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> Bouddhisme > Conférences


Shambhala, la voie du guerrier

Vincent Bardet et Fabrice Midal nous introduisent à l’enseignement de Chogyam Trungpa qui donne à ceux qui le suivent des outils très précieux pour pratiquer la méditation dans la vie quotidienne

Par Patrice Cayla

Cycle de conférences sur le Kalachakra

Shambhala, la voie du guerrier.

Chogyam Trungpa décrit une société d’éveillés qu’il nous appartient de réaliser en devenant un guerrier de Shambhala, détenteur de l’arme suprême de l’inconcevable sagesse.

Avec Vincent Bardet, directeur de la collection Points Sagesses aux Editions du Seuil et Fabrice Midal, auteur du livre “ Mythes et dieux tibétains ”, Edition du Seuil, 2000 et “ Lumières au pays des Neiges ”, Edition du Relié, 2001.

{{}}Conférence tenue au Centre Kalachakra le 5 avril 2001.

Intervention de Vincent Bardet

La rencontre et l’expérience de l’Apprentissage shambhala

Dans l’organisation Shambhala, la voie du guerrier n’est pas seulement un enseignement mais aussi tout un cycle de formation très complet qui donne à ceux qui le suivent des outils très précieux pour pratiquer la méditation dans la vie quotidienne.

J’ai rencontré le Royaume de Shambhala d’après une rumeur qui circulait quand j’étais à Boulder dans le Colorado, le siège du trône de Trungpa en 1980. J’avais été hébergé par des anciens élèves de Chögyam Trungpa qui étaient des pratiquants, des sadhakas du Vajrayana tout à fait avertis et je les entendais parler de quelque chose qui était en train de commencer et qui s’appelait Shambhala ; pour l’anecdote, ce qui selon eux, pratiquants du Dharma, était inhabituel et nouveau, c’est que ces enseignements étaient payants.

A l’époque le terme de Shambhala évoquait déjà quelque chose de séduisant de mystérieux dans mon esprit et je me souviens avec émotion que j’avais fait parvenir des petits poèmes à Chögyam Trungpa qu’on appelait dans la tradition des Dohas dans lesquels j’avais le culot de parler du Royaume de Shambhala sans savoir ce que c’était. Comme on dit dans le Zen le maître et le disciple sont comme deux miroirs qui s’illuminent mutuellement avec pour effet que l’on ne comprend pas toujours sur le coup mais après !

La deuxième étape, dix ans plus tard, a été en 1990 la rencontre avec son livre que j’ai eu la chance de pouvoir publier : à ce moment là, j’avais déjà connu Chögyam Trungpa en 1980 une première fois puis la deuxième fois en Angleterre deux ans avant sa mort.

J’ai fait connaissance avec les enseignements Shambhala en 1990 ou 1991 lorsque le fils de Chögyam Trungpa Ösel Rangtrol Mukkpo, qu’on appelait le Sawang, est venu à Paris pour y enseigner le premier des dix niveaux de ce système très élaboré qu’est l’Apprentissage Shambhala. Il m’a fallu presque dix années pour réaliser les dix niveaux, ce qui m’a permis de rencontrer des enseignants tout à fait formidables puisque ce sont des gens qui ont reçu le cœur de cette tradition pour pouvoir être habilités à la transmettre au travers d’une organisation sophistiquée dans laquelle les personnes qui ont suivi les trois premiers niveaux peuvent devenir des aides en revenant pour aider les débutants.

J’étais assez émerveillé non seulement par la thématique proprement dite des enseignements mais aussi par cette organisation fonctionnant comme une horloge suisse avec par ailleurs son aspect presque biologique : il y a d’une part un apprentissage et d’autre part la réalité de Shambhala, de même qu’il y a les enseignements ainsi que la perception qu’on en a, qui permet de détecter les germes ou la réalité de l’esprit d’éveil, ce que C. Trungpa appelle dans ce livre la bonté fondamentale autour de soi qui est aussi la Boddhicita.

Il est significatif et très auspicieux que cette conférence se tienne dans ce lieu de pratique et de méditation, qu’est le Centre Kalachakra qui est placé sous l’égide du Dalaï Lama ; ceci est très révélateur de la manière dont les forces positives de lumière du point de vue que cela peut avoir dans les enseignements de Shambhala arrivent à faire leur chemin sans obéir aux lois de l’économie de marché occidental ni à l’inflation médiatique. Je trouve qu’il est extraordinaire qu’il y ait ce court circuit qui puisse s’opérer entre pratiquants bouddhistes initiés ou qui sont en train d’étudier ou de se préparer à recevoir la grande initiation du Kalachakra dans un centre fondé par des lamas remarquables et le courant Shambhala qui a surgi comme un champignon magique dans les Montagnes Rocheuses alors que personne, sauf peut-être son fondateur, ne pouvait imaginer la tournure que cela pourrait prendre.

