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Sa Sainteté Sakya Trizin

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Questions à Sa Sainteté Sakya Trizin

Pourquoi suivre l’enseignement du Bouddha ? Les enseignements du bouddhisme expliquent les causes de la souffrance et du bonheur. La réflexion sur « les quatre objets d’attention » nous engage à pratiquer le bouddhisme pour délivrer tous les êtres de la souffrance et de ses causes.

Par Sa Sainteté Sakya Trizin

Sa Sainteté Sakya Trizin, chef de l’école Sakyapa du bouddhisme tibétain, répond à des questions d’ordre général sur le bouddhisme, la prise de Refuge, la compassion, la vacuité, l’école de la voie du Milieu ou encore la relation maître-disciple.

Sommaire :

1. Pourquoi suivre l’enseignement du Bouddha ?

2. Pourquoi prendre Refuge ?

3. La vie dans le samsara

4. Qu’ est-ce que le Mahayana ?

5. Vacuité et compassion

6. Qu’est-ce que le Mantrayana ou Vajrayana ?

7. Qu’est-ce que l’initiation et la transmission ?

1- Pourquoi suivre l’enseignement du Bouddha ?

Les enseignements du bouddhisme expliquent les causes de la souffrance et du bonheur.

La réflexion sur « les quatre objets d’attention » nous engage à pratiquer le bouddhisme

pour délivrer tous les êtres de la souffrance et de ses causes.

– Votre Sainteté, pourquoi devons-nous pratiquer les enseignements Bouddhistes ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – J’aimerais répondre à votre question en expliquant quelles sont les trois sortes de gens qui pratiquent le Boudhisme. D’une façon générale, du plus petit insecte jusqu’à l’être humain, intelligent, il y a un accord unanime : tous veulent le bonheur et tous veulent éviter la souffrance. La majorité des êtres humains ne comprennent pas quelle est la cause de la souffrance, ni quelle est la cause du bonheur, mais dans les enseignements du Boudhisme et dans leur mise en pratique, vous trouverez les réponses à ces questions.

– Quelles sont les causes de la souffrance et du bonheur

Sa Sainteté Sakya Trizin – Dans le Ratnavali de Nagarjuna, il est dit : « Toute action provenant du désir, de l’aversion et de l’ignorance crée de la souffrance ; toute action s’élevant des contraires du désir, de l’aversion et de l’ignorance crée du bonheur. » Or il y a trois catégories d’êtres humains. Comme tous les autres êtres, ceux de la première catégorie veulent le bonheur, et ne veulent ni la souffrance ni la réincarnation dans les domaines d’existence inférieure. Ils pratiquent le boudhisme pour créer les causes de réincarnation dans le domaine humain et dans les domaines célestes des dieux. Ils n’ont ni le pouvoir, ni le courage d’abandonner complètement le Samsara. Ces personnes désirent seulement profiter des meilleurs aspects du Samsara, tout en voulant éviter les pires aspects. C’est pourquoi elles pratiquent la religion bouddhiste : dans le but d’obtenir une naissance plus élevée.

La personne de la deuxième catégorie réalise que le Samsara dans son entier, quelle que soit la naissance obtenue, est par nature souffrance, de même que le feu est chaud par nature. Cette personne veut complètement sortir du Samsara et atteindre le Nirvana, qui est l’état entièrement hors de la souffrance.

Mais le type de personne le plus élevé réalise que, de même que tout comme elle ne veut pas souffrir et aspire au bonheur, les autres êtres pensants ont la même aspiration. Ces personnes savent que, puisque nous sommes nés d’innombrables fois dans le Samsara, il n’est pas un seul être qui n’ait été notre mère à un moment ou à un autre. Puisque nous sommes de ce fait si proches de tous les êtres, la personne du type élevé pratique le Boudhisme dans le but de libérer tous ces êtres innombrables de la souffrance.

Les 4 objets d’attention

– Comment arriver à cette compréhension la plus élevée ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Au commencement de toute pratique Bouddhiste viennent deux choses très importantes, la méditation sur les 4 objets d’attention, et la prise du Refuge.

Les 4 objets d’attention sont :

-  La difficulté d’obtenir une naissance humaine

-  L’impermanence de toutes choses du Samsara

-  Les souffrances du Samsara

-  La loi du karma ou de cause et d’effet

1°) La difficulté d’obtenir un corps humain

Nous pensons qu’il y a une grande quantité d’êtres humains, mais si nous comparons notre nombre à celui des autres créatures nous réalisons combien nous sommes peu nombreux. Par exemple, dans chacun de nos propres corps, il y a des millions de germes, microbes, virus, etc.… Autrement dit, statistiquement, nos chances d’obtenir une vie humaine sont très maigres.

Et, de toute façon, il y a de nombreux lieux de réincarnation qui ne sont pas propices pour un être humain, car il ne pourra pas y rencontrer l’enseignement du Bouddha.

Il y a 8 lieux de naissances défavorables :

-  Les domaines de l’enfer

-  Le domaine des animaux

-  L’état d’ignorant

-  Naître dans un état plein de vues erronées et doutes

-  Certains domaines célestes

-  Le domaine des muets.

De plus, même si nous obtenons une naissance humaine, il y a 10 conditions nécessaires pour la pratique :

-  5 conditions personnelles

o naissance humaine

o naissance dans un pays où le Boudhisme est connu

o possession de tous les organes des sens

o foi envers les Refuges

o Rectitude des actes en accord avec le Dharma.

-  5 conditions générales :

o venue d’un Bouddha

o Prédication du Dharma

o Que la Doctrine dure

o Qu’il existe des pratiquants bouddhistes

o Qu’il existe des gens dévoués aux autres.

La difficulté d’obtenir une naissance humaine est expliquée à partir d’autres arguments. La cause de la naissance humaine est l’accomplissement d’actes vertueux et l’observance d’une conduite morale correcte. Or comme très peu de gens pratiquent tout cela, la naissance humaine est rare déjà par sa cause. Par nature, il est beaucoup plus probable de naître dans un autre domaine que celui des êtres humains.

La difficulté est illustrée par cet exemple : imaginez une tortue aveugle vivant dans l’océan. Sur la surface de l’océan flotte un joug. La tortue monte à la surface une fois seulement par siècle. Pourtant elle a de plus grandes chances de passer son cou dans le joug que nous en avons d’être réincarnés sous forme humaine.

