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Réincarnation et spiritualités nouvelles : que cache cet engouement dans nos pays de tradition chrétienne.

Il est légitime de se demander ce que cache cet engouement pour la réincarnation dans nos pays de tradition chrétienne.

Par André Couture

MÊME si tout au plus 1 ou 2 % des Occidentaux appartiennent à des groupes qui font profession de croire à l’existence de ce qu’il est convenu d’appeler la réincarnation, les statistiques font état de 20 % à 30 % d’adhérents à cette croyance. Cela veut dire qu’un bon nombre de ceux qui se déclarent par ailleurs chrétiens acceptent aussi cette croyance (1). Il semble bien que la pertinence de la réincarnation masque aux yeux de beaucoup de nos contemporains les éventuelles contradictions de cette croyance avec la résurrection dans le christianisme. Il est alors d’autant plus légitime de se demander ce que cache cet engouement pour la réincarnation dans nos pays de tradition chrétienne.

Faut-il parler d’ignorance en matière religieuse ? Faut-il penser que les chrétiens sont de plus en plus insensibles aux contradictions en matière de foi ? Faut-il traiter ces gens de naïfs ou d’inconséquents dans leur choix religieux ? Ne sautons pas si vite aux conclusions. La popularité de la réincarnation pourrait également être le symptôme d’une mutation importante dans le rapport que les croyants entretiennent avec leur engagement religieux.

Plutôt qu’opposer encore une fois réincarnation et résurrection, il me semble préférable de réfléchir au contexte nouveau qui confère à la réincarnation une évidence que la résurrection a en quelque sorte perdue.

LA RÉINCARNATION, ÉLÉMENT D’UN SYSTÈME RELIGIEUX OU SPIRITUEL

Certaines personnes acceptent la multiplicité des existences, parce qu’il s’agit d’une croyance qui leur est venue avec la tradition religieuse à laquelle elles appartiennent depuis leur naissance ou à laquelle elles se sont converties à la suite d’une remise en question radicale de leur vie. Se déclarer hindou ou bouddhiste, c’est accepter l’enseignement de sages, qui dénoncent une société fondée sur le désir de biens partiels et éphémères, incapables de rassasier pleinement l’être humain, et penser que l’attachement aux objets de désir oblige à poursuivre une longue errance d’existence en existence. Quoique beaucoup d’hindous et de bouddhistes se contentent de la perspective d’existences meilleures, les plus conscients d’entre eux savent qu’ils doivent s’arracher, à force d’ascèse, à l’océan des renaissances et conquérir « ce lieu d’où l’on ne revient pas ».

En contexte occidental, la multiplicité des existences suppose le plus souvent l’idée d’un long apprentissage. L’âme humaine évolue lentement et finira par accéder à la perfection. L’enseignement concernant la réincarnation est dispensé par des maîtres qui ont accès à un savoir spirituel de haut niveau. Autant de grands maîtres, autant d’interprétations qui demanderaient à être analysées séparément. L’adepte sérieux prendra souvent des années à assimiler l’un ou l’autre de ces enseignements et à en maîtriser toutes les facettes. On se contentera ici de quelques exemples.

Le Spiritisme

Les cercles spirites proposent un enseignement dont l’essentiel est contenu dans une série de manuels rédigés par Allen Kardec (1804-1869). Ces livres, sous forme de questions et réponses, contiennent les principes de base d’une science « qui traite de la nature, de l’origine et de la destinée des esprits, et de leurs rapports avec le monde corporel » (2). On y trouve, entre autres, des réponses à toutes les objections qui pourraient être formulées à partir du dogme chrétien. Ecrivant sous la dictée d’Esprits supérieurs, Kardec propose une doctrine rationnelle qui exige un vocabulaire rigoureux, et même la création de certains néologismes. Entre le corps et l’esprit, il existe, dit il, une matière intermédiaire servant de véhicule à l’esprit qu’il nomme le « périsprit ». Au lieu de parler, comme ses devanciers, de métempsycose - un terme qu’il réserve aux interprétations fautives de l’hindouisme, du bouddhisme ou d’un certain platonisme -, Kardec préfère parler de « réincarnation ».

Ce mot, nouveau à l’époque, évoque, d’après lui, plus sûrement la notion de progrès inéluctable (et donc l’impossibilité de rétrograder dans des conditions inférieures). L’habile pédagogue lègue à ses disciples une pensée claire, avec des lois qu’ils doivent assimiler s’ils veulent être en mesure de comprendre le monde et de capter les messages transmis aux vivants par les esprits. Devenu par la suite une métapsychique (ou un spiritisme scientifique), le spiritisme ne s’est pas pour autant simplifié : au contraire, il demeure la conquête de savants audacieux qui se regroupent en sociétés ou en instituts et qui proposent des expériences que seule une élite peut maîtriser.

