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Xavier Nicolas

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Se reconnaître particulier

Se reconnaître particulier, « c’est reconnaître l’existence de l’autre, faire place à l’autre, signe d’un Dieu plus grand ».

Par Xavier Nicolas

Se reconnaître particulier, « c’est reconnaître l’existence de l’autre, faire place à l’autre, signe d’un Dieu plus grand ». Depuis Vatican II, les encouragements de l’églises vont dans ce sens, et l’Église de France prend en compte la laïcité comme une chance de dialogue entre « celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas ». Nous sommes plus libres, aujourd’hui, pour penser qu’il y a des valeurs communes (justice, droiture etc.) et nous sommes dans un contexte pluraliste reconnu comme positif, c’est une encouragement au dialogue et à la confrontation signalée par « la lettre aux catholiques de France ».

Les verrous qui empêchent le pluralisme de fonctionner : les intégrismes

L’intégrisme c’est la peur de l’autre ou la peur de la nouveauté. Les hommes de ce temps éprouvent un besoin d’identité, c’est sûr, un besoin de sécurité. L’intégrisme : ce n’est pas n’importe quoi ! Je fais un petit rappel historique : vous savez qu’au XIX ème siècle ça s’appelait « la Contre-révolution catholique », au début du XX ème ça s’appelait « l’Action française », et ensuite on l’a connu sous les traits de Monseigneur Lefebvre, et il continue aujourd’hui de s’exprimer dans la mouvance du Front national. Pour l’intégrisme, c’est de 1789 que vient tout le mal : les hommes ont modifié l’ordre social voulu par Dieu. Et vous le savez aussi, l’ennemi préféré des intégristes, c’est une déclaration malheureusement très peu connue dont je citerai tout à l’heure quelques extraits : la Déclaration de Vatican II qui affirme la suprématie de la conscience personnelle dans la quête de la vérité. Affirmer cela, disent les intégristes, c’est ruiner l’autorité divine de l’Église.

Alors on peut s’interroger sur ce retour de l’intégrisme. Plusieurs virus sont à l’origine de cette « maladie de l’évolution ».

La peur.

C’est la peur de l’avenir, de l’inconnu, la peur des changements, et surtout la peur provoquée par la culpabilisation, arme favorite de la plupart des religions. Quand on a peur, il naît une réaction de défense, de repli sur soi, de frilosité, d’enfermement. La peur a fait bâtir des châteaux forts, construire des remparts, édifier des citadelles. Cette peur, est renforcée encore aujourd’hui par des craquements sociaux du monde actuel. Beaucoup de gens, devant les bouleversements de la société, se sentent à la dérive. L’économie semble dirigée par le hasard, la politique échappe aux gouvernants, le chômage augmente, les riches sont de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres. Alors y a-t-il un recours ?

Traditionnellement, la religion est toujours considérée comme un recours. Parfois LE recours. Quand on n’a plus de repères, on se cherche des repaires !, Et vous savez très bien que la religion peut apparaître comme un ultime rempart.

Deuxième verrou : une conception doctrinaire et fanatique de la vérité.

Derrière les dogmatismes et les fanatismes, il y a toujours un problème avec la vérité, un rapport à la vérité qui ne marche pas bien. La vérité, ça peut être une proie qu’on garde, là, comme les chiens, dans la gueule, un trésor à garder absolument. C’est vrai que tous ces temps-ci, des titres ont fleuri. J’en cite quelques-uns : « Dieu est-il fanatique ? », « Faut-il avoir peur des religions ? », « La menace religieuse », des titres de revues et de livres, et même « La revanche de Dieu », et j’ai même lu dans le Nouvel Observateur, sous la signature de François Cavana, cette phrase terrible : « Un croyant ne peut être qu’intolérant, férocement intolérant ; le fanatisme n’est pas aspect fâcheux et dévoyé de la religion, il est la religion même ». Sans aller jusqu’à ce jugement extrême. Celui qui croit en une vérité qu’il considère comme absolue, peut-il la risquer dans un débat. Est-il tolérant ? N’est-il pas tenté, d’imposer sa vérité et donc de devenir intolérant et fanatique ? Et à ce moment-là, sa croyance n’est pas ouverture à l’autre, elle est volonté de puissance pour soumettre tous les hommes à sa pensée.

