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Quel Kalachakra pour le XXI° siècle, avec Frédéric Lenoir

Le mythique royaume de Shambhala : Le mythe nous dit quelque chose de profond, de juste, que l’on ne peut pas exprimer avec notre langage conditionné par l’espace / temps

Par Frédéric Lenoir

CERCLE D’ETUDES KALACHAKRA

Notre première rencontre a eu lieu un "jeudi noir", autrement dit un jour de grève générale de la RATP, paralysant les transports dans la capitale. Pourtant plus d’une vingtaine de personnes ont réussi à venir, certaines de loin, Chambéry, Annecy, Orléans… d’autres au prix de plus d’une heure de marche dans le froid ! Frédéric Lenoir est arrivé de Perpignan. Il a mis plus de temps d’Orly au Centre Kalachakra que pour son vol d’un millier de kilomètres jusqu’à Paris ! Le vénérable Kunsang, responsable spirituel du Centre nous a dit que de grands obstacles le premier jour d’une série d’événements sont en fait très auspicieux… pour la suite ! Nous avons envie de le croire. Vous trouverez ci-après la transcription de la présentation de Frédéric Lenoir et nous vous donnons rendez-vous au jeudi 1°mars sur le thème

Sofia Striel Rever

La transmission de Kalachakra : science et karma

Rencontre du Jeudi 1er février 2001

avec FREDERIC LENOIR

sociologue, historien des religions

auteur des livres Le Bouddhisme en France, Fayard, 1999,

La Rencontre du Bouddhisme et de l’Occident, Fayard, 1999,

Le Moine et le Lama, Fayard, 2001

QUEL KALACHAKRA POUR LE XXI° SIECLE ?

Le mythique royaume de Shambhala

On n’exagère pas et on ne dénature pas la réalité en disant que le royaume de Shambhala a fait complètement fantasmer un certain nombre d’Occidentaux. Depuis le milieu du XIX° siècle, ils y ont vu une sorte de paradis terrestre, un lieu protégé, qu’on atteint après avoir franchi de très hautes montagnes. Dans les descriptions qu’en ont donné les maîtres tibétains, Shambhala est en effet quasiment inaccessible, à l’abri d’un cercle de pics neigeux. Certes, comme Sofia Stril-Rever l’explique très bien dans son livre*, on peut considérer les montagnes de Shambhala comme allégoriques ou métaphoriques. Pourtant, dans les textes de la tradition eux-mêmes, on lit que Shambhala est un lieu caché.

Le premier occidental à s’intéresser au bouddhisme tibétain, en tant que scientifique, est un hongrois, Alexander Csoma de Köros. En 1833, il écrit ce texte, inspiré des descriptions de Shambhala données, notamment, par le VI° Panchen Lama : « Shambhala est un fabuleux pays, dont la capitale est Kalapa, une cité splendide, la résidence des rois illustres de ce royaume, située entre 45 et 50 degrés de latitude nord. » Les informations, précises, se rapportent à un lieu se trouvant dans la région de l’Afghanistan, dans des montagnes à l’ouest du Tibet. Donc un certain nombre d’Occidentaux se sont dit que Shambhala existait vraiment et ils ont monté des expéditions pour s’y rendre.

C’est par exemple le cas de Gurdjieff qui a recherché Shambhala, ce qui a donné ensuite naissance au récit de son disciple Ouspentsky citant des hommes merveilleux. Le père Huc, missionnaire catholique, a été également fasciné par cette description. Il s’est demandé si Shambhala ne pourrait pas être le royaume du prêtre Jean qui, selon une légende chrétienne, correspondrait à un royaume chrétien caché en Asie où des saints vivraient éternellement. Donc un certain nombre de gens à l’imaginaire fertile ont été inspirés par Shambhala et il en est découlé toute une littérature ésotérique reprise par la société théosophique à la fin du XIX° siècle.

Selon les théosophes, il existerait réellement sur terre, caché dans l’écrin des Himalayas, un royaume mystique où vivraient des êtres totalement purs de tout karma. Ce serait le dernier lieu sacré où se seraient réfugiés les derniers grands esprits éveillés priant et méditant pour l’humanité. Shambhala est donc présenté comme un lieu bénéfique sans lequel le chaos règnerait sur notre terre. Cette littérature ésotérique a inspiré un livre très connu, Les Horizons perdus de James Hilton, bestseller mondial, vendu à plusieurs millions d’exemplaires. Il s’agit d’un roman racontant l’expédition de scientifiques américains. Il leur arrive un accident d’avion alors qu’ils survolent l’Himalaya et ils se réfugient dans une mystérieuse lamaserie du nom de Shangrila. On découvre qu’en fait Shangrila est un lieu situé dans le royaume de Shambhala.

