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Swami et psychanalyse

Swami Prajnânpad vit dans les écrits de Freud le chaînon manquant qui l’aiderait à passer de la conscience de l’homme ordinaire à celle de l’homme délivré décrite dans les textes spirituels de l’Hindouisme

Par Jean-Claude Cartier

Intro

Ces dernières années ont été marquées par l’arrivée en force des psychologies et des psychothérapies d’inspiration spiritualistes ou, plus précisément, védantistes, bouddhistes, et taoïstes. Que ce soit dans le courant du transpersonnel, dans celui de la psychiatrie spirituelle, ou tout simplement dans celui, plus ancien, de la psychanalyse jungienne, un nombre croissant de psy occidentaux s’abreuvent aujourd’hui de Traditions orientales, y trouvant sans doute l’arrière plan ontologique qui fait défaut à bien des systèmes issus du freudisme.

Mais, à l’inverse, il arrive aussi que des maîtres spirituels orientaux étudient avec intérêt nos théories psychologiques et nos pratiques thérapeutiques. C’est tout d’abord le cas de ces Lamas tibétains, Senseï Zen, et autres maîtres bouddhistes, qui adoptent les concepts de l’occident pour nous rendre leur philosophie plus compréhensible. Citons, parmi les plus connus, Tich Nath Hanh, Sogyal Rinpoché, ou, du côté des védantistes, Ramesh Balsekar qui fit ses études à Londres.

Ce fut le cas, également, de Sivananda qui introduisit en occident un Nidra Yoga essentiellement constitué de techniques de relaxation empruntées à Schultz, le concepteur du Training Autogène.

Ce fut, enfin, le cas de Swami Prajnânpad, dont l’enseignement est surtout connu en France par les livres d’Arnaud Desjardins, qui découvrit les écrits de Freud dans les années 20, et vit en eux le chaînon manquant qui l’aiderait à passer de la conscience de l’homme ordinaire à celle de l’homme délivré décrite dans les textes spirituels de l’Hindouisme.

Un Instructeur des temps modernes

En spiritualité comme ailleurs, il n’y a pas de miracle : s’il pu y avoir accointances entre Prajnânpad et Freud, alors que ce dernier traînait derrière lui une réputation de matérialiste athée, c’est que le Swami était lui-même un scientifique. Physicien de formation, son discours restait en toutes circonstances parfaitement rationnel, malgré une adhésion sans faille à la Tradition hindouiste.

Il faut dire, bien sûr, que l’Advaïta Vedanta auquel se rattachait Prajnânpad est plus proche d’une science de l’esprit que d’un mysticisme. L’aspect scientifique de Voies d’éveil comme le Jnana Yoga ou le Raja Yoga n’est en effet plus guère apparenté à cette religiosité essentiellement émotionnelle qui caractérise la majorité des chercheurs spiritualistes.

En fait, tout comme Krishnamurti ou Nisargadatta Maharaj, Swami Prajnânpad, sans doute conscient des nécessités du Kali Yuga (l’âge de la destruction, dans lequel l’humanité est entrée), prenait souvent le contre-pied des croyances religieuses de son peuple et même des conventions spirituelles couramment admises par les chercheurs. Ne l’entendait-on pas dire, par exemple, que “ renoncer est une aberration ” ou que “ l’ego ne doit pas être tué ” ?

Indéniablement, Swamiji voulait avant tout briser les habitudes mentales de ses disciples.

Comme tous les grands instructeurs indiens assumant pleinement le vingtième siècle, et d’autant plus qu’il maîtrisait parfaitement la langue anglaise, Prajnânpad eut une large audience parmi les occidentaux.

En fait, rarement un enseignement sut aussi bien synthétiser les connaissances scientifiques occidentales et la gnose de l’orient, en matière de psychisme et de conscience.

Le nettoyage psychique par la connaissance de soi

Quant à Freud, surtout lorsqu’on le compare à Jung, il n’apparaît certes pas comme une personnalité passionnée par les coutumes religieuses du monde ; mais ceci n’implique pas nécessairement une absence de vie intérieure.

Pour s’être trouvé aussi impérieusement attiré par la recherche de l’origine des troubles psychiques qui freinaient sa propre évolution comme celle de ses patients, Freud a incontestablement fait preuve de cette insatisfaction profonde et de cette auto-révolte qui spécifient et initient la démarche spiritualiste, même lorsqu’elle n’est pas encadrée par une Tradition.