Derrière le mot Dogme on pressent souvent une pensée totalitaire, persuadé de détenir la vérité définitive. C’est l’exact opposé du dialogue libre et ouvert. C’est vrai que les dogmes ont mauvaise réputation. Ils sont d’autant plus contraignants qu’ils ne présentent pas leurs raisons. Ils paraissent être des pièces de l’idéologie. Et peut-être que l’Eglise fonctionne encore sous certains de ces aspects, comme si dans le christianisme, la vérité était une formule et non pas quelqu’un : Dieu, qui se vit sous la personne du Christ. Si la vérité n’est pas une formule, s’il s’agit de quelqu’un elle s’adresse à tout l’être. Du coup, la vérité n’est jamais possédée comme un objet, fut-il de connaissance, elle déborde ce que nous appréhendons et elle n’a jamais finie d’être visée. Les dogmes ne sont pas des formules carrées et définitives qu’il faut prendre ou laisser, ce sont plutôt des garde-fous, assurant qu’on est bien dans la bonne direction.

Il y a eu un grand texte dans Vatican II, dans la déclaration sur la liberté religieuse : : « La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l’enseignement et de l’éducation, de l’échange et du dialogue par lesquels les uns exposent aux autres la vérité qu’ils ont trouvé, ou pensent avoir trouvé, afin de s’aider mutuellement dans la quête de la vérité. La vérité une fois connue, c’est par un qu’il faut y adhérer ferme » (extrait de Dignitatis Humanae). Il y va de la dignité de l’homme d’être libre dans sa quête. Dans ce même document, il était dit ceci : « En matière religieuse, nul ne doit être forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir selon sa conscience ». Réhabilitation. Liberté.

Je fais quelques brefs commentaire de ce passage, car il y a beaucoup de choses qui nous y intéressent :

- Effectivement, on peut tuer au nom de la vérité, on a pu faire des guerres au nom de la vérité. La vérité se fait donc un chemin.

- La vérité est libre ou elle n’est pas. C’est à dire qu’on s’y engage à ses risques et périls, de tout son être, son intelligence, sa raison, son cœur, sans a priori au départ.

- Le chercheur de vérité est humble, il n’a qu’une partie de la vérité.

- Le chercheur de la vérité a besoin des autres, c’est tous ensembles, en rassemblant chaque bout de vérité qu’on avance.

Il ne faut jamais confondre « vérité scientifique, positiviste » et ce que j’appellerai « vérité religieuse, spirituelle ». La première attitude est de dire : « C’est vrai. C’est démontré ». Pourtant les scientifiques ne disent plus : « c’est scientifique, parce que je le prouve ». Ils sont devenus modestes, ils parlent même avec Despania du « réel caché ». La vérité religieuse, elle, est comme une promesse, une espérance. Et là, nous avons un bon critère pour discerner ce que vaut une religion : celle qui promeut une vérité espérance ou une vérité promesse.

On peut être tenté par une vérité dogmatique ou dogmatiste, doctrinaire, intolérante, fanatique. Si ce que je raconte a un début de vérité, de lumière, la vérité et la pratique de vérité doivent se rejoindre. Pour moi, c’est le test. Il n’y a pas 40 tests. Et là j’utilise des paroles qui sont dans l’Evangile, mais qui peuvent être universelles : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière ; de même, la vérité vous rendra libres ». Paroles étonnantes, qui appartiennent à l’humanité. Il y a là une vérification : on est amené à pratiquer la vérité, la vérité est à elle-même sa propre réponse. Elle s’impose par sa fécondité.

