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Marc Marciszewer

L’observation est naturelle, pourtant elle nous est étrangère par Marc Marciszewer

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Toucher terre : l’approche corporelle dans la relaxation naturelle

Bien qu’il existe une grande variété de techniques de relaxation, notamment corporelles, il n’y a au bout du compte que deux approches

Par Marc Marciszewer

Bien qu’il existe une grande variété de techniques de relaxation, notamment corporelles, il n’y a au bout du compte que deux approches :

La plus répandue consiste à susciter, grâce aux techniques, une détente, un bien-être ou mieux-être, un contrôle des émotions (qu’on nomme pudiquement gestion des émotions), voire un monde meilleur où se refugier quand notre vie nous semble difficile, pénible.

En bref, la relaxation est ici un plus qui vient épicer notre vie... ou l’affadir (dans notre volonté de tout maîtriser qui nous pousse à nous couper de toute une part de notre vie pour nous protéger et maintenir ce qu’on croit être un état de bien-être).

Cette approche de la relaxation est le plus souvent efficace, en tout cas en ce qui concerne les attentes de "plus de ceci et moins de cela".

Le pratiquant peut se satisfaire des effets de cette approche, aussi longtemps du moins qu’il ne traverse pas une crise importante qui questionne ses positions, ses certitudes. En fait tant que ses constructions mentales et sa description du monde ne sont pas réellement mises en danger.

L’autre approche de la relaxation n’en est pas une à proprement parler, en ce sens qu’elle n’est pas une production intentionnelle, mais plutôt un effet secondaire. Un effet secondaire du fait de toucher terre.

Par toucher terre, j’entends le fait de prendre conscience sur le vif de ses propres modes de fonctionnement, intellectuel, affectif et sensoriel, sans éviter ni rechercher ce qui se présente. Sans chercher à se protéger ou à se mettre en danger.

C’est vivre ce qui se vit maintenant sans se raconter d’histoire.

Toucher terre, c’est aussi et forcément rencontrer en soi-même les limitations, la peur, les jugements, le tumulte, l’agitation...et ne pas s’en tenir là, ne pas s’arrêter.

Toucher terre, c’est encore rencontrer en soi-même l’infiniment ouvert, la fluidité, le silence, la tranquillité...et ne pas tenter de s’en tenir là non plus, ne pas s’arrêter.

Et si on se bloque quelque part, si on s’arrête, dans un cas comme dans l’autre, eh bien on en prend conscience aussi, et le processus se poursuit. Tel est le jeu du toucher terre, lequel libère une relaxation qui n’a rien à voir avec tout ce qu’on peut imaginer ou rechercher. Une relaxation qui ne dépend d’aucun modèle préétabli. Et qui n’exclut rien, pas même ce qui, vu des normes et des modèles, ne colle pas avec ce qu’on met derrière le concept relaxation.

Toucher terre implique également de mettre en question toutes les normes en soi-même au fur et à mesure qu’elles se présentent.

Finalement, c’est une démarche humble mais qui ne se soucie pas de montrer le visage de l’humilité, ou de la relaxation, ou encore de la sagesse. N’ayant rien à cacher, il n’y a rien à montrer non plus...

Et l’approche corporelle dans tout ça ?

Le mental va si vite, il tourbillonne. Et comme notre système social est principalement fondé sur la reconnaissance de l’habileté mentale, les autres dimensions de soi-même sont la plupart du temps insuffisamment aiguisées. Du coup, il y a dysharmonie entre le mental, l’émotionnel et le sensoriel.

Or, même un mental extrêmement vif et sophistiqué ne peut toucher terre si les domaines de l’affect et du sensoriel sont laissés dans les zones d’ombre, agissant de façon souterraine et non consciente.

Pour toucher terre, il est nécessaire de ne pas s’en tenir au seul tourbillon mental. Ce qui ne signifie évidemment pas qu’il faille tenter de le contrôler, mais plutôt de ne pas se laisser captiver par lui. Bien sûr, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, car il y a un élan très ancien, très mécanique.

C’est là que l’écoute des sensations prend son sens : observant les sensations dans la démarche même indiquée plus haut, et que j’intitule toucher terre, nous sommes en mesure de percevoir sur le vif la dynamique et les mécanismes de notre mode de fonctionnement.

