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Pour l’apprentissage du Pâli et la lecture de l’enseignement du Buddha

Une démarche personnelle vers la sérénité

Par Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar

Découverte du Buddha

Comme nombre de personnes, j’eus à souffrir au cours de ma vie d’une maladie particulièrement pénible. Affaibli et angoissé, je cherchais selon mon habitude à trouver d’abord en moi les ressources nécessaires pour surmonter physiquement et psychiquement cette épreuve. À mon grand désarroi, malgré tous mes efforts et le soutien indéfectible de mon épouse, je n’y parvenais pas vraiment. Je me souvins alors de la surprise et du très grand intérêt que j’avais éprouvés quelque temps auparavant en découvrant les concepts philosophiques extraordinairement modernes et pertinents que le Buddha avait développés il y a 2’500 ans, découverte liée à la rédaction de la partie historique et épistémologique de ma thèse de doctorat interdisciplinaire en sciences. Il y avait là clairement motif à pénétrer plus avant l’enseignement d’un homme dont j’avais certes pu, par le biais d’une étude épistémologiquement orientée que j’avais entreprise sur ses dits, constater l’évidente intelligence, mais dont on disait aussi qu’il avait été de surcroît et de façon générale un grand thérapeute, ainsi qu’un guide inégalé sur la voie de la transcendance, voie que depuis mon enfance je recherche avec persistance. D’un autre côté, il m’était arrivé des années auparavant de tomber sur quelques écrits se qualifiant de “bouddhistes”, mais qui s’étaient avérés tellement farfelus dans leur contenu, voire délirants, que je m’étais illico détourné de ce qui apparaissait à la lecture de ces textes superficiels comme un mysticisme de pacotille.

L’expérience m’ayant de façon générale enseigné la prudence vis-à-vis des milieux religieux, je n’avais pas pour réflexe de me diriger vers une institution reconnue, d’autant que ne connaissant pas du tout les milieux bouddhistes je ne savais pas vraiment de quel côté me tourner. Néanmoins décidé cette fois à en savoir plus, je fis alors l’acquisition de plusieurs ouvrages sur le Bouddhisme, un véritable pot-pourri défini simplement par la disponibilité en librairie des ouvrages en question, et par un très rapide survol de leur contenu avant achat. Je consacrai alors le temps nécessaire pour parcourir les ouvrages en question, partageant largement avec une épouse très réceptive le fruit de mes découvertes. Je sortis de ces lectures disparates et inégales avec des sentiments pour le moins mitigés.

Tout d’abord, j’avais eu la chance de tomber sur le texte du Vén. Nhat Hanh intitulé “La respiration essentielle”, proposant une triple traduction, du Pâli au vietnâmien, puis à l’anglais, et enfin au français (!), de l’Ânâpâna-sati Sutta (Majjhima-Nikâya 118), un enseignement philosophique et pratique fondamental du Buddha qui fit naître en moi la volonté de tenter la méditation bouddhique. Très maladroitement mais déterminé, je me mis à la tâche, apprenant par cœur les 16 étapes de la méthode comme moyen habile d’aide à la concentration nécessaire. Ce début de pratique méditative ne fut pas facile, mais après quelques semaines non seulement je méditais avec bonheur (mon épouse m’avait rejoint dans la pratique, et je souffrais moins en méditant), mais en plus mes angoisses de malade s’étaient quelque peu apaisées même en-dehors des moments de méditation proprements dits.

Thérapeutiquement, il y avait là un succès pratique assez satisfaisant, mais il restait le problème de l’enseignement philosophique du Buddha, la pratique devant se nourrir d’une pensée forte et cohérente. Certains auteurs dévoilaient un bouddhisme lucide et pénétrant (par exemple Alexandra David-Néel, dans “Le Bouddhisme du Bouddha”, et le Vén. Walpola Râhula, dans “L’enseignement du Bouddha, d’après les textes les plus anciens”), mais d’autres auteurs exprimaient une religion à la fois alambiquée et infantilisante, et parfois un même auteur oscillait étrangement entre ces deux pôles ! Il y avait là une contradiction évidente, due en toute vraisemblance à une incompréhension et à une distorsion du message originel, et qui ne pouvait être levée qu’en allant directement aux textes sources.

La recherche de la parole du Buddha

Ces derniers n’étaient malheureusement pas, à la différence par exemple du Coran ou des Évangiles, particulièrement accessibles dans les librairies, et j’étais ignorant des circuits de distribution habituels de ceux-ci. Avec de la persévérance, je pus néanmoins accéder à quelques-uns de ces textes racines du Bouddhisme, à savoir des textes du Canon Pâli traduits en anglais ou, plus rarement, en français. M’étant plongé dans leur lecture, je fus troublé par des contradictions et des incohérences, voire des absurdités, alors même que par ailleurs j’étais souvent ébloui par la beauté et la clarté de certains propos bouddhiques. Il m’était difficile de croire que le même homme, Siddhârtha Gautama, pouvait d’un côté avoir émis en termes si élégants des paroles aussi profondes, et d’un autre côté avoir dit si maladroitement ce qui apparaissait au lecteur exigeant, tant en français qu’en anglais, comme de véritables incongruités. Il y avait là apparemment un mystère, mais d’un autre côté la solution à celui-ci s’imposait d’elle-même : il s’agissait très probablement d’un problème de distorsion du texte original, du fait d’une transmission souvent difficile à travers les siècles, mais aussi et simplement d’une traduction défectueuse, car le même texte pouvait prendre parfois un sens très différent en fonction du traducteur !

