BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Même rubrique

Transmission royale, sacerdotale et prophétique - Jean-Pierre Pilorge
Franc-maçonnerie et bouddhisme - Didier Planche
L’Acacia et le Lotus : francs-maçons et bouddhistes - Jean-François Gantois
La perte lors du passage de l’opératif au spéculatif - Jean-Pierre Schnetzler
Le tantra, l’union, l’équerre et le compas - Nicolle Vassel
De la pratique du geste et de l’arrêt du geste dans les deux traditions - Jacques Deperne
Le cercle de l’esprit : sagesse sacrée et traditions - Christian Bodson
Autres textes
Tourner la roue - Lama Thubten Yeshe
Le don de Kalachakra au monde - Sofia Stril-Rever
Respecter les animaux car se sont des êtres sensibles soumis aux mêmes lois que les humains - Maxwell G. Lee
Investir dans la jeunesse et les générations futures -
La fasciathérapie et la méthode Danis Bois - Alexandre Koehler
Approche de la méditation - Michel Henri Dufour
Nourrir la pratique - Michel Henri Dufour
Lama Denys

Bouddhisme et franc-maçonnerie par Lama Denys
De l’interdépendance : portée universelle et actualité du Bouddha-Dharma par Lama Denys
La regle d’or : interdépendance et responsabilité par Lama Denys
La transmission de l’éveil par Lama Denys
Le Dharma du Bouddha : une voie de compréhension et de compassion par Lama Denys
Méditation et retraite par Lama Denys
Un fondement universel pour les droits de l’homme par Lama Denys

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Intégration > Spiritualité > Franc-maçonnerie


Qu’est-ce que l’éveil ?

Si on emploie le mot éveil, c’est dans un contexte métaphorique dans lequel il y a le sommeil et le rêve. L’état habituel est analogiquement comparé à l’état de rêve, alors que l’expérience ou la réalisation d’un éveillé est toujours analogiquement comparable à l’état de veille

Par Lama Denys

Lama Denys

Il y a assurément une difficulté à parler de ce qui n’a ni nom, ni forme. D’une certaine façon, en parler est être idolâtre, sauf à rester silencieux, mais ce serait prétentieux (rires...).

Tout en sachant que nous sommes dans l’intelligence du caractère conventionnel des mots, nous allons essayer d’avoir quelques perspectives sur ce que l’on nomme donc conventionnellement éveil.

On dirait souvent, en bon bouddhiste, que c’est la réalisation de l’esprit. Qu’est-ce que la réalisation ? Qu’est-ce que l’esprit ? La question demeure. Dans le Dharma, on emploie esprit à toutes les sauces ; c’est un mot vague. Lorsque vous entendez parler de l’esprit, demandez-vous de quel esprit il s’agit. On entend au sens large par esprit, cette expérience que nous sommes et qui vit ce qu’est l’expérience.

l’esprit est ainsi l’ensemble de ce champ cognitif expérimental que nous sommes dans nos différents sens incluant la vision, l’audition, le sens du toucher, l’odorat, le goût et aussi le mental ; les six sens et tout ce que nous pouvons concevoir et imaginer, tout cela est esprit.

Concernant la réalisation de l’esprit, la réalisation de la nature de ce que nous sommes, je reviendrai au connais-toi-toi-même, mais entendu dans une intelligence globale : la nature de ce qui est, de ce qui vit, la nature de la réalité globale et totale.

Si on emploie le mot éveil, c’est dans un contexte métaphorique dans lequel il y a le sommeil et le rêve. L’état habituel est analogiquement comparé à l’état de rêve, alors que l’expérience ou la réalisation d’un éveillé est toujours analogiquement comparable à l’état de veille.

Essayons d’investir un petit peu cette image. Supposons que nous sommes la nuit, dans l’obscurité de notre chambre, dans le noir, dans l’absence de lumière, et que nous rêvons. Lorsque nous expérimentons l’état onirique, il y a cette situation paniculière qui est telle qu’une partie de ce que nous pouvons appeler ici notre esprit se vit comme sujet et témoin de cette expérience onirique qui est produite toujours par notre esprit qui se vit comme une autre partie de nous-même. Ll’esprit, en quelque sorte, entre dans une séparation, dans une scission, dans une dichotomie : une partie

de lui-même vit l’autre comme étant différente ; une partie se vit comme observateur d’un monde onirique observé. C’est là l’image classique de la dualité, de la séparation, de la coupure, de l’illusion.