2°) L’impermanence

Le Bouddha a dit :

« Les 3 domaines de l’existence – royaume céleste des dieux, terrestre des êtres humains et des animaux, souterrain des êtres des enfers – sont comparables aux nuages d’automne ; la naissance et la mort des êtres sont semblables au mouvement d’un danseur ; la vie d’un être est comme une chute d’eau, comme un coup d’éclair dans le ciel ; elle ne s’arrête jamais un seul instant et, une fois commencée, elle va inévitablement jusqu’à sa conclusion. »

Tout est changement continuel : à l’extérieur, les saisons changent, le printemps cède la place à l’été, l’automne, l’hiver. Les enfants grandissent jusqu’à l’age adulte, les adultes deviennent vieux, les cheveux passent du noir au blanc, la peau se fane, et la vie s’en va.

N’est-ce pas ainsi ? Tout change continuellement. Il n’y a pas un seul endroit où l’on puisse échapper à l’impermanence. Puisque tout change sans cesse, l’on ne sait jamais quand la fin va venir . On peut être en parfaite santé aujourd’hui et pourtant mourir demain. De la mort nous savons deux choses : il est sûr qu’elle viendra ; quand, nous n’en avons pas la moindre idée. Elle peut venir à tout moment, et il y a quantité de choses, internes et externes, qui peuvent la provoquer. Donc si vous voulez pratiquer le Boudhisme, vous devez réaliser qu’il est nécessaire de commencer immédiatement. Vous ne pouvez jamais être sûr d’un lendemain pour vos actions.

– En quoi cela nous aide-t-il ? La pratique du Boudhisme ne nous rendra pas moins impermanents ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Cela ne nous rendra pas plus permanents, mais cela nous donnera la certitude que, dans nos vies à venir, nous aurons moins de souffrance. La pratique du Dharma ou religion, revient en bref à éviter les actions non-vertueuses et à accomplir des actions vertueuses. Quand vous vous conduisez de cette façon, il est évident que vous serez plus heureux dans l’avenir.

– Cela veut-il dire que, parce que nous attendons moins de cette vie, nous allons aussi moins souffrir ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Oui, cela également, mais ce qui est plus important, c’est que la pensée de l’impermanence nous touche et nous conduise à pratiquer le Dharma plus vite. La pensée de l’impermanence nous aide à accélérer notre cheminement.

3°) Les souffrances du Samsara

Q – Quels sont les 6 domaines et leurs souffrances ?

R – Comme je vous l’ai dit, quelle que soit votre position dans le Samsara, vous êtres en plein dans la souffrance.

La souffrance est de 3 sortes :

-  la « souffrance de la souffrance »

-  la « souffrance du changement »

-  la « souffrance des états conditionnés ».

La « souffrance de la souffrance » c’est par exemple d’avoir mal à la tête, une souffrance que tout le monde accepte et reconnaît comme telle. Ensuite, la « souffrance du changement » est la souffrance ressentie lors de la perception du changement. Vous êtes avec des amis aujourd’hui, mais vous devez vous séparer. Quand vous continuez, vous rencontrez des personnes hostiles. Rien ne demeure constant, et, voyant cela, nous éprouvons la souffrance du changement. La « souffrance des états conditionnés » signifie que toute activité dans ce monde est insatisfaisante, que nous ne pouvons jamais vraiment achever quoi que ce soit. Nous faisons bien sûr des quantités de choses dans ce monde, mais nous ne sommes jamais réellement satisfaits. Il y a toujours plus de choses à faire que nous ne le pouvons, et cette frustration est souffrance.

Les 6 domaines d’existence sont :

-  Les enfers de la chaleur et du froid excessifs, ainsi que les « enfers avoisinants » qui sont aussi des états de grandes souffrances, et qui durent pendant des périodes incroyables. La cause de ces états de souffrance est la haine.

-  Le domaine animal nous est bien connu et la naissance y est provoquée par l’ignorance.

-  Le domaine humain nous est bien sûr familier.

-  Le cinquième domaine est celui des demi-dieux qui sont constamment en guerre avec les dieux, par jalousie et qui donc vont naturellement souffrir dans leurs vies futures.

-  Les dieux semblent très privilégiés. Ils connaissent de grands plaisirs et des vies immensément longues, mais tôt ou tard finissent par connaître la vieillesse et la mort. Comme ils n’ont rien d’autre que de se faire plaisir, ils n’auront pas créé le mérite nécessaire pour obtenir une réincarnation supérieure, et retomberons dans des états de grande souffrance.

Les 3 domaines inférieurs connaissent exclusivement la « souffrance de la souffrance » ; les humains connaissent les trois souffrances, mais principalement les deux premières, alors que les dieux souffrent principalement des deux dernières.

4°) La Loi du karma ou loi de cause et d’effet

Selon l’enseignement Bouddhiste, tout ce que nous avons à présent et tout ce que nous faisons, ont leur cause dans le passé. En fait, on dit même que si vous voulez savoir ce que vous avez fait dans le passé, vous n’avez qu’à regarder votre situation présente ; que vous soyez pauvre ou riche, laid ou beau, c’est le résultat d’actions passées. Si vous voulez connaître le futur, examinez vos actions présentes, car le futur, qu’il soit heureux ou non, dépend de ce que vous faites aujourd’hui. Tout ce que nous faisons aujourd’hui produit un résultat dans l’avenir. Si la racine d’un arbre est médicinale, les fleurs, les feuilles, l’écorce, tout ce qui pousse sous cet arbre sera médicinal, et de même une action qui se développe à partir du contraire du désir, de l’aversion et de l’ignorance, produira le bonheur. Si la racine de l’arbre est vénéneuse, tout ce qui poussera sur l’arbre sera poison, de même que les actions du désir, de l’aversion et de l’ignorance produiront la souffrance.

– Existe-t-il une pratique basée sur la loi du karma ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – La loi de cause et d’effet, le karma, est l’un des principaux enseignements principaux du Boudhisme. Cela signifie que vous devriez toujours pratiquer des actions vertueuses, puisque les actions non-vertueuses engendreront toujours la souffrance dans cette vie aussi bien que dans les vies futures. Si vous ne voulez pas la souffrance, vous devriez éviter ses causes. S’il n’y a pas de cause, il n’y a pas de fruit. Si vous voulez le bonheur, de même que si vous voulez que l’arbre pousse, vous devez prendre soin de sa racine. Si la racine est défectueuse, l’arbre ne poussera pas.

