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Un fondement universel pour les droits de l’homme

Par Lama Denys

Nous voudrions fondamentalement et brièvement suggérer qu’il existe, en termes éthiques et spirituels, un dénominateur commun universel qui réunit toutes les traditions authentiques, et mettre celui-ci en évidence comme base des droits et devoirs de l’homme.

1) QU’EST-CE QU’UNE TRADITION AUTHENTIQUE ?

D’abord nous préférerons parler de " tradition " plutôt que de " religion " au sens où, pour nous, " tradition " englobe la notion de religion sans y être réductible. Par exemple le dialogue inter-traditions inclut toutes les traditions philosophiques, religieuses, humanistes et indigènes, et toutes n’ont pas nécessairement un caractère religieux au sens habituel. Le dharma, l’enseignement du Bouddha, n’est lui-même pas religieux au sens commun. Il est nécessaire de bien définir le terme " religion ". Si l’on entend par religion l’adhésion à une croyance, à un credo et à un formalisme, alors la voie du Bouddha, par exemple, n’est certainement pas une religion. Par contre, si l’on entend religion comme ce qui nous relie à l’absolu, à notre nature fondamentale et essentielle, ce qui est d’ailleurs aussi le sens du mot yoga, la tradition du Bouddha est une religion. Mais comprendre ainsi " religion " comme synonyme de " yoga " n’est pas l’acception la plus classique du terme. En tout cas, la voie du Bouddha peut se dire comme un yoga spirituel ou une science spirituelle.

Du point de vue de cette tradition du Bouddha, nous considérerons que toute tradition spirituelle est authentique dans la mesure où elle développe harmonie et paix, c’est là un critère fondamental. Ces qualités d’harmonie et de paix constituent elles-mêmes les fondements des droits de l’homme en envisageant essentiellement ceux-ci comme une règle universelle d’harmonie et de non-violence dans les domaines interpersonnels, prônant un respect mutuel fait de liberté, d’égalité et de solidarité. Le droit et le devoir de l’homme consistent foncièrement à reconnaître et respecter l’autre comme mon semblable, mon égal, dans son aspiration à la liberté, au bien-être, au bonheur et à éviter mal-être et souffrances.

2) UN FONDEMENT ETHIQUE ET UNE SPIRITUALITE UNIVERSELLE

- Éthique : la règle d’or de compassion

Dans ce contexte, différents travaux sont aujourd’hui engagés dans le monde autour des droits et des devoirs de l’homme dans une perspective d’éthique globale ou universelle. Ils mettent en évidence que toutes les traditions authentiques (agnostiques ou croyantes), telles que nous venons de les définir, se rejoignent dans un dénominateur commun connu comme la "Règle d’or", principe de non-violence qui préconise de ne pas faire à l’autre la violence dont je ne voudrais pas être victime. Cette règle d’or, avec ses formulations variées selon diverses religions et traditions, peut même être prise comme base et résumé de tout précepte éthique alors considéré comme développement ou extrapolation de ce principe de non-violence. Il est aussi éminemment pertinent de l’utiliser pour évaluer la validité foncière de n’importe quel précepte éthique.

D’un point de vue éthique, il s’agit finalement de respecter l’autre comme un autre moi-même, qui aspire comme moi au bonheur et qui a le même droit que moi à celui-ci. Vivre cette expérience et la mettre en pratique est ce qu’un bouddhiste nomme la compassion, et c’est ainsi qu’il la considère comme la base de l’éthique.

- Spiritualité : " sache ce que tu es ", la compréhension transcendante

Il est encore possible d’aller plus loin dans la vision d’un fonds commun universel en considérant la dimension spirituelle. De même, un dénominateur commun à toute démarche spirituelle fondamentale existe et se résume dans l’adage socratique : "sache ce que tu es " ou " connais-toi toi-même ". Cette injonction peut se comprendre comme exhortation à découvrir le fond de l’âme, son tréfonds, le Fond du fond. Elle peut aussi se comprendre comme incitation à la réalisation de ce que nous sommes fondamentalement, invitation à réaliser la nature de l’esprit-conscience ou esprit-expérience, simplement la nature de la réalité.

