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Jean-Pierre Pilorge

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> Bouddhisme > Intégration > Spiritualité > Franc-maçonnerie


Transmission royale, sacerdotale et prophétique

Au sens étymologique, le mot tradition vient du latin tradere qui signifie ce qui est transmis.

Par Jean-Pierre Pilorge

Jean-Pierre Pilorge

La notion de tradition

L’opinion personnelle ne change pas l’éternité universelle descriptive

Au sens étymologique, le mot tradition vient du latin tradere qui signifie ce qui est transmis. Ainsi, tradition et transmission sont indissolublement liés, la tradition ayant un contenu de nature métaphysique et d’ordre transcendant ou supra-humain qui peut être transféré d’un homme à un autre homme, selon des formes (le symbolisme) et des modalités particulières à chaque école de spiritualité.

Ecole de spiritualité/société de pensée

La Tradition, avec un T majuscule s’applique à tout ce qui relève de vérités principales ou de principes immuables découlant de la vérité première et unique.

Ces vérités premières ou principales rattachent toute chose humaine à la vérité divine (F. Schuon, « L’OEuvre de René Guénon », Etudes Traditionnelles, n° 256.261, Paris, 1951).

Une transmission métaphysique et cosmologique

Joseph de Maistre a affirmé qu’elle était aussi ancienne que le monde. Cette notion de Tradition postule en faveur d’une transmission consciente d’éléments invariables et sacrés. Elle comprend tout ce qui peut se relier à un principe métaphysique et cosmologique.

Son langage le plus adéquat s’avère être le langage symbolique.

Le but de la démarche traditionnelle ainsi définie est de provoquer une

compréhension des raisons profondes telle que cette compréhension débouche

sur la connaissance de l’ordre métaphysique, de l’unité du macrocosme et du

microcosme et de tous les états de l’être jusqu’à la réalisation ultime de " l’identité

suprême de l’homme et du principe divin. (Jean Tourniac, « Melkitsedeq », Bibliothèque de l’Hermétisme, Ed. Albin Michel).

Telle est la finalité de la démarche de tradition et des perspectives et techniques spirituelles qui l’accompagnent. Ces perspectives appeIlent une éthique et une structure traditionnelle comprenant une hiérarchie graduelle effectuant, à son niveau, un aspect de l’ordte traditionnel éternel et universel. L’accomplissement des actes selon leur modalité traditionnellement réglée, c’est-à-dire suivant et à l’image de l’ordre cosmique de l’univers, et en confonnité avec les principes essentiels, constitue le rite.

Tout acte qui est conforme à son prototype éternel et à ses principes étant, par essence, rituel.

La métaphysique, science des rapports entre Dieu, l’homme et la création.

Ainsi la démarche de tradition propose à l’homme initié un but à sa vie spirituelle individuelle : un ressourcement métaphysique, une réintégration progressive à son état originel, antérieur et perdu. C’est la justification des organisations traditionnelles, dont la franc—maçonnerie, lorsqu’elle reste authentiquement gardienne des principes universels qui la fondent et la justifient.

Dans le chapitre XXV de son livre intitulé : « Initiation et réalisation spirituelle » sur les degrés initiatiques (Editions Traditionnelles, Paris, 1994), René Guénon rappelle qu’il y a bien des étapes à parcourir sur le chemin des petits mystères qui prend l’homme tel qu’il est, dans son état actuel, lorsqu’il entre dans la voie, et lui propose de remonter le cycle parcouru dans le sens descendant par

l’humanité au cours de son histoire, afin de le ramener finalement jusqu’à l’état primordial, lui-même, qu’il s’agit de reconquérir.

Au-delà des limites de l’état individuel, il ne peut plus y avoir qu’une seule et unique voie, qui est nécessairement celle de la connaissance pure.

Cet état primordial recouvré, il est alors envisageable d’aborder le parcours des grands mystères en partant de l’état de l’homme véritable (état supra-individuel) qui n’est en réalité que le centre de l’état humain, et non pas la possession effective d’un quelconque état supérieur, afin de tendre vers l’homme transçendant qui connaît l’état inconditionné dans lequel seule est réalisée sa délivrance ou 1’identité suprême et son corollaire : la connaissance pure (dont les sciences traditionnelles dépendent et qui sont du domaine des petits mystères).