2. Pourquoi prendre refuge ?

La prise de Refuge distingue le bouddhiste et le non-bouddhiste. L’objet de refuge que sont les Trois Joyaux est présenté ainsi que la prière de Refuge.

La prise du Refuge marque la différence entre les bouddhistes et les non-bouddhistes : cela signifie que vous vous êtes rendus, que vous avez pris asile.

– En quel ses nous rendons-nous, de quelle façon ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Vous vous abdiquez vous-même. Comme je le disais, le Samsara est plein de souffrances. Nous souhaitons nous affranchir de ces souffrances mais dans l’immédiat, nous n’avons ni le savoir, ni le pourvoir nécessaires pour cela. Nous ne pouvons donc pas grand chose par nous-même, pour le moment. Or, lorsqu’on entreprend une action importante, on cherche à se faire aider par une personne puissante : si vous êtes malades, vous consultez un docteur et si vous avez des ennuis légaux, vous engagez un avocat. De même, quand vous voulez être libérés des souffrances du Samsara, vous devez prendre Refuge dans le Triple Joyau, lequel est, dans cette entreprise, votre aide véritable.

Le Triple Joyau comprend :

-  Le Bouddha qui est le guide

-  Le Dharma, ou l’enseignement, qui est notre cheminement personnel

-  Le Sangha qui représente nos compagnons spirituels.

Cependant, le Refuge final est seulement le Bouddha.

Le Dharma, ou enseignement, est en deux parties : l’enseignement et la réalisation.

L’enseignement est « les trois corbeilles », le Tripitaka, mais cela est comparable au bateau que vous utilisez pour traverser une rivière : quand vous atteignez l’autre rive, vous l’abandonnez simplement derrière vous.

La Réalisation est les trois entraînements :

-  l’entraînement dans la discipline morale

-  l’entraînement dans la sagesse

-  l’entraînement dans le samadhi

Quant au Sangha, même ses membres les plus éminents sont encore sur le chemin et donc ne peuvent constituer un Refuge final.

Ainsi, en réalité, le Refuge est dans le Bouddha seul, mais nous prenons toujours Refuge dans le Bouddha, le Dharma est le Sangha.

– Cela veut-il dire que le Bouddha est permanent ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Oui, oui, le Bouddha est bien sûr permanent. Le Darmakaya (le corps de Vérité) est au-delà de la permanence et de l’impermanence. Le Sambhogakaya (le corps de Félicité) existe toujours. Le Nirmanakaya (le corps d’Emanation) est la Forme que le Bouddha prend sur cette terre, et il a l’apparence de l’impermanence mais il est toujours présent quelque part, sinon ici.

– Quelle est, dans la pratique, la façon de prendre Refuge ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – La prise de Refuge varie selon les intentions des trois sortes de personnes qui l’accomplissent, bien que les trois causes, la peur, la foi et la compassion soient communes.

La pratique extérieure est la récitation de la prière du Refuge. La prière la plus simple est : « Je prends Refuge en le Bouddha, je prends Refuge en le Dharma, je prends Refuge en le Sangha ».

Une prière élaborée dit : « Je prends Refuge en le Bouddha, le Dharma et le Sangha jusqu’à ce que j’atteigne la réalisation ; par le mérite de cette action, puissent tous les êtres atteindre l’état de Bouddha ».

Mais, la simple récitation de la prière avec votre voix ne suffit pas, elle doit être récitée avec le cœur. Si vous voulez prendre Refuge de la pluie, cela ne vous servira à rien de dire : « maison, maison » ou « parapluie, parapluie ». Il vous faut trouver une maison, il vous faut aller chercher un parapluie et, si vous faites cela, vous serez sans aucun doute protégés de la pluie. Il est de même nécessaire de prendre Refuge de façon sérieuse, avec une ferme croyance en pensant que, quoi qu’il arrive, vous ferez uniquement appel au Triple Joyau et que vous resterez toujours en son Refuge. La récitation de la prière des refuges, de cette façon et dans cette intention, est la toute première pratique du Boudhisme, et l’une des fondations de toute pratique. Une telle prise de Refuge distingue le Bouddhiste du non-Bouddhiste.

Bien qu’une telle récitation suffise à faire de vous un Bouddhiste, il est courant qu’une courte cérémonie soit accomplie en présence d’un maître spirituel. Il prononcera la prière mot à mot que le disciple répètera après lui, en promettant de respecter les enseignements moraux de base du Boudhisme. A partir de ce jour, vous devez continuer à réciter votre prière journalière avec une grande dévotion.

3. La vie dans le samsara

Nous sommes parfois inconscients d’être prisonniers du samsara. Mais la réalité de la souffrance et de l’impermanence sont là pour nous rappeler la nécessité d’une prise de conscience réellement libératrice.

– Est-ce qu’une réincarnation animale est possible pour un humain ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Oui, assurément. Il y a de nombreux récits d’animaux réincarnés en humains et également d’êtres humains réincarnés sous forme animale, en résultat de leurs actions mauvaises. Certains animaux sont extrêmement affectueux, spécialement envers leurs petites, et en travaillant beaucoup ils peuvent créer suffisamment de causes pour atteindre une naissance humaine.

Q – Pourquoi la naissance humaine est-elle si importante ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – La naissance humaine est extrêmement précieuse parce que c’est lors de la vie humaine que l’on peut non seulement atteindre une naissance supérieure et le Nirvana, mais aussi on peut pratiquer le Dharma et atteindre l’Illumination.

Q – Cela nous est-il réellement utile de penser à l’impermanence ? Nous savons bien que nous sommes impermanents et d’y penser trop ne fait peut-être que nous déprimer.

Sa Sainteté Sakya Trizin – Penser à l’impermanence nous aide immensément.

Tsongkapa a dit : « Un prisonnier n’a qu’une pensée : quand pourrai-je sortir de cette prison ? Cette pensée s’élève constamment dans son esprit. Votre pensée sur l’impermanence devrait être semblable ; méditez sur l’impermanence jusqu’à ce qu’une telle attitude se développe. »

– Sommes-nous réellement dans la situation d’un prisonnier ? Nous trouvons souvent la vie agréable dans le Samsara.

Sa Sainteté Sakya Trizin – Mais ce plaisir n’est pas permanent, n’est-ce pas ?

Oui, nous sommes heureux maintenant, mais nous ne savons jamais ce qui peut arriver dans l’heure qui suit. Il peut y avoir une catastrophe complète. Parce que le plaisir est impermanent, parce qu’il est très incertain, vous n’êtes pas vraiment heureux, votre plaisir est teinté d’anxiété.