La thématique de Shambhala, dont les habitants sont éternellement jeunes, inspire, dans un autre registre, par exemple aussi Tintin au Tibet. Les lamaseries y sont présentées comme des lieux habités d’êtres extraordinaires, des lamas qui lévitent, qui sont doués de pouvoirs miraculeux. L’imaginaire occidental s’est beaucoup développé à partir du XIX° siècle à partir d’un matériau qui appartient à la tradition de Kalachakra et concerne le royaume de Shambhala.

La méthode historique et critique appliquée au mythe de Shambhala

En tant qu’historien, je me suis posé la question de l’origine du mythe de Shambhala. De quelle époque en dater la naissance ?

J’ouvrirai tout d’abord une petite parenthèse sur la méthode historique et critique, très démystifiante, que n’approuvent pas en général les croyants de toutes les religions. Car cette méthode historique tend toujours à montrer l’écart qui existe entre, d’une part, les enseignements traditionnels et, d’autre part, les connaissances historiques. L’écart entre les deux est considérable. Si, par exemple, on applique aux textes de la Bible la méthode historique et critique, on constate que la Torah n’a pas été écrite par Moïse au XII° siècle avant JC, comme le peuple juif l’a toujours dit, mais que c’est un texte apparu environ au V° siècle avant JC, à Babylone. Donc cette notion d’une terre promise et tout le récit de Moïse sont nés au moment où le peuple juif est parti, s’est exilé, et rêvait de revenir sur sa terre. Le mythe de la terre promise a ainsi été formé dans un contexte sociopolitique très concret, celui de l’exil et du désir de retour.

On peut appliquer exactement la même analyse aux Evangiles, dont la différence provient des différentes communautés chrétiennes qui les ont écrits, à des moments différents, alors qu’elles traversaient des épreuves différentes de sorte qu’on mettait plus ou moins l’accent sur tel ou tel aspect du message christique. Dans l’Islam, c’est exactement pareil. Le Coran a été rédigé assez tardivement après la mort du Prophète et on y retrouve toutes les querelles intestines de dynasties et notamment de transmission.

Si on applique la méthode historique qui consiste à examiner à quelle époque et pour quelles raisons un texte apparaît, en fonction de quels enjeux politiques et sociologiques, on trouve des explications très cohérentes mais contredisant l’enseignement traditionnel selon lequel ce texte viendrait du fondateur lui-même. Or cela est une loi du genre. Dans toutes les religions, il y a cette notion que tout l’enseignement remonte au fondateur. C’est une manière de légitimer a posteriori un enseignement. Est-ce vrai, n’est-ce pas vrai ? L’historien n’a pas à trancher. Il est là simplement pour exposer ce qu’on peut établir selon une raison critique, raison critique qui, je le rappelle aux bouddhistes que vous êtes pour la plupart, devrait être systématiquement appliquée à la demande du Bouddha lui-même. Car selon le Bouddha, il ne s’agit pas seulement de croire, il faut vérifier ce que l’on croit en exerçant son esprit critique.

Les Tantras sont un enseignement traditionnel mais, historiquement, on ne peut prouver qu’ils ont été reçus de la bouche du Bouddha. S’il n’y a pas de preuves historiquement parlant, ça ne veut pas dire non plus que le Bouddha ne les a pas enseignés. Et là, tout se complique. Il peut y avoir eu des enseignements oraux, mis par écrit très tardivement, qui vont s’enrichir de nombreuses problématiques historiques au fil des siècles. Mais cela ne veut pas dire que l’impulsion de départ ne remonte pas au Bouddha. Tous les Tantras et tous les textes du Mahayana ont été inspirés du Bouddha, sans que cela signifie pour autant qu’ils viennent directement du Bouddha.

La distance critique de l’historien n’est pas en opposition, me semble-t-il, au message du Bouddha qui appelait à l’esprit critique et non à l’esprit crédule seulement. La grande difficulté pour celui qui est sur le chemin spirituel est de comprendre l’intérêt du regard extérieur, tout en s’appropriant dans l’enseignement spirituel ce qu’il a d’intemporel et d’universel. Car l’enseignement relié au fondateur dépasse les contingences de l’espace et du temps et, à chaque époque, peut guider des personnes vers la libération, vers le salut, quels que soient les mots qu’on donne. Mon regard est distancié, critique, par rapport à la naissance du Kalachakra. Mais ça ne supprime en rien, selon moi, sa validité spirituelle en tant qu’enseignement inspiré du Bouddha.

