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Principes de la médecine hospitalière mohammadienne et son influence en Europe

« Cherchez la science du berceau au tombeau et jusqu’en Chine s’il le faut ». Ce hadith du Prophète impulsa une dynamique extraordinaire au déploiement scientifique de la civilisation musulmane qui initiera l’essor scientifique et technique de l’Occident avec, notamment, l’essor d’une médecine hospitalière qui servira de référence en Europe.

Par Cheikh Khaled Bentounès

Extrait d’un article paru dans la revue Nouvelles Clés 2003

Obligation du croyant d’apporter soin à toute personne,

idépendamment de son origine, sa croyance, ou son rang social

En ce qui concerne la création et le développement des hôpitaux, les musulmans furent des précurseurs ainsi que pour l’autopsie du corps humain.

Un des premiers hôpitaux fut construit par le khalife Khalid I, de 705 à 710. A partir du IXème siècle, ces institutions se structurent et se multiplient rapidement. L’hôpital ’Adûdî de Bagdad, inauguré en 982, avait à son service quatre-vingts médecins de différentes spécialités (ophtalmologistes, chirurgiens, traumatologues...) qui remplissaient de plus une tâche d’enseignement. Trente-quatre ouvertures d’hôpitaux sont recensées en terre d’Islam après le IXème siècle. Cette dynamique s’étendra du Maghreb à l’Andalousie et par delà à l’Europe. Même si en Europe, les centres de soins et d’hébergement étaient séparés, il fallut attendre l’an 1500 et la nomination à l’hôpital de Strasbourg d’un médecin attitré pour que prît fin cette situation ; ce fut ensuite le cas de Leipzig en 1517, puis de l’Hôtel-Dieu de Paris en 1536. Et cela plusieurs siècles après la construction des premiers hôpitaux musulmans, dont certains possédaient même un service psychiatrique où l’on utilisait la musique comme thérapie des maladies mentales. D’une manière générale, les médecins suivaient un planning hebdomadaire, avec gardes de jour et de nuit, des cours pour les étudiants et des conférences pour les chefs de services.

Ils possédaient également une pharmacie dirigée par un pharmacien en chef. Les malades, sur une ordonnance délivrée par l’hôpital, pouvaient se procurer gratuitement des médicaments. Cette gratuité des soins et des médicaments, pris en charge par la collectivité, s’appuie sur un principe fondamental de la conception de la médecine musulmane : l’égalité devant les soins. Le développement important de la santé publique est dû à cette obligation du croyant d’apporter soin à toute personne quelle que soit sa place dans la société, son origine raciale ou sa croyance.

Premières chartes hospitalières en monde musulman

Voici le texte régissant l’hôpital construit par Mansour Qalâwûn en 1282 : « Il se charge de soigner les malades pauvres, hommes et femmes, jusqu’à leur guérison. Il est au service du puissant et du faible, du riche et du pauvre, du sujet et du prince, du citoyen et du brigand, sans exigence d’une quelconque compensation, mais pour la seule recherche des bienfaits de Dieu, le Généreux ».

Le témoignage d’un contemporain de la création de l’hôpital de Marrakech en 1190 nous montre à quel degré fut élevé le soin apporté aux malades : « Abû Yûsuf a construit dans la ville de Marrakech un hôpital dont je ne pense pas qu’il en existe de semblable au monde. Pour cela, il a choisi une large étendue de terre dans la zone la plus nivelée de la ville et il a ordonné aux bâtisseurs de la réaliser à la perfection (...). Il ordonna aussi d’y planter toutes sortes d’arbres, de plantes odorantes ou comestibles. Il y fit couler une eau abondante qui circulait dans toutes les pièces, en plus de quatre bassins avec du marbre blanc dans l’un d’eux. Puis, il ordonna qu’il soit doté de couvertures raffinées en laine, en coton, en soie, en peau. Il lui consacra trente dinars par jour pour la nourriture et les dépenses particulières, sans parler des médicaments. Il y recruta des pharmaciens pour la fabrication des boissons, des huiles, des collyres. Il y mit à la disposition des malades, des habits de nuit et de jour (...). Lorsque le malade devait le quitter, s’il était pauvre, il ordonnait de lui donner une somme pour vivre, jusqu’à ce qu’il fut indépendant. S’il était riche, on lui remettait son argent et ses effets ».