En fait, vous n’êtes jamais heureux parce que vous ne savez pas ce qui va arriver et donc l’anxiété est là, inévitablement.

– Les enfers sont-ils des métaphores pour représenter des états ou des degrés de souffrance, ou existent-ils vraiment tels qu’ils sont décrits ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Quelque chose existe réellement, je pense. En fait, il est dit dans les Sutras que les enfers sont bien plus terrifiants qu’on les a décrits, parce que, est-il dit, le Bouddha ne les a pas décrits pleinement. S’il l’avait fait, les gens se seraient évanouis.

Q – Jusqu’à quel point les enfers sont-ils réels ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Ils sont aussi réels que notre vie aujourd’hui. Oui, beaucoup de gens pensent qu’ils ne sont pas réels, qu’ils sont comme un rêve. Mais, en fait nous sommes heureux et malheureux en rêve aussi réellement que nous le sommes à l’état de veille. Ce dernier état, lui non plus, n’est pas réel mais nous pensons que tout ce qui nous entoure est réel. L’enfer est aussi réel que ça ! Bien sûr l’enfer aussi, en réalité, n’est pas réel. Ceci non plus n’est pas réel. Et qu’est-ce alors que ceci ?

Q – Est-ce que le Bouddha est sujet à la souffrance ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Non, il ne souffre jamais. Il est absolument libéré de la souffrance.

4- Qu’ est-ce que le Mahayana ?

Le Mahayana recommande la « Voie Moyenne », ou « Voie du Milieu », ce qui signifie que, par sagesse, nous ne restons pas dans le Samsara, et, par compassion, nous ne restons pas dans le Nirvana. La cause première principale de la voie du Mahayana est la compassion.

– Dans l’Ecole Bouddhiste « Hinayana », le Nirvana est d’une importance primordiale, mais ceci semble avoir moins d’importance dans l’Ecole « Mahayana ».

Sa Sainteté Sakya Trizin – C’est exact. Il y a deux extrêmes, Samsara et Nirvana. L’un est entièrement le domaine de la souffrance, tandis que l’autre est complètement au-delà de la souffrance.

Le Mahayana croit fermement que nous ne devrions entrer dans ni l’un ni l’autre domaine. Nous devons suivre la « Voie Moyenne », ce qui signifie que, par Sagesse, nous ne restons pas dans le Samsara, et, par Compassion, nous ne restons pas dans le Nirvana. Si l’on vit continuellement dans l’état de Nirvana, on ne peut être actif, on ne peut aider autrui. On est soi-même complètement libéré de la souffrance mais on ne peut rien faire pour autrui. En atteignant la Réalisation, que nous appelons le « Grand Nirvana » non seulement on est libéré de la souffrance, mais, en même temps, on devient capable d’apporter une aide énorme à tous les êtres. Voilà la différence fondamentale.

– De quels côtés le Mahayana demande-t-il de porter nos efforts, dans la pratique ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Il y a trois pratiques principales : l’Amour, la Compassion et le Boddhicitta qui est l’esprit d’Eveil ou désir de Réalisation. L’Amour signifie que l’on souhaite que tous les êtres sans exception, dans les 6 domaines d’existence, soient heureux. La Compassion est le souhait que tous les êtres connaissant la souffrance s’en libèrent. Le Désir de Réalisation signifie, d’une façon générale, le désir d’atteindre la Réalisation pour le bénéfice de tous les êtres. Ces trois pratiques sont très importantes. Sans amour ni compassion, l’esprit d’Eveil ne peut prendre forme, et on ne peut donc obtenir l’Eveil.

C’est pourquoi amour et compassion sont absolument nécessaires. La compassion notamment a une importance particulière ; on l’a appelée la graine du Mahayana pour le commencement ; c’est ensuite l’eau qui fait pousser les récoltes, et finalement, c’est la maturation du fruit. Il apparaît clairement que la compassion, étant part intégrale du commencement, du milieu et de la fin, a une grande importance. C’est ainsi que, lorsque Chandrakirti écrivit le Madyamakavatara, il le fit précéder d’un hommage à la compassion. On dit aussi que le Bouddha est issu du Bodhisattva, et que le Bodhisattva est lui-même issu de l’amour et de la compassion, mais spécialement de la compassion. La cause première principale de la Voie du Mahayana est la compassion.

– Comment doit-on pratiquer amour, compassion et Bodhicitta ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Il faut d’abord étudier les textes, et ensuite pratiquer la méditation. Visualisez ceux qui vous sont chers et souhaitez-leur d’être heureux et de se détacher de leur souffrance. Ensuite, priez qu’il vous soit donné la force et la capacité d’accomplir cela pour eux. Méditez alors sur ceux qui vous sont moins proches, et finalement sur tous les êtres sans exception. En fait, la façon correcte de commencer est de penser aux 4 objets d’attention, puis de prendre Refuge, puis de visualiser votre mère en pensant très clairement à son affection pour vous et au soin qu’elle a pris de vous, et cela dans les plus menus détails. Puis, il vous faut penser qu’elle est encore engagée à souffrir et à créer des causes de souffrance : à ce point le désir de l’aider se développe, et lorsque vous voulez l’aider à se débarrasser de la souffrance, l’esprit d’Eveil se développe. Enfin, priez le gourou et le Triple Joyau pour que votre mère connaisse le bonheur et l’absence de souffrance. Après cela, de la même façon, pensez à votre père, puis à tous les autres êtres sans exclure votre pire ennemi. Si cela vous est difficile, rappelez-vous que c’est la haine qui est en fait votre ennemi, et que c’est elle qui crée des états d’extrême souffrance.

Méditez ensuite sur tous les êtres des 6 univers jusqu’à ce qu’un amour naturel pour eux s’élève sans réserve aucune. Finalement, souhaitez que tout mérite accumulé par cette méditation puisse bénéficier à tous les êtres d’une façon égale ; ce partage du mérite est la conclusion de toute méditation.

Lorsque les philosophes de l’Ecole Madhyamika, qui appartient au Mahayana, ont examiné le monde phénoménal, tout sembla disparaître et ils ne purent rien trouver qui résiste à leur examen. L’Ecole Makhyamika conclut donc, après un examen très scrupuleux, qu’il n’y a aucune chose à quoi l’on puisse réellement s’accrocher, se persuader qu’elle existe. Rien de positif ne put être trouvé, rien de négatif ne put être trouvé, rien ne put être trouvé que l’on puisse accepter comme existant réellement, parce que la vraie nature de toutes choses est au-delà de l’existence et de la non-existence, au-delà de la pensée et inexprimable.

