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Pour refonder l’action citoyenne

Economie sociale pour un développement local, démocratie profonde, coopération Nord-Sud, de bonnes raisons d’espérer

Par Réseau Cultures

Extrait de la REVUE "CULTURES ET DEVELOPPEMENT" du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement

Rédacteur en chef : Thierry Verhelst.

Les textes complets peuvent être consultés sur le site web du Réseau Cultures : http://www.networkcultures.net/

« AILES ET RACINES »

Partage international d’expériences

sur les

Sources d’Inspiration de l’Engagement Social

I. VOYAGE AUX SOURCES DE L’INSPIRATION

II. UNE NOUVELLE CULTURE POUR UN AGIR RENOUVELE

III. POUR REFONDER L’ACTION CITOYENNE

1. Une économie sociale pour un développement local

Le mur de Berlin a été remplacé par un mur d’argent. Le capitalisme néo-libéral effréné triomphe partout mais ne menace-t-il pas l’humanité et la nature par sa compétitivité insensée et son productivisme ravageur ? L’idéologie néo-libérale actuelle réduit tout à de la marchandise, rogne la cohésion sociale entre les individus et nous entraîne dans un « économisme » aliénateur et qui engendre, dans le Nord, exclusion sociale et, dans le Sud, misère croissante. (Qu’il suffise de se référer aux travaux du Club de Lisbonne et de Riccardo Petrella à ce sujet.) Il est important d’y résister. Malgré la lente démystification qu’entraîne l’effondrement des « modèles » asiatiques hier encore brandis comme exemples universels, l’hégémonie du système capitaliste néo-libéral effréné reste lourde. L’invraisemblable proposition nord-américaine d’acheter aux pays du Sud des « droits à la pollution » est un exemple consternant de cette philosophie bornée et dangereuse du tout-au-marché. Il est nécessaire, disent les participants à la Rencontre, d’organiser toutes sortes de formes de résistance et de solidarité, voire même, pour un participant, une « Internationale » ou un parti politique international.

L’épanouissement de l’économie sociale peut constituer une des forces positives qui vient humaniser l’économie et sauvegarder les liens non-marchands entre les individus. L’économie sociale est peut-être une concrétisation dans le domaine économique de la « féminisation de la culture » dont il a été question. Elle se fonde non d’abord sur le capital et la motivation de profit maximal, mais sur les ressources humaines disponibles et le besoin de solidarité et de coopération. C’est pourquoi l’économiste chilien Luis Razeto l’appelle « l’économie avec facteur C » pour : convivialité, collaboration, coopération … Il s’agit de cette faculté « féminine » de re-lier, de ré-unir, d’associer. Cette faculté-là se distingue de la faculté « masculine » de séparer, entrer en compétition, de combattre et de vaincre.

Il s’agit d’associer, dans une économie plurielle, le privé, le public et le social sans que toute l’activité économique ne soit absorbée dans le marché (le système actuel) ou dans l’Etat (selon le modèle soviétique). Cette économie sociale doit être reconnue comme un « troisième secteur » à part entière.

Deux participants, par ailleurs professeurs d’économie se sont relayés pour illustrer l’importance à la fois théorique et pratique de ce « troisième secteur » économique, qui se situe entre le marché privé et le secteur étatique. L’une est spécialiste de « l’économie informelle » au Chili, appelée plus opportunément « économie populaire », l’autre est un des chefs de file de l’étude en Europe de l’économie sociale. Il expliqua à l’aide de la métaphore du terrain de football combien le jeu a besoin de règles et d’arbitres pour être bien joué. Pendant les trente années de croissance qu’a connu l’Europe (1950-’80), l’Etat intervenait et régulait le marché selon les principes keynesiens. La société restait certes inégale et le monde connaissait, comme maintenant, d’immenses injustices. Mais la société n’était pas réduite à de l’économie ni la politique sommée de s’abstenir quant à la régulation du marché, ni les citoyens abordés comme de simples consommateurs. A partir des années Reagan-Thatcher, l’économique envahit tout, au Nord comme au Sud. Les joueurs se sont mis à sortir du terrain, à envahir les gradins, à renverser l’arbitre. C’est une régression, un retour aux conditions hyper-libérales prévalant dans l’Occident du 19ème siècle et dont les conséquences sociales déplorables ont été décrites par Zola, Dickens ou Marx. Et comme au 19ème siècle apparaissent à nouveau des coopératives, des mutuelles, des caisses d’épargne et de crédit, toutes sortes de formes nouvelles pour « tenir ». Au Sud, c’est « l’informel ». Au Nord, c’est l’économie sociale renouvelée. Jusqu’à ce jour, elle est largement ignorée par les statistiques, méprisée par les experts (comme l’est d’ailleurs l’économie domestique et le travail non rémunéré des femmes - ou des hommes - au foyer). Il est donc important d’étudier cette économie-là afin de lui donner la visibilité et la légitimité nécessaires à son épanouissement et à sa diffusion. Cependant, « un vrai lâcher-prise idéologique est nécessaire pour observer ces phénomènes où le social et l’économique sont intimement liés ».

