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Pluralité

Fondements psychologiques, éthiques ,religieux et culturels de la pluralité

Par Hubert Hausemer

LA VIE NOUVELLE - Colloque national des 20 et 21 mars 1999

" Fondements psychologiques, éthiques ,religieux et culturels de la pluralité " Exposé de Hubert Hausemer.

1) Approche globale de la pluralité et du pluralisme.

1.1. Diversité des " entrées " pour comprendre la pluralité

Nous vivons dans une société qui comporte différentes caractéristiques distinctives ; Il y a donc plusieurs entrées pour comprendre la pluralité et donc plusieurs défis à relever.

On peut dire de notre société qu’elle est :

- une société industrielle (même si la matière première est moins matérielle que dans le passé)

- une société capitaliste (centrée sur le pouvoir de l’argent)

- une société néo-libérale (où le rôle de l’Etat est plus ou moins important et mis en cause)

- une société individualiste (modes de vie de plus en plus marqués par les choix individuels)

- une société post-moderne (notamment sur le plan culturel + différents types de nationalité)

- une société post-chrétienne (la religion a perdu sa capacité d’organiser l’ensemble de la société)

1.2. La pluralité n’est pas tout à fait nouvelle

La pluralité existe depuis longtemps, mais elle s’est répandue de plus en plus dans le monde ; c’est une caractéristique de plus en plus dominante et qui se présente sous des formes différentes et nouvelles ; il y a un " pluralisme des pluralités ".

1.3. La pluralité touche tous les domaines de la vie

La pluralité et le pluralisme ne caractérisent pas l’un ou l’autre domaine particulier de la vie des individus et des sociétés. Ils sont à l’œuvre dans tous les domaines.

1.3.1 Pluralisme sociologique

Aujourd’hui, le foyer n’est plus le seul lieu de vie et de socialisation ; d’un monde à dominante rurale et où la ruralité englobait toute la vie des individus et des groupes, on est passé à une société segmentée en différents domaines distincts : économique, professionnel, politique, culturel, loisirs, vie privée, etc…..chaque domaine étant lui-même fragmenté. Notre vie segmentée et fragmentée provoque l’impression dominante d’être dispersé, partagé entre de nombreux mondes, de manquer de temps, d’être stressé.

1.3.2 Pluralisme politique

Il existe une multiplicité et une pluralité de mouvements, d’organisations, de partis, de régimes, etc….Ce pluralisme est inhérent à la démocratie et se fait sentir jusqu’au niveau mondial, puisque les distances se trouvent réduites grâce aux modes de communication variés et rapides dont nous disposons aujourd’hui.

1.3.3 Pluralisme philosophique et religieux

Nous ne connaissons plus la même homogénéité dans l’explication et le sens de la vie, du monde, de la nature : il y a un pluralisme des philosophies et des religions, des systèmes de références, d’explication et de sens. S’y ajoutent un pluralisme moral, un pluralisme des mœurs, un pluralisme des genres de vie.

1.3.4 Pluralisme culturel

Beaucoup de cultures coexistent au sein d’une même société. Ce pluralisme se manifeste entre autres dans le multiculturalisme, dû à la présence de nationalités diverses et nombreuses au sein d’un même pays.

Nous pouvons ajouter deux autres formes exacerbées :

1.3.5 Pluralisme anthropologique

Pluralité des modes de pensée et des modes de vie, renforcée par la montée de l’individualisme au cours des dernières décennies.

1.3.6 Pluralisme de la raison et des rationalités (post-modernisme

2 . Difficultés à vivre le pluralisme

Le pluralisme est d’abord vécu comme une libération : rupture de ce qui était vécu comme un carcan, comme modèle unique. Mais très vite, vivre le pluralisme apparaît comme source de diverses difficultés et d’angoisses :

- il représente une perte des repères, des lignes de conduite, des orientations, surtout au plan des idées et des valeurs. Chacun est alors renvoyé à sa liberté, à ses choix, à sa propre responsabilité et à sa propre autonomie : chacun doit se donner à soi-même ses propres règles. Ceci est difficile du fait qu’on n’y est pas préparé, on se sent perdu, dépassé, et la tentation est forte de chercher un autre pour nous les donner

- il est synonyme d’absence d’homogénéité et entraîne une confrontation à l’autre, à celui qui est différent, à ce qui est différent. L’autre est l’étranger, l’étrange, l’inconnu, l’inhabituel, l’incompréhensible et est ressenti comme une menace, un danger, une source possible de conflits

Donc, le véritable défi du pluralisme est l’identité personnelle et collective !