Le Tantra de Kalachakra dans l’histoire

On est certes très limité par la méthode historique qui part de traces écrites, de données archéologiques, de documents. Selon les Tibétains, le Tantra de Kalachakra remonte au Bouddha et a été transmis au roi de Shambhala. Mais d’après ce que l’on peut savoir des sources historiques disponibles, c’est à dire de textes écrits, les documents font remonter ce tantra au X° siècle après JC, et elles proviennent du nord de l’Inde, des milieux bouddhiques pratiquant déjà le tantrisme. Un sage indien, Chilupa, maître bouddhiste, est le premier à avoir mis par écrit cet enseignement.

La diffusion du Tantra de Kalachakra ensuite est partie vers le Tibet en 1040, où il s’est largement développé par l’intermédiaire de plusieurs lignées de transmission. La tradition est devenue de plus en plus complexe. D’après les Tibétains, et là je suis obligé de me distancier, d’après les Tibétains donc, Chilupa lui-même serait le maillon d’une chaîne de transmission très longue remontant au Bouddha. Il serait parti pour Shambhala et, sur sa route, aurait rencontré un bodhisattva qui lui aurait transmis le Tantra etc… Cela, c’est la parole du croyant, de la tradition, d’ailleurs exclusivement tibétaine.

Pour l’historien, il est intéressant de voir le contexte historique dans lequel apparaît le Kalachakra, contexte marqué par un événement crucial, la disparition du bouddhisme en Inde. Car entre le IX° et le XI° siècles, le bouddhisme, qui est né en Inde, se voit chassé de ce pays. Le bouddhisme avait alors deux adversaires : l’hindouisme dont il menaçait la conception brahmanique de la société et l’islam. Les conquêtes musulmanes ont porté un coup fatal au bouddhisme qui s’est alors réfugié dans les pays du nord, notamment le Tibet. Et comment ne pas faire ressortir un parallélisme avec le judaïsme ?

C’est au moment de l’exil que les Tibétains vont développer la notion de terre promise avec le royaume de Shambhala. De la même manière que les Juifs, au moment de l’Exode, ont écrit le récit de la terre promise, des bouddhistes indiens qui fuyaient l’Inde, sans savoir s’ils pourraient revenir dans la patrie du bouddhisme, écrivent ces textes qui parlent d’une terre promise, l’extraordinaire royaume de Shambhala. Et c’est dans un tel contexte que se développe la tradition de Kalachakra avec de nombreux commentaires dans les domaines de l’astrologie, de la médecine, du yoga etc. D’après moi, il y a une relation entre l’exil et Shambhala, terre d’élus où l’on se réfugie à l’abri des méchants.

Le messianisme de Kalachakra

Il y a beaucoup de prophéties dans le Tantra de Kalachakra. Notamment celle d’un combat final, apocalyptique, entre les forces du bien et du mal, qui aura lieu en 2424. Quel est le rôle de Kalachakra, en particulier de l’initiation ? Permettre de se purifier et fortifier les armées du bien contre les armées du mal. Or les armées du mal dans le texte sont appelées les Mleccha, un mot sanskrit qui signifie « étranger, barbare », au sens de celui qui ne parle pas le sanskrit. Les commentaires ont assimilé les Mleccha aux musulmans. On voit donc le côté très historique de la prophétie qui situe les musulmans comme les ennemis, eux qui ont chassé le bouddhisme de l’Inde. Et le texte annonce la victoire contre les barbares, en réalité les incroyants, extérieurs au Sangha.

On retrouve exactement dans la Bible l’idée d’un grand combat eschatologique entre les forces du bien et les forces du mal. Le bien vaincra et le Messie entrera à Jérusalem, ce sera la fin des temps, le retour du Christ pour les chrétiens, l’avènement du Messie pour les Juifs. Il est passionnant de retrouver cette idée biblique dans Kalachakra avec le combat du bien contre les forces du mal. Et le bien l’emportera grâce à un roi guerrier de Shambhala, souverain d’un royaume d’êtres karmiquement purs.

Pourquoi le Dalaï-Lama transmet-il aussi souvent Kalachakra ? Il donne l’initiation à des gens qui ne sont pas de grands initiés et ne feront pas toutes les pratiques yogiques qui renouvellent la conscience et sont extrêmement complexes. Mais il initie pourtant des milliers de personnes dans le monde simplement pour donner à ceux qui le reçoivent une connexion karmique positive. Le bien se trouve ainsi renforcé sur terre et le Dalaï-Lama participe au combat eschatologique contre les forces négatives.

