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Maître Dogen

Genjo Koan, le principe fondamental de la pratique de l’éveil par Maître Dogen

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> Bouddhisme > Enseignements


Soku Shin Ze Butsu

Les extraits en français du Shobogenzo de Maître Dogen ont été traduit par Fabrice Séverin, moine zen et dirigeant de notre dojo, au départ de la version anglaise de Gudo Nishijima & Chodo Cross (Windbell Publications).

Par Maître Dogen

SHOBOGENZO
Traduction Française du Shobogenzo, œuvre majeure de Maître Dogen.

BENDOWA
MAKA HANNYA HARAMITSU
GENJO KOAN
IKKA NO MYOJU
JU UNDO SHIKI
SOKU SHIN ZE BUTSU
SENJO
RAIHAI TOKUZUI
KEISEI SANSHIKI

L’esprit lui-même est Bouddha.

Maître Dogen clarifie la question centrale de la pratique, qui fut également son propre koan lorsqu’il cherchait la Voie, et la raison pour laquelle il partit en Chine : Fondamentalement en effet toutes les existences ont la nature du Bouddha, alors à quoi bon pratiquer ? C’est précisément la source de beaucoup d’illusions et d’hérésies, il ne suffit pas de savoir que l’on est Bouddha pour l’actualiser !

Ce que chaque Bouddha et ce que chaque patriarche ont protégé et dont ils ont dépendu, tous sans exception, est seulement « l’esprit ici et maintenant est bouddha. » Beaucoup de disciples se méprennent cependant en pensant que « l’esprit ici et maintenant est bouddha » n’a pas existé en Inde, mais a été entendu pour la première fois en Chine.

De fait, ils n’ont pas conscience de leur erreur. Parce qu’ils sont inconscients d’être dans l’erreur, ils sombrent dans des points de vue non-bouddhistes. Lorsque des personnes stupides entendent parler de « l’esprit ici et maintenant est bouddha« , ils l’interprètent en pensant que les êtres ordinaires sont bouddhas par leur intellect et leur perception, sans avoir jamais réalisé l’esprit d’Éveil. Cette croyance provient de l’absence de rencontre avec un maître authentique.

La raison pour laquelle je dis qu’ils deviennent non-bouddhistes est qu’il y eut en Inde un non-bouddhiste appelé Senika, dont le point de vue peut être exposé comme suit :

« La grande vérité existe en ce moment même dans notre propre corps, donc nous pouvons facilement la trouver. En d’autres termes, il y a en nous une intelligence spirituelle qui discrimine entre la douleur et le plaisir, qui ressent naturellement le froid et le chaud, et reconnaît l’inconfort et l’irritation.

Cette intelligence n’est pas limitée par la multitude des choses ni reliée aux circonstances : tandis que les choses vont et viennent et que les circonstances apparaissent et disparaissent, l’intelligence spirituelle demeure quant à elle perpétuellement inchangée. Cette intelligence spirituelle est présente partout autour de nous, pénétrant tous les êtres sans distinction, qu’ils soient ordinaires ou sacrés.

En son sein, les fleurs illusoires flottent certes pour un temps dans l’espace, mais lorsque l’image momentanée est apparue puis a disparu, autrement dit lorsque les phénomènes se sont évanouis et que les circonstances sont dissoutes, alors l’intelligence spirituelle, l’essence originelle seule est clairement reconnaissable, paisible, et éternelle. Bien que le corps physique puisse être détruit, l’intelligence spirituelle le quitte sans altération ; exactement comme lorsqu’une maison brûle, le maître de la maison en sort.

Cette présence spirituelle authentique et parfaitement claire est appelée « l’essence de la perception et de l’intelligence ». Elle est aussi décrite comme « bouddha », et appelée « illumination ». Elle inclut le sujet et l’objet, et elle pénètre à la fois l’illusion et l’illumination.

Laissez donc la multitude des phénomènes et toutes les circonstances comme ils sont. L’intelligence spirituelle se mélange pas aux circonstances et n’est pas confondue avec les choses. Elle demeure constamment à travers tous les kalpas. Nous pourrions aussi bien appeler les circonstances qui existent dans l’instant présent « le réel », dans la mesure seulement où elles dérivent de l’existence d’une intelligence spirituelle : en effet ce n’est que parce qu’elles sont des conditions surgissant de l’essence originelle qu’elles sont réelles.

Même ainsi, elles ne sont pas éternelles comme l’est au contraire l’intelligence spirituelle, car elles existent mais ensuite s’évanouissent. L’intelligence spirituelle n’est reliée ni à la lumière ni à l’obscurité, car elle connaît spirituellement. Nous l’appelons « l’intelligence spirituelle », nous l’appelons également « le vrai moi », nous l’appelons « le fondement de l’Éveil », nous l’appelons « essence originelle », et nous l’appelons « substance originelle ».