Cette illusion se développe encore plus avant lorsqu’ayant perdu l’intelligence, lorsque l’observateur -auquel l’esprit que nons sommes s’identifie- perd l’intelligence que ce qu’il expérimente comme l’autre, (le monde onirique). n’est simplement que sa projection. En perdant l’intelligence, il entre dans une situation d’assujettissement à ses propres projections de telle sorte qu’il sera effrayé d’être dévoré par un tigre ou par un lion de rêve, ou qu’il expérimentera une joie ou un attachement pour un rêve ou quelques fantasmes oniriques ou je ne sais quoi. . .

Dans cette situation, dans cette image du rêve, dans cet exemple, on peut bien se rendre compte comment opère la dualité de l’illusion et aussi la naissance des passions. Celles-ci sont ces relations duelles et conflictuelles qui sont ainsi engendrées par l’observateur envers ses projections observées.

Si, maintenant, on s’interroge sur ce que serait l’éveil, ce serait l’état dans lequel l’intelligence de l’esprit opérerait en elle-même sans entrer dans cette séparation, sans entrer dans cette illusion, sans entrer dans cette dualité avec les passions et les difficultés qui en découlent.

C’est une expérience yogique possible avec certaines méthodes qui introduisent à l’expérience de la lucidité de l’esprit qui, dans le sommeil, se vit comme lucidité. C’est difficile d’en parler parce que la nature même de cette expérience est de ne pas être séparée.

Si l’on voulait maintenant transposer analogiquement l’exemple dans l’état d’éveil, nous sommes habituellement en tant qu’observateur dans l’expérience de nos projections qui sont ce que nous observons comme autre.

Du point de vue de l’expérimentateur, l’altérité se pose dans ce jeu d’opposition qui est celui de l’observateur et de l’observé, du sujet et de l’objet.

Tout comme dans l’expérience onirique, nous sommes ainsi assujettis dans « l’illusion sembtable au sommeil de l’ignorance », comme le dit la formulation traditionnelle. L’éveil est alors la sortie, la libération de cette expérience dualiste sujet/objet, observateur/observé.

C’est cette expérience que, ce matin, j’ai nommée expérience primordiale, intelligence première, inteIligence en soi, intelligence qui se comprend en elle-même. Elle se nomme aussi nature de Bouddha, intelligence du Bouddha, bouddhayana.

De ce point de vue, l’éveil est l’absence d’observateur, qui est une façon de parler du non-soi, une façon yogique, contemplative, de parler du non-moi. Dans cette perspective yogique, expérientielle, l’absence du soi observateur est concomitante avec celle de l’autre observé. C’est ce que l’on entend par non-dualité, ou immédiateté. Dit autrement et simplement, l’éveil est l’expérience immédiate, l’éveil est l’état de présence immédiate, l’état de présence divine si l’on veut, l’état de présence sans autre, le vide de l’altérité, comme l’on dit aussi.

Cet état qui se vit en soi, qui se comprend à lui-même, contient la plénitude des qualités éveillées, leur richesse, leur multiplicité : tout ce que les qualités éveillées ont d’inconcevable et d’incommensurable.

Cet état est traditionnellement présenté comme l’état de Bouddha avec trois dimensions, ce que la tradition nonnne le trikaya, mot sanscrit qui signifie les trois corps de l’éveil ou les trois dimensions de l’éveil. On pourrait traduire par corps, traduire par esprit aussi ; on pourrait dire les trois corps esprit avec ce que cela a de paradoxal. Nommément, ces trois dimensions de l’éveil, dans une perspective expérientielle, sont : l’ouverture, la lucidité et la sensibilité ou compassion.

Ces trois qualités, -ouverture, lucidité ou clarté et sensibilité ou compassion- sont les trois dimensions d’un état de présence, d’un état de présence d’absence, d’un état de présence réalisée en l’absence de soi-témoin, en l’absence de centre, c’est-à-dire d’observateur. C’est un état d’ouverture sans centre ni périphérie ou, pour reprendre une expression entendue ce matin, un état dont le centre est partout et la périphérie nulle part.

Cette ouverture omniprésente, au-delà de toute caractéristique, d’apparition et de disparition, de naissance et de mort, d’aller et de venue, etc., est ce que la tradition nonnne dharmakaya. Pour l’instant, gardons seulement la notion d’ouverture.