Ce qui est, selon moi, extrêmement intéressant, est qu’avec Kalachakra, nous avons un messianisme sans Messie, bien entendu, mais il y a l’annonce, la prophétie de l’avènement d’un paradis. Il est dit que le bien règnera totalement sur la terre, cela pour une période limitée à 800 ans et on retrouve quasiment l’idée du millénarisme de l’Apocalypse selon St-Jean, le dernier texte de la Bible. Dans l’Apocalypse, il est dit que le diable restera enchaîné pendant mille ans et que le bien règnera jusqu’à l’ultime combat final. Ces deux traditions se sont développées sans interférences, on n’est pas du tout dans les mêmes chronologies, dans les mêmes aires culturelles. Donc il est intéressant de noter que deux traditions hétérogènes se rencontrent sur cette idée fondamentale, que ce monde est un monde de combat et qu’il y a un certain nombre d’êtres destinés à aller, par leur purification ou leur Eveil, dans une sorte de terre pure ou paradis, en attendant un combat final qui permettra au bien de l’emporter. Le tout est articulé autour de l’idée de la terre promise liée, historiquement à un exil.

Questions / Réponses

(sélection)

Question : Le mythe de Shambhala ne s’est-il pas renforcé avec l’invasion du Tibet par la Chine, de sorte que les Tibétains se considèrent investis d’une mission dont ils sont dépositaires pour l’humanité entière ?

Frédéric Lenoir : Les Tibétains, aujourd’hui, se considèrent comme les dépositaires d’un enseignement sacré qu’ils ont la mission de conserver et de maintenir vivant pour le bien de l’humanité. Et, même si cela n’est jamais dit, il y a une identification inconsciente entre le Tibet et le royaume de Shambhala. Un certain nombre de grands lamas tibétains, en particulier Chogyam Trungpa, semblent interpréter dans ce sens les prophéties. L’invasion du Tibet par la Chine correspond au moment où les prophéties se réalisent, c’est le temps où le Dharma se répand dans le monde entier avec les guerriers de Shambhala.

Pourquoi est-ce que Chogyam Trungpa a appelé ses centres Shambhala, pourquoi a-t-il intitulé un de ses ouvrages Shambhala, la voie du guerrier ?

Il commence à s’intéresser à Shambhala à partir de 1967-68. C’est à cette époque que Trungpa revient voir le Karmapa, après avoir fondé en Ecosse le premier centre bouddhiste destiné à transmettre le bouddhisme en Occident. Trungpa avait été extrêmement surpris devant la demande des occidentaux. Car ceux-ci ne voulaient pas seulement l’entendre parler du bouddhisme tibétain en historien des religions, ou en tibétologue pour ainsi dire. Ils voulaient des enseignements spirituels pour se transformer, pour atteindre l’Eveil. Et cela a représenté un choc énorme pour Trungpa. C’est la première fois que les lamas tibétains découvraient le besoin spirituel des occidentaux, l’authenticité de leur demande d’enseignements spirituels.

Revenu voir le Karmapa à qui il se confie, Trungpa s’entend dire par le Karmapa de transmettre le Dharma. C’est alors que ce maître commence effectivement à écrire des textes où il se demande s’il n’y a pas un lien entre Shambhala et la diffusion du Dharma. 15 ans plus tard, quand il change le nom de ses centres, il semble de plus en plus convaincu de l’existence de Shambhala, comme d’une terre pure. Il cherche à se relier karmiquement à ce lieu qui n’est pas sur terre de manière tangible et à transmettre son enseignement dans l’énergie particulière de Shambhala. Il n’est pas impossible que pour lui, comme pour d’autres lamas, l’invasion du Tibet par la Chine et la diaspora des Tibétains soient directement liées aux prophéties qui remontent au Bouddha et à Padmasambhava et se réalisent actuellement.

Question : Comment faire la part du mythe et de la réalité historique de Shambhala ?

Frédéric Lenoir : Pour un maître aussi traditionnel que Kalou Rinpoche, Shambhala est un lieu terrestre, situé au nord du monde, donc en fait au nord du Tibet, et entouré de hautes montagnes, comme le veut la tradition populaire tibétaine. Il dit : « Le pays de cette déité, Kalachakra, est au nord de ce monde (entendons au nord du Tibet). Là-bas se trouve une grande cité à laquelle se rattache neuf cent soixante millions villages secondaires. L’ensemble est appelé Shambhala et entouré de montagnes enneigées. Dans ce domaine, la divinité se manifeste sous forme humaine de rois qui mettent en mouvement la roue de nombreux enseignements du Dharma et surtout de Kalachakra. Grâce à cela, des disciples en nombre incalculable, s’établissent sur le chemin de la libération… »

