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Qu’est-ce que partager ?

Partager, ce n’est ni analyser, ni conseiller, ni tenter de résoudre son problème. Partager, c’est être là, présent avec l’autre.

Par Véronique Brard

Dans un groupe de Voice Dialogue, il est souvent donné des temps de partage. L’on se retrouve alors confronté à un point important : qu’est-ce que partager ? Partager peut être simple : faire écho à l’autre, le refléter : "Je vois trembler tes lèvres. Je vois que tu es triste. Je vois que tu es en colère". Dire son ressenti : "J’ai éprouvé de la peur (ou de la colère ou de la tristesse) pendant que tu parlais".

Partager, c’est être là, présent avec l’autre. Ce n’est ni analyser, ni conseiller, ni tenter de résoudre son problème. En tant que membre d’un groupe, si vous vous rendez compte que votre subpersonnalité de Thérapeute, de Parent psychologique, d’Analyste, donne des conseils, analyse, tente de régler les problèmes ou de faire quelque chose pour l’autre, faites-vous un clin d’oeil et une pause-arrêt sur vous-même : Que se passe-t-il ? Qui parle ? Qu’est-ce qui l’a mis en route ? Ou encore laissez l’autre vous interroger : "Mais où es-tu ? Que ressens-tu ?"

Les subpersonnalités, citées plus haut, croient partager mais ne font que leur inlassable travail, nous protéger. Si nous sommes analyste, si c’est notre métier, cette subpersonnalité est la bienvenue et plus elle est sophistiquée, plus nous aurons des chances de bien faire notre métier. Si cet Analyste vient dans un moment de partage, c’est différent. Analyser, donner des conseils, nous enferme dans des positions de pouvoir, ne serait-ce que de "pouvoir" quelque chose pour l’autre et nous garde à l’abri de nos émotions, de notre malaise face à ce que le ressenti de l’autre éveille chez nous.

Ces subpersonnalités coupent le contact avec le corps qui, à ce moment précis, pourrait vouloir murmurer ou crier quelque chose. Hors situation professionnelle, (et parfois même en situation professionnelle !), leur rôle est toujours de nous protéger en nous tenant à l’abri de ce qui pourrait nous submerger, en général, des émotions qu’elles pensent dangereuses et inutiles. Elles empêchent également votre vis-à-vis d’éprouver ses émotions, elles le tirent hors de son ressenti et de son corps.

Non, il n’est pas en ton pouvoir de faire éclore le bouton

Secoue-le, frappe-le : tu n’auras pas la puissance de l’ouvrir.

Tes mains l’abîment ; tu en déchires les pétales et les jettes dans la poussière.

Mais aucune couleur n’apparaît, et aucun parfum.

Ah ! il ne t’appartient pas de la faire fleurir.

Celui qui fait éclore la fleur travaille si simplement.

Il y jette un regard, et la sève de vie coule dans ses veines.

A son haleine, la fleur déploie ses ailes et se balance au gré du vent.

Comme un désir du coeur, sa couleur éclate, et son parfum trahit un doux secret.

Celui qui fait éclore la fleur travaille si simplement.

Rabindranath Tagore La corbeille de fruits

Quelle est la différence entre analyser et partager ? Partager c’est exprimer ce qui est là : peur, honte, colère, tristesse, joie, curiosité, étonnement, plaisir, déplaisir, intérêt, répulsion, gratitude, etc. C’est éprouver une émotion ou une sensation et la dire, sans la justifier ni l’expliquer : "Je ressens cela." Parfois parler pour clarifier ce que l’on ressent est nécessaire mais si l’Analyste s’empare de la situation, il va simplement nous expliquer son analyse. Cela peut être très intéressant ou très ennuyeux mais ce n’est plus à proprement parler un partage. Le Parent psychologique, lui, va donner des leçons, et même s’il le fait avec toute la gentillesse du monde, il sait et l’autre ne sait pas. Lui non plus ne partage pas l’instant présent.

Partager a quelque chose à voir avec le contact énergétique, avec l’enfant, avec le corps. Partager une orange, c’est en prendre chacun un quartier et le déguster, le savourer ensemble. Ce n’est pas discuter ou parler à son propos. De même nous pouvons partager une peine, une joie, une découverte : "Oui, voilà je suis présent avec toi, à tes côtés, je partage ton émotion". Voir et se détacher des subpersonnalités de pouvoir permet le partage.

Il est possible de poser des questions pour mieux ressentir ce qui se passe Éviter les pourquoi, les meilleures phrases sont de l’ordre du ressenti : "Comment te sens-tu maintenant ? " ou "Qu’est-ce que cela représente pour toi ? " ou encore : " Si ta tristesse, (colère, honte, etc.) pouvait parler, que dirait-elle ? " Les questions peuvent aider à clarifier, les conseils et interprétations sont d’un autre ordre.

La nécessité d’aider l’autre vient souvent du besoin d’éviter la confrontation avec notre sentiment d’impuissance. Ce sentiment appartient à l’enfance et nous bouleverse. Il appelle des ressentis enfouis et difficiles. Ressentir cette impuissance est pourtant ce qui est demandé dans le partage : accepter d’être impuissant et rester là avec la peine et la souffrance de l’autre, présent dans la connection énergétique, sans se réfugier ailleurs, sans appeler ses subpersonnalités "puissantes". Accepter d’être touché, d’aller vers sa propre émotion, faire confiance à ce qui est là.