En conséquence de quoi il ne me restait qu’une solution si je voulais pouvoir me faire une idée propre du Bouddhisme. D’une part, lire les plus essentiels des textes bouddhiques les plus originels, afin de pouvoir par recoupements détecter les incongruités dues à une mauvaise transmission des paroles du Buddha, et écarter les écrits faussement attribués à lui, en m’appuyant pour cela sur les études scientifiques des meilleurs analystes des textes bouddhiques. D’autre part, comme, pour comprendre correctement un enseignement, il faut se pénétrer de la langue dans lequel celui-ci a été donné (ou de la langue la plus proche), celle-ci sous-tendant des schémas mentaux dont le scientifique ne peut faire abstraction, il me fallait également apprendre un minimum de Pâli, la langue du Thera-vâda ou “Voix des Anciens”, manifestement le Canon bouddhique le plus originel. Ceci afin de pouvoir procéder, dans les cas les plus importants et les plus délicats, à une analyse des textes fondamentaux dans leur langue originelle.

Pour cela, trois conditions devaient être remplies au préalable : disposer de textes Pâli dans leur transcription en caractères latins, de cours introductifs au Pâli, et de bons dictionnaires. À l’époque, les textes et ouvrages en question étaient d’accès relativement difficile (ils le sont moins actuellement grâce au WWWeb, et depuis 1998 grâce au “Dictionnaire Pâli-Français du Bouddhisme originel” de Michel H. Dufour), mais je pus néanmoins m’atteler correctement à cette tâche. C’est ainsi que, au bout du compte, et à mon immense joie, même le débutant que j’étais (et que je suis encore) se trouva en mesure de constater combien les “textes”, les propos du Buddha en Pâli, étaient, une fois épurés, à la fois beaux, profonds et suprêmement cohérents.

Découverte de la liturgie Pâli

C’est dans ce contexte de découverte heureuse que mon épouse et moi avons eu la chance, lors de notre recherche pour des contacts bouddhistes à Genève, de faire la connaissance du Rév. Tawalama Dhammika. Je fus impressionné par la capacité de méditation de ce moine ceylanais, et le pris comme exemple pour la posture et l’attitude mentale adéquates. Au surcroît, cet aimable bhikkhu étant un excellent récitant des textes liturgiques Pâli (souvent désignés sous le vocable d’ensemble de pûjâ), je pris rapidement goût à ces psalmodies récitatives, dont j’avais pu constater qu’elles facilitaient énormément la tâche du méditant, le débutant comme le confirmé.

En effet, quoi de mieux, pour commencer dans la voie bouddhiste, que d’aller aux textes les plus communs, et, pour y demeurer, que d’y revenir régulièrement : ils sont les plus récités et, quoique les plus humbles, sans doute les plus à même d’une part de donner un avant-goût du Bouddhisme, d’autre part de rassembler les pratiquants dans une heureuse démarche commune. Si ces cérémonies religieuses que sont les pûjâ ne transmettent pas littéralement un savoir objectif, attachées qu’elles sont à la forme et au mythe, elles n’en transmettent pas moins, à leur façon, un savoir émotionnel et intuitif réel, qui est le savoir subjectif de l’émotion religieuse et du plaisir de la tradition.

Renaissance et pertinence du Bouddhisme

Le problème de la traduction et de la compréhension des textes liturgiques Pâli se pose dans les mêmes termes que pour les textes philosophiques fondamentaux. Le pratiquant doit absolument être conscient de la médiocrité, voire de l’ineptie d’un trop grand nombre de traductions, plus particulièrement en français (lorsque ces traductions existent !). Aussi importe-t-il, en fait il s’avère vital qu’un grand effort soit fait et que l’on dispose de traductions correctes des textes originels, afin que chacun puisse se fier au véritable enseignement du Buddha.

Et ceci alors même qu’au début de son sixième demi-millénaire d’existence l’intérêt pour le Bouddhisme est de plus en plus marqué, et ce tant chez les asiatiques que chez les non asiatiques. Et de fait, depuis un siècle, avec des hauts et des bas, le Bouddhisme renaît bel et bien en Asie (auprès de locuteurs ne connaissant généralement pas le Pâli), et depuis quelques décennies il se développe lentement mais fermement dans les pays occidentaux.