Dans le chapitre VIII de « Initiation et réalisation spirituelle », René Guénon précise le sens et le contenu des termes de salut et de délivrance.

Il rappelle que l’ésotérisme entendu dans son acception la plus large, c’est-à-dire la partie de toute tradition qui s’adresse indistinctement à tous, ne peut leur proposer qu’une finalité d’ordre purement individuel, et que c’est précisément cette finalité qui constitue le salut.

La délivrance consiste, elle, en la réalisation effective d’un état supra-individuel dans sa forme suprême et inconditionnée, après avoir parcouru toute l’étendue des mondes angéliques qui sépare la vision de la délivrance.

Corps, âme, esprit

Toute voie initiatique, pour être efficace, implique nécessairement une participation de l’être tout entier. Nous ne retiendrons ici que le schéma traditionnel de l’Occident judéo-chrétien du ternaire corps, âme, esprit.

En outre, comme nous allons le voir, il est possible de mettre en relation les deux initiations royale et sacerdotale avec deux domaines sacrés respectivement dénommés : petits mystères (initiation royale, art royal) et grands mystères (initiation sacerdotale).

C’est la mission première, et toujours d’actualité, de la franc-maçonnerie de tradition que de garder le rôle initiatique qui lui est dévolu, afin qu’elle conserve intégralement le dépôt sacré de la tradition unie et universelle.

Petits mystères

Dans cette perspective, le terme de petits mystères est défini comme étant la perfection de l’état humain : l’invariable milieu autour duquel s’effectue la rotation de la roue et dont l’axe central est l’arbre de vie du jardin d’Eden, axe reliant le ciel et la terre, qui procure l’état édenique qui est le fruit spirituel que peut goûter l’homme véritable (René Guénon, « La Grande Triade », Ed. Gallimard, N.R.F, Paris, 1957, 7e édition).

Grands mystères : le pontifex maximus

Quant au terme des grands mystères, il aboutit à l’homme transcendant, qui a intégré les états angéliques et leur échelle hiérarchique, qui fait la jonction entre la nature individuelle humaine (monde incarné du sensible) et la nature divine (monde supra-sensible).

Le moyen terme entre l’homme véritable (accomplissement des petits mystères) et l’homme transcendant est l’homme universel, médiateur, héritier du sacerdoce de Melkitsedeq. Celui-ci est représenté, dans le monde chrétien, par le pontifex maximus, fonction sacerdotale suprême, pont

entre Dieu et l’homme.

La voie du milieu

Il est fondé, dans la perspective de la franc-maçonnerie de tradition, de faire une analogie entre, d’une part, petits mystères et équerre, et, d’autre part, grands mystères et compas.

Le métier, représenté par le temple de Salomon

La maçonnerie de l’arche dôme, clef de voûte et temple de Zorobabel

C’est, en reprenant la tenninologie de la maçonnerie (craft) opérative, « passer de l’équerre au compas. » (« From square to arch »), passage de l’initiation Royale (le roi Salomon et les petits mystères) à l’initiation sacerdotale (Melkitsedeq et les grands mystères), véritable passage de la terre au ciel, telle l’exaltation au sublime degré de la Sainte Arche Royale de Jérusalem.

Le pouvoir royal, la royauté

Dans la royauté sacrée, que nous allons étudier, le roi à un caractère sacerdotal, qui en fait un roi-prêtre, qu’il soit du type de la royauté divine (Egypte, Chine) ou de celui de la royauté par grâce divine. A titre d’exemple, cela se traduit chez le Pape par le port d’un vêtement composé d’une robe blanche et d’une cappa rouge.

« Ce sont les rapports exacts entre pouvoir sacerdotal et pouvoir royal qui conditionnent la nature et l’état d’une société » (Jean Hanu, « La Royauté sacrée du pharaon au roi très chrétien », Ed. Guy Trédaniel, Paris, 1984). C’est la doctrine du Moyen-Age dite des deux glaives, désignant les deux pouvoirs, le glaive spirituel et le glaive temporel, extraite de l’Evangile de Luc (Luc 22-36-38), texte sur lequel saint Bernard a vu le fondement de l’attribution des deux pouvoirs au prince des apôtres, Pierre.

