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Reconnaître les compétences du maître

Par Sa Sainteté le Dalaï Lama

LAMRIM - Cheminer vers l’Éveil : Reconnaître les compétences du maître

En général, un maître est utile pour diffuser du savoir et, s’il enseigne une matière spirituelle, il doit être à juste titre qualifié. Dans les qualifications indispensables, il doit avoir une grande connaissance des textes religieux et une expérience directe des principes et des pratiques qu’il transmet. Puisque le premier objectif de l’enseignement bouddhique est la discipline mentale, le maître ayant une telle connaissance n’est néanmoins d’aucun secours pour autrui s’il n’a pas encore discipliné son propre esprit. Le maître doit posséder les qualités intérieures d’un être qui a franchi les étapes de la réalisation, et surpasser ses élèves quant à la compréhension des textes sacrés.

Comment arriver à ce stade ? Par les trois pratiques de la moralité, de la concentration méditative et de la sagesse. Et plus particulièrement, en prenant les vœux de moine ou d’un laïc, le professeur acquiert une attitude morale suffisamment développée pour posséder le contrôle de ses sens. Autrement, les sens sont comme des chevaux sauvages et poussent à commettre des actes incorrects. L’enseignant doit donc savoir pratiquer l’absorption méditative, la concentration en un seul point, qui est le seul moyen de vaincre l’inattention, qu’elle soit provoquée par une perturbation externe ou par laxisme. En outre, il doit posséder la sagesse de l’altruisme et la perception de la vacuité de l’existence intrinsèque pour pouvoir pacifier complètement les émotions négatives qui rendent le continuum de la conscience réfractaire et imperméable. Au minimum, l’enseignant est rompu à la pratique de l’absence du soi par l’étude des textes sacrés et la réflexion.

Pour enseigner à des élèves, une grande connaissance des textes sacrés et une compréhension d’une variété importante d’enseignements sont exigées. Armé d’un tel bagage de techniques, vous pourrez stimuler vos élèves dans leur volonté de savoir. Pour transmettre, vous devez être animé d’un enthousiasme déterminé afin d’accroître le bien-être de vos élèves, vous débordez d’une tendre compassion à leur égard, et écartez la moindre anxiété personnelle liée à la difficulté d’enseigner les principes de la doctrine, sans cesse et sans cesse, jusqu’à ce qu’ils soient pleinement inspirés.

Il est primordial pour ceux qui désirent enseigner de rechercher à conquérir de telles qualités. Comme il est impératif pour les élèves de percevoir les traits caractéristiques d’un bon guide spirituel, et de se mettre à la recherche d’une personne ayant un tel profil. Si vous ne trouvez personne, choisissez quelqu’un qui possède des qualités qui dépassent ses défauts, fuyez ceux chez qui les défauts l’emportent ou qui auraient un niveau comparable au vôtre.

Dans le monde, nombre de Tibétains essaient d’enseigner mais ils ne sont pas qualifiés pour le faire. Les élèves doivent prendre leurs précautions pour les éviter. Plonger tête baissée au hasard n’est pas souhaitable. Analysez d’abord. Certes, l’enseignant doit avoir assimilé la puissance de l’analyse, mais son élève doit savoir y recourir pour le choisir. Les enseignements bouddhiques servent à se procurer des antidotes aux trois poisons que sont le désir, la haine et l’ignorance. Pour cela, la sagesse du discernement est nécessaire.

Kunu Lama Tenzin Gyaltsen me rapporta une histoire au sujet de Patrul Rinpoché, un grand lama originaire de la province du Kham, au sud-est du Tubit. Grand adepte du courant de l’érudit Shandideva qui est l’auteur de La Marche vers l’Éveil, Patrul Rinpoché est un moine authentique, vivant dans la simplicité. Alors en visite, plusieurs étudiants l’entourèrent et les habitants voulurent obtenir une audience. Las de tant d’agitation, il s’échappa et se réfugia dans un village voisin où il demanda l’hospitalité à une famille. La maîtresse de la maison l’embaucha comme employé. Il nettoyait le sol et supportait d’autres corvées, y compris celle d’aller vider les pots de chambre plein d’urine. Plusieurs jours passèrent avant que des moines n’arrivent au village. Ils s’enquérirent auprès de la femme pour savoir si leur lama n’était pas dans le voisinage. Elle les pria de le décrire. Ce qu’ils firent. Et elle comprit sa méprise et en fut terriblement embarrassée.

Les lamas aussi authentiques que Patrul Rinpoché acceptent l’humilité, même s’ils possèdent des qualités intérieures extraordinaires. En sanskrit, lama se traduit par gourou, qui signifie « insurpassable » dans le sens d’un être investi de nombreuses profondes qualités afin d’entreprendre des actes altruistes. De nos jours, bon nombre de lamas ont perdu cette notion, leur trône en hauteur et l’élégance de leur bonnet ne reflètent en rien leur état de conscience.

Si vous trouvez un maître qualifié, appréciez-le. Et pour lui montrer votre estime, allez jusqu’à la complète réalisation de ce qu’il vous enseigne.

