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> Bouddhisme > Portraits


Titre : « Atteindre l’Eveil en tant que femme » ou le destin singulier d’une jeune anglaise devenue nonne bouddhiste

Celle qui fit le voeu d’atteindre l’Eveil en tant que femme passa 12 ans dans un ermitage à plus de 4000 mètres d’altitude et entreprend désormais de faire revivre un ordre de femmes yogi

Par Sofia Stril-Rever

Dans le livre UN ERMITAGE DANS LA NEIGE, Vicki Mackenzie raconte le destin singulier de la jeune anglaise Diane Perry qui fut la première occidentale ordonnée nonne à 25 ans par Sa Sainteté le XVI° Karmapa. Celle qui fit le vœu d’atteindre l’Eveil en tant que femme passa 12 ans dans un ermitage à plus de 4000 mètres d’altitude et entreprend désormais de faire revivre un ordre de femmes yogi, les togdenma, qui disparut au Tibet avec la Révolution culturelle.

Le vent du karma

Les Tibétains parlent du vent du karma auquel on ne résiste pas car il nous pousse là où on n’avait jamais imaginé, ni rêvé aller, là où il nous faut pourtant inéluctablement aller. Diane Perry est une jeune anglaise d’un quartier populaire de Londres que le vent du karma va ainsi pousser en Inde dans les années soixante, au tout début de l’exil des Tibétains.

Sa rencontre avec le Dalaï-Lama n’est pas banale. Il l’interpelle en lui disant « Anila », et cela sans qu’elle soit encore nonne car elle est tout juste arrivée dans le nord de l’Inde. Et elle lui répond sans comprendre pourquoi qu’elle est originaire d’une province tibétaine, le Kham.

Une semaine plus tard, le jour de ses 21 ans, le vent du karma s’est de nouveau levé pour la jeune anglaise et il la met en présence du VIII° Khamtrul Rinpoche. C’est terrifiée et tremblante qu’elle comprend immédiatement le sens de cette rencontre : Khamtrul Rinpoche sera son maître comme il le fut autrefois. Elle exprime en ces termes la violence de ce qu’elle éprouve alors : « J’avais l’impression de rencontrer quelqu’un que l’on connaît très bien et que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Et en même temps, tout se passait comme si la partie la plus profonde de mon être avait toujours été là, en moi, mais que, maintenant, elle se trouvait à l’extérieur. » Et le même soir, Diane demande à Khamtrul Rinpoche de l’ordonner nonne. Il accepte et l’ordonne novice trois semaines plus tard. Elle n’a pas de cadeaux à lui offrir, comme le veut la tradition, alors elle lui déclare : « Je vous offre mon corps, ma parole et mon esprit. » Elle s’appellera désormais Tenzin Palmo, Glorieuse détentrice de la doctrine de la pratique de succession.

A propos du choc de cette rencontre décisive et de la rapidité de sa prise de vœux, Tenzin Palmo a confié à l’auteur que, selon Khamtrul Rinpoche, tous deux avaient été très proches pendant de nombreuses vies au monastère de Khampagar, au Tibet. « Il a également précisé qu’étant donné que cette fois-ci j’étais née sous une forme féminine et loin de lui, en Occident, il nous avait été difficile d’être ensemble mais que, malgré cela, il m’avait toujours gardée dans son cœur… Peut-être, poursuit Vicki Mackenzie, disposons-nous là de la réponse aux nombreuses énigmes de la vie de la nonne occidentale : son sentiment constant de ne pas être au bon endroit lorsqu’elle vivait à Londres ; l’impression de malaise liée au fait d’avoir un corps de femme ; son affinité naturelle avec le bouddhisme tibétain et surtout l’école Kagyu ; et enfin le fait d’avoir déclaré au Dalaï-Lama qu’elle était originaire du Kham. Si, lors de ses vies antérieures, elle a été un moine et un grand contemplatif dans l’est du Tibet, alors tous ces événements prennent sens. »