En approfondissant cet enseignement, le Moyen-Age a précisé la nature des deux glaives, en distinguant les notions d’auctoritas et de potestas.

L’auctoritas désigne le glaive spirituel, l’autorité spirituelle, la potestas, le glaive du pouvoir temporel. Le domaine de l’autorité spirituelle est celui de la puissance intellectuelle, de la sagesse intégrale et de la vérité divine.

Le domaine du pouvoir temporel est celui de la force, de l’administration, de la justice et de la guerre, alors que le rôle de l’autorité spirituelle est de conserver et de transmettre la doctrine traditionnelle supra-humaine (transcendante) dans laquelle la société trouve son fondement. C’est le domaine du sacré, celui du sacerdoce, dont la fonction de la science sacrée, ensuite des rites, lesquels dépendent de la science sacrée (Jean Hani, D.P., Cité).

Le sacerdoce ne comprend pas seulement les desservants et officiants du culte, mais d’abord et aussi, tous ceux qui ont pour rôle de connaître la doctrine orthodoxe, de

la maintenir et d’en approfondir la connaissance.

Au Moyen-Age, c’était la nùssion des clercs, par opposition aux laïcs, ou encore l’Eglise enseignante par rapport à l’Eglise enseignée.

Le domaine de l’autorité spirituelle est celui de la connaissance qu’elle doit transmettre à chacun selon un ordre hiérarchique (dixit Denys l’Aéropagite).

Toute connaissance traditionnelle authentique, quelle qu’elle soit, a sa source dans l’enseignement du sacerdoce. Ce qui est personnellement réservé à celui-ci, c’est la science des principes et la métaphysique (et subsidiairement lathéologie), dont les sciences dérivent, ainsi que les applications.

A son tour, saint Thomas d’Aquin développera aussi, au Moyen-Age, la même doctrine selon laquelle toutes les fonctions humaines sont subordonnées à la contemplation comme à une fin supérieure. Le gouvernement de la vie civile ayant pour vraie raison d’être d’avoir à assurer la paix à cette contemplation (saint Thomas d’Aquin, « Du gouvernement »). Il y a ainsi clairement exposé le principe de la supériorité de la contemplation sur l’action.

D’où il s’induit que la morale et les arts, au sens médiéval, c’est-à-dire les techniques traditionnelles propres aux différents métiers, dérivent de la pure science sacrée et ont pour but essentiel d’aider l’homme à y participer, dans la mesure des possibilités de chacun, et ainsi à accomplir sa destinée. Ce que le Christ a résumé ainsi :

« Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné de surcroît. » (Luc 12, 31).

« Les formes supérieures contiennent éminement les formes intérieures » (Aristote)

Autorité spirituelle et pouvoir temporel sont déterminés par leurs domaines respectifs, la contemplation ou la connaissance d’une part et l’action d’autre part. Sans jamais oublier que la contemplation doit précéder l’action car c’est la contemplation qui donne à l’action sa loi, d’où il résulte que l’autorité spirituelle est supérieure au pouvoir temporel.

De même, la métaphysique est supérieure à la physique, comme le principe est supérieur à ce qui en dérive

C’est ainsi qu’une société traditionnelle vit en harmonie, chacun faisant ce pour quoi il est qualifié. Hors de ce principe, la vie sociale ne peut être que confusion.

Ainsi, le pouvoir temporel a besoin d’une consécration de l’autorité spirituelle, consécration qui fait sa légimité, et que vise l’initiation royale (le roi Salomon).

En franc-maçonnerie, le modèle du roi, plus particulièrement pour le Vénérable Maître installé, est le roi Salomon, dont le trône constitue le signe du pouvoir temporel, telle la chaire du Vénérable Maître (et non la chaise !).

Psaume 109 : « Le Seigneur l’a juré et ne se dédira jamais selon l’ordre de Melkitsedeq. »

Le premier livre des Chroniques (29.23) désigne le trône du roi d’Israël comme étant « le trône de Yahweh » et « le trône de la royauté de Yahweh » (I Chronique 28,5). Le roi gouverne son peuple en conformité avec la loi universelle, celle avec laquelle Dieu régit l’univers.

