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Jean-Pierre Pilorge

Transmission royale, sacerdotale et prophétique par Jean-Pierre Pilorge

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Reine de Saba : soirée poétique et philosophique

Le symbolisme dans les légendes de la rencontre du roi Salomon et de la reine de Saba

Par Jean-Pierre Pilorge

Première partie. Au cœur de la transmission, la reine de Saba, par Jean-Pierre Pilorge

1 – Les textes maçonniques de référence citant la visite de la reine de Saba au roi Salomon, à l’issue de la construction du temple de Jérusalem.

Une légende rabbinique reprise par le frère Oliver dans le New Massonic Testle Board, de Moore (Boston, 1868), dans un exposé sur l’Arche Royale.

Cette légende rabbinique se réfère au rabin Mannaseh Ben Israël (1604-1657) et est reprise par le frère Oliver dans Historical Landmarks II, 183, et dans la Jewish Encyclopedia à l’article Salomon.

Une version légèrement différente en est donnée dans un Ancient Rituel, cité par le Dr W.-W. Wescott dans un rituel, dont la date n’est pas précisée, et qui serait vraisemblablement d’origine irlandaise ou écossaise.

Dans le livret de l’oratorio Le Temple de Salomon, écrit par James Eyre Weeks sur une musique composée par Richard Broadway, organiste à la cathédrale Saint-Patrick de Dublin, et annexée aux Constitutions des Anciens : Ahiman Rezon, de Laurence Dermott (1756, pp. 199 à 209, réédité par le Massonic Book Club de Bloomington, Illinois, U.S.A., en 1975.

Dans le livre du frère Oliver intitulé Book of the lodge, chapitre V, sur the tracing boards of the second degree (cité par le frère Fred J.-W. Crowe, P.G.O.), dans un article intitulé King Salomon and the queen of Sheba (pp. 112 à !26, Ars quatuor coronati N° XIX, 1906, le seul numéro de la célèbre revue sur ce thème dans toute la collection, depuis sa fondation en 1886).

Dans une allusion à la reine de Saba préservée dans le rituel du degré de Most Excellent Master (degré cryptique des juridictions américaines).

Dans trois traductions de rituels d’installation de maître installé, utilisées à la Grande Loge Nationale Française.

Dans le degré de Queen of the South qui est conféré à tonte soeur active de l’ordre de l’Eastern Star qui en est jugée digne.

2 – La reine de Saba dans la Bible

C’est dans le premier livre des Rois (I Rois, 10 et 1 à 13) que l’on trouve le récit de référence biblique à la reine de Saba et à son voyage à Jérusalem pour y rencontrer le roi Salomon.

Voici la citation intégrale du texte biblique.

La reine de Seba (ou Saba) apprit la renommée que possédait Salomon, à la gloire de l’Eternel, et elle vint pour l’éprouver par des énigmes. Elle arriva à Jérusalem avec une suite fort nombreuse, et avec des chameaux portant des aromates, de l’or en très grande quantité et des pierres précieuses. Elle se rendit auprès de Salomon, et lui dit tout ce qu’elle avait dans le coeur. Salomon répondit à toutes ses questions, et il n’y eut rien que le roi ne sût lui expliquer.

La reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon et la maison qu’il avait bâtie, et les mets de sa table, et la demeure de ses serviteurs, et les fonctions et les vêtements de ceux qui servaient, et ses échansons, et ses holocaustes qu’il offrait dans la maison de l’Eternel. Hors d’elle-même, elle dit au roi : « C’était donc vrai, ce que j’ai appris dans mon pays au sujet de ta position et de ta sagesse ! Je ne le croyais pas, avant d’être venue et d’avoir vu de mes yeux. Et voici, on ne m’en a pas dit la moitié. Tu as plus de sagesse et de prospérité que la renommée ne me l’a fait connaître. Heureux tes gens, heureux tes serviteurs qui sont continuellement devant toi, qui entendent ta sagesse ! Béni soit l’Eternel, ton Dieu, qui t’a accordé la faveur de te placer sur le trône d’Israël ! C’est parce que l’Eternel aime à toujours Israël, qu’il t’a établi roi pour que tu fasses droit et justice.

Elle donna au roi cent vingt talents d’or, une très grande quantité d’aromates, et des pierresprécieuses. Il ne vint plus autant d’aromates que la reine de Saba) en donna au roi Salomon.

Les navires d’Hiram, qui apportèrent de l’or d’Ophir, amenèrent aussi d’Ophir une grande quantité de bois de santal et des pierres précieuses. Le roi fit avec le bois de santal des balustrades pour la maison de l’Eternel et pour la maison du roi, et des harpes et des luths pour les chantres. Il ne vint plus de ce bois de santal, et on n’en a plus vu jusqu’à ce jour.

Le roi Salomon donna à la reine de Saba tout ce qu’elle désira, ce qu’elle demanda, et lui fit en outre des présents dignes d’un roi tel que Salomon. Puis elle s’en retourna et alla dans son pays, elle et ses serviteurs.

Le récit biblique contenu dans le deuxième livre des Chroniques (II Chroniques, 9 et 1 à 12) et mot à mot strictement authentique à la citation complète ci-dessus du premier livre des Rois (Rois I, - 10 et 1 à 13) sauf en ce qui concerne le dernier paragraphe du deuxième livre des Chroniques (Chroniques II, 9 à12), qui est rédigé comme suit :

« Le roi Salomon donna à la reine de Saba tout ce qu’elle désira, ce qu’elle demanda, plus qu’elle n’avait apporté au roi. Puis, elle s’en retourna et alla dans son pays, elle et ses serviteurs. »

Dans le Nouveau Testament, l’on trouve deux références à la reine de Saba que le Christ dénomme la Reine du Midi, dans Matthieu 12-42 : « La Reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, avec cette génération et la condamnera, parce qu’elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et voici, il y a ici plus que Salomon. »

Dans Luc II, 31 : « La Reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, avec les hommes de cette génération et les condamnera, parce qu’elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et voici, il y a ici plus que Salomon. »

Quant au royaume de Saba, il en est fait mention dans Isaïe 60-6, Jérémie 6-20 et dans le psaume 72-10 et 15 (Vulgate, psaume 71-10 et 15), comme suit, sans précision géographique.

