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Se prosterner et réaliser l’essence de la Voie

Par Maître Dogen

RAI HAI TOKUZI [ 28 ]
de Maître Dôgen
(Se prosterner et réaliser l’essence de la Voie)

Si les responsables des moines et même les grands disciples ont quelques lacunes dans la compréhension du Dharma, ils devraient demander aux nonnes qui ont accompli toutes les modalités de la pratique de la Voie de venir les instruire. Croyez-vous qu’il soit plus judicieux de le demander à un moine qui ne soit pas parvenu à la compréhension du Dharma ?

Dans la pratique de l’illumination parfaite et universelle[1], la difficulté réside dans le fait de trouver un bon Maître. Qu’il soit une femme ou un homme importe peu, mais il doit avoir accompli toutes les modalités de la pratique de la Voie, c’est une condition fondamentale. Qu’il nous vienne du passé ou du présent n’est pas capital. Il est déjà arrivé que l’esprit d’un renard sauvage[2] se transforme en un excellent Maître. Ce sont les caractéristiques de celui qui a obtenu la moelle[3] et c’est pour cette raison qu’il accompagne autrui avec grand souci. Il ne peut ignorer son karma, le maître peut être vous, moi ou quelqu’un d’autre.

Une fois que nous avons rencontré un vrai Maître, il nous faut nous séparer de toutes nos mauvaises habitudes, arrêter de perdre notre temps et pratiquer la Voie avec sincérité et détermination. Pratiquer sans se soucier de savoir si nos attentes seront comblées ou non. Nous devrions nous en charger dès à présent en y mettant toute notre énergie[4]. Si nous pratiquons ainsi, ceux qui critiquent la Voie [les démons] n’auront aucune emprise sur nous. L’histoire du Patriarche qui s’est coupé un bras et a obtenu la moelle[5], celle du Maître qui a abandonné le corps et l’esprit ne concernent pas seulement les autres, mais chacun de nous. Si nous sommes sincères et si nous avons la foi, nous obtiendrons la moelle et la transmission du Dharma de notre Maître. Cette sincérité et cette foi ne dépendent que de nous, mais pas d’autrui. Le Dharma est bien plus important que notre corps, que notre renoncement au monde ou que de se joindre à la Voie. Si nous pensons être plus important que le Dharma, il ne sera jamais transmis, jamais reçu ou jamais obtenu. Mettons de côté les autres enseignements et prenons un ou deux exemples. Quand une personne est parvenue à accomplir toutes les modalités de la Voie et à obtenir la moelle des Bouddhas et des Patriarches, nous devons recevoir et préserver son enseignement et nous prosterner avec respect durant des kalpas. Bien qu’elle puisse être une colonne, une lanterne de jardin, un des Bouddhas ou un des Patriarches, un renard, un démon, une déité, un homme ou une femme. Il est facile de recevoir un corps et un esprit à l’instar des plants de riz, des bambous et des roseaux qui poussent partout, mais il est difficile de trouver le vrai Dharma.

Shakyamuni Bouddha disait : – Quand vous rencontrez un Maître qui enseigne la pratique de l’illumination parfaite et universelle, ne soyez pas exagérément préoccupé par son statut social, sa nationalité, son apparence, ses erreurs ou son comportement. Vous lui devez le respect pour sa grande sagesse et faire en sorte qu’il puisse chaque jour avoir de quoi se nourrir. Honorez-le avec des mets divins et des fleurs célestes. Chaque jour, rendez-lui hommage en vous prosternant trois fois et faites en sorte que les mauvaises pensées ne surgissent pas. Si vous agissez ainsi, vous êtes sur la Voie. Dès l’instant où j’ai eu le souhait de l’esprit d’éveil, j’ai pratiqué de la sorte et suis parvenu à l’illumination parfaite et universelle.