Dans les premiers mots du livre “ Shambhala ” C. Trungpa parle du Tantra de Kalachakra, le lien est donc très clair : c’est à nous de le rendre clair et énergétique dans notre expérience et dans ce que nous pouvons partager avec les autres.

Avant de passer la parole à Fabrice Midal, qui est l’un des enseignants de l’Apprentissage Shambhala en Europe, je vous lirai un extrait du texte fondateur, ou Terma de Shambhala, traduit en français.

Mais avant de commencer ma lecture, il me faut préciser deux autres points. D’une part mentionner le symbole du miroir cosmique qui est la base fondamentale de la pratique, dans lequel il y a tout le Dzogchen, ce dont je me suis rendu compte lorsque j’ai rencontré le Dzogchen, et d’autre part l’héritage de la culture Bön , culture traditionnelle pré-bouddhique tibétaine qui est présent de manière importante dans Shambhala.

Ces enseignements très simples dans un certain sens sont d’une profondeur immense et véhiculent plusieurs traditions.

Ils présentent surtout un art de vivre en guerrier éveillé laïque, même s’ils ont été marqués par une influence bouddhiste importante. Ils offrent surtout des enseignements de méditation au sens le plus stricte tel que j’ai pu la pratiquer en temps que moine Zen. Je vous incite en tout cas à essayer .

Pour finir voici le texte qui est en trois fragments dans le livre, même s’il s’agit en fait d’un seul texte.

Du grand miroir de l’univers,

Sans commencement ni fin,

Se manifesta la société humaine ;

Alors surgirent la libération et la confusion,

Quand apparurent la peur et l’hésitation

Envers la confiance primordialement libre

D’innombrables multitudes de lâches se levèrent

Quand la confiance primordialement libre

Devint source d’inspiration et de réjouissance,

D’innombrables multitudes de guerriers se rallièrent.

Les innombrables multitudes de lâches

Se cachèrent dans les cavernes et les jungles ;

Ils tuèrent leurs frères et sœurs et mangèrent leur chair ;

Ils suivirent l’exemple des bêtes ;

Ils semèrent entre eux la terreur ;

Ainsi s’ôtèrent-ils eux-mêmes la vie.

Ils allumèrent un grand feu de haine ;

Ils troublèrent sans cesse la rivière de la luxure ;

Ils se vautrèrent dans la fange de la paresse ;

L’âge des famines et des pestes survint.

De ceux qui se dévouèrent à la confiance primordiale,

Les grands rassemblements de guerriers,

Certains partirent pour les hautes montagnes

Et y érigèrent de magnifiques châteaux de cristal.

D’autres s’en allèrent aux pays majestueux des lacs et des îles

Et y bâtirent de splendides palais.

D’autres enfin s’établirent dans les plaines charmantes

Et y semèrent l’orge, le riz et le blé.

Ils furent toujours libres de querelles,

Toujours aimables et très généreux.

Sans besoin d’encouragement,

Par leur simple insondabilité qui existe d’elle-même,

Ils furent à jamais dévoués au Rigden (le souverain) impérial.

Cet esprit craintif,

Bercez-le dans le berceau de la bienveillance

En l’allaitant au lait profond et clair

Du non-doute éternel.

A l’ombre fraîche de la vaillance,

Eventez-le avec l’éventail du plaisir et de la joie.

Quand il sera plus grand,

Conduisez-le au terrain de jeu qui de lui-même existe

Parmi les divers spectacles de phénomènes.

Lorsqu’il aura grandi davantage,

Pour épanouir la confiance primordiale,

Conduisez-le au champ de tir à l’arc des guerriers,

Lorsqu’il aura grandi encore plus,

Pour éviter la nature de soi primordiale,

Faites-lui voir la société des hommes,

Dotée de beauté et de dignité.

Alors cet esprit craintif

Pourra devenir l’esprit du guerrier

Et cette confiance éternellement jeune

Pourra s’étendre dans l’espace sans commencement ni fin :

Là, il verra le Soleil du Grand Est.