La Société Théosophique

Pour bien se distinguer d’un certain ésotérisme occidental qui empruntait davantage à l’hellénisme néoplatonicien, à Hermès Trimégiste ou à la Kabbale, Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891) et le Colonel Henry Steel Olcott (1832-1907) fondèrent, en 1875, à New York, une Société théosophique. Cette théosophie, qui parle entre autres d’âtman et de karma, refuse d’être une nouvelle religion. Elle se définit plutôt comme la « Science divine » elle même, toujours une et identique. Elle est la connaissance possédée par les dieux, ou l’antique sagesse qui réconcilie d’avance toutes les religions. Toutefois, pour accéder à cette sagesse, il faut consentir à se laisser enseigner, éclairer, en particulier en lisant l’Isis dévoilée (1 877) ou l’énorme Doctrine secrète (1888) de Mme Blavatsky. Parmi les clefs de l’édifice théosophique, il y a la réincarnation.

Il n’est possible d’y accéder qu’après avoir corrigé les fausses idées qu’un christianisme de masse a malheureusement répandues à propos de Dieu. « Tous les Egos - peut-on lire dans La clef de la théosophie - sont de la même essence et appartiennent à l’émanation primordiale d’un seul Ego infini et universel » (3). C’est cet Eternel Ego qui, à la fois, se réincarne et vit éternellement (4). Par delà toutes les images utilisées par les religions, le Dieu véritable apparaît ici comme un principe cosmique. Pour reprendre les mots de Mme Blavatsky, il s’agit de « la loi unique donnant l’impulsion aux lois immuables et éternelles manifestées dans le sein de cette Loi, qui ne se manifeste jamais, parce qu’elle est absolue, et qui dans ses périodes de manifestations est l’Eternel Devenir » (5).

Ce principe suprême est lumière et baigne de son rayonnement l’homme intérieur, jusqu’en la matière dont il est constitué. Il ne se laisse pourtant jamais enfermer totalement dans cette matière, de sorte que les sept entités dont est fait l’être vivant doivent être conçues comme les états différenciés d’une matière illuminée par la Loi divine (6). Cette Loi d’harmonie et de justice, jamais de miséricorde, qui régit l’univers porte aussi le nom de karma. L’esprit qui évolue dans ce contexte est une âme vivante capable de se sauver elle-même. La loi karmique est fondamentale : c’est elle qui récompense et punit ; c’est encore elle qui choisit et prépare l’incarnation à venir (7). Cette théosophie englobe l’hindouisme, le bouddhisme et toutes les autres religions, et prétend en dévoiler la logique intime. Sans entrer plus avant dans cet enseignement, disons seulement que les véritables adeptes trouvent dans cette sagesse réponse à tous les problèmes de l’humanité.

L’ésotérisme

D’autres enseignements ont été proposés. Papus (1865-1916) (8) a développé une version de la réincarnation qui puise davantage à la tradition égyptienne secrète, à laquelle Moïse lui-même aurait été initié, et qui contiendrait les fondements de la tradition chrétienne ésotérique. La théorie des multiples états de l’être de René Guénon est un ésotérisme qui s’inspire plutôt du bouddhisme et du vedânta hindou, et qui dénonce du même coup les erreurs du spiritisme et de la théosophie. Le spiritisme, l’occultisme, la théosophie ont été également vivement critiqués par un Bhaktivedanta Swami Prabhupada (18961977), au nom d’une tradition hindoue qui s’inspire directement de la Bhagavad-Gitâ et du Bhâgavata-Purâna (9). Dans un petit livre polémique, le Swami soutient que les publications en vogue n’exposent, le plus souvent, que des théories personnelles remplies de contradictions. Il faut revenir au Veda, qui seul contient la véritable « science de la réincarnation », arrêter de se complaire dans de malheureuses existences et donc retrouver le désir d’échapper à ce cycle sans fin (10).

Un certain nombre de livres traitant de la réincarnation, toujours disponibles en librairie, sont rédigés par des personnes appartenant à divers cercles spirites, occultistes, ésotériques. Le grand public les lit parfois avec curiosité pour en glaner des formules ; il lui arrive aussi de les étudier avec grande attention. La lecture de ces écrits ne conduit que rarement les gens à s’engager dans l’un ou l’autre de ces groupes. On dirait qu’un public de plus en plus nombreux se méfie des livres qui exposent une doctrine systématique, de même qu’ils se méfient des grandes théologies chrétiennes officielles. Ces enseignements ont quelque chose de trop extérieur, de trop global, ou peut-être de trop contraignant ; ils ne semblent pas vraiment satisfaire le désir contemporain de multiplier les expériences nouvelles. Entre ces écoles et la réincarnation qui intéresse le public d’aujourd’hui, il y a cette rupture qu’implique ce qu’on appelle, à tort ou à raison, le « Nouvel Age ».