Comment enseigner

Les personnes qui enseignent les principes bouddhiques doivent être motivées par une volonté profonde d’aider autrui. Un des premiers maîtres tibétains de l’école Kadampa affirmait n’avoir jamais fait un enseignement sans avoir au préalable médité sur l’impermanence, ne serait-ce l’espace d’un instant. Voilà un excellent exemple qui montre comme il est crucial de bien orienter sa motivation. Aucun enseignement ne peut se donner avec l’objectif d’une rénumération, l’obtention d’un bien ou d’un service, ou encore, pour acquérir de la renommée. Si vous enseignez avec l’idée de recevoir un don en retour, c’est une forme de marchandisation de la doctrine. Quelle horreur car, loin d’offrir de l’aide, votre acte est nuisible. L’enseignement peut a priori atteindre son but en apparence, mais, au fond, vous vous enfermez dans une forme d’instinct de possession. Le maître Geshe Sharapa disait :

« Nous donnons l’attribut de gourou à celui qui aime enseigner sans avoir la moindre pensée d’obtenir en échange un don matériel. Celui qui agit différemment est un mauvais gourou pour les élèves qui souhaitent atteindre la libération. »

Au XVII siècle, Tselay Rangdrol, lama de la lignée Nyingmapa de la Grande Complétude du bouddhisme tibétain, fit savoir qu’il avait décidé de renoncer à voyager à cheval, à manger de la viande, et qu’il n’accepterait plus aucune offrande pour les enseignements qu’il prodiguerait. À la lecture de sa bibliographie, j’ai pris la décision de ne plus accepter de dons lors de mes conférences à travers le monde. J’insiste toujours pour que les dons et les ressources générées par la vente des billets d’entrée compensent les coûts de l’organisation, le surplus étant destiné à financer des actions caritatives.

Avant de s’asseoir pour enseigner, le maître doit imaginer la personne qui lui a transmis son savoir, à la place qu’il va prendre, s’incliner trois fois devant lui. Par là, il montre qu’il respecte l’origine de la doctrine et des enseignements. Avant d’entrer sur la scène où je donne ma conférence, je visualise mon principal professeur, Ling Rinpoché, assis sur ce siège, et je me prosterne devant lui, juste avant de m’installer, et récite mentalement le Soutra du Diamant sur l’impermanence :

Chaque chose existante et conditionnée
Est une étoile scintillante, la perception illusoire
d’un Œil infirme
La flamme vacillante d’une lampe à beurre,
Illusions magiques,
Rosée, bulles, rêves, éclair et nuages.

Puis, je réfléchis à l’évanescence des phénomènes et sur l’absence du soi. Puis, je claque des doigts, ce son symbolise l’impermanence. Voilà ma pratique pour me rappeler que, très vite, je descendrai de ce trône, et au-delà, je me protège contre l’importance que l’on a tendance à s’accorder.

Un maître, homme ou femme, doit se représenter dans une position de médecin qui utilise les enseignements comme remède, et voir ceux qui l’écoutent comme des patients auxquels il faut prescrire un traitement. L’acte d’enseigner des principes doit être entrepris sans condescendance à l’égard de son auditoire, ce qui est improbable si l’on ne rejette pas la moindre sensation de supériorité. Si vous considérez les élèves à égalité avec vous, la doctrine est respectée, et reflète une grande compréhension qui place l’amour d’autrui en exergue. Il ne doit pas exister le moindre de soupçon de jalousie ni de crainte que les autres soient spirituellement plus avancés. Ajourner ou reporter un enseignement est à proscrire. Et il faut s’opposer au découragement dû à la répétition sans relâche des principes, maîtriser son savoir, être attentif et critique vis-à-vis de vous-mêmes, comme discerner les fautes commises par autrui. Dans cet état d’esprit, l’enseignement suit le vrai sens de l’altruisme et aura une influence bénéfique. Cette attitude vous conduit à l’éveil et, ainsi, accroîtra encore vos capacités à aider les autres : une démarche qui mène à la réalisation intérieure du plus profond bonheur.

Avant la séance d’enseignement, lavez-vous et mettez des habits propres. Et dans un endroit propre et agréable, débutez l’enseignement par la récitation du Soutra du Cœur pour empêcher toute interférence. Enseignez avec un ton ferme et joyeux en choisissant des exemples, des raisonnements et des extraits des textes sacrés. Évitez d’embrouiller vos explications, en utilisant, ici et là, de brefs renvois. Ne vous limitez pas à ce qui est simple en évitant d’aborder la vraie difficulté, ou de transmettre des notions que vous possédez mal. Cantonnez-vous aux choses que vous maîtrisez le mieux.

Ayant déterminé ce qui est réellement bénéfique, accueillez les personnes à la résolution pure dans leur volonté de suivre les enseignements. Dans le cas contraire, il est inopportun de chercher à instruire quelqu’un. Le prosélytisme est contraire au bouddhisme. Si une religion a l’objectif de convertir des personnes, les autres religions vont entrer en compétition qui pourrait bien se muter en situation conflictuelle. Au cours des conférences en Occident, j’explique aux membres de mon auditoire qu’ils doivent conserver la religion de leurs parents, c’est-à-dire le christianisme, l’islamisme ou le judaïsme. Comme je l’ai expliqué précédemment, les fidèles de ces religions découvriront probablement des principes et des pratiques bouddhistes qui leur apporteront du bien-être. En général, il est déconseillé de rejeter la religion dans laquelle vous avez grandi.

Pour conclure la séance, le maître et les élèves dédient ensemble la force vertueuse de l’enseignement au bien-être des êtres vivants. Arrivé à ce niveau, réfléchissez aussi à la véritable nature des phénomènes, à cette séance d’enseignement qui est une illusion, dans le sens où elle semble concrète alors que cela est faux. Car elle est en lien avec une multitude de facteurs. L’expérience est alors ramenée à la vraie perception de son essence, la nature intrinsèque de chaque chose.

Par Sa Sainteté le Dalai-Lama

Source :
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