La montée de l’indifférence :

Nous sommes actuellement dans un trop plein de croyances molles et d’appartenances floues. Il y a un trop plein de choix, et quand il y a trop de choix, on ne se décide pas. Or choisir, c’est prendre des risques. C’est vrai qu’il y a une tolérance tous azimuts : on est dans un siècle très tolérant. Et là je vais dire du mal de la tolérance : c’est un mot très ambigu, vous savez que Claudel quand on parlait de tolérance, se mettait en colère en disant : « Il y a des maisons pour ça ! ». La tolérance tous azimuts frise l’insignifiance et la vacuité. Vous le savez : « Si tout se vaut, rien ne se vaut ». A la limite, quand je suis tolérant dans ce sens-là, je dis à quelqu’un : « peu importe ce que je pense ou ce que tu penses, peu importe les croyances, l’essentiel, c’est de s’accueillir mutuellement. » C’est ce qu’on appelle l’œcuménisme du cœur.

Mais inversement, puis-je tout accepter ?

C’est facile quand on est devant les grands interdits. C’est clair comme de l’eau de roche : l’interdit de l’inceste, de l’assassinat, du mensonge,… une société ne peut vivre sinon. Mais venons-en au plan des idées, des opinions, des valeurs. Je crois au débat, en la démocratie. Dans une démocratie, chacun peut avoir des valeurs différentes et il faut donner ses chances au débat. La tolérance prend alors la forme de ce que l’on appelle un consensus conflictuel. S’il y a conflit, on doit tacher de le dire de manière conviviale.

Alors les limites ?

Aimer ne veut pas dire tout tolérer. Ça ne veut pas dire qu’il faut trouver à tout prix des excuses et des justifications, parce que poussé à bout ça finit par supprimer la responsabilité de l’autre. Il faut considérer un être humain comme responsable et libre. L’amour, ce sont les autres qui nous l’apprennent. Saint Jean dit que c’est Dieu qui nous a aimé le premier. Non : c’est ma mère, j’ai été aimé par quelqu’un d’autre.

Alors je conclus pour l’ensemble de tous ces points : J’aurais envie de remplacer la vérité dernière - parce que je pense qu’il y a une vérité dernière - par le mot AIMER. Un athée comme Comte Sponville disait : « Il faut aimer la vérité, mais la vérité nous aime-t-elle ? ». Une belle question. Ce n’est pas une question intellectuelle, vous le sentez. Il dit chercher la vérité parce qu’il aime la vérité. Mais il se pose la question : « Est-ce que c’est réciproque ? » Alors vous mettrez sous le mot vérité tout ce que vous voulez, qui vous voulez… La vérité nous aime-t-elle ? Aucun humain ne peut prétendre posséder Dieu ou la vérité. Dans l’idée de vérité, il y a toujours l’idée d’un Au-delà. J’emploie le mot au-delà dans tous les sens du terme. C’est un mot formidable « au-delà », au-delà de l’intelligence, au-delà de la liberté, au-delà de ce que je connais encore, de ce que je sais… Dans l’idée de vérité dernière, s’il y en a une, il y a l’idée d’un au-delà dans tous les sens du terme. Et j’aime garder cette idée-là. Il faut maintenir cette idée dont on ne connaît pas le contenu. Il faut accepter de ne pas connaître, d’être dépassé, débordé de tous les côtés. Et j’ai des amis athées qui emploient ce mot « au-delà », ils se débrouillent avec ça, ça les aide… Au-delà de la matière, même au-delà de l’absolu, me disait quelqu’un, parce que qu’est-ce que c’est que l’absolu ? C’est relatif.

Alors je conclu par une parole de Louis Evely dans « Les chemins de ma foi » au Centurion : Il compare la foi religieuse à la foi conjugale. C’est beau. « La foi religieuse comme la foi conjugale s’exprime ainsi : à cause de ce que je connais de toi, je te fais confiance pour ce que je ne connais pas encore. À cause de ce que j’ai compris de toi, je te fais confiance pour ce que je ne comprends pas encore. » Et il continue : « je te fais confiance au-delà de ce que je connais de toi, et de ce que je connais de moi. » Et je pense que ça a à voir un petit peu, ça peut être le texte de conclusion, si vous voulez, sur ce que j’ai essayé de raconter.

Mai 1989

La Vie Nouvelle
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