UN NOUVEL AGE DE LA REINCARNATION

La réincarnation qui intéresse les gens aujourd’hui est une croyance qui ouvre le Moi à toutes les expériences possibles. On lit encore les travaux des Kardec, Blavatsky, Papus.... mais on préfère une réincarnation plus facile à comprendre et plus accessible à tous. Ce nouvel âge de la spiritualité n’exclut pas l’érudition, mais compte d’abord sur une expérience intérieure libre et ouverte. Pour prendre la mesure du nouvel univers spirituel qui est en train de se mettre en place dans nos pays occidentaux, on me permettra d’en présenter brièvement quelques-unes des articulations, sous la forme de grands mythes qui traversent la littérature spirituelle populaire de notre temps. je vois dans ces mythes des images typiques, récurrentes et kaléidoscopiques de la réalité. Ils se présentent sous forme de récits qui traduisent et véhiculent des attitudes inconscientes, des convictions profondes. Plus que des paroles que l’on répète, ce sont des images que l’on transporte avec soi, parce qu’elles font partie de la culture ambiante et nous influencent, même à notre insu.

Le moi illimité

L’un de ces thèmes mythiques apparent avec force dans un livre de Shirley MacLaine intitulé Danser dans la lumière. La célèbre actrice vient de rompre avec Vassy. Elle se cherche et décide de se rendre à Santa Fe (Nouveau Mexique) travailler avec Cris Griscom. Cette spécialiste d’acuponcture et de thérapie psychique utilise les aiguilles pour débloquer les connexions nerveuses et capter les images enregistrées dans la mémoire cellulaire du corps physique. Ces images, lui disait Cris, venaient de sa propre expérience passée et pouvaient l’aider à résoudre des conflits de sa vie présente. Lors de la deuxième séance de thérapie, Shirley parvint à l’extraordinaire vision qui polarisera désormais toute son existence.

Je respirai profondément au centre de moi-même. Une image, diffuse tout d’abord, envahit mon esprit. Elle devint très claire, absolument stupéfiante. je voyais une forme de très grande taille très sûre d’elle, un être humain presque androgyne. Un vêtement gracieux, plissé, flottait autour de sa haute stature, ses bras reposaient tranquillement le long de son corps, que prolongeaient des doigts interminables. L’énergie de la forme me semblait plus masculine que féminine : la peau colorée, les cheveux auburn flottant jusqu’aux épaules, les pommettes hautes et un nez long et fin. Ses yeux étaient d’un bleu incroyablement profond, et le regard exprimait une infinie douceur derrière sa fermeté. Il ouvrit les bras en signe de bienvenue. Un sentiment oriental, plutôt qu’occidental, m’envahit, je le sentais extrêmement protecteur, patient, mais sans aucun doute capable de grands courroux. L’allure simple, puissante aussi. On sentait bien qu’il savait tout ce qu’il y avait à savoir. Ce que je voyais, et surtout ce que je ressentais, me stupéfiait au sens fort du terme (11).

Cette apparition n’a rien de commun avec, par exemple, la forme souveraine du Seigneur Krishna qui apparut à Arjuna au chapitre XI de la Bhagavad-Gîtâ. Rien de comparable non plus avec ce Dieu enveloppé de feu qu’aperçut Moïse sur le mont Horeb et qui se proposait de faire alliance avec Israël (Exode 3). Ce n’est pas non plus ce « Fils bien-aimé » qui apparaîtra à Pierre, Jacques et Jean sur une autre montagne de Palestine et qu’ils seront invités à « écouter » (Marc 9,2-10). L’être qu’aperçut Shirley sourit immédiatement et l’embrassa ; puis il se présenta lui-même comme son « Moi Supérieur Illimité ».

Oui, j’ai toujours été là. je suis à tes côtés depuis le début des temps. je ne suis jamais loin de toi. Je suis toi. je suis ton âme illimitée, ton Moi illimité qui te guide et te livre les enseignements, incarnation après incarnation (12).

Il n’y a plus ici de Dieu tout autre ou de grand principe cosmique, mais seulement un Moi qui prend toute la place et est capable de tout. L’inversion est totale. Elle correspond, en gros, au nouvel univers narcissique décrit par Christopher Lasch ou Gilles Lipovetsky. Le Moi illimité de Shirley MacLaine, comme celui de chaque individu, renferme désormais tout le cosmos. Il trace les limites d’un espace intérieur où tout converge et qui est en fait le seul véritable domaine du nouveau spirituel.