Toute notre personnalité repose sur notre vulnérabilité, l’édifice construit - la personnalité - s’est mis en place pour la protéger. On ne peut travailler sur sa structure psychique sans que cette vulnérabilité se mette à bouger. Quand nos propres émotions nous font peur, nous sommes tentés d’arracher les autres aux leurs. Mais les amis-consolateurs ne parviennent qu’à nous empêcher de faire ce qui, de tout temps, nous aurait le plus aidé : éprouver nos émotions.

L’autre possibilité est de permettre à l’autre d’être qui il est, non seulement en le laissant éprouver ses sentiments, mais en admettant l’existence de ces sentiments au moment où il les éprouve. : "Je te vois et je t’entends et je t’apprécie tel que tu es. J’accepte et je respecte ta peur, ton angoisse, ton doute, etc., ta réalité". A chaque fois que vous faites autrement, prenez conscience que ce que vous êtes en train de dire, vous concerne Et, même si cette analyse, ce conseil, cette consolation ou compréhension vous sont nécessaires, remettez-les à plus tard.

Par contre, si vous avez, suite au paroles ou vécu d’un des membres du groupe, des impressions, des sentiments, des émotions et le besoin de les partager, utiliser la technique : "Si c’était mon vécu, si c’était mon rêve, si c’était mon image, etc." Car si la réaction en vous est si forte, le besoin de parler si irrépressible, c’est aussi votre image, votre rêve votre vécu.

Il est facile de savoir et difficile d’éprouver ! Nous savons tout, mais nous acceptons mal de ressentir ! Éprouver c’est inviter quelque chose à se transformer en soi. Quelque chose qui se passe dans l’ombre, hors du connu, dont on ne peut avoir la maîtrise. "Vous faites reine la compréhension, pensant qu’elle vous donnera toutes les clés. Croyez-vous qu’en décortiquant une graine et en analysant tous ses composants, vous obtiendrez la transformation de la graine en fleur ? Fleurir a à voir avec éprouver non avec analyser. Éprouvez vos émotions et laissez-les à l’abri des mots pour qu’elles puissent accomplir leur oeuvre : vous transformer. Ressentez et allez là où mène le ressenti et non là où mène l’analyse du ressenti. L’endroit est très différent. L’un s’appelle vivre, l’autre analyser." (John Bradshaw, Retrouver l’enfant en soi).

Trouvez pourquoi votre Analyste intérieur a si peur de la vie qu’il lui faut la disséquer. Est-ce seulement une habitude ? Prenez conscience de cette habitude. Est-ce un automatisme sans possibilité de faire autrement ? Faites votre travail : allez à la rencontre de votre Analyste et voyez ses peurs. "L’expérience transforme, non les mots et la compréhension." "Nous ne saurions guérir ce que nous ne pouvons pas ressentir." "Les problèmes ne se résolvent pas avec des mots mais par le biais d’une expérience." Ces citations, également de Bradshaw, mettent l’accent sur cette nécessité : ressentir. La transformation passe par cette capacité à ressentir.

Partager demande une certaine conscience. La conscience de ce qui se passe pour nous : "Je suis émue... je me mets en retrait... je juge... j’analyse... je donne des conseils pour que l’autre change... mon Thérapeute, mon bon Parent, mon Analyste, mon Mental est activé." Ne pas expliquer dans un moment de partage, tout ce qu’ils disent. Prendre conscience qu’ils sont activés et partager ce fait avec le groupe  : "Mon Mental, mon Critique, mon Juge, mon Rationnel, etc., est très activé en ce moment." Lorsque vous partagez dans un groupe, soyez occupé de vous-mêmes. C’est pour vous que vous vous exprimez, c’est pour vous que dire votre émotion ou votre ressenti est important. Partager pour soi, faire cadeau de soi au groupe et se faire un grand cadeau : celui de l’intimité.

Il est possible aussi, bien sûr, de ne pas parler lors d’un partage, c’est un droit sacré, personne alors n’a le droit de vous poser de questions.

Prière pour être simplement écouté

"Quand je te demande de m’écouter et que tu commences à me donner des conseils... je me sens mal.

Quand je te demande de m’écouter et que tu commences à me dire pourquoi je ne devrais pas ressentir cela... je me sens très mal.

Quand je te demande de m’écouter et que tu penses que tu dois faire quelque chose pour résoudre mon problème... je me sens encore plus mal.

Ce que je te demande, c’est de m’écouter, uniquement de m’écouter...

non de parler, conseiller ou faire quelque chose.

Les conseils sont bon marché,

agir, je le peux, je ne suis ni impotent ni impuissant,

seulement découragé, hésitant et j’ai besoin de parler.

Quand tu fais quelque chose pour moi que je peux faire moi-même,

tu contribues à ma peur, tu manques de confiance en moi,

tu accentues mon inadéquation.

Quand tu acceptes de m’écouter,

quand tu acceptes que je ressente ce que je ressens,

je peux lâcher et commencer à me comprendre.

Lorsque c’est clair, les réponses sont évidentes

et je n’ai pas besoin de conseils.

Dieu écoute et ne donne pas de conseil, veux-tu faire mieux que lui ?

Il écoute et nous laisse résoudre nos problèmes par nous-même,

veux-tu faire mieux que Dieu ?

S’il-te-plaît, écoutes-moi et entends moi.

Si tu veux parler, attends juste un instant... et nous changerons de rôle,

tu parleras et je t’écouterai."

(Anonyme)

Mars 2001


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