Quiconque réalise cette essence originelle retourne à l’éternité et est appelé un grand homme retourné à la vérité. Il cesse d’errer à travers le cycle de la vie et de la mort ; il expérimente l’océan essentiel où il n’y a ni apparition ni disparition, et y entre à jamais. Il n’y a d’autre réalité que celle-ci, mais tant que cette essence n’a pas surgi, les trois mondes et les six états semblent en conflit. »

Ceci est donc le point de vue du non-bouddhiste Senika.

Maître Echu, Grand Maître National et Impérial, du grand Royaume de Chine, demanda à un moine :

« De quelle direction viens-tu ? »

Le moine répondit : « Je suis venu du Sud. »

Le maître dit : « Quel maître y a-t-il dans le sud ? »

Le moine dit : « Il y en a beaucoup. »

Le maître dit : « Comment enseignent-ils aux gens ? »

Le moine dit : « Les maîtres de de cette région enseignent directement aux disciples que l’esprit ici et maintenant est bouddha. Bouddha signifie la conscience elle-même. Nous sommes présentement complètement dotés de l’essence de la vue, de l’ouïe, de la conscience, et de la reconnaissance. Cette essence nous rend capable de lever les sourcils et de cligner des yeux, d’aller et venir, et de bouger et agir.

Elle pénètre le corps, si bien que quand quelque chose touche la tête, la tête le sait, et quand quelque chose touche le pied, le pied le sait. C’est pourquoi elle est appelée ‘la véritable intelligence pénétrant tout.’ À part cela il n’y a pas du tout de bouddha. Ce corps doit apparaître et disparaître, mais l’essence mentale n’est jamais apparue ou disparue depuis le passé sans limite. L’apparition et la disparition de ce corps est comme un dragon changeant ses os, un serpent muant sa peau, une personne déménageant d’une ancienne maison. Ce corps est inconstant ; l’essence est constante.

Ce qu’ils enseignent dans le sud est pour la plus grande part ainsi. »

Le maître dit : « S’il en est ainsi, ils ne sont pas différents du non-bouddhiste Senika qui dit : ‘Dans notre corps il y a une essence spirituelle unique. Cette essence peut reconnaître la douleur et l’irritation. Lorsque le corps périt l’esprit le quitte ; exactement comme quand une maison brûle le maître s’en va. La maison est inconstante ; le maître de la maison est constant.’

Lorsque j’examine les dires de telles personnes, il est clair pour moi qu’ils sont incapables de démêler le vrai du faux. Comment pourraient-ils décider de ce qui est juste ? Durant mes voyages j’ai souvent rencontré ce genre d’individus. Ils sont devenus depuis peu très populaires. Ils rassemblent des auditoires de quelques centaines de personnes et proclament, les yeux égarés dans les paradis du ciel : ‘Voici l’enseignement fondamental du Sud.’

Ils s’emparent du Sutra de l’Estrade et le détournent en y mêlant des histoires populaires et en éludant sa signification sacrée. Ils illusionnent et perturbent de jeunes disciples. Comment pourrait-on jamais qualifier cela d’enseignement oral ? Comme il est douloureux que notre religion soit ainsi dévoyée !

Si voir, entendre, être conscient, et reconnaître pouvait être équivalent à la nature de Bouddha, Vimalakirti n’aurait jamais dit ‘ le Dharma transcende la vue, l’ouïe, la conscience et la reconnaissance. Lorsque nous utilisons la vue, l’ouïe, la conscience et la reconnaissance ce n’est pas poursuivre le Dharma.’ »

Le Maître National Echu est un excellent disciple du Bouddha éternel de Sokei (Maître Eno). Il est un grand Maître du monde céleste autant que du monde humain. Nous devrions clarifier son enseignement fondamental et le considérer comme un levier essentiel pour apprendre la pratique. Ne suivez pas ce que vous savez maintenant être le point de vue du non-bouddhiste Senika.

Parmi les Maîtres des générations récentes subsistant dans les montagnes de Chine, il n’en est pas un qui soit l’égal de Maître Echu. Depuis les temps anciens, aucun Maître équivalent au Maître National ne s’est jamais manifesté dans le monde. Néanmoins les gens du monde ont pensé à tort que Rinzai ou même Tokuzan pouvaient l’égaler. Les gens pensant ainsi sont hélas trop nombreux.

Il est déplorable qu’il n’y ait plus de Maître à la vision claire. Cette phrase : « L’esprit ici et maintenant est bouddha » que les patriarches Bouddhistes protègent et dont ils dépendent, n’est pas même effleurée par les non-bouddhistes ni aucun pratiquant des deux véhicules, ne fût-ce qu’en rêve !

Les patriarches Bouddhistes et eux seuls possèdent l’ouïe, l’action et l’expérience qui actualisent vigoureusement et réalisent parfaitement l’esprit ici et maintenant est bouddha. Les Bouddhas ont continuellement récolté et semé des centaines de graines, pourtant ils ne se sont jamais représentés avec un corps en or de cinq mètres de haut. L’univers immédiat existe ; il n’est pas en attente de réalisation, il n’est pas en train d’éviter la destruction. Ce triple monde concret existe ; il n’est pas en train de disparaître ni d’apparaître, il n’est pas uniquement spirituel. L’esprit existe en tant que barrières et murs, il ne devient jamais boueux ou humide, il n’est certainement jamais une construction artificielle.