Pour le splendide habitant de Shambhala

Se lève une présence authentique sans tache.

Ce texte est extrait du livre de Chögyam Trungpa “ Shambhala, la voie sacrée du guerrier ” traduit par Richard Gravel et publié aux Editions du Seuil, collection Point Sagesses en 1990 (pages 25, 91 et 155)

Chögyam Trungpa

Lama réincarné (tulku) issu des lignages Kagyu et Nyngma conjugés, qui est né dans le pays de Kham à l’est du Tibet en 1940. Il a reçu l’éducation, traditionnelle des Tulku ; il avait 19 ans lorsque les troupes chinoises ont envahi le Tibet et a été le tout premier tibétain, après le Dalaï Lama, à quitter le Tibet. Il a été d’abord en Inde puis il a bénéficié d’une bourse qui lui a permis d’étudier à Oxford. Il s’est établi par la suite au début des années 1960 en Ecosse et il s’est marié avec une très jeune anglaise ; entre temps il avait conçu avec une tibétaine un enfant qui sera son successeur.

A la suite d’une invitation de l’Université du Colorado, il s’est rendu aux Etats Unis pour enseigner. Il avait été frustré de son séjour en Angleterre ne réussissant pas a présenter les enseignements bouddhistes de manières à ce que les étudiants les prennent véritablement à cœur. Il eut un accident qui le laissa paralysé d’un coté de son corps. Mais çà ne l’empêchait pas de monter à cheval et de pratiquer le tir à l’arc. Il détonait par rapport aux autres moines qui commençaient à arriver en Occident puisqu’il a rendu ses vœux et il décidé de rester à Boulder où il pouvait respirer et lui rappelait probablement le Tibet ; dans ce lieu il a créé son mandala, sa mission. A la fin de sa vie il a eu des visions qui l’on amené à s’établir en Nouvelle Ecosse où se trouve à l’heure actuelle le siège de Shambhala.

Dilgo Khyentsé Rinpoche depuis la mort de Chögyam Trungpa en 1987 (à 47 ans) jusqu’à l’intronisation de son fils en 1995 a été ensuite le parrain de cette sangha pendant ces huit années. Le fils de Chögyam Trungpa partage son temps à raison d’une retraite de six mois en Inde auprès de Penor Rinpoche, qui est le chef spirituel de la lignée Nyingma et six mois d’enseignements, d’action de formes diverses. Il faut noter aussi qu’après avoir vécu à Oxford et appris l’anglais Chögyal Trungpa a été un des premiers à pouvoir parler anglais à ses étudiants. Il a vécu toute sa vie en occident, il a décidé que pour transmettre la tradition du Bouddhisme il devait tout partager et être complètement disponible avec ses étudiants, ce qui explique que ses centres soient devenus les plus importants communautés bouddhistes du monde occidental. Toutefois comme il n’est jamais venu en France ses enseignements sont beaucoup moins connus que par exemple aux Etats Unis.

Intervention de Fabrice Midal

Chögyam Trungpa a ainsi été un des premiers à pouvoir parler dans la langue maternelle de ses étudiants : il a aussi vécu toute sa vie en Occident après avoir quitté son pays pour transmettre la tradition du Bouddhisme il devait tout partager et être disponible auprès de ses étudiants.

Pour compléter ce qu’a dit Vincent et pour faire lien avec les précédentes conférences, je vais essayer de montrer le rapport en le Kalachakra et le Royaume de Shambhala en vous parlant du royaume de Shambhala et de la vision qu’en a Chögyam Trungpa et pourquoi il est à ce point lié au Royaume de Shambhala au point d’en écrire un livre et de fonder une tradition qui porte ce nom.

Lors de la première séance du cycle de conférence sur le Kalachakra, Frédéric Lenoir vous a parlé en rassemblant beaucoup d’informations sur ce Royaume de Shambhala. Il n’est donc pas besoin d’y revenir.

Je voudrais seulement vous faire une des présentations habituelle que l’on fait pour rappeler ce royaume.

D’après Mipam Rinpoche qui est des grands auteurs du mouvement œcuménique au 19ième siècle Shambhala est un royaume construit au sommet d’une montagne circulaire au centre du pays et au centre du Royaume se trouve une montagne qui se nomme Kailasha et un palais immense qu’on nomme le palais de Kalapa qui s’étend sur plusieurs Km2. Devant le palais vers le sud s’étend un merveilleux lac appelé Malaya au milieu duquel s ‘étend un temple consacré à Kalachakra construit par Dawa Zangpo.

