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Pardon et réconciliation dans le bouddhisme

La notion de Karma transforme notre notion de la faute et du pardon

Par Jean-François Gantois

Le pardon et la réconciliation dans le boudhisme ont un sens sensiblement différent que celui qu’il a dans les monothéismes. D’abord, selon les érudits, le mot même de pardon n’a d’équivalent exact ni en sanskrit ni en pali. La faute ou la blessure infligée à autrui s’inscrit dans un nombre d’existences infini et non pas une seule et unique, le caractère du pardon revêt donc un caractère moins dramatique. Selon le bouddhisme, si nous sommes renés dans cette existence conditionnée, c’est en raison de nombreuses fautes et de notre manque de sagesse. Mais, puisque nous avons obtenu la précieuse existence humaine, en raison aussi de grands mérites. La loi du karma, loi de causalité, naturelle, que l’on constate mais qui nest pas une justice divine, veut que tout acte ait sa rétribution, sous forme de bonheur pour les actes positifs, sous forme de souffrance pour les actes négatifs. Cette rétribution est automatique, nul ne peut y échapper. Néanmoins, l’énergie engagée dans les actes, positifs ou négatifs, n’est pas infinie, elle s’épuise. Doù l’impermanence. Nous ne connaissons pas notre karma et ne sommes donc jamais sûrs d’obtenir ni conserver une existence favorable. Notre karma évolue en fonction des actes nouveaux que nous accomplissons. Il n’est pas une fatalité. A ce sujet, le Bouddha a dit : Si vous voulez connaître vos existences passées, considérez votre situation présente ; si vous voulez connaître vos existences futures, considérez vos actes présents (ceux du corps, de la parole et de l’esprit).

Le but, l’éveil, est l’extinction du karma, non pas l’accumulation dactes positifs pour obtenir une bonne renaissance, toujours aléatoire, mais bien de se libérer du cycle des existences conditionnées. Cette libération exige la compassion universelle, au point que les bodhisattvas subordonnent leur entrée en nirvana à la libération de tous les êtres. Nous sommes au cœur de la question. Si l’on réagit par la haine ou la violence à l’injure, au crime, à la souffrance qui nous sont infligés, nous nouons et renforçons des liens karmiques négatifs qui iront croissant sans cesse, aussi bien pour nous que pour le coupable. C’est l’entraînement assuré vers les renaissances inférieures. La vengeance relève de la haine-aversion, l’un des trois poisons fondamentaux de l’esprit, les deux autres étant le désir-attachement et la stupidité.

Dun côté, l’exigence de pardon et de réconciliation est moins dramatique dans le bouddhisme que dans les religions du Livre puisque tout acte peut toujours être transcendé. D’un autre côté, il a des conséquences incommensurables, pouvant s’étendre à un nombre infini d’existences et, de plus, être contagieux. Le pardon est donc la seule solution raisonnable, rationnelle. Le coupable subira la rétribution de son acte. Nul n’y peut rien. Mais, s’il est pardonné, la chaîne des actes négatifs consécutifs à la faute sera rompue. Quant à celui qui aura pardonné, non seulement il évitera toute conséquence négative pour lui-même, au contraire, il développera sa compassion qui relève de sa nature ultime de Bouddha, et se rapprochera de l’Eveil. En se vengeant, il subirait par entraînement les conséquences douloureuses de son acte et accroîtrait les démérites du coupable. A ce sujet, le Dalaï-Lama a dit : Se venger est comme se gratter où ça vous démange. D’abord, ça fait du bien, puis la démangeaison s’accroît et l’irritation se généralise. Pour Odon Vallet, le pardon est comme un antibiotique qui préserve la communauté de la contamination.

Le Bouddha Sakyamouni, comme tous les fondateurs des grandes religions, a été confronté à la question. Son neveu Devadatta, jaloux de son prestige, avait tenté de l’assassiner. Si le Bouddha ne lui avait pas pardonné, il se serait peut-être produit un schisme dans le sangha, car Devadatta avait de nombreux partisans.

Dans le vajrayana, la méditation sur les yidams offre la possibilité de purifier son karma en allant directement à notre nature de Bouddha. Il est question aussi de transmutation des émotions négatives dans le mahayana, dont le vajrayana est une section. Lilian Silburn, dans sa somme intitulée Le Bouddhisme, (Fayard, p. 282), écrit : « Asanga, dans un long passage d’abord cité (st.11), va plus loin encore puisqu’il suggère que c’est par l’attraction que l’on se libère de lattraction. Pour se libérer des inclinations, le bodhisattva ne les subit pas, ne les refoule pas, ne les corrige pas à l’aide de vertus, mais prend l’initiative à leur égard en les situant dans la nature absolue (...) Par le renversement du support, l’attraction replongée en sa source sélargit à l’infini et recouvre l’efficience sans que rien n’ait été vraiment éliminé : elle se transforme même en une profonde tendresse, un insatiable dévouement quand le bodhisattva se consacre tout entier au salut et au bonheur des êtres. Grâce au renoncement parfait qu’exige le salut des êtres, l’attraction ne s’exerce plus au profit du moi qui est aboli, et son énergie purifiée brille d’un intense amour. »

Le pardon concerne surtout des actes exceptionnellement graves, de ceux dits, dans le bouddhisme, aux conséquences incommensurables qui entraînent une renaissance immédiate dans les enfers les plus douloureux, sans même passer par l’état intermédiaire entre une mort et une renaissance (bardo), selon le vajrayana. Ces cinq actes aux conséquences incommensurables sont : tuer son père, sa mère, un arhat ou son lama, semer la discorde dans le sangha, blesser délibérément un Bouddha. Les cinq actes aux conséquences presque incommensurables sont tuer un moine ou une nonne, séduire un moine ou une nonne, détruire ou mutiler des représentations de Bouddha, des Ecritures ou un temple.