Quant à la spiritualité chevaleresque, elle découle de la fonction royale comme étant le magis (magistère), le service dans l’armée du roi éternel, là où l’action est détachée de ses fruits, ce qui est le coeur de l’initiation active.

Le pouvoir sacerdotal, la prêtrise

Qu’était-ce que le prêtre en Israël ? Jusqu’à une certaine époque, après la sortie d’Egypte, les fonctions sacerdotales furent confiées aux premiers nés de chaque famille. D’après certains docteurs, il en fut ainsi jusqu’à l’érection du tabernacle. Dans la famille de Jacob, c’est à Ruben et à ses descendants qu’aurait dû échoir cette dignité, si le péché ne l’en avait rendu indigne.

La tribu de Lévi prit alors sa place, et chaque premier né, la part consacrée à Dieu.

Dans cette structure, le prêtre est l’envoyé, le représentant du peuple auprès de Dieu, plutôt que le représentant de Dieu auprès du peuple.

Dans la société israélite, comme dans toute société, les fonctions et les pouvoirs, d’abord concentrés, tendent à se répartir ensuite en organes distincts. Tel fut le cas après que Moïse, le grand législateur, eut été à la fois le chef spirituel et temporel des Hébreux, tant que le sacerdoce ne fut pas encore constitué.

Les attributions du sacerdoce israélite consistaient dans le service intérieur du temple et la célébration du culte public.

L’instruction qui est confiée aux prêtres concerne le culte, les rites religieux, la distinction entre le pur et l’impur, le saint et le profane, les lois alimentaires et cérémonielles.

Ils avaient la garde du dépôt de la Thorah.

La seule partie de la loi où le prêtre avait une autorité légale reconnue était la législation lévitique représentée dans le Pentateuque par un livre spécial désigné, depuis la plus haute Antiquité, sous le nom de Thorah cohanim ou loi sacerdotale (Lévitique).

Le sacerdoce

Histoire de l’institution sacerdotale dans la Bible

En Mésopotamie et en Egypte, la fonction sacerdotale est assurée par le roi, assisté par un clergé hiérarchisé.

Les patriarches bibliques, Abraham, Isaac et Jacob, exercent un sacerdoce familial en construisant des autels et en offrant des sacrifices (Génèse 22, 32-54).

Puis apparaissent des prêtres étrangers tels que Melkitsedeq (Génèse 14, 18), prêtre, roi de Jérusalem, et les prêtres de pharaon (Génèse 41, 45, et 47, 22).

A partir de Moïse, lévite lui-même, la tribu de Lévi semble avoir des fonctions cultuelles.

Elle est élue et consacrée par Dieu lui-même pour son service (Exode 32, 25-29). A côté du sacerdoce lévitique, le sacerdoce familial continue de s’exercer (Juges 6, 18-29-13, 19-17, 5-1 Samuel 7, 1).

Sous la monarchie, le roi exerce plusieurs fonctions sacerdotales : il offre des sacrifices, bénit le peuple (I Rois 8, 14). Il ne reçoit le titre de prêtre que dans l’antique psaume 110, 4 qui le compare à Melkitsedeq. En réalité, il est plutôt le chef du sacerdoce qu’un membre de la caste sacerdotale.

La référence de Josias, en 621, supprime les sanctuaires locaux et consacre le monopole lévitique et la suprématie du sacerdoce de Jérusalem.

La ruine simultanée du temple et de la monarchie (587), puis la disparition progressive du prophétisme, à partir du Ve siècle, accentue encore son autorité.

Une hiérarchie sacerdotale rigoureuse s’instaure.

Au sommet, est le grand prêtre, fils de Sadoq, qui est le successeur d’Aaron, le prêtre type et modèle. Il reçoit l’onction (Lévitique 8, 12). Au-dessous de lui sont les Chroniques 25, 26).

Les fonctions sacerdotales

Le sacerdoce exerce deux ministères fondamentaux :

- le service du culte,

- le service de la parole.

Son acte essentiel est le sacrifice, où il apparaît comme médiateur entre le peuple et Dieu.

Le sacerdoce est aussi chargé des rites de consécration (onction royale, I Rois 1, 39) et de purification.