Par conséquent, vous devriez demander aux arbres, aux pierres, aux rizières et aux maisons de vous enseigner le Dharma. Questionnez les colonnes [au sujet de la Voie] et demandez aux tuiles et aux murs de pratiquer avec ferveur. Un jour, Indra[6] se prosterna devant un renard et le questionna au sujet du Dharma. Ce renard était un grand Bodhisattva et peu importe qu’il fût le résultat d’un bon ou d’un mauvais Karma.

Pourtant, des gens stupides qui n’ont jamais entendu le Dharma se comparent à des grands moines et estiment qu’ils n’ont pas à se prosterner devant des plus jeunes qu’eux, bien qu’ils soient parvenus à la compréhension du Dharma.
Ils disent : – Nous avons pratiqué depuis plusieurs années et nous refusons de nous prosterner devant eux. Nous avons le titre d’enseignant, nous ne pouvons pas nous prosterner devant ceux qui ne l’ont pas. Nous avons la charge des règles et nous ne devrions pas nous prosterner devant des moines ordinaires bien qu’ils aient eu la compréhension du Dharma. Nous sommes des moines qui ont la charge d’administrer le temple, nous ne devrions pas nous prosterner devant des laïcs. Nous sommes des Bodhisattvas, nous ne devrions pas nous prosterner devant des nonnes, bien qu’elles aient eu la compréhension du Dharma ou qu’elles aient la charge d’un temple. Nous avons du sang royal, nous ne pouvons pas nous prosterner devant nos vassaux, bien qu’ils aient la compréhension du Dharma. Pour rechercher la Voie, ces gens stupides quittent le pays de leur père, mais ne parviennent pas à la trouver pour autant.

A l’époque de la dynastie des Tang, quand Maître Joshu Shinsai[7] ressentit le besoin de se consacrer totalement à la pratique, il entreprit un pèlerinage en allant de temple en temple et de Maître en Maître à travers tout le pays. Il disait : – Je demanderai à quiconque de m’instruire, même à une petite fille de sept ans si elle est plus au fait que moi et je m’abstiendrai de parler à celui qui ne l’est pas, même s’il a cent ans. Au lieu de cela, c’est moi qui l’enseignerai.

Questionner au sujet du Dharma une fillette de sept ans et se prosterner devant elle, bien qu’il fût plus âgé, est louable, c’est l’attitude d’un vieux Bouddha. Si un moine en quête de la Voie rencontre une nonne qui soit parvenue à la compréhension du Dharma et veuille suivre son enseignement, l’instruire au sujet du Dharma et se joindre à sa communauté, se doit de se prosterner. C’est cela l’enseignement par la pratique. C’est comme s’abreuver quand on est assoiffé.

Le Maître chinois Shikan est un Patriarche dans la lignée de l’école Rinzai. La première fois que Maître Rinzai le vit, il l’arrêta.
Shikan dit alors : – J’ai compris.
Maître Rinzai lui dit : – Je voulais te donner vingt coups de bâton, mais finalement je me suis retenu de le faire [t’autoriser à pratiquer ici]. Après cette entrevue, Shikan devint son disciple. Plus tard, Shikan quitta Rinzai et s’en alla voir Matsuzan[8] qui lui demanda :– D’où viens-tu ?
– Il répondit : – Du début de la rue.
– Que faites-vous ici après l’avoir obstruée ?
Il resta sans voix, puis se prosterna devant elle et devint son disciple.
Une autre fois Shikan lui demanda :
– Quel genre de montagne est-ce, Matsuzan ?
– Une montagne dont le sommet ne peut-être vu.
Shikan questionna encore : – Qui vit sur cette montagne ?
– Celui qui y vit n’est ni mâle ni femelle.
– Alors pourquoi êtes-vous changé en homme ?
– Comment cela serait-il possible ? Je ne suis pas l’esprit d’un renard, lui répondit Matsuzan.