Kalou Rinpoche semble donc vraiment attester de l’enracinement temporel et terrestre de Shambhala. Trungpa Rinpoche, lui, dans Shambhala, la voie du guerrier*, écrit en 1984, dans l’un de ses derniers textes : « Chez les Tibétains, une croyance populaire veut que le royaume de Shambhala existe encore, caché dans quelque vallée lointaine des Himalayas. On trouve également dans un certain nombre de textes bouddhiques des indications détaillées mais obscures sur le chemin qui y conduirait. Mais les opinions sont partagées entre ceux qui prennent ces indications au pied de la lettre, et ceux qui n’y voient qu’une métaphore. »

Dans un texte antérieur, Trungpa Rinpoche décrivait une vision, une révélation qu’il avait eues de la capitale de Shambhala et il était donc beaucoup plus affirmatif quant à la réalité de ce royaume. Mais il persiste comme un flottement. Par moment Trungpa semble croire à l’existence réelle de Shambhala, par moment il dit que c’est une métaphore. Dans un registre assez proche, le Dalaï-Lama dit aussi que Shambhala existe mais qu’on ne peut pas l’apercevoir.

Les Tibétains sont beaucoup plus à l’aise que nous dans ces deux registres, du mythe et de la réalité. Pour eux un mythe n’a pas du tout le même sens que pour nous. Parce qu’en Occident, nous classons les choses en vrai ou faux. Il faut sortir de cette logique dualiste, comme Sofia nous y engage très bien dans son livre *, sortir de la logique du tiers-exclu, pour trouver quelque chose de plus subtil, pour comprendre comment à la fois c’est vrai et faux. Parce que la vérité n’est ni dans le vrai, ni dans le faux, mais c’est au-delà, à un niveau que je dirais ultime, beaucoup plus profond, qu’il faut comprendre la description de Shambhala. Et cette description a quelque chose de vrai sans forcément être insérée historiquement, matériellement et concrètement dans la réalité. Il s’agit donc d’une métaphore qui signifie quelque chose de réel.

Il me paraît très intéressant de réfléchir sur le mythe parce que souvent en Occident, on a tendance à croire que ce qui est un mythe n’existe pas, que le mythe est l’inverse de l’histoire, le contraire du réel. Quand on dit d’un récit qu’il est mythique, on signifie qu’il est fantaisiste. Or le mythe, comme Jung l’a très bien montré, est beaucoup plus profond. Car il atteste d’une réalité, mais comme cette réalité est inaccessible par la raison logique, binaire, le mythe l’exprime à travers un récit imagé.

Les grands mythes qui ont fondé l’Occident essaient de nous raconter de manière métaphorique des choses vraies et les disent par images. Le mythe n’est pas quelque chose de faux, mais cela est compliqué pour les esprits occidentaux alors que les esprits orientaux sont bien plus aiguisés pour comprendre que des choses peuvent exister réellement sans pour autant exister selon nos critères d’objectivité. Et pour moi, le mythe de Shambhala relève de cette logique alliant le récit mythique, l’intuition et la métaphore avec le fondement réel. Derrière Shambhala, que ce royaume existe sur terre ou non, il y a une vraie réalité spirituelle.

Le mythe nous dit quelque chose de profond, de juste, que l’on ne peut pas exprimer avec notre langage conditionné par l’espace / temps. Pour schématiser, on dira que la métaphore de Shambhala renvoie à un combat entre le bien et le mal. Des êtres, qui ont purifié leur karma, participent à ce combat du côté des armées de Shambhala. Métaphores et analogies aident à pénétrer cette réalité spirituelle.

· Chogyam Trungpa Shambhala, la voie du guerrier, Paris, Le Seuil, Points Sagesses 1995

· Sofia Stril-Rever Tantra de Kalachakra, Le Livre du Corps subtil, Paris, ed. Desclée de Brouwer, 2000

Prochaines rencontres :

les Jeudi 1° mars, 5 avril, 17 mai et 7 juin 2001

à 20 heures, au Centre Kalachakra

Participation aux frais : 30 F par rencontre

Inscription et réservation par e-mail : sofia@buddhaline.com

ou par courrier : BuddhaLine - 1 place de la Coupole 92084 Paris La Défense

tél. 01 47 96 48 76 – fax 01 47 96 46 88

Retrouvez le monde de Kalachakra sur www.buddhaline.com/kalachakra

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les Jeudi 1° mars, 5 avril, 17 mai et 7 juin 2001

à 20 heures, au Centre Kalachakra

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ou par courrier : BuddhaLine - 1 place de la Coupole 92084 Paris La Défense

tél. 01 47 96 48 76 – fax 01 47 96 46 88

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Février 2001






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