Jusqu’à David, le prêtre exerce aussi la divination en maniant l’éphod (I Samuel 30-78), l’urim et le tummim (Samuel 14, 36-42 et Deutéronome 33, 8).

En dehors de la voie des prophètes, il y a aussi la fonne traditionnelle de la parole, dont le prêtre est le médiateur sous la fonne de I ’histoire sainte, de la loi de Moïse, et du Code de l’alliance.

Il porte au peuple, la parole de DIEU au nom de la Tradition, et non de son propre chef.

Il porte à Dieu la prière du peuple dans la liturgie et il répond à cette prière par la bénédiction divine-.

« Avec l’épitre aux Hébreux, Jésus est à la fois le grand prêtre de la nouvelle Alliance, le messie-roi et le verbe de Dieu. L’Ancien Testament avait distingué les médiations du roi et du prêtre (le temporel et le spirituel), du prêtre et du prophète (l’institution et l’événement) : distinctions nécessaires à l’intelligence des valeurs propres de la Révélation. Parce que sa transcendance le situe au-dessus des équivoques de l’histoire, JEésus réunit en sa personne ces médiations diverses : fils de Dieu, il est la parole éternelle qui achève et dépasse le message des prophètes ; fils de l’homme, il assume toute l’humanité, il en est le roi avec une autorité et un amour inconnus jusqu’à Lui, médiateur unique entre Dieu et son peuple, il est le prêtre parfait par qui les hommes sont sanctifiés. » (« Vocabulaire de théologie biblique », Le Cerf, Paris, 1988, colonne 1162, article intitulé Sacerdoce).

La première épitre de Pierre et l’Apocalypse attribuent au peuple chrétien le sacerdoce royal d’Israël (I Pierre 2, 5-9 et Apocalypse 1, 6/ 5-10 et 20, 6).

Ce sacerdoce du peuple de Dieu ne peut être exercé concrètement que par des ministres appelés de Dieu, qui assurent un service de médiation.

Le pouvoir prophétique, le prophète (le maître spirituel)

Ses origines dans la Bible

Le titre de prophète est donné à Abraham, mais c’est par un transfert tardif (Génèse 20, 7). Quant à Moïse, il est une des sources de la prophétie en Israël (Exode 7, 1-Nombres 11, 17-23), donc plus qu’un prophète (Nombres 12, 6-8). Seul le Deutéronome lui donne ce nom (Deutéronome 18, 15), en précisant que personne après lui ne l’a égalé.

A la fin de la période des juges, le prophétisme prend des aspects variés sous les termes de nabi (appelé), (IS. 9, 9), visionnaire (Amos 7, 12), homme de Dieu (Isaïe 9, 78) attribué à Elie et à Elisée (II Rois 4, 9).

Cependant, il a bien existé une véritable tradition prophétique qui se perpétua grâce aux disciples des prophètes. On est bien dans le cadre d’une tradition vivante où l’Ecriture joue son rôle (Isaïe 8, 16- Jérémie 36,4) de même que le rapport de prophète à disciple enseignant (Isaïe 50, 48 et 42, 2).

C’est de Dieu que les prophètes tiennent la parole. Le charisme prophétique est un charisme de Révélation (Amos 3, 7-Jérémie 23, 18-II Rois 6, 12), qui fait connaître à l’homme ce qu’il ne pourrait découvrir par lui-même.

Le prophète dans la communauté

Il joue un rôle, avec le prêtre, dans le sacre du roi (I Rois 1). Roi, prêtre, prophète sont pendant longtemps comme les trois pôles de la société d’Israël.

Ils éclairent les rois, tels Nathan, Gad, Elisée, Isaïe, Jérémie.

Cependant, le prophétisme n’est pas une institution comme la royauté ou le sacerdoce. C’est un pur don de Dieu (Deutéronome 18, 14 ; 19).

La destinée personnelle du prophète

C’est la vocation qui constitue le prophète. Tel fut le cas le cas de Moïse, Samuel, Amos, Isaïe, Jérémie, Ezechiel. Elle conduit toujours à une mission dont l’instrument est la bouche du prophète qui dira la parole de Dieu (Jérémie 1, 9 et 15, 19. Isaïe 6, 6S ; Ezechiel 3, 1 S). La parole prophétique est d’ordre ascathologique et non pas immédiat ; c’est nous qu’elle concerne (I Pierre I, 10 S).