Shantidéva a dit que « l’Absolu n’est pas un objet de pensée, il va au-delà de la pensée. C’est quelque chose que l’on ne peut décrire, c’est la merveille de l’incompréhensible ». Cependant, lorsque l’on parle de quelque chose, il faut utiliser un nom, aussi on parle de Shunyata, la vacuité. Mais, en vérité, Shunyata n’est pas un objet que l’on peut nommer, c’est indicible. Bien sûr, tout cela est « à la limite ». D’une façon relative le Madhyamika accepta ce que les gens ordinaires acceptent mais dans ses textes, on trouve la preuve d’une expérience de la nature inexprimable de toute chose.

– Cette critique du monde phénoménal n’est-elle pas un paradoxe de logique ? Peut-elle avoir une influence éventuelle sur la vie de tous les jours ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Sans aucun doute, au moment où vous réaliserez la vérité ultime, vous serez libérés de la souffrance. Nous vivons avec la souffrance parce que nous ne nous sommes pas réveillés hors de l’illusion relative. Nous sommes enveloppés, enfoncés dans cette illusion relative et à cause de cela nous assumons que les objets sont réels. Partant du principe que les objets sont réels, nous agissons en conséquence et souffrons, créant de nombreuses causes de souffrance.

– Le cœur du problème est-il alors l’attachement ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Dès lors que vous n’êtes plus attaché à la réalité des choses, vous ne créez plus de cause de souffrance.

– Est-ce là un sujet de méditation ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Il y a de nombreuses formes de méditation à ce sujet dans le Mahayana et davantage encore dans le Varjrayana. Il nous faut réaliser que les souffrances proviennent d’un mauvais Karma, lequel provient de nos conceptions erronées, lesquelles erreurs proviennent de la notion d’ego. Si nous sommes dans l’erreur, nous pouvons confondre une corde enroulée avec un serpent ; nous nous méprenons, de même, en croyant qu’un « moi » existe. Quand vous avez une « entité », alors il doit y en avoir d’autres ; quand il y a d’autres entités, il y a alors le désir pour l’un et l’aversion pour l’autre. Cela nous conduit de plus en plus loin dans l’erreur et l’obscurcissement concernant la vraie nature des choses. Le Bodhicitta (Esprit d’Eveil) est le meilleur moyen de déraciner cette notion erronée du « moi ».

Les autres sont-il différents de vous ? Essayez tout d’abord de les regarder comme semblables à vous-même et de les aimer autant que vous-même jusqu’à ce que finalement vous puissiez aimer les autres mieux que vous-même. Essayez quelles que soit vos propres souffrances, de persister à souhaiter recevoir les souffrances de tous les êtres, et leur donner vos causes de bonheur. Finalement, vous devez toujours souhaiter que tout mérite obtenu par cette méditation bénéficie à tous les êtres. La pratique pour la réalisation de shunyata (la vacuité) qui est l’esprit d’Eveil absolu, comporte deux parties, la pratique de la stabilité sereine et celle de la vue pénétrante, décrites par l’école Madyamaka. Mais, ces pratiques nécessitent une étude détaillée et je ne peux ici m’étendre sur ce sujet autant que je le voudrais. En tout cas, il est important avant et après toute pratique, de prendre le Refuge et de partager le mérite.

– Si ni les objets ni la pensée n’existent, que sont alors les apparences ? Où commencent-elles et où finissent-elles ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Elles n’ont pas de commencement mais elles ont pourtant une fin, lorsque l’on atteint la Réalisation. Ceci est illusoire, irréel, comme un rêve. Le rêve s’élève où ? Il va où ? C’est la même chose ici, c’est un long rêve.

– Qu’est-ce alors que le monde de l’apparence ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – C’est un long rêve.

– L’amour et la compassion, c’est bien, mais n’y a-t-il pas un point où il est préférable d’être en colère avec les gens ? Est-ce que la colère peut parfois se justifier ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Peut-être, si l’intention est blanche, même si l’action est noire. Si vous êtes en colère, mais avec une intention bénéfique envers quelqu’un, votre colère s’élève avec compassion, et ce qui s’élève par compassion ne peut être mauvais. Si la racine est médicinale, même si le fruit semble amer, il ne peut qu’être médicinal.

– Les gens imaginent souvent que le boudhisme conduit à une attitude passive et négative.

Sa Sainteté Sakya Trizin – C’est vrai si votre but n’est pas d’entrer dans le Nirvana et d’y rester. Mais si vous vous engagez dans la Voie du Mahayana, au lieu de désirs égoïstes, vous pratiquez la Compassion, qui est le désir actif d’être bénéfiques pour tous les êtres.

– On a dit parfois que le boudhisme est athée parce qu’il déclare qu’il n’y a pas de Dieu.

Sa Sainteté Sakya Trizin – Le boudhisme ne croit pas qu’il y a un Dieu créateur du monde, et dans ce sens seulement on pourrait dire que le Boudhisme est athée.

– Si vraiment il n’y a pas de « moi », comme entité, qui est-ce donc qui renaît après la mort ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – La continuation de l’esprit mental, la lignée d’un personne, le résultat de ses actions donnent naissance à un être nouveau. De toute façon, la re-naissance est une vérité relative. La vérité relative varie d’une école à l’autre, d’une religion à une autre. Pour l’école Madhyamaka, le relatif c’est tout ce que nous voyons sans examen critique, le point de vue des personnes ordinaires.

Relativement, la renaissance existe, mais pas dans l’Absolu.

– Comment le Madhyamaka s’est-il développé ? N’est-ce pas ultérieurement au temps du Bouddha ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Bien sûr que c’est purement bouddhiste ! C’est la signification exacte des Prajnaparamita Sutras où il est dit clairement que celui qui s’engage dans les extrêmes ne sera jamais libéré de la souffrance. Les extrêmes sont le positif et le négatif, la croyance en l’existence et la non-existence, etc… Cette philosophie est développée à partir des Sutras même qui furent enseignés par le Bouddha.

5. Vacuité et compassion

Si nous n’acceptons pas l’existence des êtres individuels, puisque toutes choses sont « vides », quelles raisons avons-nous d’avoir de la compassion ? Tout n’est pas vide de cette manière. La meilleure compréhension de la vacuité peut se développer dans la pratique de l’amour et de la compassion.