(= 1ère affirmation !)

Et pas d’abord la paix ou l’absence de violence

Quand ce pluralisme est vécu comme une menace et provoque l’angoisse, les réponses ou les solutions adoptées peuvent être :

- des comportements agressifs et défensifs : on exclut l’autre, on l’expulse ou on le détruit, pour rétablir ou maintenir ce qu’on connaît, ce qu’on trouve familier ; on cherche à garder le même.(ex : xénophobie, racisme

- le repli sur soi ou sur son groupe, le retour aux origines, à l’identité passée, à ce qu’on connaissait ’fondamentalismes, intégrismes …)

Ces deux réactions vont d’ailleurs ensemble

3 . Causes du pluralisme

Pourquoi cette question du pluralisme se pose-t-elle aujourd’hui de façon si aiguë ? Il est étonnant que cette question ne se soit pas posée depuis plus longtemps. Il apparaît aujourd’hui à la suite des changements techniques, industriels, sociaux, etc… On n’est plus dans la société du " même ", c’est à dire une société dans laquelle l’autre est assimilé ou évacué, car il n’était pas supporté dans son altérité. La société industrielle a rompu cette homogénéité ; les frontières ont été levées, les contacts et les échanges se sont multipliés et on a rencontré une multitude d’autres.

Cependant, cette situation a existé de tous temps, même si ce fut de manière moins massive qu’aujourd’hui (ex : dans l’Antiquité, l’empire romain était largement interculturel ; au Moyen Age, il y a eu les croisades ; aux Temps Modernes, les voyages, les explorations et les découvertes se sont multipliés).

En fait donc , la principale cause du pluralisme a toujours existé mais, dans le passé, il a été très encadré et n’a’ pas eu la possibilité de se manifester ;

Le pluralisme est inhérent à la personne (2ème affirmation !)

Il y est ancré. Et la modernité n’a pas engendré le pluralisme ; elle l’a libéré.

4. La personne et le pluralisme

En quoi le pluralisme a t-il sa source profonde dans la personne ? En quoi la personne contient-elle le pluralisme ? Pour y répondre, voyons quelques aspects de la personne.

4.1. L’unicité de la personne

Toute personne est radicalement unique. Or, cette unicité relève de l’ordre existentiel et non de l’ordre des talents. Chacun doit vivre SA VIE, lui-même, tout seul ; chacun doit prendre SES décisions, lui-même, tout seul ; personne ne peut vivre ma vie à ma place ni mourir à ma place ; chacun doit mourir sa propre mort, lui-même, tout seul… Il y a donc irréductibilité, incommensurabilité entre deux personnes. L’un est pour l’autre celui qui est autre (il y a un abîme entre eux, il n’y a pas de dénominateur commun). On ne peut éviter de buter sur l’autre et ceci entraîne angoisses, insésurisation, aventures…Il y a donc forcément pluralité au niveau des personnes et c’est la pression sociale et le contrôle social des sociétés traditionnelles qui a empêché son expression.

Ceci vaut également pour les communautés qui ont chacune leur unicité (peuples, associations, etc…)

4.2. La personne est un être de relation

A la limite, l’unicité pourrait ne pas engendrer le pluralisme, mais la personne est un être foncièrement relationnel ! Les personnes uniques entrent en relation… on ne peut pas y échapper. Pour Mounier, la personne ne se construit et ne se développe qu’en relation avec l’autre. Ce n’est pas un luxe , c’est une caractéristique constitutive de la personne ! L’identité personnelle se construit dans let grâce à la relation aux autres.