La deuxième dimension de cette expérience est la lucidité. Nous avons ici une difficulté, et j’étais intéressé tout à l’heure d’entendre la distinction entre lumen et lux. Nous employons aussi souvent clarté pour parler de cette deuxième dimension. C’est une clarté qui participe à la fois de la lumière et de la lucidité. Ce qui en fait une clarté intellective, si l’on peut dire, en laquelle lumière et lucidité ne font pas deux. C’est une lucidité qui se comprend en elle-même, l’intelligence en soi, ce que la tradition nomme aussi la lucidité autoconnaissante.

Cette lucidité est le contenu de l’ouverture, en quelque sorte, mais il n’y a pas de contenu ni de contenant à proprement parler, car ces trois dimensions sont simultanées et concomitantes. Une image que l’on utilise quelque fois pour essayer de suggérer cela, est celle d’une boule de cristal dans laquelle la forme sphérique et la transparence expriment l’absence de limites et l’indétennination que serait l’ouverture, la lumière, la clarté et ensuite la troisième dimension que nous avons nommé sensibilité ou compassion (toudjé, en tibétain).

Tout cela est en fait la qualité de cette expérience teIle qu’elle se vit dans l’éveil, sans blocage, en l’absence de toute fixation, d’empêchements et d’entraves de quelque manière que ce soit.

Comme chacun le sait, un appareil de mesure qui n’est nullement bloqué a une très grande sensibilité. S’il n’y a pas de blocage, il y a une aptitude à expérimenter une réceptivité et aussi une capacité à répondre à la moindre sollicitation, de telle sorte qu’à la limite même, dans cette expérience d’éveil, il y a adéquation immédiate et auto-adaptation instantanée à la situation qui est non conceptuelle, et qui, dans son immédiateté, n’a pas besoin d’être raisonnée, d’être justifiée. La compassion éveillée est sans pourquoi.

Dans ces trois dimensions de l’éveil se trouvent réunis les deux pôles complémentaires et concomitants de celui-ci que sont la sagesse et la compassion. La sagesse signifie intelligence. L’intelligence dont il s’agit est celle de l’ouverture lucide. La compassion dont il s’agit est celle de cette sensibilité faite de réceptivité et de disponibilité absolue.

En tout cas, c’est ainsi que dans la tradition du Mahayana et du tantra et dans les lignées de Mahamoudra – Dzogchèn, en particulier, on aborde l’éveil comme cet état de présence qui est celui des trois corps du Bouddha (trikaya). L’éveil étant une incorporation, étant cette expérience en laquelle l’observateur s’est incorporé à ces trois corps.

Dans l’ouverture, l’observateur se décentre. Si l’on met une goutte d’eau sur la table et que cette goutte d’eau y reste ainsi au soleil, elle s’évapore. La goutte d’eau évaporée peut être vue connne une absence. Elle a disparu ou peut être vue comme une présence qui a diffusé et rempli l’ensemble de l’atmosphère.

L’incorporation a beaucoup de sens, et particulièrement celui que l’on pourrait rendre par l’expression de faire corps, de ne pas être deux, de ne pas être coupé, de ne pas être séparé. Ce faire corps, cette présence, se réalise dans l’absence de l’observateur témoin.

Ici, un point important est que la pratique méditative n’a rien à voir avec une pratique d’auto-observation. Il ne s’agit pas d’être conscient de soi, au sens de s’observer en train d’agir, même si cela peut avoir lieu dans certaines approches préliminaires qui sont certaines fois indispensables. Mais, tout connne un artiste virtuose, violoniste ou danseur, serait bien maladroit s’il s’observait dans l’exercice de son art, pareillement, l’auto-observation est un mode d’action gauche, maladroit.

Je voudrais continuer en suggérant que cette expérience d’éveil a un caractère primordial, au sens de premier, de ce qui est tel que c’est avant que nous soyons là comme témoin observateur et expérimentateur de l’ainsité, comme on dit. C’est l’expérience du présent avant que celle-ci soit habitée par moi. C’est ce que la tradition nomme l’intelligence immédiate ou encore l’immédiateté.

Cette expérience primordiale a été vécue et a même indubitablement été expérimentée depuis qu’il y a des hommes qui vivent. Elle est le fond de toute expérience spirituelle, si on n’a pas peur d’employer ce mot, le fond de l’expérience d’intelligence de la réalité fondamentale, de l’expérience du fondement de ce que nous sommes aussi bien en corps qu’en esprit.

Expérience primordiale, intelligence première, intelligence en soi, sont des synonymes. Et, soit dit en passant, l’intelligence en soi est même une définition de Dieu, suivant certaines perspectives théologiques.