On peut considérer que les grands criminels de l’histoire récente, les Hitler, Staline, Mao, ou les Khmers rouges, se sont rendus coupables d’actes aux conséquences (presque) incommensurables. Leurs rescapés peuvent-ils pardonner ? Comment pourraient-ils pardonner au nom de ceux qui ont été massacrés ? L’important est de comprendre la loi du karma et de rompre la chaîne des entraînements négatifs dont l’accumulation a abouti à l’accomplissement de ces actes monstrueux. Cest aussi de ne pas oublier, afin d’éviter le renouvellement de ces tragédies. L’esprit doit être clair : la sagesse exige de refuser toute sorte de chantage, du genre : si vous ne me pardonnez pas, quoi que jaie fait, cest que vous êtes inconséquent avec votre tradition. Le Dalaï Lama a pardonné aux communistes chinois, sans contrepartie, sans chantage, sincèrement.

La compassion relativise la faute. Elle permet une détente évitant l’aggravation du mal. Elle offre au coupable une issue pour sengager dans une autre voie. Mais il faut toujours garder à l’esprit, dans le bouddhisme, qu’il ny a pas de vérité unique ni de justice absolue, sauf dans la réalisation de la nature ultime, la bouddhéité. Il n’y a ni ordre parfait, ni vérité unique et transcendante pouvant servir de base pour imposer quoi que ce soit à quiconque. Les vérités sont plurielles, tout est relatif : les fautes et le pardon, et nul n’est dans l’absolu de la vérité et de l’erreur. Chacun subira les conséquences de ses actes et ce qu’il vit est la conséquence d’actes accomplis antérieurement.

L’harmonie entre les êtres est importante. Le Bouddha avait instauré une sorte de confession parmi ses moines. Tous les quinze jours, chacun devait reconnaître publiquement ses manques envers la communauté. En cas de litige entre deux ou plusieurs moines, la communauté était prise à témoin et rendait un jugement. Chacun s’engageait à respecter ce jugement. Ainsi, l’harmonie régnait. De même, la parabole des quatre animaux. L’éléphant, le singe, le lièvre et le corbeau se disputaient pour savoir quelle devrait être la hiérarchie entre eux. Ils prirent à témoin un arbre pour connaître leur ancienneté. L’éléphant déclara avoir connu l’arbre quand il en a goûté les feuilles ; le singe, lorsqu’il a pu jouer avec ses premières branches ; le lièvre a déclaré avoir assisté à sa sortie de terre et le corbeau avoir lâché la graine qui est devenue cet arbre. Ainsi, acceptant cet ordre, contraire à la longévité naturelle, ils vécurent en harmonie. La tradition ajoute que conserver chez soi cette représentation est un gage d’harmonie familiale.

La contagion du mal, notamment par la vengeance, est une application de la loi de l’interdépendance. Le méditant bouddhiste est invité à considérer son ennemi (celui qui veut lui nuire ou s’oppose à lui) comme son maître, qui lui révèle ses défauts, alors que ses amis, par leur flatterie ou leur admiration, renforcent son illusion de l’ego, son orgueil. Par le développement de la miséricorde et de la compassion, exprimées, dans le vajrayana, par la pratique de Tchenrézi (Avalotikeshvara), il aura pour principal, puis unique souci, de rapprocher tous les hommes entre eux, d’apaiser les conflits, sans jugement, sans considération partisane d’amis ou d’ennemis, qu’ils soient bouddhistes ou non. Il se gardera de juger les autres traditions spirituelles, considérant que les fondateurs des grandes religions sont tous des bodhisattvas ayant exprimé leur sagesse par un enseignement adapté aux hommes et aux cultures de leur temps. Il verra aussi en chaque être une ancienne mère à laquelle il doit rendre la bonté quun être humain doit à sa mère actuelle. Voir en Hitler ou Pol Pot son ancienne mère est peut-être une vision surhumaine. Elle est néanmoins celle du bodhisattva. Il ne peut que faire des vœux pour que ses actes aux conséquences (presque) incommensurables ne se généralisent pas et qu’elle vainque promptement l’illusion, l’ignorance fondamentale, qui l’ont amené où elle est tombée.

Les écritures disent : pourquoi détester l’lhomme qui nous frappe avec un bâton alors que c’est du bâton que l’on reçoit vraiment la souffrance ? Proposition absurde mais éclairante qui signifie que ce que l’on doit haïr nest jamais l’être souffrant en raison de son ignorance mais l’ignorance elle-même.

2000






Buddhaline

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