Les repères de l’Histoire et des astres

Un autre mythe explique cette rupture en faisant appel à l’Histoire. Nous sommes enfin arrivés à la fin du deuxième millénaire, trouve-t-on par exemple dans la deuxième révélation de La Prophétie des Andes de James Redfield. Beaucoup de gens vivent encore à l’âge médiéval et acceptent de croire à des vérités dogmatiques définies extérieurement par des hommes d’Eglise. A cette époque, les prêtres se croyaient « les seuls interprètes de l’Écriture et les seuls arbitres du salut » (13). La Réforme protestante a, une première fois, ébranlé ce monde de certitudes. Puis la science a introduit une méfiance profonde pour toute spiritualité. L’essor économique qui s’ensuivit a donné aux gens une sécurité financière, excellente par ailleurs, mais qui risque maintenant de leur faire oublier l’essentiel. Il faut donc absolument revenir aux questions spirituelles et reconnaître qu’il est possible de trouver en soi les réponses dont on a besoin. A peine commence-t-on à se rendre compte qu’il existe une masse critique d’individus conscients capables de maîtriser leur propre évolution spirituelle et de se relier eux-mêmes à l’Energie intérieure.

Une autre variante de ce mythe utilise des repères astrologiques. L’humanité serait demeurée quelques milliers d’années sous l’influence de la constellation des Poissons. Tout le domaine spirituel aurait été alors sous le contrôle de clercs qui n’hésitaient pas à peser de leur autorité sur les âmes. Or, les temps sont en train de changer : de l’ère des Poissons, nous sommes en train d’entrer dans l’ère du Verseau et donc dans un millénium de lumière, d’harmonie intérieure, d’autonomie, de libération. Au fond, qu’on le dise avec les astres ou avec l’Histoire, le message est identique : nous sommes en train de passer du temps de la religion à celui de la spiritualité.

Les nouveaux anges

Un troisième thème fait aussi partie intégrante de la spiritualité New Age ; ce sont les anges, ces mêmes anges, que l’on trouve dans les églises ou dans de merveilleuses peintures de Botticelli ou de Fra Angelico. Malheureusement, remarquent les porte-parole de la nouvelle spiritualité, le christianisme clérical a préféré taire la fonction réelle de ces êtres de lumière. On nous a dit que les anges étaient les messagers d’un Dieu transcendant qui n’avaient rien à dire d’eux-mêmes. Comprendre l’importance des nouveaux anges, c’est d’abord prendre conscience qu’ils sont des êtres plus évolués que nous et qu’ils peuvent nous guider. Sortes de bodhisattva du monde moderne, les anges sont là comme des « outils spirituels » au service du Moi illimité de chacun. Ils n’ont pas de comptes à rendre à Dieu. Ils appartiennent au monde de l’intuition, de l’intériorité, de la sagesse individuelle. Beaucoup de gens ordinaires ont, un jour ou l’autre, rencontré ou, mieux, touché leur ange ; nombreux sont ceux qui sont prêts à parler de leur expérience. Il n’est plus de véritable spiritualité sans attention constante à ces guides intérieurs qui surgissent des strates subtiles de notre être et n’existent que pour le plus grand épanouissement de chaque individu. A la fois bien implantés dans la tradition chrétienne et capables d’un langage renouvelé, les nouveaux anges ont tourné le dos à la religion et ne parlent désormais que d’autosuffisance spirituelle (14).

Une âme aux virtualités infinies

La réincarnation, elle aussi, fait normalement partie de la spiritualité nouvelle. Mais on ne l’accepte plus comme une vérité, donnée avec l’enseignement d’un gourou. Même si on lit encore des livres qui abordent ce thème de façon systématique, on préfère les recueils de témoignages ou les manuels décrivant des méthodes simples et efficaces pour découvrir par soi-même ses vies antérieures. Car, dans le contexte actuel, la réincarnation est d’abord quelque chose que l’on expérimente en soi-même (15). Les plus récents promoteurs de la réincarnation insistent d’ailleurs moins sur la loi rigoureuse de causes et d’effets que l’on nomme la loi du karma. Ils préfèrent valoriser les immenses virtualités d’une âme capable de tout expérimenter. Le but de la vie présente, comme des existences passées et de celles qui viendront, est simplement de faire toutes les expériences susceptibles de contribuer à un épanouissement complet. Accepter la réincarnation, c’est donc se sentir entièrement responsable de toutes ses incarnations et de toutes les expériences que l’on peut y faire. Rechercher ses vies antérieures, c’est être convaincu de son essentielle polyvalence.