Shikan se prosterna devant elle, suivit son enseignement durant trois ans et occupa la fonction de responsable du potager. Plus tard, lorsqu’il accéda à la fonction de responsable de temple il dit à ses disciples : – J’ai reçu une moitié de louche d’eau de mon vieux père Rinzai et une autre moitié de ma vielle mère Matsuzan. Après les avoir bues, j’étais si satisfait que j’ai cessé de rechercher ailleurs. Revenons à l’histoire de chacun. Matsuzan était un grand disciple de Maître Kaon Daigu qui reçu sa transmission et devint la mère de Shikan. Rinzai était l’héritier de Maître Obaku Kiun, sa pratique était si forte qu’il a pu être le vieux père de Shikan. En prosternant et devenant le disciple de Matsuzan Ryonen, il exprimait sa détermination dans la pratique. Nous devrions suivre son exemple qui doit nous conduire à abandonner tout type de discriminations et tout particulièrement celles entre hommes et femmes.

La nonne Myoshin était un disciple de Gyozan[9]. Un jour que ce dernier recherchait un intendant, il demanda aux moines occupant des fonctions importantes de lui recommander une personne de confiance. Tous s’exprimèrent et finalement Gyosan leur demanda : – Que pensez-vous de la nonne Myoshin de Waisu ? Bien qu’elle soit une femme, je trouve qu’elle est tout à fait apte à occuper cette fonction. Tous l’approuvèrent et Myoshin eut la responsabilité de l’intendance. Les dragons et les éléphants qui entouraient Gyozan furent surpris, mais respectèrent sa décision. Bien que la fonction ne fût pas la plus importante, elle s’y appliqua avec mansuétude, pour les autres et pour elle-même.

Un jour, qu’elle était occupée à sa tâche, dix-sept moines de la région de Seishu arrivèrent dans le but de rencontrer son Maître Gyozan. Comme il allait faire nuit, ils remirent au lendemain l’ascension et durent passer une nuit dans les locaux de l’économat[10]. Au cours de la soirée, ils se mirent à débattre entre eux de l’histoire du sixième Patriarche[11] à propos du vent et du drapeau[12]. Tous s’exprimèrent, mais aucun d’eux n’avait donné une réponse satisfaisante. La nonne Myoshin surprit leur conversation et dit : – Combien de sandales ces dix-sept ânes aveugles ont-ils usées dans leur périple ? Ils n’ont jamais approché l’enseignement du Bouddha, même en rêve. Un novice ayant entendu ses critiques s’en pressa d’informer les moines. Aucun d’eux ne fût irrité par cette situation, ils se sentirent plutôt confus de n’avoir rien compris. Ils s’habillèrent et vinrent lui offrir de l’encens, se prosternèrent devant elle, puis demandèrent qu’elle les instruise.

Elle dit : – S’il-vous-plaît, rapprochez-vous. Il ne purent s’exécuter, alors elle cria : – Ce n’est ni le vent ni le drapeau ni votre esprit qui bougent ! Ils furent tous touchés par ses propos et s’inclinèrent respectueusement devant elle comme le ferait un disciple devant son Maître. Le lendemain matin, ils s’en retournèrent à Seishu s’en avoir réalisé leur projet de voir Gyozan. Dans la Voie, la nonne Myoshin était une grande Boddhisattva. Elle avait l’attitude d’un héritier en ligne directe des Bouddhas et des Patriarches.

Par conséquent, si les responsables des moines et même les grands disciples ont quelques lacunes dans la compréhension du Dharma, ils devraient demander aux nonnes qui ont accompli toutes les modalités de la pratique de la Voie de venir les instruire. Croyez-vous qu’il soit plus judicieux de le demander à un moine qui ne soit pas parvenu à la compréhension du Dharma ? Les responsables qui ont la charge des novices doivent eux aussi avoir accompli toutes les modalités de la pratique de la Voie. Cependant, celui qui est attaché au corps et à l’esprit est juste assez bon pour amuser les gens ordinaires. Inutile de dire que dans le bouddhisme, il n’est pas un homme qui mérite d’être cité en exemple. D’ailleurs, il se peut que certains refusent de se prosterner devant des nonnes, bien qu’elles puissent être des Maîtres et qu’elles aient reçu la transmission du Dharma. Du fait de leur ignorance, ils n’apprendront jamais, ils sont plus proche des animaux et bien éloignés des Patriarches. Si une personne se dévoue sincèrement à la pratique, le Dharma fera en sorte qu’il ne lui arrive rien de fâcheux. Peut-on imaginer que les bouddhas, avec toute leur mansuétude, ne sauraient nous protéger ? Même les fous dans les cieux et sur terre ont cette faculté de reconnaître la sincérité. Même la terre, les pierres, le sable et les galets ont cette aptitude de ressentir la sincérité.