Cette réalisation est, pour un disciple du Bouddha, l’intelligence profonde de ce que " je suis " au-delà du je de l’individualité égotique et de ses illusions. Dans le contexte bouddhiste, cette réalisation est une démarche purement cognitive et expérimentale que nous nommons la compréhension transcendante de la réalité, l’intelligence qui transcende les illusions. Cette compréhension est la matrice expériencielle de la grande compassion.

3) L’UNITE DANS LA DIVERSITE DES TRADITIONS

La vision d’unité dans la diversité considère comme fonds commun universel l’expérience éthique et spirituelle que nous venons de suggérer. Cette expérience est fondamentale, primordiale et universelle, au-delà de l’ego et de toutes les particularités individuelles. Et les diverses formulations qui en rendent compte sont valides pour autant qu’elles y conduisent ultimement.

Cette vision n’a nullement pour propos, dans notre esprit, de proposer une nouvelle religion ou une spiritualité syncrétiste du genre "New Age". Bien comprise, la vision d’unité dans la diversité évite les extrêmes de l’intégrisme sectaire d’une part, et d’autre part du syncrétisme uniformisateur.

La perspective d’unité dans la diversité des traditions, qui n’est certainement pas uniquement bouddhiste, fait aujourd’hui son chemin. Au-delà de la simple tolérance, qui accepte ce qu’elle ne peut éviter, elle permet d’apprécier et d’honorer toutes les traditions authentiques comme une richesse du patrimoine spirituel et philosophique de l’humanité et comme autant de moyens de réalisation correspondant aux réceptivités et mentalités de différentes sensibilités humaines.

4) LA PERSONNE HUMAINE

Développant, comme nous l’avons mentionné, la compassion et la compréhension, la tradition du Bouddha a pour propos la réalisation de la personne humaine, complète et parfaite. De ce point de vue, elle pourrait être considérée comme une sorte d’" anthropologie fondamentale " qui vise à réaliser les valeurs de la personne jusqu’à leur perfection absolue. Ce n’est pas une tradition théiste car elle ne reconnaît pas un dieu créateur ou une sorte d’idole surnaturelle et conceptuelle. Le Bouddha n’est pas Dieu au sens monothéiste mais une personne arrivée à la perfection de la réalisation absolue, réalisation de la nature omniprésente qui est naturellement aussi nôtre. La tradition du Bouddha est aussi un humanisme, mais pas un humanisme plat au sens matérialiste, on pourrait peut-être dire qu’elle est un " humanisme holistique " qui considère l’homme dans sa réalité totale : corps, parole, esprit, ou corps-souffle-esprit indissociables. En bref, c’est une voie de réalisation de notre personne authentique dans sa réalité au-delà des illusions de l’ego.

5) COMPASSION EN ACTION

La tradition du Bouddha, en général et dans son aspect mahayana en particulier, développe un engagement éthique de compassion sociale, environnementale, qui est naturel dans l’esprit de ses valeurs fondamentales. L’idéal du mahayana - littéralement " la voie universelle " ou " la voie ouverte " - se vit et se pratique au quotidien dans l’environnement social de la cité. Le mahayana est fondé sur l’intelligence de l’interdépendance universelle et sur la grande compassion qui, comme nous l’avons entrevu, sont reliées dans l’au-delà de l’ego. Cette interdépendance compatissante se vit au niveau social et économique comme une solidarité, une fraternité ou une sororité. Ainsi, interdépendance et compassion conduisent à l’action solidaire.

La voie du Bouddha n’est jamais dogmatique et n’agit pas selon des règles prédéfinies. L’intelligence de l’interdépendance, dans l’ouverture qu’elle implique et la sensibilité de la compassion, conduisent en toutes les situations à agir en encourageant ce qui est à encourager et en décourageant ce qui est à décourager. Chaque pratiquant, à la lumière de sa compréhension, de son ressenti et de son vécu personnel, prend position et agit. C’est ainsi qu’il y a au sein d’Amnesty International un grand nombre de bouddhistes. Je sais que dans nos cercles, quantité de personnes soutiennent ce grand mouvement de solidarité à l’échelle mondiale. Mais ce n’est pas que des instructions leur aient été données, il n’existe pas de structure pyramidale avec des mots d’ordre descendant du sommet. Pour ceux qui le font, c’est simplement naturel, c’est un geste qui correspond à leur sentiment éthique et spirituel.