En se dotant de mythes de création, les êtres humains reconnaissaient que Dieu était l’ultime responsable du monde dans lequel ils vivaient. La réincarnation répond également aux grandes questions de l’origine, mais en focalisant l’attention sur le sort de l’individu. Peut-être pourrait-on y voir un succédané individuel à ces grands mythes de création dont on ne se soucie guère (16).

L’actuelle popularité de la réincarnation semble coïncider avec le refus de s’engager spirituellement dans des institutions religieuses trop extérieures. Elle coïncide avec une société dans laquelle l’individu considère de plus en plus comme un droit fondamental de tout choisir à sa guise, y compris les croyances religieuses et spirituelles. Croire que l’on a choisi d’être ce que l’on est présentement au cours de ses vies passées, c’est en quelque sorte affirmer son droit inaliénable à la consommation illimitée. C’est se retrouver soi-même éternel consommateur dans un monde de croyances qui s’affolent. C’est s’inventer un mythe pour légitimer une des transformations les plus marquantes de la société contemporaine.

LA RÉINCARNATION ET SES LÉGITIMATIONS

Il est normal que la réincarnation cherche à s’établir en proposant des arguments propres à persuader d’éventuels adeptes. Ce n’est pas cette recherche de légitimations que je voudrais ici mettre en cause, mais la portée de certaines affirmations péremptoires. Comment peut-on dire que la réincarnation est un fait scientifique ? Comment peut-on dire que son acceptation repose sur un changement de paradigme, c’est-à-dire sur un changement profond des concepts et des méthodes sur lesquels la communauté scientifique s’était entendue jusque-là ?

Dans un livre intitulé De la mort à la vie, Jean-Pierre Schnetzler reprend avec beaucoup d’érudition les comptes rendus que fait Ian Stevenson de cas qui suggèrent une explication par la réincarnation. Il rappelle les expériences de mort ente popularisées par Raymond Moody. Il multiplie les références à des enquêtes qui vont dans le sens de l’hypothèse réincarnationniste. Tout cela est excellent et gagne certainement à être mieux connu. Mais ce sont les conclusions que Schnetzler tire de ces cas qui me semblent dépasser les prémisses de son raisonnement. Il y a évidemment des faits qui plaident en faveur de la réincarnation ; cela dit, on peut douter qu’il faille logiquement conclure que « la réincarnation est un fait » (17). Aucun historien n’a jamais touché à l’événement du passé qu’il s’efforce de cerner. La réincarnation n’est qu’une explication, qui peut sembler convaincante, mais qui coexiste toujours avec d’autres explications possibles. Depuis sa façon de rapporter les « faits » jusqu’à sa manière de construire un modèle explicatif par la réincarnation, le chercheur est toujours dans l’ordre de l’interprétation.

je préfère, pour ma part, la position, plus inconfortable mais plus féconde, de Jean-Louis Siémons. Après avoir présenté avec nuances les nombreux « faits » allégués en faveur de la réincarnation et les interprétations que l’on peut échafauder pour comprendre ce qui se passe, Siémons se contente d’affirmer prudemment : « Il n’est pas prouvé que la réincarnation existe », et « Il n’est pas prouvé que la réincarnation n’existe pas » (18). Il existe des indices éloquents, de sérieux éléments susceptibles de nourrir la réflexion, poursuit-il ; malgré cela, la réincarnation reste de l’ordre du modèle explicatif. Si cette conclusion fait moins journalistique, elle a le mérite de demeurer dans les limites de ce qui est épistémologiquement acceptable.

Un changement de paradigme ?

Pour tenter de saisir les raisons des résistances que d’aucuns opposent à la réincarnation, Jean-Pierre Schnetzler parle d’un « conflit de paradigme » (19). Le terme fait difficulté et demande qu’on s’y arrête. Il a été popularisé par les travaux de Thomas S. Kuhn, un historien des sciences, qui tentait de rendre compte des révolutions scientifiques. Marilyn Ferguson l’a repris pour expliquer l’émergence des nouvelles théories de ceux queue appelle les Enfants du Verseau. Dans Nous sommes immortels, Patrick Drouot reprend cette explication en l’appliquant à la réincarnation (20). Cette notion appartient pour lui à un nouveau paradigme. Voilà pourquoi elle est incompréhensible pour ceux qui ne reconnaissent que l’ancienne science.