Il faut ajouter aussi que dans toute la route de la soie on parle du Royaume de Shambhala et pas uniquement dans le Tantra de Kalachakra et c’est une source d’inspiration pour une très large population.

Pourquoi le royaume de Shambhala est-il si important et parle-t-on tant de Shambhala ?

Il y a plusieurs niveaux de réponses possibles.

Tout d’abord, on pourrait se dire que le récit du Royaume de Shambhala a l’air très fantaisiste avec son palais qui s’étend sur plusieurs Km2, ce pays immense que l’on est pas sûr de trouver. Tout cela n’est pas très tenable historiquement.

Il peut sembler plus intéressant de faire une étude anthropologique sur ces peuples qui croient dans un royaume où personne ne peut aller en tout comme on peut aller à New York en prenant un billet d’avion.

Enfin on peut aussi penser que si on croit dans ce récit quelque chose de magique peut se produire.

A mon sens l’ensemble de ces trois approches : historique, anthropologique ou basée sur le pouvoir de la croyance ou même de la foi ne me semble ne pas prendre en compte le sens profond de la nature de Shambhala.

Si le Royaume de Shambhala existe, peut-être que le lieu où il existe ne se trouve pas dans une autre culture ou dans un temps historique incertain ou encore dans un autre plan de réalité mais ici et maintenant. En tout cas c’est la leçon principale à retenir du message de Chögyam Trungpa.

Sans cette perspective, nous restons dans des rêves peut-être beaux ou douloureux mais nous ne serons pas en contact concret avec notre expérience la plus profonde.

Comment peut-on trouver ce Royaume ici et maintenant et qu’est-ce que cela peut vouloir dire ?

Une manière d’approcher le Royaume de Shambhala en regardant l’ensemble de toutes les traditions spirituelles consiste à essayer de voir qu’il représente le centre véritable du monde.

René Guénon disait en parlant du centre que “ la nature du centre n’est proprement nulle part puisqu’il est au delà de toute manifestation, il ne peut être trouvé en aucun lieu de la manifestation, étant absolument transcendant par rapport à celle-ci, tout en étant intérieur à toute chose ”.

Si le royaume de Shambhala est le centre et que l’on ne peut pas le voir parce qu’il dépasse toute manifestation non pas comme quelque chose de folklorique mais comme quelque chose qui nous est au contraire le plus propre, nous avons là une indication sur ce qu’il faut faire : rejoindre le royaume de Shambhala. Ce qui nous est demandé est bien un saut pour rompre la continuité de notre expérience. On pourrait dire qu’il faut quitter le monde “ apparent ” pour essayer d’entrer en rapport avec un expérience plus réelle et pleine.

Entrer en rapport avec le Royaume de Shambhala c’est alors entrer en rapport avec une dimension plus pleine : le sens des enseignements de Shambhala serait d’essayer de nous montrer comment entrer en rapport avec cette dimension de la réalité plus pleine.

Qu’est-ce que veut dire une expérience de la réalité plus pleine ?

Avant de répondre à cette question il est intéressant de remarquer un peu formellement qu’il y a un saut par rapport à notre compréhension habituelle de l’expérience. On a beaucoup de mal à penser qu’un moment d’ouverture ” peut être le Royaume parce que si nous sommes en rapport avec notre propre centre, nous pensons que cela est juste un moment psychologique d’ouverture.

Mais un des aspects de l’enseignement que je voudrai montrer est que peut-être se trompe t-on en limitant ainsi notre expérience. Un moment d’ouverture n’est pas qu’une expérience psychologique interne à notre propre conscience mais nous met en rapport avec quelque chose de vraiment réel.

Se cache ici le sens même de ce qu’est un être humain. Somme nous enfermé sur nous - même dans la boite de notre conscience dans laquelle les choses se refléteraient sous forme de représentations intérieures ?

Le royaume de Shambala n’était peut-être pas si lointain qu’on pourrait le croire et il n’est pas juste une histoire mythologique.

Lorsqu’on demandait à Chögyam Trungpa si le royaume de Shambhala existait réellement dans une autre dimension de réalité, si l’on pouvait vraiment le visiter, si c’était une mythologie, s’il existait quelque part sur terre et s’il fallait se purifier pour le voir, ou bien s’il était caché en nous-mêmes, il répondait : toutes ces propositions ne sont pas contradictoires. Elles sont toutes vraies et fausses tout à la fois. Le point essentiel est que toutes ces questions indiquent l’aspiration profonde de tout être humain à accomplir une vie qui soit plus digne.