Bien sûr, il n’a jamais osé franchir la frontière de l’investigation biographique, pour entrer dans l’univers transpersonnel et accomplir une réelle connaissance du Soi universel, mais tout le déblayage psychique auquel il s’est livré en inventant la psychanalyse peut tout à fait être considéré comme un cheminement pré-spirituel, une purification préparatoire.

N’oublions pas, en effet, que la réalisation spirituelle n’est que la conséquence d’un affranchissement des limitations mentales, et des illusions pathologiques que celles-ci entraînent. Les spiritualistes du monde entier parlent d’ailleurs, à ce sujet, de délivrance, les Hindouistes de libération, les Bouddhistes de Nirvana, ce qui signifie extinction, tous termes négatifs impliquant non pas la création d’un état idéal ou l’atteinte d’un paradis, mais bien la sortie de l’enfer du pathos grâce à la dissipation des imprégnations psychiques, conscientes et inconscientes, qui sont autant d’infrastructures d’un moi illusoire et pathologique auquel nous nous identifions à tort.

En un mot, l’Eveil est réalisé lorsque le psychisme est nettoyé.

La démarche de Freud, bien qu’incomplète, entre donc dans le cadre de ce travail de connaissance de soi et de libération des entraves psychiques, qui est depuis toujours le propre des humanoïdes humanisés.

Or, ce travail peut indifféremment être relié à la spiritualité ou à la science ; et il nous faut sans doute nous attendre à ce que les nouvelles formes de spiritualité, qui prendront naissance ces prochains siècles après le raz de marée passéiste de l’intégrisme, aient une coloration plus scientifique que mystique.

A cet égard, Swami Prajnânpad a indéniablement fait figure de pionnier.

Science et spiritualité : même combat !

Pour Prajnânpad, la science et la spiritualité n’ont qu’un but : “ voir ce qui est ”. Rien d’étonnant donc, à ce que le Swami se soit intéressé au fondateur d’une science dont l’objet était de “ voir ce qui se passe en l’homme ”. Rien d’étonnant, même, à ce qu’il ait préféré Freud à Jung, dans la mesure où Jung faisait en grande partie appel à un ésotérisme flou et non-scientifique, pour expliquer le fonctionnement du psychisme.

Le chemin du Swami passe par la clarté et l’exactitude. Il veut s’appuyer sur les bases solides d’une logique bien construite et surtout d’un constat de faits bien établis. Aussi, lorsque Freud démontre que les troubles émotionnels et les perturbations comportementales sont les effets de causes passées, Prajnânpad ne peut qu’adhérer à cette vision scientifique dans laquelle il voit un espoir pour l’Inde de se débarrasser de ces superstitions qui prétendaient expliquer la souffrance humaine par l’intervention, extérieure, des démons ou du destin.

Mais, s’il oppose la science à la superstition, Swamiji ne l’oppose nullement à la spiritualité ; et il ne peut s’empêcher de faire la relation entre la thèse de Freud et la théorie traditionnelle du Karma qui annonçait, depuis des millénaires, la nécessité de se libérer des actions passées (du Karma) pour déchirer le voile de l’illusion (la Maya) et réaliser l’Eveil.

Pour Freud aussi, l’homme est illusionné, aveuglé, par des forces intérieures, en l’occurrence émotionnelles, dont il ne connaît pas l’origine mais qui n’en sont pas moins liées à la loi de causalité, donc susceptibles d’investigations. Pour Freud aussi, la révélation intime des causes des troubles émotionnels est une condition nécessaire et suffisante pour se libérer du passé et déchirer, tout au moins partiellement, le voile de l’inconscient.

Il apparaît donc, finalement, on ne peut plus normal que Prajnânpad ait considéré la psychanalyse comme une science permettant “ d’assurer le passage d’une conscience bloquée vers une conscience épanouie ”. Cette psychanalyse confirmait scientifiquement, à ses yeux, ce que le Védantisme n’avait jamais cessé d’affirmer : “ ce qui a été noué dans le passé peut être dénoué dans le présent ”.