« C’est dans le domaine de l’économie sociale que le sens est le plus présent » nous dit le professeur d’économie : les communautés le contrôlent et sont donc capables de mettre en question les finalités de leurs activités. « Certes il y a des prises de pouvoir … N’empêche, quand les gens contrôlent leur économie, ils sortent de leur sous-développement  ». Cette économie sociale est à réinventer chaque jour comme réservoir de sens. Il est d’ailleurs significatif qu’il soit le seul secteur qui attire le travail bénévole. « J’y reçois du sens, même sans être rémunéré. La rémunération se fait en terme de sens ! L’économie devient alors vecteur de dignité. »

Nécessité et identité : les deux vecteurs de l’économie sociale

L’observation des conditions d’émergence et de croissance de l’économie sociale révèle que celle-ci répond généralement à deux conditions, la nécessité matérielle et l’identité collective préalable. « Nécessité fait loi », dit-on. Cela est vrai aussi dans ce domaine. On dirait qu’il faut sentir la pression des événements pour qu’on s’y lance. C’est le cas aujourd’hui, en ces temps de crise et de chômage. La coopération est fille de la nécessité. Mais si cela suffisait, dans tout bidonville il devrait y avoir de l’économie sociale ! Or ce n’est pas le cas. Il faut en outre une identité collective. Elle est le levain nécessaire à toute économie sociale. Il suffit de voir où elle fleurit, par exemple au Québec (sauver la francité face au géant, les U.S.A., prêt à avaler l’économie locale), au Pays Basque (la coopération « Mondragon » a grandi jusqu’à englober 150 coopératives, sans devenir une multinationale) ; la Flandre (la paysannerie appuyée par le clergé local y a créé un réseau impressionnant de coopératives de commercialisation et de crédit). Les économistes traditionnels objectent à cette analyse qu’elle relève non de l’économie mais du « socio-culturel ». La réponse des économistes présents à la Rencontre est claire : « C’est de la mobilisation du travail pour répondre à un besoin. C’est de la vraie production, c’est de la valeur ajoutée ».

L’économie sociale est une manière d’assurer le développement local.

En Occident, d’autres approches que celles dictées par la globalisation hyper-libérale sont en train d’apparaître au sein de la société civile notamment :

-  les banques alternatives qui remettent en question la simple recherche de profit et proposent aux épargnants des investissements répondant à des critères éthiques et écologiques ;

-  les SEL (en anglais : LETS) qui témoignent d’une économie du troc, du don et du contre-don et qui relativise le monopole de l’Etat de battre monnaie, la hiérarchie des salaires et l’argent-roi ;

-  l’émergence de mouvements et partis écologistes mettant en évidence la finitude et le « principe de précaution » en économie ;

-  l’émergence de l’économie sociale comme « troisième secteur » de l’économie ;

-  le développement de l’agriculture biologique et des liens directs entre producteurs et consommateurs.

Le Réseau Cultures a traité ces alternatives à l’économie dominante tant au Nord qu’au Sud de l’hémisphère dans un projet de recherche consacré à « l’enchâssement » de la vie économique dans le social et le culturel. (Voir à ce sujet le numéro spécial de la revue Cultures et Développement no. 29/30 de juillet 1997). La manière dont les valeurs et modes d’organisation sociale propres aux cultures africaines infléchit la logique capitaliste et produit un « management » spécifiquement africain est décrit dans l’ouvrage issu d’un autre projet de recherche du Réseau Cultures et intitulé : « Organisations économiques et cultures africaines. De l’homo oeconomicus à l’homo situs » (Laléyê, Panhuys, Verhelst, Zaoual, eds, l’Harmattan, URED et Réseau Cultures, 1996).