Le plus grand médecin du Moyen-âge, Ar-Razi ou Rhases

En plus de l’étude directe des ouvrages de médecins arabes, les étudiants disposaient de manuels écrits par les traducteurs. Ainsi, dès le IXème siècle, ils disposaient de centaines d’ouvrages de références. Ils pouvaient consulter aussi les dossiers médicaux des grands hôpitaux. Dans ceux-ci on dressait soigneusement le procès verbal des examens médicaux, du diagnostic, des prescriptions et de leurs effets, de l’évolution générale : un véritable tableau synoptique rigoureux de chaque cas. De l’ensemble de ces observations naquit un colossal ouvrage médical qui servit durant des siècles au corps médical européen. Cet ouvrage de compilation composé pour son usage personnel et pour ses étudiants fut écrit par celui qui fut considéré par ses pairs comme le plus grand médecin du Moyen-âge Ar-Razi (m.935), (Rhases pour l’occident).

Il y a 600 ans, cet ouvrage fut l’un des rares que possédait la faculté de médecine de Paris ; livre si précieux que le roi Louis IX, lui-même, dût déposer une caution de douze livres d’argent et cent écus d’or pour que lui fût confié ce trésor, afin que ses médecins personnels puissent le consulter.

Du reste, une statue fut élevée à la mémoire d’Ar-Razi dans l’auditorium maximum de l’école de médecine de Paris, si bien qu’aujourd’hui-même, chaque fois qu’ils se réunissent dans le grand amphithéâtre du boulevard Saint germain, les étudiants en médecine peuvent contempler le célèbre médecin Arabe.

Influence de la médecine musulmane en Europe, à la fin du Moyen-âge

Les traducteurs d’Al-Andalus jouèrent un rôle prépondérant dans la diffusion du savoir. On peut citer à titre d’exemple, le fameux Canon (AL-QANÛN) d’Avicenne qui marquera durablement la théorie et la pratique de la médecine en Occident tout comme la grande encyclopédie médicale, le Tasrîf de l’éminent chirurgien Andalou Abû-l-Qâsim al-Zahrawî, mort en 1013 (célèbre dans l’Occident médiéval sous le nom d’Alboulcassis). Traduit en latin au XIIème siècle, il fut étudié en Europe pendant plusieurs siècles et laissa à la postérité non seulement une expérience de praticien hors pair (cautérisation des plaies, destruction des calculs biliaires, pratiques gynécologiques, diverses formes de sutures...) mais aussi de nombreux instruments de chirurgie.

L’Italie et la Sicile, en particulier l’école de Salerne à qui l’on doit la renaissance de la médecine occidentale, furent sous l’influence du savoir de la médecine musulmane ; tout comme l’université de Montpellier en France, une des toutes premières en Europe qui recueillit d’ailleurs un certain nombre de médecins juifs formés aux écoles musulmanes d’Al-Andalus et qui furent chassés d’Espagne par la Reconquista chrétienne.

Du reste, si dans l’Europe de la fin du Moyen-âge, on veut mesurer l’influence de la médecine musulmane comparée à celle des grecs et des latins, il suffit de savoir à titre d’exemple que de 1473 à 1500, fut imprimé seize fois le Canon d’Avicenne alors que dans le même temps, on ne trouve qu’une seule édition de Galien en deux volumes. Et encore qu’au début du XVIIIème siècle à Tübingen et Francfort, Avicenne et Rhases constituaient la base du programme d’études.






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