– Si nous n’acceptons pas l’existence des êtres individuels, puisque toutes choses sont « vides », quelles raisons avons-nous d’avoir de la Compassion ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Tout n’est pas vide ; pas de cette manière. La vraie nature des choses est loin de toute extrémité, d’où le mot « vide ». Mais, pour vraiment réaliser ceci, il vous faut accumuler énormément de mérite, et pour cela, le meilleur moyen c’est de pratiquer l’amour et la compassion envers tous les êtres. Tant que ce mérite n’a pas été accumulé, la réalisation de shunyata, la vacuité, ne peut prendre place. Avalokiteshvara, symbole même de la Compassion, enseigne dans un des Sutras, que « celui qui désire connaître la Réalisation n’a pas à pratiquer beaucoup de choses, mais seulement la compassion ».

La pratique de la Compassion comporte trois niveaux :

-  La compassion envers les êtres vivants est le souhait que votre mère, ainsi que tous les autres êtres sans exception, s’écartent de la souffrance et le désir de les y aider.

-  La compassion par la pensée du Dharma est le souhait que tous les êtres vivants abandonnent la racine même de la souffrance, laquelle racine est l’ignorance.

-  La troisième pratique est appelée la « compassion sans objet ». Il s’agit de réaliser que les êtres vivants ne sont pas vraiment là, mais que pourtant, à cause de l’ignorance, ils sont complètement enchaînés à l’ego et que ceci est l’origine de la souffrance.

– Les êtres vivants ne sont pas vraiment là ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Non. En fait, ils ne sont pas vraiment là, mais, par la seule raison de leur attachement à l’ego, des apparences illusoires se développent. C’est parce que vous désirez ces apparences, que, paradoxalement, vous développez de l’aversion pour elles et que, par ignorance, vous croyez vraiment qu’elles existent, et restez enchaînés dans le cercle vicieux du Samsara. Après l’amour et la compassion, la troisième pratique est celle de Bodhicitta, esprit d’Eveil ou désir de réalisation, qui est une pratique très importante.

D’une façon générale, il y a deux Bodhicitta, le Relatif et l’Absolu.

-  Le Bodhicitta Relatif est lui-même en deux parties :

« Aspiration » et « Participation ».

o Le « Bodhicitta Aspiration » (Esprit d’Eveil du Souhait) est la pensée, le désir d’obtenir la Réalisation pour tous les innombrables êtres pensants, et on peut le comparer au désir d’entreprendre un voyage.

o Le « Bodhicitta Participation » (Esprit d’Eveil en Action) est comparable au voyage même : tout ce que vous faites, tous vos efforts pour obtenir la Réalisation sont le « Bodhicitta Participation », aussi, en fait, cela comprend-t-il toutes les pratiques Bouddhistes telles que les six Paramitas :Générosité, Moralité, Patience, Energie, Méditation et Sagesse.

-  D’un autre côté, le Bodhicitta Absolu est la compréhension de la vraie nature de toute chose, c’est-à-dire « Sunyata » ou « Grand Vide ».

– Comment devons-nous concevoir shunyata, la vacuité ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – « Grand Vide » en fait, n’est qu’un nom. Cela ne veut pas dire que toutes choses sont « vides » ni un « vacuum ». Toutes les religions ont essayé d’expliquer l’Essence des choses, mais toutes sont arrivées à la conclusion que quelque chose existe, soit positivement, soit négativement. Les personnes ordinaires ne pensent pas trop aux phénomènes, ni à leur origine, mais les personnes plus développées spirituellement se demandent pourquoi le monde existe et d’où toutes choses proviennent.

– La Compassion pour tous les êtres, cela revient-il simplement à ressentir de la pitié pour eux ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Non. La Compassion est une pensée, le souhait que les êtres conscients se séparent de la souffrance.

– La Compassion implique-t-elle la compréhension de la cause de la souffrance, ou revient-elle seulement à un sentiment ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Je pense qu’elle fait appel aux deux. La compassion est en trois phases :

-  le souhait que les êtres se détachent de la souffrance

-  le souhait que la cause de la souffrance soit supprimée

-  le souhait que tous les êtres se détachent de la souffrance en comprenant la vraie nature de toutes choses.

La pratique de la Compassion nécessite clairement une compréhension de la cause de la souffrance.

– La méditation ayant pour but de provoquer la Compassion est une méditation sur la bonté de notre mère. Que faire si notre mère était sans bonté aucune ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – On peut considérer que toute mère a de la bonté. Le fait qu’elle vous ait donné un corps humain est un grand bienfait. C’est assez pour que vous la considériez pleine de bonté. Si cela vous est difficile, essayez en toutes circonstances de penser à ses actions bienfaisantes et à ses bonnes qualités jusqu’à ce que le sentiment d’amour se soulève en vous.

6. Qu’est-ce que le Mantrayana ou Vajrayana ?

Dans le Mantrayana, il faut vous regarder vous-mêmes comme le Bouddha. L’essence même de notre intellect et de notre organisme tout entier n’est autre que Bouddha, le pur Bouddha, et nous avons toujours été ainsi. Cependant, nous ne le réalisons pas et nous sommes enveloppés d’illusions ; en conséquence, nous souffrons.

– Qu’est-ce que la Mantrayana, Votre Sainteté ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Le Mantrayana est l’équivalent de la méthode. Les intentions premières et le but final sont exactement les mêmes que dans le Mahayana mais, parce que le Mantrayana est plus direct, et a des méthodes plus élaborées, il atteint la même destination bien plus rapidement, bien que le point de départ soit le même. Il y a là la même différence qu’entre un voyage par le train et par l’avion. Les pratiques du Mahayana sont principalement des méditations mentales sur des objets donnés, mais dans le Mantrayana, on fait en plus un énorme usage du corps. En apprenant à connaître et à utiliser notre corps, nous pouvons atteindre notre but beaucoup plus rapidement.

Comme vous le savez, beaucoup de choses sont nécessaires pour qu’un avion puisse voler, par exemple, le carburant, le vent, la conception du moteur, etc.… et, de la même manière, quand nous essayons d’atteindre la libération dans le Mantrayana, nous pratiquons non seulement par la pensée, mais nous visualisons différents mandalas, nous récitons des mantras, etc.… et l’on peut être sûr que, si ces pratiques sont poursuivies correctement, la Libération s’ensuivra automatiquement.

