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Rapport du dialogue Israëlien - Palestiniens au Village des Pruniers cet été

Un groupe de Palestiniens et de Juifs a passé quinze jours au Village des Pruniers cet été. Ce séjour les a beaucoup soutenus dans leur effort de paix.
Voici le rapport qu’ils ont présenté le 6 août au Hameau Nouveau

Par Village des pruniers

Au cours des dernières années, Thich Nhat Hanh (" Thây ") a plus d’une fois suggéré que les Palestiniens et les Juifs se réunissent pour pratiquer la méditation assise, l’écoute profonde et le partage de leurs souffrances. La suggestion de Thây a semé les graines d’un rêve.

Il y a quelques semaines, plusieurs pratiquants israéliens ont commencé à réaliser un rêve qu’ils portaient dans leur coeur depuis longtemps. Chacun de leur côté, ils avaient fait ce même rêve : réunir un groupe de Juifs et de Palestiniens au Village des Pruniers. Les conditions étaient justes pour qu’ils se rencontrent et puissent partager leurs points de vue. Ce groupe est ici depuis quinze jours et Thây nous a demandé de partager nos expériences avec vous.

Pendant ces deux semaines, notre groupe, qui comptait environ 15 Palestiniens et Juifs, a participé à des réunions - presque quotidiennes - en présence de moines et de nonnes, dont soeur Chân Không, soeur Annabel, soeur Gina, Thây Doji, frère Ivor et frère Phap Minh.

Ces réunions duraient en général deux heures, parfois plus longtemps. Le partage se faisait en anglais, en hébreu ou en arabe, et les interventions de chacun étaient toujours traduites. Le déroulement de ces rencontres était assuré par les moines et les nonnes, selon les conseils de Thây. Toutes ces réunions ont été enregistrées.

Pendant les premières réunions, les membres du groupe et la communauté internationale du Village des Pruniers ont été encouragés à se concentrer sur l’approfondissement de leur pratique personnelle, pour pouvoir nourrir leur stabilité. Nous avons mangé, marché et pratiqué ensemble dans la pleine conscience.

Après avoir nourri notre paix intérieure pendant quelques jours - calmé notre corps et notre esprit -, nous avons commencé à pratiquer l’écoute profonde au cours d’une session avec Soeur Chân Không. Les membres du groupe ont exprimé les sentiments de désespoir et de colère qu’ils éprouvent et ont demandé comment ils pouvaient utiliser la pratique face à ces sentiments. Soeur Chân Không nous a parlé de sa propre expérience et de la façon dont elle faisait face à sa colère et à son désespoir pour trouver la paix intérieure et la lucidité pendant la guerre du Vietnam.

Un soir, nous avons pratiqué la méditation marchée dans la forêt au Hameau du bas, puis nous nous sommes joints à un groupe qui pratiquait la cérémonie du " renouveau " avec Soeur Gina et chacun d’entre nous a arrosé les fleurs de tous les membres du groupe. Le lendemain, nous avons commencé une série de réunions au cours desquelles nous avons pratiqué le partage et l’écoute profonde. Pendant ces réunions, chacun a eu l’occasion de parler en pleine conscience et de faire partager aux autres son histoire personnelle. Nos histoires étaient souvent liées aux souffrances de nos ancêtres et à celles de notre communauté actuelle.

La " cloche de la pleine conscience " était invitée après chaque témoignage, et aussi quand le partage était chargé d’émotions très fortes. Cela nous aidait à revenir à nous-mêmes pour nous recentrer.

Les Palestiniens ont parlé de leurs difficultés en tant qu’Arabes vivant en Israël, de la discrimination qui y régnait, de leur statut inférieur par rapport à celui des Juifs, et de la police. Ils ont parlé de la peur qu’ils ressentent d’être expulsés puisqu’ils représentent une minorité dans un état juif. Ils ont partagé leurs expériences de la discrimination dont fait preuve le gouvernement, qui leur interdit de construire des maisons dans leurs villages ou d’exploiter leurs terres. Ils ont parlé des terres dont ils ont été expropriés et qui ont été données aux Juifs.

Les Palestiniens qui vivent dans les territoires occupés ont parlé de la détresse qui existe depuis la première Intifada (révolte et affrontements palestiniens) de 1987, le traitement humiliant infligé par l’armée israélienne, leurs conditions de vie difficiles et leur pauvreté. Ils ont parlé de la déportation de nombreux Palestiniens habitant dans les villes et villages arabes depuis la guerre de 1948, de leur dispersion dans tous les pays du monde où ils se retrouvent déracinés, rejetés ; et aussi de la haine qu’ils ressentent pour les Juifs qui leur ont pris leurs maisons.