Cette aspiration pour une vie plus digne et plus en rapport avec la réalité est déjà une manière d’entrer en rapport à notre propre centre, notre propre cœur et c’est là que réside le Royaume de Shambhala.

le Royaume de Shambhala est le centre, avec cette particularité que ce n’est pas un centre fixe : le centre est là où nous sommes, où nous nous ouvrons. Ceci est très important car une des différences fondamentales entre la tradition bouddhiste de Shambhala et les traditions qui croient en un Dieu unique et créateur, c’est que pour nous, il n’y a pas de centre fixe, le centre est n’importe où, à chaque endroit où nous sommes.

A chaque moment apparaît la possibilité d’un centre qui ne cesse de se déplacer et qui traduit quelque chose de très profond sur notre expérience.

Un royaume

Un autre aspect de Shambhala est que c’est un royaume dans lequel il y a un roi et où la société vit ensemble en harmonie. Chögam Trungpa insiste sur le fait que le Royaume de Shambhala, est non pas un endroit où seuls vivent des moines qui pratiquent en se retirant du monde, mais il une société où les gens vivent avec leurs difficultés. On y trouve toute sorte de gens : des experts comptables, des infirmières, des cuisiniers, des pilotes d’avion, des maîtres d’école. Chögyam Trungpa essayait ainsi de montrer qu’il ne s’agit pas d’un mythe sur lequel on peut rêver.

Vouloir joindre le royaume de Shambhala, c’est vouloir joindre son propre cœur dans un environnement qui ne soit pas à proprement parler religieux. C’est le point clé qui explique le fait que Chögyam Trungpa ait tant parlé de Shambhala en Occident. Car, en effet, dans le monde où partout se déverse le matérialisme sous toute ses formes, la possibilité d’une initiation véritable, d’une transmission pure devient compromise et de plus en plus difficile.

La fascination pour l’aspect ésotérique de nombreux enseignements bouddhistes est presque un obstacle à comprendre le véritable sens des enseignements qui n’est pas de faire des pratiques en récitant des mantras ou en pratiquant des visualisations, simplement pour avoir des visualisations. Tout cela ne sont que des moyens pour ouvrir notre cœur et trouver ce sens de conscience et de confiance primordiales avec lesquels nous pouvons entrer en contact.

Cette confiance primordiale, cette dignité c’est cela le sens véritable de l’enseignement qu’il devient de plus en plus difficile de transmettre dans toute sa pureté quand les gens veulent juste utiliser la spiritualité pour éviter leur problèmes.

Vincent Bardet intervient pour préciser que la perspective de Shambhala n’est l’apanage d’aucune tradition : on la retrouve chez les indiens d’Amérique, avec lesquels il avait tant de lien, elle se retrouve aussi dans la vision des chevaliers de la Table ronde : toutes les traditions montre des chemins non religieux qui visent à aider les êtres humains à retrouver le chemin de la confiance et de la dignité.

C. Trungpa a eu cette audace incroyable de reformuler la tradition de Shambhala qui était gardée très secrète dans les études officielles du Bouddhisme tibétain. Il a pu au travers d’une vision éclairée qui reprenait l’attitude et les valeurs primordiales de l’Humanité éveillée et pour l’époque actuelle.

Historique de la présentation des enseignements de Shambhala en Occident

Dès son enfance Chögyam Trungpa a pensé au Royaume de Shambhala et a cette idée d’une société éveillée. Alors qu’il était au Tibet, il partit en retraite et écrivit un traité de 1000 pages sur Shambhala qui a été malheureusement perdu dans sa fuite.

En 1973, alors qu’il vivait et enseignait depuis trois ans déjà aux Etats Unis où il avait déjà donné beaucoup d’enseignements, il dit un jour à sa femme : “ si je n’arrive pas à présenter les enseignements de Shambhala, je n’aurai pas accompli ma mission sur cette terre ”.

En 1976 il reçoit un premier Terma, il s’agit de l’une des deux formes de transmission dans la tradition la plus ancienne du bouddhisme tibétain qui est celle de l’école Nyingmapa, dans laquelle le Maître reçoit directement de Padmasambhava des textes que celui-ci avait caché dans des rochers soit dans l’air, soit encore dans l’esprit même des maîtres. Un Terma est beaucoup plus lié à une époque donnée et pour cela répond plus directement aux problèmes du moment et au questionnement des gens. Cela permet d’avoir un rapport nouveau à la tradition qui pourrait s’émousser en se répétant en continu de maître à disciple au fils de années voire des siècles le même enseignement.