– Est-ce là la seule différence entre le Mahayana et le Mantrayana ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Le Mahayana est aussi appelé le « Yana, ou Véhicule des Causes », le « Chemin des Causes », et le Mantrayana est appelé le « Yana du Résultat ».

Dans le Mahayana, on s’applique seulement à créer les causes nécessaires en pratiquant la générosité, la moralité, etc… Ces pratiques sont extrêmement précieuses et correctes, et cependant, elles diffèrent beaucoup des qualités immenses du Bouddha.

Dans le Mantrayana, par contre, il faut vous regarder vous-mêmes dès le commencement, comme le Bouddha lui-même, sous une forme ou sous une autre. Par cette pratique, le résultat, qui est égal à la pratique, se développe et conséquemment, le Mantrayana est appelé le « Yana du Résultat ». Dès le point de départ, vous pensez que vous êtes le Bouddha avec toutes ses Qualités, les 32 signes majeurs, les 80 signes mineurs, et ainsi de suite.

– N’est-ce pas une faute que de se regarder comme le Bouddha lui-même ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Bien sûr que non, Même déjà, dans le Mahayana, il est dit que la nature même de notre intellect et de notre organisme tout entier n’est autre que Bouddha, le Pur Bouddha, et nous avons toujours été ainsi.

Cependant, nous n’avons pas réalisé cela et nous sommes enveloppés d’illusions, et, en conséquence, nous souffrons. Si l’obscurité et l’erreur étaient part intégrale de notre vie mentale, toute purification serait impossible. Le charbon ne deviendra pas blanc quelle que soit notre ardeur à le laver, et c’et parce que notre esprit est blanc par nature qu’il est possible de le purifier. Puisque d’autres êtres ont atteint la Libération, il est clair que cela nous est possible aussi et que notre esprit peut aussi être purifié.

Sur ce sujet, le Mantrayana part du principe suivant : il y a cinq Races ou plutôt cinq types de personnes. En fait, il y a des centaines, des milliers de différents types qui sont tous compris dans les cinq types principaux, lesquels cinq types peuvent à leur tour se ramener à un seul, Vajradhara.

Mais, d’une façon générale, cela facilite la tâche de penser à cinq types.

L’on imagine ces cinq dans un Mandala, c’est-à-dire une demeure céleste, avec certaines proportions et certains éléments décoratifs, et encerclé de flammes.

-  Le Bouddha du centre est bleu foncé et s’appelle AKSHOBYA (MITCHEPA en tibétain), « l’Inébranlable ».

-  A l’Est, se trouve le Bouddha blanc, VAIROCANA (NAMPAR NANDZE en tibétain), le « Créateur des Apparences ».

-  Au Sud, il y a RATNASAMBHAVA (RINCHEN JUNGDEN en tibétain), « Celui qui, par nature, est un Joyau », de couleur jaune.

-  A l’Ouest, se trouve AMITHABA (EUPAME en tibétain), « Lumière sans limite », de couleur rouge.

-  Au Nord, le Bouddha vert AMOGHASIDDHI (TENYE TRUPPA en tibétain) « Celui qui a l’Art d’Accomplir Tous Travaux ».

Ils sont tous à l’image du Bouddha SAKYAMUNI, exception faite de leur différents mudras, ou position des mains.

-  AKSHOBHYA touche la terre avec le mudra « Bhumisparsa ».

-  VAIROCANA forme avec ses mains le geste de l’Enseignement.

-  RATNASAMBHAVA présente le geste du Don.

-  AMITHABA présente le geste de la Méditation.

-  AMOGHASIDDHI lève la main pour montrer le Vajra croisé, ce qui est le geste de l’Absence de Peur.

Chacun des cinq types représentés par les cinq Bouddhas a des qualités spécifiques, mais chacun est aussi apparenté aux cinq défauts les plus communs dont nous sommes affligés :

-  AKSHOBHYA bleu est relié à la colère.

-  VAIROCANA blanc est relié à l’ignorance.

-  RATNASAMBHAVA jaune est relié à l’orgueil et à l’avarice.

-  AMITHABA rouge est relié à la passion et au désir.

-  AMOGHASIDDHI vert est relié à l’envie.

Ces couleurs sont clairement en rapport avec les erreurs correspondantes : en anglais, on dit : « vert de jalousie », on associe la passion à la couleur rouge et la colère à la couleur bleu foncé.

Il est possible d’observer clairement ces caractéristiques des cinq types chez les différents individus : Quelqu’un qui est de peau foncée, qui a éventuellement une marque sur le corps ressemblant à un Vajra et qui est souvent en colère est de la Race Akshobhya (le Vajra est le Signe d’Akshobhya). Comme il y a un lien entre cause et effet, cette personne réussira particulièrement bien et plus facilement si elle pratique le Voie qui se rapporte à Akshobhya. Voyez-vous, le Bouddha Akshobhya représente la transformation complète de la colère. Dans le Mantrayana, on considère que la colère ou la sensualité excessives ne sont pas des défauts, mais des choses à purifier. Il s’agit de purifier les énergies que nous engageons dans tel défaut, et ce faisant, d’atteindre à l’un des cinq Bouddhas, chacun étant caractérisé par une forme de Sagesse. Ceci est une raison supplémentaire pour appeler le Mantrayana le Yana du Résultat. Dans l’Absolu, il n’y a pas d’impureté, bien sûr. Les impuretés apparaissent parce que nous n’avons pas réalisé la Vérité, parce que nous continuons à penser en termes de sujet et d’objet. C’est pourquoi on peut dire que les impuretés, elles aussi, proviennent d’une vision erronée.

7. Qu’est-ce que l’Initiation et la Transmission ?

Les enseignements tantriques sont reçus dans le cadre d’une transmission et d’initiations données par des maîtres spirituels qui sont dans une lignée ininterrompue remontant au Bouddha. Sans la bénédiction des gourous, aucune pratique ne peut mûrir en nous.

– Comment pratiquer la Voie ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Bien que cette Voie soit évidemment supérieure, il n’est pas facile de la prendre correctement. Tout d’abord, nous devons être tout à fait sûr de notre pratique du Bodhicitta, et c’est seulement alors que nous pouvons recevoir les enseignements concernant les cinq Bouddhas dans l’une des nombreuses formes que ces enseignements prennent, qui puisse convenir à notre nature individuelle.