Pour un participant qui connaît bien le Guatemala, le développement local auquel l’Europe doit s’ouvrir est connu en Amérique latine sous le vocable « développement communautaire ». Celui-ci est né hors d’Europe mais il commence à s’y introduire. On constate l’émergence de « pays » avec leur géo-culture locale. Les acteurs y ont une pensée politique dense, passionnée, convaincue. Ils acceptent le pluralisme et ne se laissent pas enfermer par les disciplines – automatiques et inconditionnelles - de parti.

2. Vers un démocratie profonde

La démocratie est la condition de tout réel développement local. Entendons par le terme développement local la mobilisation des ressources humaines disponibles en faveur d’un mieux-être généralisé défini par les intéressés à partir d’un questionnement profond sur le sens. La démocratie qui permet une telle mobilisation n’est évidemment pas à réduire au jeu électoral organisé à intervals réguliers et encore moins à la politique-spectacle trop souvent infligée aujourd’hui aux électeurs-consommateurs des démocraties contemporaines. Il s’agit au contraire, pour les citoyens, d’un exigeant processus de veille. Cette démocratie profonde relève de l’attention informée et de l’engagement de chacun comme sujet responsable et solidaire. Elle dépend, pour paraphraser Alain Touraine, du « retour de l’acteur » (Fayard, 1989) sur la scène publique. Le sociologue britannique Anthony Giddens, un des inspirateurs de la « nouvelle démocratie sociale » du premier ministre Tony Blair, parle de « société réflexive » dont les membres sont plus autonomes mais aussi plus conscients tant de leurs droits que de leurs obligations civiques. Giddens plaide lui aussi pour un approfondissement de la démocratie. (« Third Way », Polity Press, 1998). La société civile est l’indispensable contrepoids de l’Etat et du marché. Toute société saine repose sur ce tripode : le Prince, le Marchand et le Citoyen. Quand ce dernier s’endort, la domination des autres ne tarde pas à se manifester : c’est la dictature politique ou techno-bureaucratique, ou bien celle de l’argent et des grandes sociétés multinationales qui se mettent à « gouverner le monde » (David Korten « When Corporations Run the World », Kumarian, 1997).

Il y a aujourd’hui nécessité impérieuse d’approfondir la démocratie.

L’individu, le pire ennemi du citoyen

« Dans les conditions actuelles de la démocratie, écrit récemment Joël Roman (dans « La démocratie des individus », Calmann-Lévy, 1998), le citoyen n’a pas de pire adversaire que l’individu ». Cet écart croissant et paradoxal entre individu et citoyen est une des causes des crises de fonctionnement et de légitimité des démocraties en Occident. La notion de citoyen et les réflexes civiques sont en crise tant est grande l’atomisation des individus et la déliquescence des liens sociaux sous l’impact de la recherche effrénée de profit et de compétitivité entraînée par la globalisation. Le recours à la norme pénale comme garantie d’une possible coexistence, et le rêve proclamé par certains, d’une démocratie directe de type médiatique ne sont pas de bonne augure …

L’animateur du mouvement français « Démocratie et Spiritualité » écrivit, à l’issue de la Rencontre : « Quant aux relations entre partis et société civile, il faudrait admettre que les partis politiques ne sont plus les principaux porteurs du sens. Celui-ci provient des « acteurs/sujets », qu’il faut donc reconnaître. » Il préconise de leur déléguer le maximum de responsabilités et de faciliter la diffusion d’une nouvelle culture politique. Les décideurs auront à traduire cette culture nouvelle en mesures législatives et réglementaires. Les partis devraient par ailleurs « accompagner » et non « embrigader » les hommes politiques.

Si l’engrenage implacable du néo-libéralisme constitue une menace, le refoulement des questions de spiritualité en est une autre, plus ancienne. Au nom du respect de la liberté de chacun, les questions spirituelles ont été reléguées dans la sphère privée. N’a-t-on pas ainsi privé le débat public d’une dimension capitale, à savoir la question de sens ? Sans nier en aucune manière les apports utiles voire indispensables de la laïcité, ne faut-il pas, en Europe, trouver le moyen de réintroduire la spiritualité (la quête de sens) dans la sphère publique et surmonter ainsi ce que certains appellent « un rationalisme castrateur » ?