Les participants juifs ont parlé des difficultés qu’ils avaient à protéger un état entouré d’ennemis, des difficultés qu’ils avaient à distinguer les citoyens palestiniens d’Israël de leurs voisins arabes, considérés comme des ennemis, de la grande peur qu’ils avaient de ceux qui voulaient les détruire, de leur vie constamment menacée par la peur. Peur d’attaques terroristes dans les rues, les autobus, peur d’autres guerres. Cette peur engendre beaucoup de violence et d’agression dans les rapports. Les participants juifs ont dit que la société israélienne est handicapée mentalement, qu’elle est coupée d’elle-même. Elle souffre aussi d’apathie et d’un manque de compréhension pour l’autre côté. Ils ont dit que beaucoup d’Israéliens veulent la paix et non la guerre, mais qu’ils ne font pas confiance aux Palestiniens.

Les participants juifs ont parlé de l’holocauste et du génocide nazi imposé à leur peuple, traumatisme qui est gravé dans l’âme de tous les juifs et affecte leur comportement. Ils ont aussi parlé de leur manque de racines, de l’exil qu’ils vivent depuis deux mille ans.

L’émotion surtout exprimée était la peur.

Beaucoup d’entre nous avaient participé dans le passé au dialogue israélo-palestinien, mais ce qui s’est passé au Village des Pruniers était différent. Il ne s’agissait ni d’un dialogue ni d’une recherche de solutions, mais d’une pratique d’écoute profonde, dénuée de commentaire et de jugement. Au cours de ce partage, on nous encourageait à utiliser le discours aimant.

Le sentiment de sécurité que nous avons éprouvé au Village des Pruniers et la présence des enseignants a créé un espace où nous nous sentions à l’aise pour partager et écouter. Un frère disait avec sagesse : " Si nous ne transformons pas, nous transmettons ". Chacun d’entre nous, à sa façon, s’est transformé.

Nous voudrions partager les impressions de quelques membres du groupe pour montrer la façon dont nous avons progressé de l’écoute à la compréhension.

*****

" ÉCOUTER LES AUTRES AVEC COMPASSION, c’est se rappeler notre propre humanité. C’est comme si on se regardait dans un miroir et qu’on se voyait. Voir toute la peur qui est à l’intérieur de nous, et toutes ses manifestations, comme la colère, c’est très effrayant. C’est quelque chose qu’on ne nous apprend pas à faire. En fait, on nous apprend à éviter de le faire.
Mon expérience ici m’a donné comme un berceau - un endroit où je me sens entouré, au chaud et en sécurité - si bien que je n’ai pas aussi peur qu’avant de voir mon image dans le miroir des autres.
L’objet du conflit n’est pas la politique. Mais les êtres humains et leurs peurs. "

" NOUS AVONS APPRIS À PARLER AVEC LE COEUR, sans craindre d’être dérangés, et sans juger ni blâmer.
Nous avons appris à écouter avec respect. Nous avons écouté profondément la souffrance des autres.
Le partage profond, l’écoute profonde nous ont aidés à voir nos peurs les plus profondes et à lâcher prise par rapport à ces peurs, à les abandonner. En voyant la source de la violence et de la peur, il est maintenant temps d’apprendre à s’en détacher et à ne pas se noyer en elles. La paix commence avec moi. Nous cherchons la paix. Si nous pratiquons l’amour de Dieu, nous pouvons embrasser tous les actes humains et pardonner ".

" D’HABITUDE, AU MOYEN-ORIENT, nous exprimons notre souffrance avec beaucoup de colère, c’est pourquoi nous ne pouvons pas nous parler ou nous écouter. Ici, nous pouvons exprimer la souffrance sans colère et vraiment écouter.
J’ai pu apprendre plus de choses sur la souffrance de mon propre peuple et sur la souffrance des autres.
Il est devenu évident que votre souffrance est ma souffrance.
En reconnaissant que nous souffrons tous, en voyant lentement la nature et la source de ma souffrance, j’ai pu voir qu’il existe aussi une manière de mettre fin à la souffrance et qu’il existe un endroit, un paradis, où il n’y a plus de souffrance.
L’enfer et le paradis sont en moi, et en vous. Nous avons le choix de créer l’enfer pour nous-mêmes et pour les autres, ou de contribuer les uns et les autres à créer un paradis. Je veux choisir le paradis ".