Le prophète, la tradition, la loi et le culte

Prophétisme et législation sont des fonctions distinctes à l’intérieur de la société traditionnelle. Le prophète dénonce les fautes contre la loi sans attendre d’être saisi d’un cas particulier, sans référence à un pouvoir acquis auprès de la société et sans un savoir appris d’autrui. Par son charisme, il atteint le point secret où chaque homme a à se déterminer en choisissant ou en repoussant la lumière-. Les prophètes vitupèrent plus violemment les prêtres et tous les responsables (Isaïe 3, 2 ; Jérémie 5, 45) qui détiennent les normes (Osée 5, 1 ; Isaïe 10, 1) et les faussent. Contre une telle situation, la loi est sans armes. Dans la perversion des signes, le seul recours est le discernement entre deux esprits, celui du mal et celui de Dieu : c’est la situation où l’on voit s’affronter prophète contre prophète (Jérémie, 28). (« Vocabulaire de théologie biblique », Ed. du Cerf, Paris, 1988, page 1050).

Le prophète et les traditions

Les prophètes s’opposent au peuple d’Israël, qui reste fixé à une image heureuse du passé dont il désire s’assurer la reconduction indéfinie (Jérémie 21, 2 ; Isaïe 56, 12). Les prophètes ne cherchent pas le retour à un état antérieur, sans renier le passé (Osée Il, 1 5 et Jérémie 2, 28).

Le prophète et le culte

Ils ne confondent pas le passé avec ses survivances mortes et Jérémie annonce qu’il y aura une alliance nouvelle (Jérémie 31 ; 31, 34). La loi n’est pas supprimée, mais change de place. Les prophètes rappellent que les signes ont une valeur relative, en tant qu’ils n’ont pas toujours été et ne seront pas toujours tels qu’ils sont (Amos 5, 25 ; Jérémie 7, 22), et ne sont capables, par eux.mêmes, ni de purifier ni de sauver (He. 10, 1).

Le prophète dans le permanent universel

Le prophète voit d’un seul regard les vérités éternelles et les faits où ils se manifestent. Ils lui sont révélés par la grâce de son charisme. Pour lui seul, l’avenir lointain est décisif. La fin de l’histoire est l’objet essentiel de la prophétie, l’avenir étant à l’oeuvre dans le présent dont il sera l’aujourd’hui. Saint Jean-l’Evangéliste, l’un de nos saints patrons en franc-maçonnerie, en est le modèle avec son Apocalypse, révélation par excellence, de l’événement absolu, centre et fin de l’histoire humaine.

Le prophète aujourd’hui

« Puisse tout le peuple être prophète ! », souhaitait déjà Moïse (Nombres 11, 29). Et Joël voyait ce souhait se réaliser aux derniers temps (Joël 3,1 ; 4).

Le prophète n’a pas pour seule fonction de prédire l’avenir : il édifie, exhorte, console (1 Corinthiens14, 3), fonctions qui touchent de près à la prédication. Il ne saurait ramener à soi la communauté (1 Corinthiens 12, 4 ; Il). Quant au prophétisme authentique, il reste reconnaissable grâce aux règles du discernement des esprits.

1- Terminologie

Dans la Bible hébraïque, le tenne de prophète est utilisé au sens étroit du mot nabi, c’est-à-dire en relation avec des manifestations extatiques. Plus ancien est le terme de voyant (ro’eh et hozeh), assimilé au terme de prophète.

2- La forme du prophétisme

Dans l’Ancien Testament, le voyant est un précurseur du prophète et est comme la source légitime d’une révélation donnée par Dieu (ls. 28, 6).

Le prophète isolé intervient sans qu’on le lui demande, à la différence du voyant, dans la vie de l’individu ou dans celle du peuple. On considère généralement Moïse comme le fondateur et le prototype du prophétisme israélite (Dt. 18, 18). On attribue aussi le titre de prophète à Abraham (psaume 105, 15) et à Miryam (Exode 15, 20) et à Debora (Juges 4, 4).

Les prophètes classiques de I ’Ecriture, appelés directement par Yahweh apparaissent dès le milieu du VIIIe siècle (Amos, Osée, Isaïe, Michée). Leur tâche consiste en la prédication de la parole.