Est-ce que seuls les hommes ont le droit au respect ? Après tout, la vacuité est vacuité, les quatre éléments sont quatre éléments et les cinq agrégats sont cinq agrégats. Il en va de même pour les femmes. Les femmes comme les hommes peuvent réaliser la Voie. Dans tous les cas, la réalisation de la Voie devrait être respectée, sans aucune discrimination. C’est le fondement même de la véritable pratique bouddhiste.

Dans la Chine des Song, le terme de laïc désigne ceux qui pratiquent la Voie sans devenir moine. Il y a ceux qui choisissent le célibat et d’autres de vivre en couple dans un ermitage, afin de vivre en harmonie avec leur pratique dans le monde au sein de la souffrance. Tous ces gens essaient de comprendre la même chose que les Maîtres qui ont choisi d’être des moines et de vivre en communauté pour pratiquer, se prosterner et recevoir l’enseignement. Cela n’a aucune importance qu’ils soient des hommes, des femmes ou même des animaux. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’apercevoir, même en rêve, le Dharma — même un vieux bhikshus de cent ans — ne peuvent se prévaloir d’être supérieur à un laïc [femme ou homme] qui serait parvenu à la compréhension éclairée de soi. Nous ne leur devons aucune déférence, juste respecter les convenances.

Toute personne qui pratique et qui a accompli toutes les modalités de la pratique de la Voie, même une fille de sept ans, peut enseigner la pratique aux moines, aux nonnes, aux laïcs et aux êtres sensibles. Dans le soûtra du Lotus, la fille du roi des dragons devint Bouddha. Elle devrait être respectée, honorée, vénérée comme tous les Bouddhas et Tathagatas. Ce sont les usages dans le bouddhisme. Je suis peiné pour ceux qui ne le savent pas ou qui n’ont jamais reçu d’instruction à ce sujet.

Ecrit en mars 1240 à Kosho-ji.

[1] Anattara-Samyaksambodhi (skr).
[2] Personne ayant certaines compétences.
[3] Il fait référence à Eka qui reçut la moelle de Bodhidharma.
[4] Dôgen utilise l’expression « marcher sur la pointe des pieds » et « enlever le feu qui brûle sur nos têtes », symbolisant l’attitude et l’énergie du Bouddha.
[5] L’histoire du deuxième Patriarche Eka.
[6] Sakra Devanam Indra, lire Maka-Hannya-Haramitsu, livret 2 du Shôbôgenzô.
[7] Maître Joshu Jushin, successeur de Maître Nansen Fugan. Il commença à pratiquer à l’âge de soixante-ans environ et mourut à l’âge de 120 ans.
[8] La nonne Matsuzan Ryonen, successeur de Maître Koan Daigu.
[9] Maître Kyozan(807-883) successeur de Maître Isan Reiyu.
[10] Généralement, l’économat se trouvait au pied de la montagne où se trouvait le temple, afin d’être près des fournisseurs et des éventuels donateurs et pour les pèlerins laïcs.
[11] Maître Daikan Eno (683-713) successeur de Maître Daiman Konin.
[12] Un jour, deux moines discutaient en regardant un drapeau flottant au vent. L’un dit : – C’est le vent qui bouge. L’autre répond : - Non c’est le drapeau qui bouge. Maître Daikan Eno leur dit : - Ce n’est ni le vent, ni le drapeau qui bouge, mais votre esprit. Livret 17, Immo du Shôbôgenzô.
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