Drouot se présente lui-même comme un homme de science. Sa maîtrise en Physique de l’Université de Columbia (New York) plaide en faveur de l’objectivité de sa démarche. En fait, il fait peu appel à ses connaissances universitaires, et beaucoup plus à ce savoir très particulier qu’il a acquis dans la voie initiatique hindouiste du Kriya Yoga de Paramahansa Yogananda et grâce aux expériences qu’il a lui-même tentées de divers états de conscience. Quand il discute de ses recherches et de sa qualité de chercheur (21), il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas de recherches de laboratoire, mais plutôt d’exploration personnelle de la conscience. C’est ce déplacement de la recherche objective à la recherche subjective qui produirait ce qu’il appelle un « basculement de paradigme » (22).

Drouot explique très clairement ce qu’il entend par changement de paradigme. La raison scientifique objective le réel, le fragmente, morcelle les objets, les analyse. Elle considère le monde comme une immense machine qu’il faut démonter. Elle utilise les concepts, instruments qui nous maintiennent « hors de la réalité, loin de la nature réelle de toutes choses » (23). Elle pose le chercheur en face de son objet ; elle nous isole des autres, nous oblige à nous opposer aux autres. Or, dit Drouot, la science est elle-même en train de procéder à une révolution copernicienne. Elle oblige à revoir de fond en comble la façon dont l’observateur se situe par rapport au phénomène.

Actuellement, la physique pionnière s’intéresse au concept de la conscience. Après avoir considéré l’univers comme un « monde-machine » et l’être humain comme séparé de cet univers, après avoir considéré le corps et l’esprit comme deux entités distinctes et séparées, la science actuelle s’engage peu à peu dans une voie holistique, universelle, où la notion de corps, d’esprit et d’univers devient UN dans cette dimension temporelle (24).

La matière s’opposait à l’esprit, le corps à la conscience. Selon cette nouvelle vision de la réalité, l’esprit ou la conscience devient la matière première de notre univers. La physique de jean Charon découvre l’énergie presque illimitée de cette matière et l’immensité de ses pouvoirs.

La science de l’expérience intérieure

« Dans cette nouvelle vision de la réalité, le corps devient une manifestation de la conscience. Le corps est matière, la matière est énergie, et l’énergie c’est la conscience » (25). S’il est possible de réunifier l’être autour de la conscience, c’est qu’il faut relativiser la raison logique et réhabiliter l’imagination, les états de conscience découverts par les mystiques de tous les temps, les phénomènes psychologiques et même d’anciens modèles de philosophie orientale qui postulaient que tout n’est que conscience. L’expérience de cette conscience transcendante est possible grâce à la méditation et devrait même permettre de contrôler sa destinée. Il s’ensuivra nécessairement une vision neuve du monde, qui devrait rapprocher les humains et devenir le creuset d’une nouvelle civilisation. Tel est ce renouveau de la conscience qu’appelle de tous ses voeux le Nouvel Age.

La science mécaniste était basée sur l’objectivité et la répétitivité ; elle obligeait à la vérification. La « science complémentaire de l’expérience intérieure » (26) est essentiellement subjective, globale, holiste. L’être humain « devient créateur de son univers et de son propre mode de pensée par la prise en main de son libre choix et du contrôle de sa destinée » (27). A la limite, le monde ne devient qu’un immense hologramme. Et le nouveau paradigme de la conscience est aussi un « paradigme holographique » (28). L’hologramme possède cette propriété de reconstituer l’image entière de la réalité sur chacun de ses points et offre la possibilité de comprendre que nous soyons un avec l’univers.

L’étude du livre de Patrick Drouot montre bien que c’est autour de la notion de conscience que se joue la rupture entre ancien et nouveau paradigme. Certaines théories herméneutiques modernes préfèrent prendre acte de la scission qui divise les êtres confrontés à la finitude et à l’angoisse face à la mort. Comprendre l’autre (qu’il s’agisse d’un objet, d’une personne ou d’un événement historique) fait donc partie de la signification même de la finitude humaine. C’est une façon de traverser le gouffre qui me sépare de l’autre, de combler la distance diachronique qui m’en éloigne. La compréhension devient alors ouverture à l’autre qui est distant, différent. La prise en considération des préjugés est précisément la manifestation inévitable du caractère historique et fini de tout être humain. Refusant la fiction d’une raison absolue. et en quelque sorte transcendante, ces herméneutiques procèdent de ce que toute interprétation, avant de se faire compréhension, doit d’abord passer par la prise de conscience de ce que je suis devenu (mes préjugés en faveur de la tradition ou de la nouveauté). C’est en questionnant ma réalité historique concrète que je peux m’ouvrir à l’autre et entrer en dialogue avec ce qui m’avait jusque-là paru étrange et inassimilable. Si je fais l’effort de comprendre, c’est que je suis interpellé par une altérité qui me pose moi-même comme étant différent de l’autre. C’est la distance entre:moi et l’autre qui justifie l’utilisation de l’instrument heuristique par excellence qu’est le langage.