En définitive, relier l’initiative locale des acteurs à la quête de sens, voilà l’enjeu de groupes et mouvements tels que ceux représentés à la Rencontre (« Démocratie et Spiritualité », « Holon », Projet « Ailes et Racines », « Concertation des Ruraux », etc.). Il nous faut non seulement mettre les initiateurs en réseau mais surtout en dégager le sens commun de leurs mouvements et le faire partager peu à peu. C’est le but du présent texte. Ce renouveau de la démocratie passe par la militance-mutance évoquée ici même.

Ailes et Racines

Les débats ont conduit certains à tenter une présentation schématique (et forcément un peu gauche) de la militance classique et des formes alternatives d’engagement. René Macaire parlait de « militants » classiques et de « mutants ».

« MILITANTS »1. Approche séculariséePeu ou pas de spiritualité ni beaucoup d’attention aux relations interpersonnelles ;Attentive au visible, au mesurable, au quantitatif2. Le résultat à tout prixLa fin justifie les moyens ; Léninisme (capitalisme aussi !) ; la taille, la force, la croissance, l’efficacité importent3. Action spécialiséeApproche fragmentée de la connaissance (saucissonage) et de l’action ; « expertise » acquise dans un seul domaine, à base d’une seule discipline4. Rationalisme et volontarismeAnalyse (à distance) et décision rationnelles (froides) conduisant à la maîtrise du réel et la planification ; convictions pré-établies (idéologies)5. Dominer (« top-down »)Approche hiérarchique ; valeurs patriarcales, males (yang) ; mentalité « d’avant-garde » politique : savoir (ce qui est bon) pour « les gens à la base » ; paternalisme (y compris paternalisme de gauche) ; les gens comme objets d’analyse sociale et d’action6. Prise de pouvoirCe qui importe c’est de prendre et d’exercer le pouvoir (de l’Etat)7. EthnocentrismePas ou peu d’attention aux cultures locales ; projets de développement anti-culturels ; impérialisme culturel ; universalisme abstrait « MUTANTS »1. Approche spirituelleLe spirituel et l’interpersonnel y sont essentiels ; attentive à la dimension invisible, non-mesurable, qualitative2. Cohérence du processusLes moyens sont conformes aux buts (l’arbre est dans la semence) ; non-violence active ; « small » peut être « beautiful » ; fécondité3. Action multifonctionnelleApproche de la connaissance et de l’action en reconnaissant la complexité et l’inter/rétroaction ; approche transdisciplinaire4. Holisme et synergieRaison et intuition (logos et mythos) pour aborder la réalité vivante et l’action ; l’action sociale comme acte sacré (bien qu’imparfaite) ; lâcher-prise et proximité (des gens, des évènements)5. Participer (« bottom-up »)Approche participative ; valeurs autant féminines que masculines (équilibre yin/yang) ; Recherche-Action Participative ; modestie intellectuelle ; abilité à écouter et être patient ; les gens sont acteurs, sujets de l’analyse sociale et de l’action6. Stimulation de la société civileAppuyer des groupes humains et la dynamique associative ; aider les gens à se réaliser et à acquérir une voix, du pouvoir7. Prise en compte de la cultureLa dynamique culturelle locale comme point de départ (donc participation intense) ; culture comme dation de sens : ni relativisme ni universalisme fallacieux ; culture comme point de départ du changement

3. Coopération Nord-Sud : le paradigme de la réciprocité

« La vie au village n’a pas de sens, avais-je entendu quand je voulais retourner à la terre » dit cet intellectuel devenu leader paysan bien que porteur d’un doctorat d’une université parisienne. « Il fallait aller à contre-courant, infliger un démenti concret à cette mentalité. J’ai accompli des choses petites, peu appréciées par le monde extérieur, sans rentabilité impressionnante. Mais je sais que le village est le levain de la pâte nationale. Et ici, à cette Rencontre, je découvre des complices, des gens de tous les horizons qui parlent de respect, de culture, de féminisation de nos mentalités. Pour moi il est évident que toute pauvreté peut être transformée en richesse pourvu que l’homme agisse à partir de ses motivations spirituelles. » C’est dans cet esprit qu’un précurseur africain, Albert Tevoédjrè, actuellement ministre du Plan au Bénin, écrivait, il y a déjà vingt ans, qu’il faut « déshonorer l’argent ». Le récent livre de Réginald Moreels, ministre belge de la coopération internationale s’en inspire et porte pour titre ce proverbe peulh bien significatif pour notre propos : « L’homme, un remède pour l’homme ». Le sous-titre du livre en est la conséquence : « Dé-chiffrer le développement. Manifeste politique pour l’égale dignité des êtres et le dialogue interculturel ».