Technique d’éveil n’est pas Eveil

Il ne faudrait toutefois pas croire que le message du Swami se réduit à une adaptation exotique de la psychanalyse. Prajnânpad n’a jamais fait la confusion entre la psychologie et la spiritualité, pas plus qu’il ne prenait Freud pour un sage. Il le considérait, textuellement, comme “ un grand vaillant héros emprisonné dans son moi scientifique et refusant de franchir le pas qui l’aurait conduit de sa vision matérialiste et dualiste à la connaissance spiritualiste et non-dualiste ”.

Pour le Swami, si la méthode psychanalytique constituait un savoir hautement fiable et fort utile pour aplanir la route devant le Seigneur (comme diraient les Chrétiens), le Vedanta n’en restait pas moins cet au-delà du savoir qui, seul, correspondait au niveau spirituel. La technique est une chose, l’éveil de la conscience en est une autre !

Cela dit, lorsque c’est un éveillé qui manipule la technique, il faut s’attendre à ce que celle-ci change un peu de forme et parvienne à d’autres résultats.

Tout dépend, en effet, de la nature de l’esprit qui se tient derrière une telle technique.

Si c’est l’esprit conditionné du psychanalyste ordinaire, tout juste capable de se référer à son savoir et de traduire ses observations en concepts dualistes, on n’obtiendra guère qu’une mise aux normes, sociales, morales ou même personnelles, de l’individu traité. Il ne sera alors question que de remplacer les anciennes structures psychiques, productrices de névrose, par de nouvelles, mieux adaptées au contexte socio-culturel ou aux désirs de l’intéressé.

Mais si c’est l’esprit, libre de tout conditionnement, d’un maître spirituel réalisé, qui utilise la technique, celle-ci pourra éventuellement devenir l’occasion, pour le disciple, d’une réelle et définitive destruction des structures psychopathologiques. Et dans ce cas, les anciennes structures ne seront pas remplacées par de nouvelles. Pourquoi ? Parce que ce à quoi invite le Guru authentique, c’est à observer le mouvement des émotions, non plus avec la pensée, mais avec la conscience inconditionnée. Il n’y a plus, alors, de référence à quelque savoir que ce soit, plus de traduction du vécu en terme d’expérience personnelle, plus de stratégie égocentrique récupérant à son profit les informations échappées de l’inconscient, et par conséquent plus de création de nouveaux systèmes de résistance au réel...

De la psychanalyse au Lying

La méthode que Swami Prajnânpad mit au point à partir de la psychanalyse de Freud prit le nom de Lying dès 1966. Bien que ce mot, qui signifie littéralement en position allongée, nous renvoie d’une manière parfaitement explicite au célèbre divan, peu de disciples occidentaux du Swami firent le rapprochement avec la psychanalyse.

Il faut dire que ce Lying n’imposait au disciple d’autre règle que de se détendre et d’exprimer les émotions qui survenaient en lui, sans retenue ni jugement. Evidemment, exprimer l’émotion ne voulait pas dire qu’il fallût se laisser submerger par elle. Toujours, le recul ontologique était de mise.

Quant à Swami Prajnânpad, qui restait indéfectiblement présent durant toutes les séances, il n’intervenait pratiquement jamais et ne se livrait à aucune espèce d’interprétation. Le seul conseil qu’il donnait était naturellement de chercher à voir la cause des émotions qui se présentaient. Seul “ voir la cause ” est libérateur, répétait-il.

Pourquoi subissons-nous des émotions ? Parce que la réalité est différente de l’image que nous nous en faisons. Apprenons à admettre la différence entre cette image et la réalité, entre nous et les autres... et nous serons libérés de ces émotions qui nous causent tant de souffrances.

Mais une telle démarche implique, bien sûr, d’abandonner le confort de nos chères habitudes de pensées.

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Bibliographie

* “ Psychanalyse et sagesse orientale ” - Daniel Roumanoff - L’Originel.

* “ Swami Prajnânpad, un maître contemporain ” (3 tomes) - Daniel Roumanoff - La Table Ronde.

* “ Swami Prajnânpad, biographie ” - Daniel Roumanoff - La Table Ronde.

* “ Le Vedanta et l’inconscient ” - Arnaud Desjardins - La Table Ronde.

* “ La stratégie du oui ” - Denise Desjardins - La Table Ronde.

* “ Lettres à ses disciples ” (3 tomes) - Swami Prajnânpad - L’Originel.

Juin 2001






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