Une science en trompe-l’oeil

S’il est vrai que, pour le Nouvel Age, tout est conscience et que cette conscience permet à l’être humain de s’identifier à la totalité du réel et même de dépasser la mort, ne doit-on pas d’abord prendre acte du fait que le Nouvel Age est en rupture avec certains courants fondamentaux de l’herméneutique moderne ? Le Nouvel Age pense avoir réussi à dépasser par la conscience la distance même qui définit l’altérité. Il n’est plus possible de faire intervenir quelque interprétation que ce soit dans un contexte qui n’accepte que l’expérience nue et l’imagination pure, autant de concepts qui n’existent pas d’un point de vue herméneutique. je me demande alors ce que peut vouloir dire le terme de paradigme qu’emploie le Nouvel Age s’il ne peut plus s’agir, à proprement parler, d’un modèle de compréhension de la réalité. A quoi peut-il servir d’utiliser un concept qui, de toute façon, ne peut servir de fondement à l’édifice qu’entend construire le Nouvel Age ?

Alors que la science ordinaire a besoin de se doter d’instruments de contrôle et de vérification, la nouvelle science que propose le Nouvel Age W a pas non plus besoin d’être validée. Elle est un savoir qui s’impose en tant que tel. Un savoir spirituel, évidemment. Drouot utilise les mots d’explication et de compréhension, mais il s’agit d’opérations nouvelles rattachées à une énigmatique-nouvelle faculté qui porte le nom de « conscience cosmique »(29). Elle permet d’accéder à un savoir nouveau qui n’obéit qu’à lui-même : plus besoin d’une explication analytique qui doive se trouver en interaction avec une compréhension plus globale. Il s’agit d’une science solipsiste qui n’a de modèle qu’en elle-même. Ce nouveau savoir ne peut donc s’appeler science que d’une façon analogique.

D’ailleurs, ce nouveau savoir n’est plus une méthode de compréhension de la réalité, il correspond plutôt à une dimension permanente de l’être humain. Selon le Nouvel Age, cette science complémentaire de l’expérience intérieure a toujours existé. Dans le passé, elle était limitée à une élite de mystiques ou de sages ; de nos jours, ces divers états de conscience, même les plus élevés, sont devenus accessibles à tous. En tant que telle, cette nouvelle connaissance échappe à l’histoire. Quand on la possède, on n’a plus de préjugés et surtout on ne peut plus en avoir. C’est une science totale, qui comble totalement, qui coïncide avec le cosmos et avec la conscience même d’exister. S’il est vrai qu’un paradigme est un instrument de savoir qui en remplace un autre moins satisfaisant, mais dans un contexte historique et de finitude, on devrait logiquement conclure qu’il n’est plus possible d’appeler paradigme une nouvelle conscience qui englobe toute chose.

Il me semble donc que, dans le contexte du Nouvel Age, l’utilisation du terme paradigme tient davantage de la rhétorique que de l’épistémologie. Le savoir spirituel que réclame à grands cris le Nouvel Age pour légitimer la réincarnation se présente comme une nouvelle science, mais construite en trompe-l’oeil avec le vocabulaire de l’ancienne. Elle n’a plus les caractéristiques d’une herméneutique, et les outils épistémologiques qu’on y utilise (preuve, explication, loi, paradigme, etc.) servent davantage à persuader des adeptes qu’à édifier une science.

L’omniprésence de la consommation

En fait, quand on y regarde de près, on se rend compte que ces arguments qui font appel à une épistémologie nouvelle ne viennent que sanctionner et garantir le libre choix, un self-service complet en matière spirituelle, un droit total à la libre consommation. S’il y a un fait énorme (si énorme qu’il risque de passer inaperçu), c’est que la spiritualité du Moi illimité ne peut exister sans l’existence d’une autre réalité, celle de l’omniprésence de la consommation étendue à tous les domaines, y compris à celui de la spiritualité. La nouvelle spiritualité répugne à l’initiation religieuse, c’est-à-dire à l’entrée dans une institution religieuse, et donc à l’engagement dans un groupe déterminé. La croyance en la réincarnation assure le consommateur qu’il est né parce qu’il l’a voulu et qu’il peut choisir ce qu’il veut à tout moment de sa vie. Si l’on voulait continuer à parler de changement de paradigme pour qualifier le Nouvel Age, peut-être pourrions-nous le réserver à ce changement total dans la façon de penser le rapport socio-économique à la religion qui sous-tend cette nouvelle spiritualité.

Le Nouvel Age est lié au changement profond qui traverse les mentalités religieuses par delà les clivages institutionnels. Il est une nouvelle façon de se situer par rapport à la religion, à cause des facilités que prodigue la société de consommation. Dans ce contexte, la réincarnation n’est pas une croyance, c’est une évidence. J’y vois plutôt comme la condition de possibilité d’une spiritualité dont le seul critère est l’épanouissement d’un Moi illimité. La réincarnation s’impose aujourd’hui parce queue assure à chacun, par delà des difficultés momentanées, qu’il a toujours été maître de ses expériences spirituelles et qu’il le sera toujours.

André COUTURE

Université Laval, Québec

(1) Voir le dossier préparé par la revue L’Actualité religieuse, no 143, avril 1996, p.19-37, en particulier p.24-25 ; également celui de l’Express du 30 janvier 1997, p.30-41.

(2) Qu’est-ce que le spiritisme ? 1ère éd.1859 ; Devry-Livres, 1975, p.9.

(3) Ibid., p.156.

(4) Cf.Ibid., p.156.

(5) H. Blavatsky, La clé de la thésophie, Ed. de la famille thésophique, 1923, p.94 (les italiques font partie de la citation).

(6) Ibid.,p.146-147.

(7) Ibid., p.197.

(8) Dr Gérard Encausse (Papus, pseud.), La réincarnation. L’évolution psychique, astrale et spirituelle. Ce que deviennent nos morts, Dangles, 1981 ( nouvelle édition définitive ).

(9) Swami Prabhupada Bhaktivedanta, Renaître. La science de la réincarnation. Traduction de Coming back : The science of Reincarnation ( Los Angeles, 1982), Montréal, Ed. Bhaktivedante, 1984.

(10) Pour un exposé détaillé des différentes conceptions de la réincarnation, voir André Couture(avec la coll. De M. Saindon), La réincarnation : théorie, science ou croyance ? Etude de 45 livres qui plaident en faveur de la réincarnation, Montréal, Ed. Paulines & Médiaspaul, 1992.

(11) Montréal, Primeur/ Paris, Sand, 1985, p.295 ( les italiques font partie de la citation ).

(12) Ibid., p.296 ( les italiques font partie de la citation ).

(13) James Redfield, La prophétie des Andes, Ed. J’ai Lu, 1996, p.39.

(14) André Couture et Nathalie Allaire, Ces anges qui nous reviennent, Montréal, Fides, 1996, en particulier le dernier chapitre intitulé « Les anges et le Nouvel Age ».

(15) Voir, par exemple, Gloria Chadwick, A la découverte de vos vies antérieures, Ed. J’ai Lu, 1990 ; Elaine Stephens, Vos vies antérieures, Presses Pocket, 1991 ; Dr Brian L. Weiss, De nombreuses vies, de nombreux maîtres, Ed. J’ai Lu, 1991 ; etc.

(16) André Couture, La réincarnation, Ottawa, Novalis, 1992, chap. VII : « La réincarnation à l’heure du Nouvel-Age » ; Christus, no 164- Hors-série ( 4ème éd. Revue et augmentée), nov.1994, p.49-63.

(17) Jean-Pierre Schnetzler, de la mort à la vie. Dialogue Orient-Occident sur la transmigration, Ed. Dervy, 1995, p.24.

(18) Jean-Louis Siémons, Revivre nos vies antérieures. Témoignages et preuves de la réincarnation, Albin Michel, 1984, 309-310.

(19) Ibid.,p.15.

(20) Patrick Drouot, Nous sommes immortels. La réincarnation face à la nouvelle physique, Garancière, 1987.

(21) Je me réfère ici surtout au premier livre de Patrick Drouot, Nous sommes immortels. La réincarnation face à la nouvelle physique ( Garancière, 1987), dont on trouvera une présentation détaillée dans André Couture ( avec la coll. de M. Saindon), La réincarnation : théorie, science ou croyance ? ( Montréal, Editions Paulines, 1992), Fiche 15.

(22) Patrick Drouot, Ibid., p.203.

(23) Patrick Drouot, Ibid., p.164.

(24) Patrick Drouot, Ibid., p.202-203.

(25) Patrick Drouot, Ibid,. p.161.

(26) Patrick Drouot, Ibid,. p.166

(27) Patrick Drouot, Ibid,. p.161

(28) Patrick Drouot, Ibid,. p.155

(29) Patrick Drouot, Ibid,. p.142-142.

Mars 1998

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