Que de fois le beau discours des ONG sur le « partenariat » ne reste-t-il pas un vœu pieux alors qu’en réalité le bailleur de fonds continue à imposer ses critères – fussent-ils généreux – et à ne voir dans l’autre que quelqu’un à aider. C’est un des enseignements les plus forts à retirer de ce projet. Il pourrait s’intituler : la réciprocité. Celle-ci devrait devenir le nouveau paradigme des relations internationales et remplacer progressivement l’obsession « développementiste » de l’intervention à sens unique (du Nord dans le Sud). Non pas que l’appui aux initiatives des plus démunis ou des victimes de l’injustice ne soient plus de mise, mais que cela s’inscrive dans un cadre nouveau, plus large, plus respectueux des personnes. « La coopération au développement a souvent été un véritable obstacle à la relation » dit une responsable hollandaise d’ONG. « Il est temps de célébrer le respect des personnes indépendamment de leur niveau de vie matériel. » renchérit un Africain . « Il est temps d’apprendre les uns des autres et de se battre ensemble pour que le monde soit plus habitable et fraternel. ».

Nous sortons d’une longue période de relations à sens unique où l’un « civilise », domine, « développe » et l’autre est confiné dans son rôle d’éternel apprenti et bénéficiaire. Que d’occasions manquées pour apprendre les uns des autres ! Ce thème de la réciprocité commence seulement à être promu. Le livre évoqué ci-dessus, « L’homme, un remède pour l’homme », prône fortement le respect de l’égalité dans la différence, et l’apprentissage mutuel. C’est le début d’une nouvelle orientation politique qui est en train de se mettre en place. Nous sommes encore des voix isolées criant dans un désert desséché par l’arrogance des « experts » envers les « sous-développés ». Mais il y a du changement dans l’air.

« Il n’y a pas d’autre vertu que de ne pas mépriser » disait déjà un Père du désert (ermite chrétien des premiers siècles).

4. En guise de conclusion : la petite espérance ?

La situation du monde ne prête pas à l’optimisme. Les conclusions qui ressortent de ce Projet « Ailes et Racines » s’opposent cependant à tout fatalisme. Les participants on fait preuve non d’un optimisme béat mais d’un regard qui sonde au-delà des apparences. Un participant l’appela, avec Charles Péguy, « la petite espérance ». Il proposa en guise de conclusion que la nouvelle culture à acquérir soi-même et à diffuser alentour soit caractérisée par la foi, l’amour et l’espérance :

- la foi, certitude intérieure permettant la confiance en soi et le dépassement de la peur de l’autre et de l’avenir (à chacun de préciser ce en quoi il peut croire : l’homme, Dieu, l’histoire …) ;

- la charité (ou la compassion, ou l’amour) : entrer dans une relation avec l’autre dans le refus déterminé du mépris, par une approche fondée sur le respect, et une conscience holistique ;

- l’espérance : refus du fatalisme, confiance en (la transcendance de) l’homme qui peut dépasser les conditionnements

La formidable quête de sens de beaucoup de nos contemporains est, dans cette perspective, une opportunité culturelle fondamentale. Il y a, un peu partout dans le monde, au niveau parfois très local, des initiatives fantastiques qui constituent un gisement d’espérance.

Voici quelques extraits du numéro spécial « Ailes et Racines » consacré à la spiritualité de l’engagement social. Pour avoir accès à l’ensemble de la revue, veuillez vous abonner ou en commander un numéro.

I. VOYAGE AUX SOURCES DE L’INSPIRATION

II. UNE NOUVELLE CULTURE POUR UN AGIR RENOUVELE

III. POUR REFONDER L’ACTION CITOYENNE

Extrait de la REVUE "CULTURES ET DEVELOPPEMENT" du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement

Rédacteur en chef : Thierry Verhelst.

Les textes complets peuvent être consultés sur le site web du Réseau Cultures : http://www.networkcultures.net/

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