Après l’exil, le judaïsme a vu tarir la prophétie, remplacée par les sages et les docteurs de la loi.

3- Le prophétisme dans l’Ancien Testament

La naissance de Jésus est entourée de paroles prophétiques (Luc 1, 41 et 2, 25).

Tous les chrétiens sont, par principe, favorisés du don prophétique (Actes 2, 17 et 1 Co. 14, 1 ; 39), mais seuls des individus isolés l’exercent comme un charisme particulier, parce qu’ils sont mandatés de façon spéciale. Ils sont placés à côté des apôtres (I Co. 12, 29 ; Eph. 3, 5 ; Luc Il, 49). Unis à eux, ils constituent le fondement de I ’Eglise (Eph. 2, 20).

« Par prophétie, il ne s’agit pas d’entendre prédiction, mais bien plutôt prédication, proclamation des intentions de Dieu à l’égard de son peuple, et au-delà du peuple : du monde ! » (Jacques-Noël Perès, « Les Trois Pouvoirs », p.101, Cahiers de l’Arche N° 1, G.L.N.F.).

La prophétie n’est ni vague, ni abstraite : elle implique un temps et un lieu déterminés.

Elle est le rappel au peuple de l’Alliance, vivant l’Alliance, de cette Alliance.

Elle est anticipation du royaume de Dieu et des temps qui viennent : l’escathologie.

Le prophétisme est dans l ’Eglise. Il est dans notre époque. Il doit se traduire par : l’enseignement doctrinal et l’homélie ; la proposition claire de remèdes et de solutions aux crises actuelles des hommes et de la société ; la vision claire et précise de l’avenir proche et dernier.

« L’idée d’inspiration est proche de celle de prophétie, qui comprend elle-même dans sa vaste extension tout le déploiement des figures. Or, celles-ci ne peuvent être pleinement comprises, souvent même elles ne peuvent être décelées qu’une fois venue la vérité qu’elles annoncent. »

(Cardinal Henri de Lubac, « Histoire et Esprit. L’intelligence de l’Ecriture d’après Origène », Ed. Aubier, Paris, 1981).

Les trois pouvoirs à la Sainte Arche Royale de Jérusalem

En franc-maçonnerie de tradition, dans la direction des chapitres de la Sainte Arche Royale de Jérusalem, trois pouvoirs sont représentés par le premier principal, qui représente Zorobabel et le pouvoir royal, le deuxième principal qui représente Aggée et le pouvoir prophétique et le troisième principal qui représente Josué et le pouvoir sacerdotal. Les attributs de leurs sceptres et la couleur de leur robe dénotent les dignités royale, prophétique et sacerdotale.

Il est à souligner qu’ils sont revêtus d’une dignité plus qu’ils n’exercent un pouvoir, lequel n’appartient qu’à Dieu, qui, de sa libre volonté, éclaire par le volume de la loi sacrée ceux auxquels quelque responsabilité est confiée.

En effet, suivant la définition du Nouveau Larousse universel (Paris, 1949) le pouvoir est une faculté de faire, avoir la faculté, le moyen, l’autorité, de faire, alors que la dignité est une fonction ou une charge qu’on exerce parce qu’on en a reçu délégation (Petit Robert).

Aussi les trois pouvoirs, royal, prophétique et sacerdotal, sont issus de Dieu et c’est Lui qui constitue également ceux qui seront ses serviteurs de manière très spécifique. Ses serviteurs, c’est-à-dire ses ministres, car les fonctions royale, prophétique et sacerdotale sont des ministères. Ces trois ministères ne s’exercent pas de façon isolée, mais en harmonie (« Nous trois ici réunis, affectueux et unis », rituel d’ouverture). Qu’est-ce qu’un ministre et en quoi consiste un minsitère dans le vocabulaire biblique ? Les mots ministre et ministère sont calqués sur le latin de la Vulgate et

correspondent au grec diakonos et Diakonia.

Dès l’Ancien Testament, la réalité d’un ministère religieux accompli dans le peuple de Dieu par les titulaires de certaines fonctions sacrées est une chose attestée : les rois, les prophètes, les dépositaires du sacerdoce, sont des serviteurs de Dieu, qui exercent une médiation entre Lui et son peuple.