Mais le vent du karma continue de souffler et le destin exceptionnel de Tenzin Palmo se poursuit. Elle est la première occidentale à recevoir de Sa Sainteté le XVI° Karmapa la pleine ordination. Et quelques années plus tard, son maître Khamtrul Rinpoche lui donne l’indication qui a orienté sa vie depuis : « Au Tibet, j’avais beaucoup de togdenma, mais maintenant je n’en ai plus une seule. Je prie afin que tu joues un rôle prépondérant dans le rétablissement de la lignée des togdenma. »

Les togdenma

Les togdenma sont des femmes yogi qui ont suivi depuis l’enfance une formation extrêmement avancée dans la pratique des yoga secrets. Tenzin Palmo relate les faits non ordinaires accomplis par les yogi masculins, les togden qu’elle rencontra auprès de Khamtrul Rinpoche : « Ils me racontaient qu’au Tibet, lorsqu’ils étaient choisis pour être togden, on les emmenait dans des grottes et qu’ils étaient tout excités à la pensée qu’ils allaient devenir yogi. Mais pendant les trois premières années on les enjoignait de ne rien faire d’autre que d’observer leur esprit et de pratiquer la bodhicitta, le pur altruisme. Ils ne faisaient que cette profonde méditation pendant trois années d’affilée ! Et c’est au cours de cette période que leur esprit se transformait. Un jour l’un d’eux m’a dit : "Tu penses que nous les yogis, nous faisons des pratiques extraordinaires et ésotériques et que, si tu connaissais ces enseignements, tu pourrais soudainement accomplir des exploits. Laisse-moi te dire que tout ce que je fais t’a été enseigné à toi aussi. La seule différence, c’est que je le mets en pratique et que tu ne le fais pas."

Le plus étonnant chez ces yogi, c’est leur humilité. Il n’y a plus aucune trace d’ego en eux. Ce sont des gens merveilleux, sans aucun jugement de valeur, ni aucune prétention, dénués de tout amour-propre. Leur esprit est si vaste ! »

Mais avant de fonder la communauté des togdenma, conformément au souhait de Khamtrul Rinpoche, Tenzin Palmo suit sa recommandation. Elle ira méditer dans une grotte du Lahoul, région montagneuse de l’extrême nord de l’Himmachal Pradesh, à la frontière entre l’Inde et le Tibet. Cette région était célèbre pour ses grands méditants et aussi pour un monastère édifié par un disciple du VI° Khamtrul Rinpoche, un yogi dont Tenzin Palmo avait été proche dans une existence antérieure.

Lorsque la méditation descend de la tête au cœur

Tenzin Palmo a 30 ans, on est en 1973. Dès qu’elle a entendu parler d’une certaine grotte par une vieille nonne lahouli, elle a su que cette grotte serait la sienne. Et son intuition ne l’a pas trompée. Cette fois son karma lui fait escalader une pente vertigineuse pour découvrir sur un aplomb rocheux une entaille dans la montagne qui ouvre sur une cavité exiguë : 3 mètres de large, 2 de profondeur, à 4 022 mètres d’altitude. Tenzin Palmo y passera 12 années de retraite assidue. Elle manquera y mourir de faim car un hiver on ne lui livre plus la nourriture dont elle a besoin. Elle manquera y mourir emmurée par la tempête de neige et le blizzard qui ont dressé devant l’ouverture de la grotte une épaisse muraille de glace. Mais Tenzin Palmo est plus forte que toutes les adversités.

La difficulté physique de la retraite, liée à l’altitude et au froid, ne représente qu’un aspect de ce qu’un méditant doit affronter. Car le plus dur reste encore le contrôle de l’esprit qu’il s’agit de dompter au moyen de pratiques répétées. De ce point de vue, Tenzin Palmo semble avoir joui de dispositions exceptionnelles. Au sujet de ses années de retraite, elle est de toute façon peu bavarde. Les vœux tantriques imposent d’ailleurs le silence sur les progrès spirituels effectués. Alors elle dit seulement : « Le point principal n’est pas d’avoir des visions, mais d’atteindre une certaine réalisation. C’est lorsqu’une vérité cesse d’être une construction mentale ou intellectuelle pour devenir vraiment réelle. La transformation ne commence à s’opérer que lorsque la méditation descend de la tête au cœur et qu’elle est réellement vécue. Les réalisations sont très dépouillées. Elles ne s’accompagnent ni de lumières, ni de musique. On essaie de voir les choses telles qu’elles sont vraiment. La réalisation est non-conceptuelle. Elle ne provient pas du processus de pensée, ni des émotions, à la différence des visions qui appartiennent à ce niveau de fonctionnement psychique. La réalisation est la lumière blanche et transparente qui se trouve au centre du prisme et non les couleurs de l’arc-en-ciel qui l’entourent. »