- Isaïe 60-5 et 6 (Jérusalem restaurée) : Tu tressailliras alors et tu te réjouiras,

Et ton coeur bondira et se dilatera,

Quand les richesses de la mer se tourneront vers toi,

Quand les trésors des nations viendront à toi.

Tu seras couverte d’une foule de chameaux,

De dromadaires de Madian et d’Epha ;

Ils viendront tous de Saba ;

Ils porteront de l’or et de l’encens ;

Et publieront les louanges de l’Eternel.

- Jérémie 6-19 et 20 (invasion étrangère suite à la non-écoute de l’exhortation à la repentance) :

Ecoute, terre !

Voici, je fais venir sur ce peuple le malheur,

Fruit de ses pensées ;

Car ils n’ont point été attentifs à mes paroles,

Ils ont méprisé ma loi.

Qu’ai-je besoin de l’encens qui vient de Saba,

Du roseau aromatique d’un pays lointain ?

Vos holocaustes ne me plaisent point,

Et vos sacrifices ne me sont point agréables.

- Psaume 72-10 et 15 (Vulgate, psaume 71-10 et 15 : De Salomon) :

Les rois de Tarsis et des îles paieront des tributs,

Les rois de Seba et de SabaA offriront des présents.

Ils vivront, et lui donneront de l’or de Seba ;

Ils prieront pour lui sans cesse, ils le béniront chaque jour.

3 – La reine de Saba dans le Coran et en islam

Après avoir fait irruption dans la Bible, après avoir écouté la sagesse du roi Salomon, la reine de Saba quitte Jérusalem et sa trace se perd dans les sables.

Or, la voilà ensuite qui réapparaît dans le Coran des siècles plus tard.

Le personnage de la reine de Saba, nommé Balkis dans la tradition arabe, va aussi inspirer des écrivains et des poètes arabes et notamment des maîtres du soufisme : Jalal Din Roumi et surtout Ibn Arabi, le mystique andalou, qui a vécu au XIIe siècle et pour qui la reine de SABA symbolisait l’infini féminin.

Le Coran consacre à la reine de Saba la sourate de la Fourmi (sourate XXVII, versets 15 à 45), sourate qui évoque la confrontation de la reine de Saba avec le roi Salomon en ces termes.

15- Nous avons donné la science à David et à Salomon. Ils disaient : louange à Dieu qui nous a élevés au-dessus de tant de ses serviteurs croyants !

16- Salomon fut l’héritier de David ; il dit : « O hommes ! on m’a appris à comprendre la langue des oiseaux. Nous avons reçu le don de toutes choses. Certes, c’est un bienfait incontestable. »

17- Un jour, les armées de Salomon, composées de génies et d’hommes, se rassemblèrent devant lui, et les oiseaux aussi, tous rangés séparément.

18- Lorsque ce cortège arriva à la vallée des fourmis, une d’entre elles dit : « O fourmis ! rentrez dans vos demeures, de peur que Salomon et ses armées ne nous foulent par mégarde sous leurs pieds ! »

19- Salomon se mit à rire, en entendant ces paroles, et s’écria : « Seigneur ! fais que je te sois reconnaissant pour les grâces dont tu m’as comblé ainsi que mes pères ; fais que je pratique le bien pour te plaire, et assigne-moi une part dans la miséricorde dont tu environnes tes serviteurs vertueux.

20- Il passa en revue l’armée des oiseaux et dit : « Pourquoi ne vois-je pas la huppe ? Est-elle donc absente ? »

21- « Je lui infligerai un châtiment terrible ; je la ferai mettre à mort, à moins qu’elle ne me donne une excuse légitime. »

22- La huppe ne tarda pas à venir, et s’adressa à Salomon en disant : « J’ai acquis la connaissance qui te manque ; j’arrive du pays de Saba ; je t’en rapporte des nouvelles exactes.

23- « J’y ai vu une femme régner sur un peuple ; elle possède toutes sortes de choses ; elle a un trône magnifique.

24- « J’ai vu qu’elle et son peuple adoraient le soleil à côté de Dieu : Satan a embelli ce genre de culte à leurs yeux ; il les a détournés de la vraie voie, en sorte qu’ils ne sont point dirigés,

25- « Et qu’ils n’adorent point ce Dieu qui produit au grand jour les secrets des cieux et de la terre, qui connaît ce que vous cachez et ce que vous publiez ;

26- « Le Dieu unique possesseur du grand trône. »

27- « Nous verrons, dit Salomon, si tu dis vrai ou si tu n’es qu’un menteur.

28- « Va leur porter ma lettre ; remets-la-leur, et place-toi à l’écart ; tu verras quelle sera leur réponse. »

29- La huppe partit et s’acquitta de sa mission. La reine dit aux grands de son royaume : « Seigneurs, une lettre honorable vient de m’être remise. »

Pour résumer le récit, le roi Salomon, qui a pouvoir sur les djinns, sur les vents et sur les animaux, dont il comprend la langue, est interpellé un jour par la huppe qui lui dit : « Dans un vol que j’ai fait, je viens de découvrir un royaume étonnant avec une femme qui règne sur cette population et cette ville (qui n’est pas nommée). C’est un peuple qui ne croit pas en Dieu, qui est incrédule et adore le soleil.

La huppe s’en étonne car ce peuple a l’air heureux et bénéficie de tous les bienfaits du ciel et de la terre sous la forme d’une civilisation avancée.

Le roi Salomon charge la huppe d’un message. Il lui confie une lettre pour la reine de Saba.

Selon le Coran, la huppe apporte la lettre à la reine de Saba. Celle-ci la lit, réunit son conseil et lui dit très habillement : « J’ai reçu une lettre du grand roi Salomon et, dans cette lettre, il me menace d’envahir le royaume. Que dois-je faire ? »

Les conseillers de la reine de Saba, chefs de tribus, prudemment et très frileusement lui disent que, bien sûr, ils sont en mesure de faire quelque chose mais qu’en dernier ressort c’est elle, la reine, et que c’est donc à elle de décider.

Il y a là un élément très intéressant de la psychologie de la reine de Saba, relevé par Ibn Arabi. La reine ne cite pas ses sources exactes. Elle dit : « J’ai reçu une lettre du roi Salomon » et elle demande conseil, elle est à l’écoute de ses conseillers. Et les conseillers ne veulent pas prendre leurs responsabilités. La reine, elle, pense que la guerre est une chose dangereuse parce que risquée quant à son issue. Elle dit : « Les rois détruisent les villes qu’ils envahissent, ce qui est cause de misère pour le peuple. Elle décide donc seule d’envoyer des présents au roi Salomon. C’est une manière pour elle de gagner du temps en lui envoyant de l’or.

Là s’insère une légende citée par Jalal Din Roumi.

La reine de Saba envoie quarante mules chargées d’or, car elle a entendu parler de la puissance du roi Salomon. La caravane arrive dans une plaine pavée d’or, puis à Jérusalem devant le roi Salomon, qui éclate de rire pour un si modeste présent, à ses yeux, qu’il considère comme étant de même nature qu’un plat de tarid bouillon du pauvre composé de pain trempé dans du jus de viande). Il dit alorsaux messagers de la reine de Saba qu’en conséquence, il va envahir son royaume et qu’il lui appartient de se soumettre.

Se soumettre ne signifie pas de tomber sous le pouvoir du roi Salomon, mais bien de se soumettre à la volonté de Dieu et à son autorité divine. Apprenant cette menace précise, la reine de Saba décide dont d’aller elle-même auprès du roi Salomon. Elle va se présenter au roi Salomon. C’est là que commence la seconde partie intéressante du récit qui sera commentée en profondeur par Ibn Arabi, qui voit là un des témoignages essentiels de sa pensée concernant la Création.

Cet épisode a beaucoup embarrassé les commentateurs de l’islam. Il y a là un coup de théâtre. La reine de Saba est attachée à ses principes et ses convictions et le récit coranique établit comme une rupture qui comporte la brusque conversion de la reine de Saba.

Elle arrive donc devant le roi Salomon pour créer un choc psychologique, un événement, un coup de théâtre ; le roi SalomonN demande aux djinns, ses conseillers surnaturels, de l’aider à transporter le trône de la reine de Saba, renommé pour sa grandeur et sa beauté, dans son palais, à Jérusalem. L’un des djinns lui dit pouvoir le faire le temps que ton regard revienne à toi, c’est-à-dire en un clin d’oeil.

La reine de Saba arrive et voit devant elle son trône. Celui-ci a été modifié de telle façon que l’on lereconnaisse, bien qu’il fût rehaussé d’autres ornements.

Le roi Salomon lui demande ce qu’elle pense de ce trône, et s’il ressemble au sien. Et la réponse est superbe : « On dirait que c’est le mien. »

A partir de là, suit tout un développement philosophique élaboré par Ibn Arabi, dans toute sa finesse et sa subtilité. Pour Ibn Arabi, Dieu crée et recrée à chaque instant la Création. Il y a des archétypes auxquels la divinité se réfère, et ces archétypes, à chaque instant, recréent, dans le monde, les projections, les apparences qui font précisément le monde.

Donc, en disant que du trône qu’elle voit devant elle : « On dirait que c’est le mien. », la reine de Saba ne tombe pas dans le piège.

Vu sous le regard d’Ibn Arabi, la reine de Saba confesse que Dieu a la toute puissance nécessaire, inépuisable, « non épuisée par la première Création », comme le dit Ibn Arabi, recréant à chaque instant celle-ci par un acte d’amour gratuit, qui s’insère bien dans la réflexion d’Ibn Arabi et la caractérise : la générosité de Dieu.

La reine de Saba est, dans le Coran, la seule femme qui a un accès direct à l’inspiration spirituelle, à l’intuition de Dieu. Par là même elle a, en quelque sorte, le même statut que le roi Salomon.

Le roi Salomon ne se contente pas de cette prenière épreuve (sous la forme d’une ruse). Il invite la reine de Saba à entrer dans son palais et là, elle voit sous son pied quelque chose et pense que c’est de l’eau. Elle soulève donc sa robe pour ne pas la mouiller et le roi Salomon lui dit : « Mais non, c’est une dalle de cristal. »

A ce moment-là, la reine comprend, elle aussi, la divinité, Dieu s’exprimant aussi dans ce reflet de cristal, de même que le trône était lui-même un reflet de Dieu et de sa capacité de recréation incessante de la Création. Le reflet de la dalle de cristal représente aussi la toute puissance recréatrice de Dieu, et là, de nouveau, la reine de Saba va confesser le Dieu unique, le Seigneur des Monde (Blahami), qui est aussi le sien.