Cette unité, je ne la qualifierai pas de transcendante, quoique j’aime bien ajouter transcendante et immanente, car il est entendu que la voie du milieu qui est l’approche du Bouddha renverra volontiers dos à dos les trancendantalistes et les immanentistes dans le sens où cette expérience est celle du non-appui, d’un non-appui sur des concepts, sur des représentations, sur des formes, sur des notions. C’est un état dans lequel il n’y a pas quelqu’un qui s’appuie sur quelque chose. Cette notion de non-appui est aussi le sens -l’un des sens- de ce que la tradition du Bouddha nomme la vacuité. C’est dans cette vacuité -non-appui- que ce vit cette expérience primordiale qui est pleine des qualités éveillées, aussi la nomme-t-on plénitude de la vacuité.

Tout cela, ce sont des mots. On peut tourner le sujet et son objet de différentes façons. Ce que l’on ne manque pas de faire pour essayer, sous différentes perspectives, de suggérer, en pointant du doigt, des indications de différents points de vue, tous relatifs, tous limités, qui montrent une direction.

L’expérience d’éveil dont il s’agit, et cela sera le mot de la fin, échappe, dans sa nature, aux indications, aux noms, aux formes, aux représentations qui ont pu être utilisés pour la suggérer et nous conduire vers cette expérience qui est du domaine de l’ainsité, du non-menta1, du silence, de la non-dualité.

Questions-réponses

Un intervenant

Existe-t-il une voie d’éveil solitaire, hors de tout cadre communautaire et sans être guidé par le gardien d’une tradition ?

Lama Denys

De ce que je viens de dire, on peut comprendre qu’une possibilité existe. L’expérience d’immédiateté peut se faire immédiatement. Néanmoins, sauf si on est surdoué (et encore, car certains se prennent pour des surdoués qui sont surtout atteints d’une hypertrophie de l’autosatisfaction), une transmission, c’est-à-dire le cadre d’une tradition, est nécessaire et on peut dire indispensable, finalement. C’est plus la transmission dans ce qu’elle a d’interpersonnel qui est importante. La communauté est celle des pratiquants. On peut dire communauté, on peut dire confrérie, ou encore une consororité, celle dans laquelle la transformation s’opère. C’est ce que l’on nomme, chez les bouddhistes, sangha. Le sangha est dépositaire de l’enseignement et de sa transmission. Au sein de ce sangha, la relation personnelle est très importante et c’est là son aspect profond. C’est dans cette relation personnelle que la transmission peut s’opérer dans ce qu’elle a de plus subtil et que peuvent se déjouer les multiples ruses du malin, c’est-à-dire notre faculté extraordinaire d’auto-illusion, d’autojustification, de récupération, de déviation.

Cette relation interpersonnelle a une fonction de miroir qui nous renvoie aussi bien notre propre sagesse que notre propre santé, notre propre éveil fondamental mais aussi nos propres contradictions et éventuellement notre propre fonctionnement névrotique, confus, illusionné.

Un intervenant

Qu’est-ce qu’un lama ?

Lama Denys

Un lama, littéralement, c’est un père/mère. C’est une personne qui a suivi une formation, qui a été jugée par son père spirituel capable d’aider d’autres personnes dans le cheminement spirituel et qui assure, à ces moments-là, une fonction paternelle/maternelle.

Il s’agit, pour lui, d’accomplir une fonction d’accompagnement, entendu qu’il ne s’agit nullement d’une fonction de dépendance mais d’éducation. Il s’agit d’élever vers une autonomie spirituelle, vers une qualité profondément adulte.

Un intervenant

Dans les témoignages de gens ayant expérimenté de près la mort, certains disent : « J’étais la rivière, j’étais le rocher. » Est-ce l’éveil ?

Lama Denys

Dans des moments d’oubli, dans des moments d’évanouissement, dans des moments d’oubli de soi, il y a une participation qui va dans le sens de cette ouverture, de cette clarté, de cette sensibilité que j’évoquais et qui va dans le sens de l’éveil. Toute expérience allant dans le sens du lâcher-prise, de l’abandon des fixations allant dans le sens de la dépossession, va dans le sens de l’éveil ; et ce, dans une proximité d’éveil d’autant plus intime que le lâcher-prise, le non-appui, l’absence de fixation et de saisie, sont plus profonds et à la limite jusqu’à la totale absence de saisie en laquelle il n’est plus de saisisseur ni de saisie.

On peut, peut-être, faire une toute petite remarque en disant que ces expériences de proximité de la mort sont aussi celles des expériences de mort imminente. Il est maintenant une littérature bien documentée qui relate dans des faits expérimentaux des expériences de luminosité apparaissant dans ces expériences de mort imminente.