Cet enseignement est donné par transmission, et il est nécessaire de la recevoir d’un gourou qualifié et puis de l’étudier, réfléchir dessus et méditer, pour pouvoir atteindre le résultat final. Une fois qu’on a reçu les consécrations, on doit s’appliquer à continuer la pratique, jour après jour, sans interruption et apprendre, très clairement et complètement, à se considérer soi-même le résultat final. Alors à cause de la connexion entre la cause et le résultat, le résultat arrive de lui-même.

– La transmission est-elle importante ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Une transmission personnelle du gourou est particulièrement importante dans le Mantrayana. Lorsque le gourou vous transmet des enseignements, il fait partie d’une succession ininterrompue de Maîtres qui remonte tout droit au Bouddha original, Vajradhara, à partir duquel ces enseignements prirent d’abord forme. Si, dans le Mahayana, l’on ne peut pratiquer sans l’aide d’un guide, c’est d’autant plus impératif pour le Mantrayana.

– Donc, nous ne pouvons obtenir de résultats si nous ne recevons pas les enseignements de cette façon-là ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Bien sûr que non ! Vous ne pouvez vous contenter simplement d’étudier un texte. Vous devez recevoir les instructions selon une tradition orale qui remonte tout droit à Vajradhara. La bénédiction directe et ininterrompue de la lignée des gourous doit être reçue en premier ; sans cette bénédiction spéciale, rien ne peut devenir mûr. Bien que la plupart des enseignements soient maintenant sous forme écrite, il est impératif de les recevoir d’abord oralement ; ensuite, vous pouvez les étudier.

– Le gourou a donc un rôle très important ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Il est dit dans les Tantras que le gourou est la source de tous les siddhis, c’est-à-dire les développements spirituels. Aussi est-il important de trouver un gourou, et d’une façon générale, il est nécessaire de trouver un vrai gourou, éminent et ayant les qualifications nécessaires pour enseigner le Tantra. En particulier, il est nécessaire de trouver le lama avec lequel on a un connexion particulière par son karma. Par exemple, quand Milarépa, pour la première fois, entendit parler de Marpa, il ressentit un désir particulièrement urgent de le rencontrer immédiatement. Pour donner un autre exemple, lorsque Tsarchen entendit parler du Grand Maître Sakya Koringpa, il ressentit un grand besoin irrépressible de le rencontrer aussi vite que possible. Lorsque vous trouvez un tel gourou, vous devez recevoir de lui la transmission et son explication ultérieure. Dans le Tantra spécialement, il est nécessaire de recevoir le « Wang », transmission de pouvoir ou consécration. Le Wang est la Porte même du Tantra. Sans le Wang, vous ne pouvez rien faire. Le Wang est comparable à la fertilisation du sol par l’engrais et à la plantation de la graine. Il crée les conditions nécessaires. Après avoir reçu le Wang, il ne vous reste plus qu’à surveiller la graine pour faire en sorte que la récolte pousse.

– Comment faire pour reconnaître le gourou avec lequel on a un lien karmique ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Dans certains cas, le signe est clair. Dans le cas de Tsarchen, une femme lui apparut alors qu’il était engagé à méditer dans une grotte. Il était à l’époque un moine Gélugpa. Elle lui donna un texte imprimé et lui dit d’aller rencontrer Koringpa. Il trouva Doringpa en pays Sakya et découvrit que le texte qu’il avait reçu provenait de la librairie de Koringpa. La femme était une manifestation de Vajra Yogini, une Forme Divine féminine, et atteignit un état de Grande Réalisation. Cependant, en général, si vous ressentez un désir spécial de rencontrer ou de communiquer avec un Lama en particulier, si vous sentez qu’il se passe quelque chose de spécial quand vous êtes en sa présence, c’est un bon signe. Le gourou est parfois découvert pas une prédiction. Quand j’étais très jeune, ma tante demanda à des moines d’accomplir une sorte de prédiction pour laquelle un miroir est utilisé. Ils virent un Lama inconnu dans le miroir et moi-même en face de lui. Ce Lama avait des oreilles spécialement longues et une distance accentuée entre son nez et sa lèvre supérieure. Il avait aussi une cicatrice. Nous ne savions pas alors qui c’était, mais par la suite, nous avons découvert qu’il s’agissait de Khentsé Rinpoché.

– Cela veut-il dire que nous ne pouvons obtenir de bons résultats qu’avec un Lama avec lequel nous avons un lien Karmique ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Non, pas forcément. Dans ce cas, je ne pus recevoir énormément d’enseignements de Khentsé Rinpoché. Lorsque le gourou est qualifié, tout va bien, mais il y en a un spécialement qui peut vous aider plus que les autres.

– Un gourou a-t-il raison de poser des exigences extravagantes à ses disciples ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Oui. Pour vous donner un exemple, lorsque Marpa enseignait Lama Ngog, il lui demanda s’il avait apporté toute sa fortune. Ngog répondit qu’il n’avait laissé derrière lui qu’une vieille chèvre boiteuse et Marpa l’envoya de nouveau pour la chercher. Marpa lui dit qu’une vieille chèvre boiteuse ne faisait pour lui aucune différence ; il avait demandé cela uniquement pour renforcer la dignité de l’enseignement. Si vous devez tout offrir, vous ne devez rien retenir. Mais, cependant, les relations entre le gourou et le disciple ne sont pas celles d’un Maître et d’un serviteur. Ce sont les relations d’un père et d’un fils. Ce sont des relations spirituelles mais qui doivent être aussi proches et chaudement affectueuses qu’entre un père et son fils. Le gourou a une responsabilité énorme en ce qui concerne le soin qu’il prend de ses fils et ceux-ci, de leur côté, doivent s’appliquer à poursuivre tous les enseignements qu’ils ont reçus et à observer les vœux qu’ils ont pris.

Q – Quels sont les vœux en questions ?

Sa Sainteté Sakya Trizin – Cela n’a rien de simple. Après avoir reçu le Wang, il y a de nombreux vœux à observer, en plus de la pratique journalière et de l’étude. Si vous avez déjà reçu les vœux de Pratimoksha (Libération personnelle), vous devez les observer et, en plus des vœux du Mahayana, vous devez observer les vœux Tantriques qui sont très importants. Si ces vœux ne sont pas observés, aucune pratique ne peut réussir. Les vœux sont donnés pour créer les conditions souhaitables pour que vous puissiez prendre soin de la graine plantée lors de la consécration. Les vœux doivent être proprement observés et la pratique journalière doit être accomplie avec ses visualisations et récitations de Mantras et la méditation aux deux étapes de Kyérim et Dzogrim (processus de Création et Processus de Résorption).

1976






Buddhaline

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