Dans l’oeuvre d’Ibn Arabi, la reine de Saba apparaît comme « un personnage total » ; il disait d’elle qu’elle était issue de la liaison entre « le savoir et la sagesse ».

La reine de Saba a joué un rôle éminemment moteur dans l’élaboration de la pensée d’Ibn Arabi. Elle va devenir pour lui une sorte de Diotime platonicienne, l’incarnation de la sophia grecque. Elle va devenir une figure composite englobant la Salma (dans la poésie arabe : Salma = Salomon = identité extraordinaire et saisissante). C’est ainsi une sorte de projection de Salomon au féninin. Elle devient aussi la figure symbolique de Fatima, la figure de lajeune fille nizam (l’équivalent de la sophia grecque dans le monde arabe).

La reine de Saba va servir de guide spirituel au grand maître soufi que fut Ibn Arabi. Devant la lumière de cette sophia (de cette Salma, qu’Ibn Arabi identifie aussi à la compassion de Jésus dans sa charité amoureuse). Ainsi Ibn Arabi fait de la reine de Saba, en quelque sorte, la Béatrice de Dante pour son inspiration mystique et poétiqne.

4- La légende éthiopienne de la reine de Saba

La Bible évoque le voyage que la reine de Saba fit à Jérusalem pour écouter la sagesse de Salomon, mais la Bible ne situe par le royaume de la reine de Saba. Le Coran est plus précis, puisqu’il situe son royaume au sud de l’Arabie, c’est-à-dire dans le Yemen d’aujourd’hui. Mais, au XIVe siècle de l’ère chrétienne, une autre version vint se greffer à la légende : elle fait partir la reine de Saba

non pas d’Arabie, mais d’Axoum, ville d’Ethiopie, qui fut la capitale du premier royaume du pays.

Quelle est l’histoire de la reine de Saba en Ethiopie ?

C’est une histoire qui n’est pas très différente de celle rapportée par la Bible, mais simplement enrichie et embellie par de très nombreux détails qui lui donnent une signification particulière.

L’histoire sa passe dans le Nord du pays, dans une province que l’on appelle aujourd’hui la Toggraî.

Le peuple y adore un serpent auquel il faut donner régulièrement, à tour de rôle, en pâture, les jeunes filles premières nées des familles. Un jour arrive le tour d’une jeune fille appelée Makeda qui, dans d’autres traditions, porte le nom d’Hazeb.

Elle est attachée à un arbre ; le serpent s’approche et son père, dans une version (trois saints cachés derrière un arbre dans une autre version) tue le serpent qui voulait la dévorer, et, en tuant le serpent, une goutte de sang du monstre tombe snr le talon de Makeda qui, instantanément, prend alors l’aspect d’un talon d’âne.

Les villageois, apprenant la mort du monstre, font de Makeda leur reine.

Quelque temps après, cette reine apprend l’existence de Salomon et décide de se rendre en Palestine pour le visiter. Elle fait le voyage avec de nombreux cadeaux. Le roi Salomon la reçoit somptueusement (comme dans le récit biblique pour cette partie). Cependant, s’y ajoute un développement intéressant.

Salomon, au cours du séjour de la reine de Saba lui offre un festin avec une intention un peu perfide. Il prend soin de lui servir des plats très épicés, comme le veut la gastronomie éthiopienne, de telle sorte que la reine de Saba ait très soif. Au moment où elle se retire dans ses appartements, il lui fait promettre de ne toucher à aucun des objets qui figurent dans la salle où elle dort.

La reine de Saba n ’y voit aucune ruse et promet. Au milieu de la nuit, le piment fait son effet et elle a grand soif. Elle se réveille, approche sa main d’une cruche d’eau qui se trouvait à sa portée et boit. Le roi Salomon qui ne dormait pas et l’épiait se précipite et lui fait observer qu’elle a touché à quelque chose qui lui appartenait et qu’elle doit donc se soumettre à ses voeux et volontés.

Neuf mois plus tard, la reine de Saba, rentrée dans son pays, accouche d’un fils qui prend le nom de Menelik.

Quel est le sens de cette version assez romancée ?

Sert-elle, jusqu’à la constitution éthiopienne de 1952, à asseoir traditionnellement la lignée de Menelik jusqu’à l’Empereur Haïlé Sélassié, le Négus, dont Menelik est désigné comme né des amours de la reine de Saba et du roi Salomon ?

A ce sujet, la constitution de l’Empire d’Ethiopie de 1952 dit : « La dignité impériale doit rester perpétuellement attachée à la lignée d’Haïlé Sélassié, descendant du roi Sahel Sélassié, dont la lignée descend directement, sans interruption, de Menelik. »

L’Empereur Haïlé Sélassié était le 255e descendant de la reine de Saba et sa légitimité impériale de roi des rois, de Négus et de Lion de Juda était issue d’une tradition ancestrale codifiée par les textes constitutionnels les plus contemporains de notre époque, restés en application et en nsage jusqu’en 1975, date de sa destitution par un exécrable régime révolutionnaire de nature totalitaire.

Il y a donc lieu de passer au crible de l’analyse historique cette version éthiopienne pour mieux la comprendre.

La plus ancienne version dont nous disposions remonte au XIVe siècle et se trouve dans un ouvrage qui se nomme le Kebra Nagast, dont c’est le titre en langue guez. Ce Kebra Nagast, dont je viens de résumer le récit dans l’une de ses versions (il y en a plusieurs), a été écrit dans des circonstances que l’on connaît à peu près bien.

Au XIIle siècle de l’ère chrétienne l’Ethiopie venait de renverser la dynastie usurpatrice des Zagouès. Il fallait donc se relier à une légitimité traditionnelle antérieure à ces usurpateurs, avec des racines les plus anciennes possibles et les plus nobles possibles. On pense donc que c’est à cette époque que s’est formée la version éthiopienne, la première version ayant pu être rédigée en arabe, puis immédiatement traduite en langue guez.

Son objectif était bien de légitimer une dynastie impériale éthiopienne. La légitimation qu’en retiraient les souverains éthiopiens était tout à fait extraordinaire, car ils devenaient alors descendants de Salomon et, par là même, de David et de la lignée de David, le père de Salomon, lignée à laquelle a appartenu le Christ. Ainsi, les souverains d’Ethiopie se posaient parents du Christ, ce qui était plus que fonder un droit d’autorité comme venant de Dieu, comme pour toute autorité spirituelle, mais fondant la dynastie sur un lien de sang, un lien de parenté et qui en faisait le défenseur principal de la chrétienté en Afrique.

Il y avait des signes concrets de cette filiation, en Ethiopie, par la présence dans de nombreux édifices, de l’étoile de David ou sceau de Salomon. En outre, les souverains éthiopiens portaient une titulature qui rappelait cette origine, celle de lion triomphant de la tribu de Juda, affiflllation perpétuelle et quotidienne de cette origine juive.

Cependant, il y a un certain syncrétisme arabo-judaïque dans le récit du Kebra Nagast, ainsi que dans le sceau de l’empire d’Ethiopie constitué par l’étoile de David ayant en son centre une reine de Saba blanche et non pas d’origine africaine.

La légende avait en outre deux autres justifications, dont celle de mettre en évidence, de justifier et d’expliquer certains traits judaïques de la culture éthiopienne. Par exemple, l’Eglise éthiopienne a conservé toute une série de pratiques qui trouvent leur fondement dans l’Ancien Testament (et non dans le Nouveau Testament) : respecter le sabbat, certains rites concernant la pureté légale, etc., qui sont des traits judaïques du christianisme éthiopien.

Dans la légende du Kebra Nagast, la reine de Saba adopte le Dieu de Salomon (comme le rapporte aussi le Coran dans la sourate XXVII-45 : « Seigneur, j’avais agi uniquement envers moi-même en adorant les idoles ; maintenant, je me résigne, comme Salomon, à la volonté de Dieu, maître de l’univers. » Ainsi, la reine de Saba est revenue dans son royaume en étant donc au moins une « prosélyte de la porte ». La tradition nous explique que l’Ethiopie a été juive avant de devenir chrétienne, et cela explique bien ces traits vivants du judaïsme dans ce christianisme spécifique et leur permanence.

La troisième légitimation que permet de faire le récit du Kebra Nagast est d’expliquer le sémitisme de la population éthiopienne. L’Ethiopie s’est agrandie considérablement au plan territorial au XIXe siècle, mais le vieux noyau éthiopien ancestral à culture et caractéristiques sémitiques, qui ne comprend que le Nord du pays, garde dans la population des traits qui ne sont pas négroïdes mais bien d’origine moyenne-orientale.

Aujourd’hui encore, sur les fresques anciennes ou contemporaines de notre époque, on constate que la reine de Saba (Makeda selon la version éthiopienne) est de teint blanc, ainsi que son fils Menelik.

Jacques-Noël Perès, dans sa traduction de l’éthiopien ancien, son introduction et ses notes de L’Epitre des apôtres (Editions Brepols, Paris, 1994 - note 3 page 16) précise qu’en éthiopien, le nom de

Menilek (Menelik) « semble être une corruption de l’arabe Ibn Malik comme de l’hébreu Ben Melek, ce qui signifie fils de roi.

Le jeune Menelik, fils du roi Salomon et de la reine de Saba, est retourné voir son père, après être né dans le royaume de Saba et l’une des caractéristiques que sa mère lui avait donnée pour se faire reconnaître par le roi Salomon était justement la clarté de son teint. Menelik était de teint très clair et la reine de Saba, Makeda, l’envoie rencontrer le roi Salomon avec un miroir, afin que, lorsqu’il sera en présence de son père, il puisse vérifier que la clarté de son teint est identique à celui de Salomon et qu’il est donc bien son fils. A son retour de Jérusalem, Menelik revient au royaume de Saba avec les premiers nés de Palestine et une douzaine de jeunes lévites (prêtres) qui se sont emparés, avant de quitter Jérusalem, des Tables de la Loi et de l’Arche d’Alliance qui les contenait, dans le temple de Jérusalem. En entrant dans le royaume de Makeda, la reine de Saba, ils ont alors déposé l’Arche d’Alliance et les Tables de la Loi dans une église qu’ils ont immédiatement fait construire et qui s’appelle Mariam et est dédiée à la Sainte Vierge Marie. Cette église se trouve à Axoum et on peut la visiter de nos jours, bien qu’elle ne soit plus dans son état primitif. Beaucoup d’Ethiopiens pensent encore aujourd’hui que les Tables de la Loi y sont toujours déposées et conservées.

Revenons au texte éthiopien du Kebra Nagast après cette digression intéressante.

Makeda, la reine de Saba, serait partie de la ville sainte d’Axoum ; mais est-ce que la ville et son histoire remontent bien au Xe siècle avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire à. l’époque du roi Salomon ?

Nous n’avons pas d’éléments historiques sûrs. La première mention du royaume d’Axoum se trouve dans Le Périple de la mer Erythrée, un petit mémento destiné aux marins qui naviguaient en mer Rouge à cette époque. Ce document est difficile à dater (il y a à son sujet plusieurs théories). On commence cependant à s’accorder pour considérer qu’il remonte à la moitié du premier siècle de l’ère chrétienne. Donc, la mention du royaume d’Axoum est assez tardive.

Après cette première mention et ce document, nous avons beaucoup plus d’éléments et nous savons que le royaume d’Axoum a été très prospère au IIIe et IVe siècle de notre ère et qu’il a disparu vers le Xe siècle. Nous n’avons pas de mention du royaume d’Axoum avant les années 50 de l’ère chrétienne.

Ce n’est cependant pas une raison suffisante pour pouvoir dire que la reine de Saba ne pouvait pas venir d’Axoum. D’abord parce que absence de mention ne veut pas dire preuve et que, deuxièmement, nous avons, en revanche, des indices d’existence de royaumes organisés en Ethiopie, antérieurs au royaume d’Axoum.

Les fouilles archéologiques conduites à Hiehah, notamment, montrent qu’il y avait là un Etat constitué, assez puissant pour édifier des bâtiments importants cinq siècles avant Jésus-Christ. Donc rien ne prouve, aujourd’hui, que l’on ne puisse pas remonter à l’époque un jour. Bien entendu, remonter à l’époque du roi Salomon ne voudra pas dire non plus que la reine de Saba est partie d’Ethiopie.

Au passage, nous pouvons nous poser la question de savoir si l’histoire des Falashas éthiopiens vient se greffer sur ce récit fondateur. Une tradition fait des Falashas éthiopiens les descendants de ces premiers nés d’Israël venus au royaume de Saba avec Menelik, le fils du roi Salomon et de la reine de Saba, Makeda. Mais cette tradition n’a pas d’assise historique.

En réalité l’origine des Falashas est totalement mystérieuse, il faut scientifiquement le reconnaître. Nous n’avons pas d’éléments. On peut supposer qu’il s’agit de communautés juives installées dans la vallée du Nil, mais, là aussi, il y a beaucoup de preuves qui s’opposent à. cette thèse.

Aujourd’hui, nous ne savons rien scientifiquement à ce sujet. Vouloir trouver absolument une filiation entre les Falashas et le judaïsme installé au Proche-Orient relève des bons sentiments ou des idéologies politiques mais pas de la science.

Deux thèses se sont toujours affrontées, qui ont passionné les Pères de l’Eglise, les encyclopédistes et aussi les chercheurs contemporains. Une thèse prête à la reine de Saba une origine arabe, yéménite, et l’autre une ascendance africaine.

La question se pose donc de savoir si la reine de Saba fut arabe ou éthiopienne. On ne peut que retourner à ce qui nous en est dit dans la Bible, car la science n’en sait rien. La Bible a des composantes historiques, mais on manque, là aussi, de preuves qui recoupent les récits bibliques.

Or, pour la reine de Saba, nous n’avons aucun autre élément autre que biblique dans l’Ancien Testament (10 livre des Rois, 10, 1 à 13), deux mentions dans le Nouveau Testament (Matthieu 12-42 et Luc 11-31 : « La Reine du Midi se lèvera lors du Jugement. »), puis, dans le récit coranique de la sourate de la Fourmi (sourate XXVII) et dans celui de la sourate de Saba (sourate XXXIV).

Ces textes sacrés ne sont recoupés par aucun élément scientifiquement établi. On ne peut donc pas répondre aujourd’hui à cette question.

Cependant, on peut supposer et même dire que, suite aux découvertes archéologiques effectuées au Yemen, on peut faire remonter la civilisation du royaume de Saba jusqu’au XVe siècle avant Jésus-Christ et que, sur cette base matérielle, on peut considérer comme plausible, potentiellement, qu’une reine de Saba fût allée rendre visite au roi Salomon. Mais il faudra des preuves plus précises pour pouvoir l’affirmer .

Nous connaissons beaucoup mieux aujourd’hui le royaume de Saba. Nous savons qu’il a existé un royaume de ce nom au Yemen. On en affine actuellement la chronologie. Cette chronologie rend possible l’existence d’une reine de Saba. On sait également qu’il y a beaucoup d’Etats de la péninsule Arabique qui ont eu des souveraines, à différentes époques. Cela est donc possible mais n’est pas encore scientifiquement prouvé.

5- Le symbolisme dans les légendes de la rencontre du roi Salomon et de la reine de Saba

Pour mieux pénétrer la profondeur et la subtilité du contenu spirituel véhiculé par les diverses légendes sur la rencontre de la reine de Saba et du roi Salomon à Jérusalem, il y a lieu d’aborder cette rencontre sous l’angle de la symbolique et de son symbolisme.

De toutes les richesses qu’offrent ces récits, nous ne retiendrons que cinq mots clés qui éclaireront la suite de cet exposé, à savoir : animal, oiseau , huppe, trône, cristal.

- Les animaux

Selon la légende, le roi Salomon parlait aux djinns, aux vents et aux animaux. En symbolisme, les animaux sont les symboles des principes et des forces cosmiques matérielles ou spirituelles, telles que représentées, par exemple, dans les signes du zodiaque en Occident. Ils touchent aux trois niveaux de l’univers : l’enfer, la terre et le ciel. Ainsi, Salomon, maîtrisant les forces cosmiques matérielles et spirituelles, est dans la plénitude de son règne, et cette plénitude c’est sa sagesse.

- Les oiseaux

Deuxième symbole intéressant à aborder, le roi Salomon connaît aussi le langage des oiseaux. Il parle aux animaux, et particulièrement aux oiseaux. L’oiseau, en hébreu, se dit tsipor (tsadé, pé, vav, rech). Le mot tsipor se lit aussi tsérouf, qui signifie : combinaison des lettres d’un mot pour produire d’autres mots et ainsi libérer et ouvrir les éléments d’une structure afin de ménager la possibilité d’existence à d’autres modalités de formes. L’oiseau, par son chant, vient réparer notre sens évanoui de la responsabilité et de la culpabilité

Marc-Alain Ouaknin (Tsimsoum, introduction à la méditation hébraïque, Albin Michel, Paris, 1992,chapitre VII, page 143 et suivantes le langage des oiseaux) précise à ce sujet que l’idée fondamentale de toute pensée kabalistique concernant la langue des oiseaux est d’inscrire le langage dans le réel du monde, jusqu’à l’alliance primordiale où tous les mots trouvent leur origine et leur pouvoir de signifier dans le mot des mots : le nom de Dieu.

Ainsi, le roi Salomon maîtrise aussi toutes les formes de langage, y compris la langue primordiale, ce qui en fait le détenteur du mot sacré non substitué, mot qui contient toutes les réalités passées, présentes et à venir. C’est ainsi qu’il s’adresse à la huppe, qui est un coq de bruyère.

La huppe

Le Coran (sourate XXVII, 20 et suivants) parle de la huppe comme ayant joué un rôle de messager entre Salomon et la reine de Saba.

Le Dictionnaire des symboles (Editions Robert Laffont, Paris, 1969, page 407) précise que dans le Mantiq-ut-taïr, de Farid-od-Din-Attar (Colloque des oiseaux ou Langage), le poète raconte que tous les oiseaux du monde partent en voyage à la recherche d’un roi. C’est la huppe qui va leur servir de guide. Elle se présente comme la messagère du monde invisible et est décrite comme portant sur la tête la couronne de la vérité. Ce voyage des oiseaux symbolise l’itinéraire mystique de l’âme à la recherche du divin. On raconte que la huppe était « le seul oiseau qui pût indiquer les points d’eau à Salomon ». Elle empêche les djinns de venir hanter les lieux où de l’argent est enfoui. Elle est le symbole de l’acuité intellectuelle qui, non seulement découvre les trésors cachés, mais préserve des embûches. Enfin, dans le récit de l’exil occidental de Sohrawardi, la huppe symbolise l’inspiration personnelle intérieure. Le roi Salomon a la même acuité intellectuelle et la même inspiration intérieure que la huppe avec laquelle il est en familiarité.

Le trône

Le quatrième symbole important qui apparaît dans la légende de la rencontre de la reine de Saba et du roi Salomon à Jérusalem est celui du trône, que le génie Ifrit, un djinn, va dérober à la reine de Saba pour l’apporter à Salomon à Jérusalem.

Le trône a pour fonction universelle d’être le support de la gloire ou de la manifestation de la grandeur divine et humaine. Il symbolise l’équilibre final du cosmos, équilibre « constitué par l’intégration totale de toutes les antithèses naturelles » (Bruckhardt).

Dans l’ésotérisme de l’islam, le trône (el arsh) est le support de la manifestation informelle, voire de la transcendance du principe. Il exprime un rapport entre le principe et la manifestation. Le piédestal (el kursi) est la première manifestation de la différenciation, la première création. Le trône est identifié à la science divine. Il englobe toute chose. Il symbolise la manifestation universelle prise dans son épanouissement total, qui comporte l’équilibre et l’harmonie.

Le trône de Salomon a été décrit et interprété comme l’une des plus extraordinaires merveilles. Le texte biblique est d’une grande richesse de symboles à ce sujet : « Le roi fit aussi un grand trône d’ivoire et le plaqua d’or raffiné. Ce trône avait six degrés, des têtes de taureau en arrière et des bras de part et d’autre du siège ; deux lions étaient debout près des bras et douze lions se tenaient de part et d’autre des six degrés. On n’a rien fait de semblable dans aucun royaume. » (Premier livre des Rois-10, 18-20). Les commentateurs ont entouré ce trône d’un surcroît de merveilleux. Salomon l’aurait fait dérober par le génie Ifrit à Balkis, la reine de Saba. Ce génie, d’un clignement d’œil, l’aurait fait voler à travers l’espace jusqu’à la colline de Jérusalem, avec l’aide de tous les livres de magie, grâce auxquels Salomon pouvait soumettre les hommes, les génies et les éléments. Les deux lions auraient été surmontés de deux aigles. Les colonnes du trône étaient de pierres précieuses, il était dominé par une couronne de rubis et d’émeraudes.

Des talmudistes ajoutent que, lorsque Salomon monta pour la première fois sur son trône : « Les hérauts placés sur chacun des degrés lui crièrent les devoirs qui lui incomberaient comme souverain, et lorsqu’il s’assit, une colombe s’envola du trône, ouvrit l’Arche d’Alliance, en sortit la Thora et la lui présenta pour qu’il l’étudiât et les douze lions d’or poussèrent d’effrayants rugissements. »

Résumons le symbolisme du trône de Salomon et de la reine de Saba, en s’en tenant uniquement au texte biblique et en s’appuyant sur le Dictionnaire des symboles.

L’ivoire indique l’incorruptibilité et l’invincibilité, l’or la suprématie et la sagesse, les lions la puissance, les taureaux la fécondité, les têtes de taureau séparées désignent le sacrifice et les bras de part et d’autre du siège l’omniprésence du pouvoir royal. Et le trône du roi Salomon est aussi celui de la reine de Saba, à tel point que la reine dit : « On dirait que c’est le mien », et non pas « C’est le mien », ce qui lui aurait fait perdre toute la puissance de sa dignité royale à l’égal de Salomon.