Si le Bouddhisme trouve ainsi un écho croissant auprès des occidentaux, cela est certes dû au comportement souvent exemplaire de ses représentants les plus éminents, mais ce succès est aussi et surtout dû à la valeur intrinsèque de son message (même si celui-ci n’est souvent que perçu, à défaut d’être compris…). Sa conception dynamique du monde, sa démarche intellectuelle et spirituelle à la fois empirique et rigoureuse, métaphysique mais éloignée du mysticisme, son accent sur l’expérience et le développement personnels, sa fine psychologie, ses hautes exigences morales jointes à son esprit d’ouverture et de tolérance, tout cela fait une forte impression sur les esprits occidentaux. Cela d’autant plus que le Bouddhisme, tout en étant la religion universelle la plus ancienne, peut néanmoins se vivre sans adhésion religieuse obligatoire, comme une sagesse philosophique et poétique à la transcendance plus ou moins marquée selon le tempérament et les besoins de chacun, et s’avère au surcroît être en profonde harmonie tant avec la démarche et l’esprit scientifiques qu’avec les découvertes de la science. Pour ceux qui aspirent à la fois à fortifier l’enracinement essentiel et à participer pleinement à l’évolution du monde, cette alliance de l’ancien et du moderne est à la fois stimulante et rassurante. Il est donc inéluctable, dans une société caractérisée par la brutalité des changements et, selon toute apparence, sur la pente de la déliquescence sociale, que le Bouddhisme attire de plus en plus de personnes en quête de vérité et de sérénité, désireuses d’intégrer dans une même démarche leur monde intérieur et le monde les environnant, et voulant à la fois connaître la nature de leurs liens avec le monde et embrasser le réel, tel qu’il est.

La parole du Buddha demeure largement ignorée

Hélas, bien que son message demeure parfaitement pertinent dans le monde actuel, le message du Buddha reste étrangement ignoré, y compris de nombre de bouddhistes eux-mêmes. En effet, d’une part les traductions correctes de son enseignement manquent (il n’y a tout simplement pas, en français, à la différence de l’anglais, de traduction complète de cet enseignement), d’autre part certaines écoles bouddhistes cachent soigneusement à leurs adeptes les enseignements du Buddha, qui souvent ne sont distillés aux adeptes qu’à travers les filtres interprétatifs de maîtres (un peu comme l’Église catholique des siècles passés réservait la lecture de la Bible à sa seule haute hiérarchie). Au surcroît, du fait des particularités polymorphiques de l’héritage historique du Bouddhisme, et du climat médiatique dans l’ensemble favorable mais rarement informé qui lui est fait, même les personnes s’y intéressant de plus près se retrouvent souvent frustrées dans leurs tentatives de découverte, désorientées qu’elles sont par les messages multiples (et souvent contradictoires !) qu’elles peuvent recevoir de tous les points cardinaux du Bouddhisme. On peut résumer leur situation dans une métaphore, en comparant l’apprenti bouddhiste occidental à un individu entendant l’écho d’un superbe son, mais incapable de définir le véritable lieu d’origine de ce dernier ! Donc incapable de se diriger vers la source de ce son, par là même incapable de découvrir l’instrument à son origine et l’artiste en jouant, et donc encore moins d’apprendre à en jouer !

Tout cela contribue à ce que, malgré que cela fasse plus d’un siècle que des chercheurs ou des adeptes occidentaux se penchent sur le Bouddhisme, contribuant même parfois à la renaissance de celui-ci dans certaines régions d’Asie, dans leur immense majorité les populations occidentales restent largement ignorantes en matière d’enseignement du Buddha et de Bouddhisme, le confondant souvent d’ailleurs ce dernier avec l’Hindouisme (il y aurait également beaucoup à dire, en ce qui concerne les populations bouddhistes d’Asie, en matière de connaissance réelle de l’enseignement du Buddha, mais cela demanderait une élaboration qui n’a pas sa place ici).

Ainsi, malgré un contexte historique favorable, on se trouve dans une situation quelque peu problématique, où, pour résumer, trop d’ouvrages véhiculent sur le Bouddhisme des idées erronées, attirant faussement vers lui des personnes dont les attentes particulières ne peuvent être satisfaites par celui-ci, ou au contraire faisant fuir d’autres personnes dont les attentes pourraient pourtant être largement comblées par le Bouddhisme. Comme on l’a vu, j’ai moi-même durant quelques années fait partie de cette deuxième catégorie, et c’est un concours de circonstances qui m’a incité à revenir à la charge. Pour mon plus grand bénéfice, une maladie m’a incité à creuser au-delà des apparences, à contourner les filtres déformants et à découvrir la force, la profondeur, l’intelligence et l’efficacité de l’enseignement du Buddha, l’Éveillé. Je souhaite que tous ceux qui souffrent puissent également commencer à marcher sur la voie de la sérénité, l’Ariya Atth’ang’ika-Magga, le Noble Octuple Sentier.

Copyright © 1998 Gabriel Bittar

2000

Docteur en Sciences chargé d’enseignement de phylogénétique aux Universités de Genève et Lausanne
Buddhâyatana
PO box 281, American River, Kangaroo Island, South Australia 5221






Buddhaline

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