D’autres confidences de Tenzin Palmo montrent que sa retraite fut une authentique expérience spirituelle et cette période fut brutalement interrompue, non de par sa volonté, mais par le jeu des procédures administratives. De manière incompréhensible, son visa pour l’Inde ne fut pas renouvelé. On dépêcha vers la grotte de Tenzin Palmo un fonctionnaire de police qui, essoufflé, enjoignit à la nonne de quitter sous dix jours le pays où elle venait de passer 24 ans sans avoir jamais été inquiétée ! Tenzin Palmo ne se révolta pas, elle eut la sagesse de penser que, de nouveau, le vent du karma s’était levé. Le karma qui allait désormais la ramener provisoirement vers l’Europe.

Atteindre l’Eveil en tant que femme

ou le couvent de Dongyul Gatsal Ling

Rentrée en Europe en 1988, Tenzin Palmo allait désormais consacrer toute son énergie à créer la communauté des togdenma, conformément au vœu de son maître Khamtrul Rinpoche et conformément au vœu qu’elle avait pris lors de son ordination, atteindre l’Eveil en tant que femme. Elle n’avait pour elle que sa détermination et sa volonté. Mais une détermination et une volonté mûries par douze années de méditation et de pratique représentent un pouvoir de réalisation qui n’est pas ordinaire.

Tenzin Palmo, qui ne s’y attendait pas, découvre tout d’abord que son expérience de retraitante est riche d’enseignement pour les autres. Des bouddhistes mais aussi de nombreux chrétiens lui demandent d’en parler et s’en inspirent. Une carmélite âgée déclare même regretter qu’on ne lui ait pas enseigné plus tôt les techniques de la méditation tibétaine que l’on peut appliquer sans nécessairement devenir bouddhiste et qui enrichissent considérablement le vécu spirituel.

Invitée des grands rassemblements interreligieux, puis des centres du Dharma dans le monde entier, Tenzin Palmo comprend que le temps est venu pour elle d’agir concrètement afin de recréer la communauté des togdenma, chère au cœur de son maître et les fonds que lui procurent les enseignements qu’elle donne vont servir à réaliser le couvent de Dongyul Gatsal Ling, près de Dalhousie, en Inde du nord.

En oeuvrant pour ce couvent, non seulement Tenzin Palmo peut exprimer à son maître la dévotion de tout son être, mais elle contribue à faire évoluer la situation des nonnes au sein du bouddhisme tibétain. Elle a une conscience aigüe de leurs difficultés car dans la communauté monastique, aucune formation n’est prévue pour les nonnes traitées comme des pratiquantes inférieures. En mars 1993, Tenzin Palmo avait eu l’occasion de s’ouvrir du problème auprès de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, lors d’une conférence internationale sur la transmission du Dharma en Occident. Or le message de Tenzin Palmo fut entendu et devint la source de changements en cours qui ont permis une véritable évolution des conditions faites à la communauté monastique féminine. Et Tenzin Palme élabora le projet du couvent de Dongyul Gatsal Ling, « le Couvent du merveilleux bosquet de l’authentique lignée » afin d’aider à la fois les nonnes tibétaines, oubliées dans la fièvre de la reconstruction des monastères, et les nonnes ou les laïques occidentales, désireuses d’être guidées dans une retraite.

Femme en quête d’Eveil, Tenzin Palmo aide aujourd’hui d’autres femmes à atteindre l’Eveil.

UN ERMITAGE DANS LA NEIGE

de Vicki Mackenzie

éditions NIL, Paris, 2000 - 267 pages, 120 F

une partie des droits d’auteur provenant de la vente de cet ouvrage ira à Tenzin Palmo afin d’aider à la construction de son couvent

Mars 2001


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