SI nous récapitulons. Qu’est ce que Shambhala ? C’est une vision qui est liée au Kalachakra, de ce royaume où vivent des êtres éveillés, et puis il y a les Terma que Chögyam Trungpa a reçu en partie directement des rois de Shambhala, les Kalkin en sanscrit ou Rigden en tibétain et aussi de Gesar de Ling qui est une grande figure dans le monde tibétain, sorte de valeureux guerrier qui a vécu une épopée qui pourrait être comparée à celle d’Homère et joue le même rôle dans la culture tibétaine.

Même si cette manière de faire peut paraître étrange, elle ne l’est pas autant lorsqu’on se rappelle que les poètes grecs disaient recevoir leurs écrits directement des muses. Ce mode de transmission au travers d’êtres qui sont des messagers existe d’ailleurs dans toutes traditions.

Pour qu’un Terma soit reconnu comme tel, il faut que d’autres grands maîtres reconnaissent tout de suite le style et son authenticité.

La particularité tout à fait singulière des Termas qu’a reçus Chögyam Trungpa, c’est qu’il n’en a pas reçu un seul mais plusieurs, sous forme de cycle qui forme un cheminement général, un corpus très complet.

Lors des questions - réponses

Il ne s’agit pas de croire en quelque chose mais de faire une expérience très directe et de reconnaître en nous ce centre, cette confiance primordiale, cette dignité. Cet idéal de l’homme impliqué dans le monde qui ne doit pas le quitter pour manifester les qualités de confiance primordiale et de dignité se retrouve dans toute les cultures et souvent sous la forme du guerrier – non pas celui qui est agressif, mais celui qui a le courage de dépasser sa peur et de protéger les autres.

Le guerrier n’est pas celui qui combat avec agression pour tuer les gens mais c’est plutôt, le chevalier qui dans sa quête cherche à se purifier pour trouver son propre centre ou cœur et manifester une dignité que tout le monde reconnaisse. En ce sens il n’est pas déprimé : comme le disait C. Trungpa, un des problèmes que nous avons c’est la dépression que nous avons le matin tôt, ce sens de manque de courage. Les enseignements de Shambhala nous entraînent à faire face aux défis précis que nous avons dans notre propre vie.

On entends les grands maîtres nous dire de développer de la compassion, de se sacrifier pour les autres.

L’image du guerrier peut nous aider car elle incarne où et comment on peut le faire. C’est pourquoi la tradition des Samouraïs au Japon ou des chevaliers en Occident sont très parlantes : la loi du guerrier qui dans le monde va manifester pleinement cette absence de peur, non pas la négation de sa peur mais le fait de reconnaître sa peur pour ne plus en être effrayé.

Comme le mentionne Sophia d’après le Tantra de Kalachakra, C. Trungpa décrit une société d’éveillés qu’il nous appartient d’intégrer en devenant un guerrier de Shambhala, détenteur de l’arme suprême de l’inconcevable sagesse . Comme la vision et le but de la vision Shambhala est de manifester dans le monde les enseignements, l’action n’est plus vue comme un danger, une dispersion inutile, mais comme essentielle et sainte, comme une manière de déployer les enseignements et de pouvoir aide les autres. L’arme de l’inconcevable sagesse n’est pas agressive mais un moyen que l’on peut avoir pour manifester cette vision dans le monde, elle est inséparable de l’arme au sens le plus relatif ; ainsi lorsque l’on tient un stylos pour écrire on peut l’utiliser comme l’arme qui nous aide à manifester cette dignité. Le style nous permet d’accomplir quelque chose.

Lorsqu’on a une arme, celle-ci est une manifestation de notre dignité et de non-égo, on a une sorte de responsabilité qui nous dépasse car on est en rapport avec quelque chose de plus vaste que soi-même. A un niveau ultime, il nous faut utiliser des armes, pour apprendre à devenir nous-mêmes l’arme des rois Rigden. La vision est qu’il n’y ait plus de séparation entre l’éveil du roi Rigden et soi –même. Nous sommes pleinement un avec lui. L’arme est un principe d’abandon complet : s’il faut trancher, pacifier, magnétiser, ce n’est pas nous qui décidons, c’est la situation qui nous appelle.

Avril 2001






Buddhaline

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