Le mot diakonia s’applique tout d’abord à des services matériels nécessaires à la communauté. L’esprit diversifie ses charismes en vue de l’oeuvre du ministère (Ephésiens 4 ; 12 ). La fonction de parole est toujours en tête des charismes.

Il s’agit alors d’anciens, qui ont le titre de presbytres (Tite 1, 5), dont le recrutement est soumis à des règles précises et qui sont établis dans leur fonction par l’imposition des mains (1 Timothée 5, .17 ; 22).

Bibliographie

« Symboles fondamentaux de la science sacrée », René Guénon (Ed. Gallimard, Paris, 1962)

« Le Temple de Salomon », Patrick Négrier (Ed. Teletès, Paris, 1991)

« Etudes sur la franc-maçonnerie et le compagnonnage » (tome II), René Guénon (Ed. Willain et Belhomme, Editions traditionnelles, Paris, 1978)

« Initiation et réalisation spirituelle », Réné Guénon (Editions traditionnelles, Paris, 1994)

« Aperçus sur l’initiation », René Guénon (Editions traditionnelles, Paris, 1976)

« Aperçus sur l’ésotérisme chrétien », René Guénon (Ed. Willain et Belhomme, Editions traditionnelles, Paris, 1969)

« La Grande Triade », René Guénon (Ed. Gallimard, Paris, 1957)

« Sur la route des maîtres maçons », Jean Reyor (Editions traditionnelles, Paris, 1989)

« Le Parfait Maçon », présenté par Johel Coutura, Société française d’étude du XVIlIe siècle (Ed. Publications de l’Université de Saint-Etienne, Saint-Etienne, 1994)

Revue « Le Jardin des dragons », Melkitsedeq est l’archètype de l’homme sacerdotal Numéro 1, novembre-décembre 1991 sur le sacerdoce, pages 22 à 34

« Melkitsedeq ou la tradition primordiale », Jean Tourniac (Ed. Albin Michel, Bibliothèque de l’hermétisme, Paris, 1983)

« Encyclopédie de la foi » (tome III, article Prophète, pages 496 à 519) (Ed. du Cerf, Paris, 1966)

« Israël et l’humanité », Elie Benamozegh (Ed. Albin Michel, Présences du judaisme, Paris, 1983)

« La Royauté sacrée », Jean Hani (Ed. Guy Trédaniel, Paris, 1984)

« Le Maître spirituel selon les traditions d’Occident et d’Orient », revue Hermès, N° 3, nouvelle série (Ed. des Deux Océans, Paris, 1983)

« Vocabulaire de théologie biblique  », l’imposition des mains, colonnes 569 et 570 (Ed. du Cerf, Paris,1988)

« Histoire d’Israël », Martin Noth, le rétablissement du sanctuaire et du culte à Jérusalem, pages 309 à 325 (Ed. Payot, Paris, 1985 )

« La Franc-maçonnerie : documents fondateurs », chapitre La Maçonnerie disséquée (1730), pages 303 à 326 (Ed. de l’Herne, Paris, 1992)

« Aggée, prophète d’aujourd’hui », Marc Girard (Ed. Médiapaul, Montréal, 1994)

« L’Homme biblique », André Menin, pages 133 à 150 (Ed. du Cerf, Paris, 1995)

« Initiation médiévale », M.-M. Davy, la philosophie prophétique, pages 180 à 200. (Ed. Albin Michel, Bibliothèque de l’hermétisme, Paris, 1980)

« Le Roi du monde », René Guénon, royauté et pontificat, pages 13 à 21 (Ed. Gallimard, Paris, 1958)

« Mélanges », René Guénon, monothéisme et angélologie, pages 26 à 30 et esprit et intellect, pages 31 à 36 (Ed. Gallimard, Paris, 1976)

« Dictionnaire thématique illustré de la franc-maçonnerie », pages 39 et §§, 133,276,286,337 et §§, 351, 414 et 452, Jean Lhomme, Edouard maison-Dieu et Jacob Thomaso (Ed. du Rocher, Paris-Monaco, 1993, sur l’Arche royale)

Octobre 1997






Buddhaline

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