4.3. La personne est un être responsable

La personne est toujours en situation de " réponse " par rapport aux appels qui viennent d’autrui : événements humains et événements structurels (situations). Par " responsabilité " , on signifie que la personne apporte une réponse authentique à l’événement et à la situation ; il ne s’agit pas ici seulement d’une réaction instinctive ou stéréotypée ; en plus la personne donne SA réponse, celle qui correspond à son unicité, et cette réponse constitue et affermit son identité. Il n’y a donc pas de pluralisme sans cette capacité de répondre ; il n’y a pas de pluralisme sans l’appel qui vient de l’autre et la réponse à cet appel.

4.4. La relationnalité est elle-même multiple et plurielle

4.4.1.relation au monde matériel : nature, univers, cosmos.

Nous ne pouvons pas le quitter cet autre qui n’est pas humain mais pourtant authentiquement autre. Notre rapport avec lui n’est pas réglé par nature .La personne lui donne des règles ; le pluralisme est une tâche, un problème que l’homme doit résoudre. L’homme n’est pas hors du monde ni noyé dedans ; il est du monde et autre ; il est du même at de l’autre ! Il n’y a pas que de l’humain en moi, mais aussi de la nature, de l’animal… Ce pluralisme est en moi et est constitutuf de moi ; j’ai à l’assumer et à le gérer.

4.4.2 relation aux autres

C’est ici que nous situons habituellement le pluralisme, surtout quand les autres apparaissent avec leurs différences En fait, il y a déjà pluralité avant même de considérer les différences culturelles< ? Celles-ci viennent s’ajouter aux précédentes. Il y a pluralité d’abord parce que les autres sont " autres " et que je suis confronté aux autres qui font partie de mon groupe, de ma culture. Mais les relations aux autres ne sont pas " naturelles " ni réglées d’avance. Elles sont à instituer, codifier et régler. Si la personne a une responsabilité par rapport au monde, elle a également la responsabilité de régler ses rapports avec les autres. C’est ici le premier " lieu " du politique : " Dès qu’il y a plusieurs, il y a politique "

4.4.3. relation de la personne (voir ci-après).

4.5. L’identité de la personne ou le moi " pluriel "

4.5.1. Il y a plusieurs " moi " en " moi "

Si la pluralité est un phénomène qui concerne les relations entre les personnes, elle caractérise aussi la personne en elle-même, dans son intimité.I

Il y a une pluralité de " moi " en " moi "(3ème affirmation !)

Si " je " parle de " moi ", on est déjà deux (" je " et " moi ")

De plus, comme nous venons de le voir, vu notre appartenance au monde, il y a de l’animal en nous. Il y a encore le moi hérité, le moi de mes projets, le moi de mes rêves, le moi de mon inconscient, le moi que je refuse d’être mais qui me colle à la peau.etc…Je forme avec moi une drôle de tribu…Je suis obligé de vivre avec moi…Il y a des " moi " de moi que je connais imparfaitement, ceux sur lesquels je me fais des illusions, des moi qui me plaisent, d’autres qui me déplaisent, ceux dont je voudrais me séparer( mais impossible sous peine de pathologie) etc .. " Je est un autre ".

J’ai à gérer cette pluralité intérieure et intime, car rien n’est réglé de manière innée, ou alors, il s’agit d’une hérédité par rapport à laquelle je dois prendre position : assumer, refuser ou changer.

4.5.2. Gérer notre pluralité intérieure, condition pour gérer nos relations aux autre.

Nous avons peut-être du mal à gérer et assumer cette pluralité intérieure. Pourtant, gérer ce pluralisme intérieur est une condition indispensable pour gérer le pluralisme extérieur : les difficultés liées à notre " tribu intérieure " entraînent généralement des difficultés dans la relation aux autres.