6) NON-VIOLENCE

Nous avons déjà précisé que la non-violence de compassion ou d’amour véritable est la base d’une éthique d’harmonie et de paix, le principe sous-jacent à la Règle d’or.

La violence appelle la violence, et les solutions violentes contiennent toujours en elles les germes de nouveaux problèmes. Une paix véritable et durable ne peut s’installer que dans une approche non violente. L’action de Koundune, le Dalaï-Lama, en est un excellent exemple. Il nous dit :

" Seul un souci compatissant des autres, et non pas exclusivement de soi-même, est l’unique justification d’un recours à la force. La pratique authentique de la non-violence en est encore à ses premiers tâtonnements sur notre planète, mais la poursuivre sur la base de l’amour et de la compréhension s’apparente à une quête. Si l’expérience réussit, elle peut frayer la voie à un monde beaucoup plus serein au XXIe siècle ".

Le pouvoir de la non-violence est souvent sous-estimé. Par exemple, la chute du mur de Berlin et les événements de libération de l’Europe de l’Est sont un exemple frappant de non-violence qui a eu un succès extraordinaire. Les actions d’Amnesty International en sont aussi d’excellents exemples. Dans le développement actuel de la société, les modalités non violentes de résolution de conflits ont de plus en plus d’avenir et de chance de succès. Le propre des approches non violentes est de faire qu’elles soient gagnantes sur le long terme mais cela nécessite du temps, de la patience et de l’abnégation.

7) LES DROITS ET DEVOIRS DE L’HOMME

Pour un bouddhiste, il n’y a rien à enlever à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948. Il s’agirait plutôt de la développer dans le sens d’une vision d’éthique et de responsabilité universelles et de citoyenneté globale.

Actuellement certains travaux vont dans le sens d’une amplification et d’une extension des droits de l’homme en prenant aussi en compte ses devoirs. Il ne peut exister de droits réciproques sans devoirs, en prenant la notion de devoir au sens d’une responsabilisation individuelle et globale de chacun. Devoir ne signifie pas la soumission aux arguments d’autorité d’un législateur, d’un État ou d’une Déclaration quels qu’ils soient. Sans les exclure non plus, il s’agit d’un devoir de respect des valeurs humaines fondamentales de compassion et de non-violence, bases de toute éthique, et comme nous l’avons vu, de ne pas faire à l’autre ce dont on ne voudrait être victime. C’est donc un devoir éthique.

Bien que ce ne soit pas le propos de développer cela ici, faisons simplement remarquer que cette approche éthique fondée sur l’harmonie et la non-violence a un caractère médical plutôt que juridique. Elle se situe dans l’intelligence de la santé et du bien-être plutôt que dans la raison des lois et de leurs commandements. Cette approche trouve sa valeur et sa pertinence universelle dans ce que l’on pourrait dire la santé fondamentale de la vie.

Ce qui est essentiel, en termes de droits et de devoirs, n’est pas une question de religion ou de croyance mais de valeurs humaines fondamentales, qui peuvent s’envisager complètement et parfaitement dans une vision agnostique. Ce qui ne veut pas dire athée et n’exclut donc pas non plus les croyants ; on peut avoir la croyance que l’on veut - y compris celle de ne rien croire. Dans l’expérience de compassion, l’essentiel est déjà là avant la croyance, avant les particularités spécifiques d’un credo ou d’un dogme quel qu’il soit. L’essentiel réside dans les valeurs humaines fondamentales reposant sur l’harmonie et la non-violence.

Lama V. Denys
pour Amnesty International, 2000

Institut Karma Ling
Hameau de St Hugon
F-73110 ARVILLARD
TEL. : 04.79.25.78.00 -
FAX : 04.79.25.78.08


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