Nous réalisons par la pratique que l’esprit ici et maintenant est bouddha, nous réalisons par notre pratique que l’esprit qui est bouddha est ainsi, nous réalisons par notre pratique que Bouddha est réellement seulement l’esprit, nous réalisons par notre pratique que l’esprit-bouddha ici et maintenant est droit, et nous réalisons par notre pratique que cet esprit-bouddha existe ici maintenant.

Une telle réalisation à travers la pratique est l’esprit ici maintenant est bouddha se recevant lui-même et se transmettant authentiquement lui-même à l’esprit ici et maintenant bouddha. Authentiquement transmis ainsi, il est arrivé jusqu’à nos jours.

L’esprit qui a été authentiquement transmis signifie un seul esprit pour tous les phénomènes, et tous les phénomènes en tant qu’un seul esprit. Pour cette raison, un homme des temps anciens a dit : « Lorsqu’une personne s’Éveille à l’esprit, il n’y a plus une once de terre sur la planète. »

Sachez que lorsque nous nous Éveillons à l’esprit, le paradis tout entier s’écroule soudain et le sol entier en est déchiré. En d’autres mots, lorsque nous nous Éveillons à l’esprit, la Terre augmente de trois pouces.

Un ancien patriarche a dit : « Qu’est-ce que l’esprit subtil, pur et brillant ? Ce sont les montagnes, les rivières, et la Terre, le soleil, la lune et les étoiles. » Clairement, l’« esprit » est les montagnes, les rivières, et aussi la Terre, le soleil, la lune et les étoiles. Mais ce que ces mots disent est que lorsque nous avançons, ce n’est pas assez, et lorsque nous reculons, c’est trop.

L’esprit en tant que montagnes, rivières et Terre n’est rien d’autre que des montagnes, des rivières et la Terre. Il n’y a pas de vagues ni de ressac, de vent ni de fumée surajoutés. L’esprit en tant que soleil, lune et étoiles n’est rien d’autre que le soleil, la lune et les étoiles. Il n’y a pas en plus du brouillard de la brume.

L’esprit en tant que vivre et mourir, aller et venir, n’est rien d’autre que vivre et mourir, aller et venir. Il n’y a pas en plus illusion ou réalisation. L’esprit en tant que barrière, mur, tuiles, et cailloux n’est rien d’autre que des barrières, des murs, des tuiles et des cailloux. Il n’y a pas un supplément de boue ou d’eau. L’esprit en tant que quatre éléments et cinq agrégats n’est rien d’autre que les quatre éléments et les cinq agrégats. Il n’y a pas en plus un cheval ou un singe. L’esprit comme chaise ou chasse-mouches n’est rien d’autre qu’une chaise ou un chasse-mouches. Il n’y a pas en plus de bambou ni de bois.

Parce qu’il en est ainsi, l’esprit ici maintenant est bouddha est l’esprit ici et maintenant est bouddha sans souillure. Tous les bouddhas sont des bouddhas non souillés. Ceci étant, l’esprit ici maintenant est bouddha est les bouddhas eux-mêmes qui établissent la volonté d’Éveil, pratiquent, réalisent l’Éveil, et expérimentent le nirvana.

Si nous n’avons jamais établi la volonté d’Éveil, la pratique, la réalisation de l’Éveil, et l’expérience du nirvana, alors ce n’est pas l’esprit ici maintenant est bouddha. Si nous établissons l’esprit et que nous réalisons la pratique-expérience même un seul instant, c’est l’esprit ici et maintenant est bouddha. Si nous établissons la volonté et que nous pratiquons et expérimentons même dans une seule molécule, c’est l’esprit ici maintenant est bouddha. Si nous établissons la volonté d’Éveil, que nous pratiquons et expérimentons pendant des kalpas innombrables, c’est l’esprit ici maintenant est bouddha. Si nous établissons la volonté d’Éveil et pratiquons et expérimentons en un instant de conscience, c’est l’esprit ici maintenant est bouddha. Si nous établissons la volonté d’Éveil et pratiquons et expérimentons à l’intérieur de la moitié d’un point, c’est l’esprit ici maintenant est bouddha.

Prétendre au contraire que s’entraîner à devenir un bouddha pendant de longs kalpas n’est pas l’esprit ici et maintenant est bouddha c’est ne jamais avoir vu ni connu, et n’avoir jamais appris que l’esprit ici et maintenant est bouddha. C’est ne jamais avoir rencontré de Maître authentique qui enseigne que l’esprit ici et maintenant est bouddha. Le terme « bouddhas » équivaut à Shakyamuni Bouddha. Shakyamuni Bouddha est seulement l’esprit ici et maintenant est bouddha. Quand tous les bouddhas du passé, du présent et du futur deviennent bouddha, ils deviennent inévitablement Shakyamuni Bouddha, qui est l’esprit ici maintenant est bouddha.
SHOBOGENZO
Traduction Française du Shobogenzo, œuvre majeure de Maître Dogen.

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