Il n’est pas en jeu ici, comme c’est le cas dans certaines écoles bouddhistes, de développer une sensibilité corporelle très fine, mais de seulement être, et ce seulement être sensibilise de fait.

Ce seulement être, c’est demeurer conscient des sensations qui se présentent, de la tête aux pieds, à la surface comme en profondeur, et de la façon dont nous y réagissons. Par exemple, il est très probable que dans les premiers temps nous nous surprenions à constamment tenter de modifier l’expérience sensorielle pour qu’elle soit uniquement plaisante, ou en concordance avec nos représentations. Ou qu’on réalise qu’on demeure "scotché" dans une certaine partie du corps. Ou encore qu’on est sans cesse entrain de révasser, de planer...

Il se peut qu’on découvre une forte volonté de vivre une certaine expérience, quelque chose de spécial, d’inhabituel, et qu’en dépit de notre aspiration avouée d’être à l’écoute, tout notre être conditionné réclame, exige même, une expérience conforme à un modèle qu’on se fait de l’écoute ou de la relaxation.

Il se peut aussi que face à ces révélations (à savoir par exemple l’incapacité de simplement observer les sensations telles qu’elles sont dans le moment), surgisse un sentiment de culpabilité, ou une peur d’échouer, ou bien encore l’ambition de réussir, et là encore, c’est une superbe occasion de voir comment nous fonctionnons réellement, et non pas comment nous prétendons ou souhaitons fonctionner.

En fait, le B.A.BA est très facile à comprendre, mais extrêmement difficile à appliquer.

Le conditionnement est si puissant, il a un tel élan, une telle réactivité.

Ah, il est facile de poser des concepts, de parler d’écoute, d’accueil, de parler de « voir ce qui est », mais dans la réalité empirique et existentielle de soi-même, c’est une autre paire de manches !

Notre manière de nous donner à l’écoute des sensations peut être un révélateur extraordinaire.

On peut concrètement y voir nos luttes, nos résistances, nos croyances, même les plus subtiles, les plus difficiles à reconnaître, et on peut aussi voir ce que signifie ne plus lutter, ne plus s’efforcer, juste laisser passer, seulement laisser être.

Et quand cela commence, quand on commence à vivre ce qui est sans tenter d’y remédier, sans tenter de l’éviter, de le transcender, sans y toucher, une tranquillité très profonde se manifeste, tout notre être est profondément tranquille. Détendu. On peut bien être traversé par des flots de pensées, par des sensations douloureuses, cette tranquillité n’en est pas affectée.

C’est précisément ce que j’appelle relaxation naturelle.

Rien de spécial. Bien au contraire, on sent dans tout son être qu’on commence à peine à toucher terre. A être simple. Et c’est cette simplicité qui relaxe profondément.

Je voudrais conclure en disant que tant qu’on a une idée de ce que doit être la relaxation, de comment elle doit agir, de comment doit se comporter le "relaxé", de comment les sensations doivent être, alors l’écoute réelle nous demeure étrangère. On caricature l’écoute, on prend la posture de ce qu’on croit être l’écoute, mais paradoxalement, cela obstrue l’écoute simple, naturelle. Au lieu de toucher terre, on plane dans les hautes sphères des modèles et des normes.

Et le fait que ces modèles soient des modèles spirituels n’y change rien. Tout ce qui peut être dit ou montré n’est que le reflet de l’ombre de ce qui est perçu, et plutôt une évocation poétique qu’une démonstration mathématique...

Personne ne peut vivre à la place d’un autre. Personne ne peut en libérer un autre...ni l’asservir, d’ailleurs.

Lorsque l’approche corporelle est modélisée, rendue normative, nous nous fixons un objectif à atteindre, ou encore nous refusons de voir ce qui se déroule en nous-même. Mais tôt ou tard, nous ne pouvons faire autrement que toucher terre par nous-même.

L’approche corporelle est une clé, mais ce qui importe véritablement est l’écoute non limitée, non centrée, de tout ce qui se présente quand et tel que ça se présente.

Janvier 2000






Buddhaline

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