pure Conscience ?

Du point de vue de mon Christianisme, c’est quand même le Christ qui nous révèle l’amour Divin. Il y a une source d’amour profonde qui se donne entièrement, un courant d’amour qui est au cœur même de la divinité, et c’est lui que nous avons à vivre.

De leur côté, ils me reprochent d’avoir un Dieu extérieur, ce à quoi je leur répond que tout l’intérêt de la spiritualité c’est que Dieu passe justement de l’extérieur à l’intérieur.

Je ne suis donc pas en total accord avec le Bouddhisme, mais c’est pourtant ce même Bouddhisme qui m’a aidé à révéler en moi le Christianisme dont je vous parle.

En fait, je rejoins les Bouddhistes au niveau de l’expérience profonde. C’est au niveau de la doctrine que je suis à l’opposé. C’est l’expérience qui nous rapproche. C’est en exprimant notre expérience que l’on s’aperçoit qu’on a plein de points communs. Mais cette rencontre ne peut se faire que par l’intérieur. Tant qu’on restera au niveau extérieur on sera toujours en opposition.

Il n’y a qu’un Absolu. La seule chose qui puisse nous différencier, c’est l’aspect par lequel nous apparaît cet Absolu.

Est-ce que vous auriez pu, de la même manière, vous intéresser au Yoga ?

Le Zen est une méthode pour aider à l’unification de la personne, mais il y a d’autres méthodes, effectivement comme le Yoga qui, d’ailleurs, se pratique dans de nombreux monastères chrétiens.

Pour ma part, j’aurais pu adopter n’importe quelle autre méthode, mais je n’ai, par contre, jamais remis en question ma foi chrétienne, du fait que j’ai fait une expérience religieuse profonde très liée au Christ durant ma jeunesse. Et c’est parce que ma foi au Christ est ancrée, que j’ai pu m’ouvrir aux Traditions orientales.

Cette orientalisation de votre christianisme ne vous rapproche-t-elle pas des gnostiques, cathares ou autres Rose-Croix ?

Oui, c’est ça ! Bien sûr, je ne suis pas gnostique, mais ça me rapproche en partie du courant ésotérique, tout au moins d’un ésotérisme qui est demeuré fidèle à l’église. Mais pour tout dire, je me sens surtout proche des Orthodoxes dans la mesure où ils sont restés dans le courant mystique beaucoup plus que nous.

Comment votre démarche est-elle accueillie par les catholiques ?

Je suis très peu en relation avec les catholiques ne pratiquant pas le Zen. Quant aux pratiquants, il y en a qui viennent pour approfondir leur foi, et d’autres parce qu’ils ont rejeté l’église pour différentes raisons, quelquefois valables. Ils savent que je suis prêtre catholique, et retrouvent petit à petit, par l’intérieur, le Christ et l’église.

Enfin, il y en a qui ne sont pas Chrétiens et qui se trouvent simplement motivés par une démarche spirituelle. D’ailleurs, je prévois toujours un entretien préalable pour savoir si le nouveau venu vient pour des raisons psychologiques ou spirituelles. Dans le premier cas, je n’accepte pas sa candidature. Je ne leur demande pas d’être Chrétiens, mais il faut avoir une recherche spirituelle.

Comment se déroule votre enseignement ?

Il y a plusieurs niveaux. Tout d’abord, rue Quincampois, chaque premier mercredi du mois, je présente Zazen et expose ce qu’on fait à Assise. Le dimanche, je propose une séance d’initiation. Ensuite il y a des séances hebdomadaires, avec des exercices pour se détendre, et une demie heure de Zazen ; et le mercredi un temps plus fort de méditation.

D’autre part, dans le centre de Saint Gervais, j’organise des week-end, avec des Seshin, ces temps forts de méditation, et un certain travail dans l’esprit de Dürckheim avec Zazen et investigation psychologique. Un autre week-end est également prévu pour partager et communiquer au niveau spirituel et philosophique. Et tout cela s’articule toujours avec l’office chrétien, bien qu’il reste facultatif.

Bibliographie

* « Vers la Lumière, expérience chrétienne et Bouddhisme zen » - Jacques Breton - Bayard

Adresses

· Père Jacques Breton - Centre Assise - 29-31 rue Guesnier - 95420 Saint-Gervais - Tél. 01.34.67.00.39 - ou 40 rue Quimcampoix - 75004 Paris - Tél. 01 42 72 88 44

· Père Benoit Billot - La Maison de Tobie - 8 avenue Léon Gourdault - 94600 Choisy-le-Roi - Tél. 01.48.53.50.81

· Père Bernard Durel - Renseignements : 03 88 21 24 12

· Frère Reginald Stoffel - Claire Demeure - 12, rue de la porte de Bucq - 78000 Versailles

Novembre 2000






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