4.5.3. Bilan :

- L’homme ne doit pas être surpris devant l’existence de ces facettes multiples du pluralisme : le pluralisme est le milieu dans lequel il baigne depuis longtemps

- Le pluralisme reste un défi, une difficulté non réglée d’avance ; il n’est pas un bien en soi( pour l’individu et pour la communauté),mais une tâche et une responsabilité.

5. Gestion du pluralisme

Le pluralisme pose problème parce qu’il représente l’intrusion de l’autre dans mon monde à moi. Il vient rompre l’unité de mon monde. Au départ, il y a juxtaposition d’éléments hétéroclites (société multi-culturelle) ; le problème est d’arriver à une unité et à une identité (individuelle et collective) dépassant cette juxtaposition.

Mais il faut vérifier l’idée qu’on se fait de cette unité et de cette identité. Nous sommes attirés par la recherche du même, du prévisible , d’états sans angoisse. Cette tendance est compréhensible ; nous héritons en cela de la lutte de tout être humain pour la survie. Mais pensons-nous l’unité comme un bloc immuable, durable, comme une projection mythique qui finalement risque de nous servir d’alibi ? Dans ce cas, quand l’autre fait irruption, ou il doit se fondre dans le bloc ou il doit disparaître. Cependant, cette conception de l’unité est illusoire, car personne n’est monolithique, la pluralité est irréductible ! Le désir de fusion - que ce soit avec les autres, avec soi-même ou avec Dieu …- est illusoire et dangereux.

L’expérience de l’unité (identité) de la personne n’est pas celle d’un bloc homogène mais est un travail permanent de tissage et de retissage des relations entre les différents " moi " qui se trouvent dans la personne ! (4ème affirmation !)

Le résultat est toujours provisoire et constitue un " moi réseau ", une toile, un " web ".

Il ne s’agit pas seulement de relier spatialement car ce réseau est aussi temporel ; le tissage de ce réseau s’inscrit dans le temps : je suis celui que j’ai été, mais je suis aussi celui que je veux être. Ceci vaut également pour les collectivités : réseaux qui traversent le temps … l’identité n’est pas séparable de la pluralité.

Ce qui précède ne constitue nullement un plaidoyer pour la faiblesse ou le relativisme. Il s’agit bien de se construire un moi fort ; mais dont la force ne réside pas dans la monolithisme fragile et cassable (" la force des dinosaures "). La force de ce moi doit résider dans sa capacité à inventer et à réinventer des réseaux, car seuls les réseaux sont plus forts que le roc. La force du moi réside dans sa capacité à casser l’angoisse, à supporter la présence de l’autre extérieur, à assumer son autre en soi. A cette condition, je deviendrai capable de vivre avec l’autre extérieur et de refuser l’exclusion, l’intégrisme, etc…Les diverses formes de refus de l’autre constituent en fait le plus souvent des formes de faiblesse et d’incapacité à entrer en relation, qui renvoient à cette difficulté ou à cette incapacité de s’assumer soi-même (dans ce qui est différent en moi). Une identité forte consiste à réussir à tisser, retisser et régler ces relations : apprendre à vivre avec soi-même est source de force pour cohabiter pacifiquement avec l’autre.

* * *

Beaucoup de questions restent à traiter, entre autres : comment articuler le rapport à l’autre avec l’exigence de l’universalité légitime dans la société,

Remarque : " Vivre la différence "…oui, mais attention aux mots qu’on utilise, car les dérives sont toujours possibles quand on exalte la différence : on risque en fait de se crisper sur les différences (ou sur sa propre homogénéité)… je veux garder ma différence, l’autre " n’a qu’à garder sa différence …je veux rester ce que je suis et je veux que l’autre reste ce qu’il est ". A partir de sa différence, l’autre est perçu comme figé dans celle-ci et considéré comme une menace qui entraînerait l’exclusion. En fait, il vaut mieux parler du principe " d’altérité " à partir duquel chacun est reconnu et accepté comme unique, radicalement autre (et pas forcément différent ! ! !) La reconnaissance de l’altérité est une condition de possibilité des relations et n’a rien à voir avec l’exclusion de l’autre dans sa différence.

La Vie Nouvelle
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