" LES JUIFS ET LES PALESTINIENS partagent le même sentiment de ne pas avoir de racines et de pays. Nous en souffrons énormément ".

" À FORCE DE VIVRE LE CONFLIT au quotidien, il devient une sorte de routine ; il n’y a alors aucune pleine conscience, ce qui, à mon avis, est dangereux. Les membres de la communauté du Village des Pruniers, et bien sûr Thây et les participants de tous les pays du monde, étaient comme autant de cloches de pleine conscience qui me permettaient de regarder plus profondément notre conflit mutuel.
Je sens que nous avons en mains quelque chose de très unique et de grande valeur, et si nous pouvions le considérer avec pleine conscience, cela ferait du bien à notre monde ".

" C’EST LA PREMIÈRE FOIS que j’ai eu l’occasion d’entendre parler d’abord de la douleur et des difficultés ressenties des deux côtés et de connaître de si près les membres du groupe. Pour moi, l’histoire des réfugiés palestiniens a été très enrichissante et m’a permis de reconsidérer toute la situation et les solutions possibles ".

" J’AI APPRIS QUE JE PEUX BERCER les sentiments de culpabilité qui sont en moi, les endormir doucement, comme une mère berce un enfant fragile. Quand la culpabilité et la honte s’assoupissent ainsi dans le calme et la sécurité de mes bras, je peux écouter avec tout mon coeur des choses pénibles et choquantes, la souffrance de nos frères palestiniens.
Peu importe le jour et l’heure où l’accord de paix sera signé entre les deux peuples. Essayons d’avoir la force de fournir l’effort voulu, pour goûter un jour les fruits des graines que nous plantons.
J’ai compris à quel point il était important de pratiquer la compassion et d’accepter les mauvais éléments - la violence, l’anxiété et le racisme - qui sont en nous, Juifs israéliens, de façon à ce que je puisse accepter ces éléments avec amour quand je les rencontre chez les autres.
J’ai appris que tout ce dont nous avons besoin pour faire la paix est en moi, et quand je pratique, quand je touche cela et que j’en suis conscient, je ne souffre plus ".

" L’ENVIRONNEMENT NEUTRE, l’écoute embrassent l’âme et permettent aux mots et aux sentiments, à la douleur, à la gêne, à la quête, de provenir d’un lieu juste.
Il y a beaucoup de force dans ce processus d’écoute, dans le droit que chaque membre du groupe demande qu’on lui accorde, pour permettre aux choses de faire surface, d’être exprimées.
Pour moi, beaucoup de graines précieuses de force et de foi dans ma quête spirituelle et dans l’effort de paix, ont été semées. J’ai trouvé du soutien, j’ai trouvé des partenaires, j’ai trouvé plus de confiance en moi ".

" SI VOUS AVIEZ EU LA CHANCE d’écouter nos partages, vous auriez pu comprendre à quel point ce conflit tragique nous affecte tous, nous qui avons grandi sur cette terre à laquelle nous sommes tous liés.
Par ces expériences très profondes que nous avons partagées ici, nous avons appris ce que nous savions déjà, qu’il n’y a pas un peuple qui a raison, qui est gagnant. Dans la situation présente, nous sommes tous perdants.
Nous transmettrons nos blessures aux générations suivantes si nous ne les soignons pas.
Nous espérons que le travail que nous avons fait ici a semé les graines qui nous permettront de continuer ce processus. Ce travail a le potentiel de nous transformer à un niveau personnel, transformation qui entraînera celle de la société ".

" MON ATTITUDE ENVERS LES ARABES, particulièrement les Arabes d’Israël, a changé à cause de la transformation personnelle qu’a effectuée en moi la pratique de la méditation bouddhiste.
J’ai une voie à suivre, celle qu’enseignent le Bouddha et Thây ".

*****

Les sentiments profonds exprimés ici ont préparé le terrain pour d’autres activités. Pour le moment, nous avons l’intention de partager ensemble des journées de pleine conscience en Israël et, à l’invitation de Thây, d’envoyer à l’avenir d’autres groupes d’Israël et de Palestine au Village des Pruniers.

Nous sommes profondément reconnaissants envers Thây et la communauté du Village des Pruniers pour leur soutien et leurs conseils. Nous sommes très émus par l’intérêt que vous nous portez et la disponibilité dont vous faites preuve pour nous aider.
Traduction : Pauline Huerre

Village des Pruniers
Le Pey, Thénac 24240 Sigoulès, France


http://plumvillage.org





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