Le cristal

Le dernier symbole essentiel de la légende est celui du cristal, de la plaque de cristal que la reine de Saba a franchi et, qu’à première vue, elle avait pris pour une étendue d’eau. Sa transparence est un des plus beaux exemples d’union des contraires, dit le Dictionnaire des symboles. Le cristal, bien qu’il soit matériel, est transparent, comme s’il n’était pas matériel. Il représente le plan intermédiaire entre le visible et l’invisible. Il est le symbole de la divination, de la sagesse et des pouvoirs mystérieux accordés à I ’homme. La reine de Saba va franchir la plaque de cristal pour aller jusqu’à Salomon, car elle est détentrice et maîtresse de cette sagesse et de ces pouvoirs.

6- La reine de Saba, le roi Salomon et l’alchimie

Selon le Dictionnaire thématique illustré de la franc-maçonnerie, de Jean Lhomme, Edouard Maisondieu et Jacob Tomaso (Editions du Rocher, Paris, 1993, pp. 15 et 16, « une mention particulière doit être ici faite à Michel Maïer (1568-1622), qui écrivit une Septimana philosophica, rapportant une conversation entre Salomon, la reine de Saba et Hiram, roi de Tyr.

A quoi se rapportent en alchimie, les allégories du roi et de la reine ?

Le Dictionnaire mytho-hermétique, de Dom Pernety (Editions Retz, collection Bibliotheca Hermetica, Paris, 1972) apporte des précisions à ce sujet.

Concernant le roi, il signale que ce nom a deux sens différents chez les philosophes : celui de soufre des sages, ou or philosophique ; parfois celui de la matière qui doit entrer d’abord dans la confection du mercure pour en surmonter la froideur et la volatilité et pour le fixer.

Basile Valentin (XVe siècle) donne le nom de roi au soufre parfait, et même à la poudre de projection, issue de la pierre au blanc ou de la pierre au rouge, au début de son traité intitulé Les Douze Clés de la philosophie (daté de 1414, en fait de 1604, traduit du latin par Eugène Canseliet (Editions de Minuit, Paris, 1956, pp. 77 et suivantes).

Quant à la reine, c’est l’eau mercurielle des philosophes, ou argent vif.

Le roi, qui est le soufre, doit être marié avec cette eau mercurielle qui est la reine, son épouse naturelle, et sa mère.

C’est Basile Valentin et Le Trevisan qui ont plus paniculièrement employé le terme de reine.

Les noms de roi donné aui soufre et de reinie donné au mercure ne désignent pas les corps chimiques du même nom, mais représentent certaifies qualités de la matière : le soufre désigne des propriétés actives, c’est la forme, principe masculin, fixe. Le mercure désigne les propriétés passives, c’est-à-dire la matière, principe féminin, volatil.

Selon le langage de l’alchimie, on peut dire que la reine de Saba ct le roi Salomon sont les mère et père des sept métaux, dont les deux métaux parfaits que sont l’argent et l’or symbolisés par le soleil et la lune.

7- La reine de Saba, le roi Salomon et la Kabbale

En hébreu, saba (aleph, a = 1 ; beth, b = 2 ; samekh, s = 60, soit, en réduction théosophique 1 + 2 + 60 = 63 = 6 + 3 = 9), a la signification de grand père, ancêtre, celui qui est ivre de connaissance (comme Noé). Il peut ne pas être un vieillard pour autant ; cependant, ce mot signifie toujours un ancien (racine du mot sab = beth = 2 ; samekh, s = 60), soit, en réduction théosophique, 2 + 60 = 62 = 6 + 2 = 8).

Cela signifie que la tradition est au-delà des âges, aussi actuel qu’est le roi Salomon à son époque qu’antique qu’cst la reine dc Saba, car ccttc rencontre cntre la rcine de Saba et le roi Salomon se passe hors du temps, dans un non-temps, dans une métahistoire de l’humanité (cf. La Lettre chemin de vie, d’Annick de Souzenelle, collection Spiritualités vivantes, Editions Albin Michel, Paris, 1993, p. 171).

Le mot hébreu seba exprime le nombre 7 (la lettre zayin = 7). C’est le nombre du sabbat, au septième jour de la Création, celui du retrait, de la perfection atteinte.

A ce moment, tout ce qui n’ exprime pas la permanence disparaît sous le regard de la reine de Saba, afin que ce qui relève du temps meurre pour renaître à une dimefision supérieure, celle du non-temps, c’est-à-dire à l’éternité (cf. La Lettre chemin de vie, op. cité, page 84).

Pour les kabbalistes, l’âme est triple. Ellc se compose de : nefesh, principe animal, ruach, nature morale et neshamah, intelligence pure, point culminant de la vie de l’âme.

Le Zohar précise que l’âme (neshamah) vient dans le monde par l’union du roi et de la reine. Le retour de l’âme à Dieu se fait par l’union de la reine avec le roi. « La reine représente tiferet, VIe séphirah, et le roi représente yésod, IXe séphirah (cf. Les Loges de Saint-Jean, de Paul Naudon, Editions Dervy, Paris, 1974, pp. 159 à161).

8- La reine de Saba, le roi Salomon et le symbolisme sous son aspect affectif

L’activité symbolique vise à unlifier la conscience.

Cette démarche permet l’incorporation de l’affect et de ses énergies pour concourir à la spiritualisation de la sensibilité.

Celle intégration de la conscience suppose une intégration du milieu cosmique naturel. Cette unification de la conscience amene à la pacification de toute la personnalité et son fruit spirituel en est la paix et la joie : l’union spirituelle de la reine de Saba et du roi Salomon.

Octobre 1997






Buddhaline

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