Il y a, dans la tradition contemplative, méditative, toute une approche de la claire lumière, la claire lumière fondamentale étant cette expérience primordiale d’intelligence en soi dont nous parlions. Il est même dix signes qui sont autant d’expériences caractéristiques de luminosité ou de lucidité particulière avec des colorations qui ne sont pas, -et ce n’est pas un hasard-, sans rappeler les différentes couleurs de l’oeuvre et de son passage jusqu’à l’or au petit matin du levant. L’or est la couleur traditionnelle de l’éveil, du Bouddha et de ses diverses représentations.

Un intervenant

Y-a-t-il une analogie entre l’éveil et l’extase en référence à St Jean de la Croix ou à Jacob Boehm ?

Lama Denys

C’est une question délicate, d’autant plus qu’on a souvent traduit éveil par enstase, comme Mircea Eliade, qui a utilisé ce terme pour parler de l’expérience méditative. Je ne pense pas qu"enstase soit un très bon terme parce qu’il donne le sentiment d’un repli sur soi, d’une intériorisation qui est juste mais qui, très vite, glisse à l’évocation d’un renfermement. Et c’est justement la critique que certaines personnes font à la pratique méditative parce qu’ils la voient comme un retrait, une coupure, alors que ce qui est authentique et profond dans cette expérience, c’est bien plutôt une

ouverture. Dans le sens d’ouverture, il est finalement plus juste d’utiliser extase : ex-stase, la sortie de la retenue, la sortie de la fixation qui est celle du témoin observateur.

Mais, si l’on part de ce genre de vocabulaire, extatique connote des notions qui évoquent de nouveau le fait de partir dans un monde de transes ou d’expériences à coté de ses pompes, en train de léviter, alors que l’expérience d’incorporation, d’ouverture, dont nous parlons, est au contraire l’expérience de présence immédiate.

Un intervenant

L’Occident n’a-t-il pas donné plus de valeur à l’existence qu’à l’essence ? Le bouddhisme n’est-il pas la thérapie dont l’Occident a besoin pour retrouver la vraie valeur des choses et des êtres ? Le bouddhisme sera peut-être, non pas l’éveil, mais le réveil de l’Occident.

Lama Denys

Oui ! Mais je suis un petit peu dubitatif car je n’aime pas tellement la notion de psychothérapie qui est très vite aplatissante et réductrice. Qu’il y ait, dans la pratique de la méditation, une démarche psychothérapeutique, oui, certainement, mais à ce moment-là, c’est une psychothérapie essentielle qui a pour fonction d’amener à la santé fondamentale, de libérer non seulement de la névrose mais même de toute forme de narcissisme, d’auto-identification et de libérer même de la croyance en l’existence de soi. Ce n’est pas le sens habituel, je crois, du terme thérapie.

L’Occident n’a-t-il pas donné plus de valeur à l’existence qu’à l’essence ? Sans doute, oui, mais se sont des questions de vocabulaire. Qu’entendez-vous par existence ? Par essence ? Que l’Occident soit extraverti, matérialiste, consumériste ? Si c’est cela que vous voulez dire, certes oui !

Le bouddhisme sera peut-être, non pas l’éveil, mais le réveil de l’Occident. Faisons-en le souhait s’il est possible d’allier ce que l’Occident a de positif dans la force technologique -il ne s’agit pas de retourner à l’âge de pierre-, d’allier cette intelligence à la sagesse et à la non-violence qui sont celles du Dharma. En tout cas, c’est un bel espoir.

Un intervenant

Est-il possible de dissocier l’expérience spirituelle et son -ou ses- interprétation(s) tributaire(s) d’une vision du monde ?

Lama Denys

Fondamentalement, oui ! Dans ce qu’elle a de fondamental, l’expérience spirituelle, l’expérience primordiale, est universelle et atemporelle. Elle est donc indépendante de toutes les cosmovisions et cosmogonies qui peuvent se développer ensuite. Elle est indépendante aussi de toutes les voies salvifiques, de toutes méthodes spirituelles qui puissent être.

Néanmoins, elles sont reliées. Une cosmogonie juste procède de cette expérience primordiale et toutes les méthodes traditionnelles authentiques non seulement procèdent de cette expérience mais aussi se trouvent être un moyen de sa réalisation.

Octobre 1997

Institut Karma Ling
Hameau de St Hugon
F-73110 ARVILLARD
TEL. : 04.79.25.78.00 -
FAX : 04.79.25.78.08


http://www.karmaling.org/





Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling