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Réincarnation et résurrection

Tout, dans mon expérience de chrétien et de chercheur dans le domaine des spiritualités extrême-orientales, me dit que ces deux mots ne vont pas ensemble ; et pourtant, il semble qu’en France nombre de catholiques n’aient aucune difficulté à les associer

Par Denis Gira

Réincarnation et résurrection ! Tout, dans mon expérience de chrétien et de chercheur dans le domaine des spiritualités extrême-orientales, me dit que ces deux mots ne vont pas ensemble ; et pourtant, il semble qu’en France nombre de catholiques n’aient aucune difficulté à les associer. De fait, selon une enquête réalisée en 1990 sur les valeurs européennes, les catholiques de France croient plus facilement à la réincarnation que l’ensemble de la population (27 % contre 24 %) et les catholiques pratiquants (ceux qui participent à la messe une fois par mois) y croient encore plus facilement que les autres (34 %). Enfin, plus de la moitié (53 91%) des catholiques français qui croient à la résurrection, croient également à la réincarnation (1) ! De toute évidence, on ne comprend pas la position de l’Église lorsqu’elle affirme que croire à la fois à la résurrection et à la réincarnation n’a tout simplement pas de sens (ce qui ne veut pas dire que la foi en la réincarnation n’en ait pas !) (2).

Comment peut-on essayer de voir plus clair dans tout cela ? Peut-être qu’un bon point de départ serait de réfléchir au sentiment d’inachèvement qui semble accabler tant de personnes à l’article de la mort. L’homme « moderne » pense que l’individu est seul responsable de son développement, si bien que le fait d’arriver à la fin de sa vie sans avoir réalisé tout son potentiel humain constitue souvent pour lui un véritable scandale. Mais l’idée de l’existence d’un Dieu qui pourrait l’accompagner sur sa route et l’accueillir avec un amour qui le guérirait lui semble aberrante. Où donc pourrait-il puiser un sens à son existence, une réponse à l’énigme de la mort qui court-circuite le développement et le perfectionnement de sa personne ? C’est peut-être en se posant cette question qu’on pourra saisir les raisons de l’intérêt croissant des Français pour la réincarnation.

Il faut reconnaître que, dans la vision réincarnationniste, ce scandale disparaît. Selon l’interprétation occidentale et très positive de la réincarnation (l’interprétation, en Extrême-Orient, est beaucoup moins optimiste), la vie présente se situe, en effet, dans toute une longue série de vies. L’élan du développement de l’individu n’est donc pas brisé par la mort qui, en réalité, est moins définitive qu’on ne le pense habituellement. Dans ce contexte, il peut envisager tranquillement la réalisation éventuelle (dans une prochaine vie) de ses idéaux les plus élevés. Le problème du mal - si vivement et douloureusement ressenti lorsque l’on voit, par exemple, des enfants naître dans la misère, malgré l’existence affirmée d’un Dieu désireux du bonheur de tout homme - s’évapore lui aussi. Or, selon la loi karmique (karma = l’acte et ses conséquences), la situation dans laquelle un enfant naît dépend uniquement de la qualité des actes qui auront été posés au cours de ses vies antérieures. La misère de certains enfants est donc peut-être toujours ressentie comme « intolérable », mais elle cesse en tout cas d’être incompréhensible (expliquer pourquoi l’enfant aurait le droit de ne pas naître dans une situation de ce genre n’est pourtant pas facile, si l’on reste dans la cohérence de la réincarnation). Cette vision des choses donne une réponse crédible - c’est à dire qui a sa propre cohérence interne - à l’expérience d’inachèvement mentionnée plus haut, mais seulement si l’homme est vraiment seul responsable de l’accomplissement de sa personne et que le Dieu qui donne la vie et qui invite tout homme à partager sa vie n’existe pas.

Mais que dire aux chrétiens qui semblent vouloir intégrer la croyance en la réincarnation (il s’agit bien d’une croyance, et non pas d’un fait scientifiquement démontrable) à la foi de l’Église en Jésus-Christ, fils unique de Dieu, mort et ressuscité ? Je leur suggère de réfléchir de nouveau à l’expérience de l’homme lorsqu’il se trouve à l’article de la mort. Certes, le chrétien, comme tous les hommes, fera l’expérience, à ce moment de vérité, du même sentiment d’inachèvement. Mais, au regard de la foi, l’élan de croissance de la personne humaine n’est pas brisé par la mort : non parce qu’on va renaître une énième fois pour continuer à croître, mais parce que, à ce moment-là, l’homme n’est pas abandonné à lui-même. Dieu est présent, comme il l’a été tout au long de sa vie. Et c’est seulement dans le cadre de cette relation entre Dieu et lui que l’homme peut espérer réaliser la plénitude de son potentiel ; ce potentiel dépasse d’ailleurs largement tout ce qu’il peut imaginer, puisqu’il est créé à l’image de Dieu, qui est Amour. Il est donc d’ordre relationnel, de l’ordre de l’amour. Et celui qui a fait l’expérience d’être aimé dans cette vie sait bien qu’en un seul instant la vie tout entière peut basculer et être transformée par la grâce d’une rencontre. En ce dernier moment, c’est donc l’amour de Dieu, librement donné et librement accueilli, qui mène l’homme à la plénitude de la vie.

Mais ce passage ne va pas sans une réelle purification. On comprend bien d’où vient l’idée de « purgatoire » et comment elle découle de cette expérience d’inachèvement de la personne au moment de la mort ; mais cette purification, loin d’être une punition, est l’expérience même d’être aimé et pardonné par le Dieu qui fait vivre. Tout ce qui a pu peser sur l’homme dans ses relations avec Dieu et avec ses frères, tout au long de sa vie, est littéralement brûlé par le feu de l’amour divin.

Mais qu’en est-il de la dimension corporelle de l’homme ? Si, dans la vision réincarnationniste, le corps est relativisé (c’est un principe spirituel qui passe de corps en corps à travers une série de vies), selon la foi chrétienne il est indissociable de la personne humaine. La dimension corporelle de l’homme, essentielle à sa vie relationnelle, sera donc transformée, purifiée, comme toutes les autres dimensions de son être. Dans la perspective chrétienne, quiconque parle d’une personne pleinement réalisée parle nécessairement de la personne ressuscitée, comme le Christ lui-même a été ressuscité.

La réincarnation et la résurrection constituent donc deux réponses différentes, chacune avec sa propre cohérence, à l’énigme de la mort. Il est important que tous ceux qui fondent leur vie sur l’une de ces deux réponses aient un profond respect pour la cohérence interne de l’autre réponse. Mais ceux qui veulent mêler ces deux réponses, peut-être même au nom du respect et du dialogue, risquent de vider l’une et l’autre de leur sens. Ils se trouveront alors devant la tâche impossible de construire une nouvelle cohérence en juxtaposant des notions proprement inconciliables.

Directeur-adjoint de l’Institut de Sciences et de Religions à l’Institut Catholique de Paris.

1. Pour une analyse détaillée de cette étude, voir Serge Lafitte, « La plus chrétienne des croyances parallèles >, L’Actualité Religieuse, 15 avril 1996, p. 24-27.

2. Pour un dossier complet sur la pensée de l’Église à ce sujet, voir,, Résurrection, réincarnation @>, Questions Actuelles, n’ 2, mai 1998.

Avril 2000

Revue Etudes
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