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Padmasambhava

La vie de Padmasanbhava, fondateur de la tradition Nyingma du bouddhisme tibétain.

Par Stephen Batchelor

PADMASAMBHAVA :

LA TRADITION NYINGMA

Baignant dans le bouddhisme de Shantideva, mais menacé par la désintégration politique ambiante, le Dharma se fraya un chemin de l’Inde à travers l’Himalaya jusqu’au Tibet. Shantideva vécut entre les règnes des deux rois tibétains qui établirent le bouddhisme dans le pays : Songtsen Gampo et Trison Detsen. Au premier on attribue l’unification des factions rivales du plateau tibétain et la création de la nation tibétaine. Il épousa une princesse chinoise et une princesse népalaise, qui arrivèrent à Lhassa chacune avec une statue du Bouddha en cadeau. Le roi chargea son ministre Tönmi Sambhota d’élaborer une langue écrite devant servir de véhicule à la traduction des Ecritures bouddhiques en tibétain. Le deuxième roi s’appuya sur les réalisations de son prédécesseur et les développa à la fois sur le plan politique - en élargissant le territoire du Tibet (il occupa même un certain temps une partie de la Chine et de l’Inde) - et sur le plan spirituel, en établissant le bouddhisme comme religion d’Etat. A cette fin, il invita l’une des dernières grandes personnalités de Nalanda, le célèbre abbé et philosophe Shantarakshita. Celui-ci fut chargé de fonder un monastère sur les rives du Brahmaputra à Samyé, afin d’y ordonner les premiers moines tibétains. Il s’acquitta bien de sa mission, mais non sans avoir eu recours à l’adepte tantrique indien Padmasambhava.

Bien qu’on considère généralement que Padmasambhava arriva au Tibet en 770, la vie qu’il mena antérieurement et postérieurement à cette date n’a pu être établie avec précision, ni historiquement, ni géographiquement. Sa biographie, le Padma Tang Yig, est l’histoire d’une figure mythique - à la fois moine, chaman, yogi et savant - qui représente, au travers d’une série d’épisodes épiques très symboliques, un idéal d’illumination à la fois attachant et simple d’approche pour les Tibétains du huitième siècle.

Dire de Padmasambhava qu’il est « né » est déjà problématique. Il apparaît pour la première fois au pays d’Uddiyana, un endroit que certains situent dans la Vallée du Swat du Pakistan moderne et une partie du royaume du roi Ménandre, mais dans lequel d’autres voient plutôt un lieu mi-divin, mi-terrestre. Il y a très longtemps, le bodhisattva Avalokiteshvara, voyant le pays d’Uddiyana ravagé par la famine et la sécheresse, implora l’aide du Bouddha Amitabha. Celui-ci répondit à la prière en projetant la syllabe mystique HRI de son coeur, syllabe qui se transforma en un sceptre (vajra) en or, au centre d’un lotus. A son tour le sceptre se changea en un garçon de huit ans auréolé de lumière aux couleurs de l’arc en ciel. Ainsi apparut, selon la légende, Padmasambhava, « Celui-qui-est-né-du-Lotus », en ce monde. La pluie déferla en cascade, mettant fin à la sécheresse et à la famine qui sévissaient au pays.

La séquence suivante de la légende de Padmasambhava est calquée sur la vie archétype du Bouddha lui-même. Le roi d’Uddiyana adopte le garçon qu’il éduque en vue de lui succéder. Plus tard, un mariage avec une princesse est arrangé. Mais le jeune homme, déjà las des plaisirs de ce monde, renonce à famille et royaume. Mais au moment du départ, il est accusé du meurtre de sa femme et du fils d’un ministre et banni du pays d’Uddiyana. Le tour inattendu que prend l’acte de renoncement donne une première indication des interactions courroucées que Padmasambhava allait avoir avec la société, une caractéristique qui le distingue de Gautama et annonce l’adepte tantrique qui aura recours à l’usage de la force pour contrecarrer les conditions instables de son temps.

Padmasambhava erre à travers l’Inde, méditant dans les cimetières, étudiant tous les arts et les sciences de son temps, la philosophie, l’astrologie, la médecine, la poésie... Il obtient une parfaite maîtrise des textes bouddhiques canoniques et est initié aux doctrines secrètes des tantras. Extérieurement, c’est un bhikshu au crâne rasé revêtant les robes jaunes d’un moine, mais intérieurement, il habite des mandalas tantriques éclatants et s’unit avec les dakinis.

Puis un jour, après des années d’absence, il retourne à Uddiyana, accompagné de sa disciple, la princesse Mandarava. Très vite reconnu par le roi et ses ministres, il est condamné à être brûlé vif. Le bûcher fume trois semaines durant. Quand le roi se rend sur le site, au lieu d’un feu fumant, il trouve un grand lac au milieu duquel Padmasambhava et Mandarava dansent en union sur un lotus géant auréolé d’arcs en ciel chatoyants. Très impressionné, le roi implore Padmasambhava de l’instruire dans la voie spirituelle. Celui-ci accepte et demeure à Uddiyana treize ans ; puis il reprend sa vie itinérante, voyageant en Inde, au Népal, en Asie du sud-est et même, selon certaines sources, aussi loin que la Chine, la Russie, la Perse et l’Egypte, pour finalement se fixer près de Bodh Gaya, où Gautama reçut l’illumination.

Pendant ce temps, au Tibet, l’abbé Shantarakshita se débattait contre maintes difficultés pour construire le premier monastère qui permettrait d’établir le bouddhisme dans le pays. Non seulement il avait à affronter la résistance des prêtres et des chamans de la religion autochtone, le Bön, mais son action était constamment entravée par les esprits locaux. Un jour, le roi Trisong Detsen vint chercher conseil auprès de lui. « Je me suis efforcé de parfaire l’esprit du Bodhisattva », répond l’abbé,

Si bonté et douceur ne peuvent prévaloir, il faudra nous en remettre à celui qui fait reculer toutes les forces négatives pour finalement les subjuguer. En ce moment, le Docteur d’Uddiyana, Padmasambhava, réside près de Bodh Gaya, en Inde. Invitez ce Bouddha vivant et toutes vos aspirations pour le Tibet se matérialiseront.

Padmasambhava accepte l’invitation, et pendant des mois parcourt le Tibet, soumettant les esprits locaux en leur faisant jurer de protéger et de servir le Dharma. Chaque rencontre est décrite comme une bataille magique contre des êtres démoniaques qui émergent des glaciers, des montagnes et des vallées, pour être finalement apprivoisés par Padmasambhava. Ces histoires montrent comment l’attachement des Tibétains aux esprits locaux de leur culture, au lieu d’être refoulé, est transmuté vers une aspiration pour les vérités plus élevées du bouddhisme.

Quand Padmasambhava rencontre le roi Trisong Detsen sur les rives du Brahmaputra, le puissant souverain rechigne à lui rendre hommage. Alors Padmasambhava « retourne ses mains et, faisant jaillir une flamme miraculeuse d’un de ses doigts, fait s’enflammer les habits du roi. C’en est trop pour le roi, les ministres et les courtisans qui l’accompagnent : d’un seul mouvement ils s’inclinent, comme fauchés par une faux ». Au moins dans le principe, cette anecdote se veut un pendant à la rencontre du Bouddha et des cinq ascètes à Sarnath, et symbolise la transformation d’un puissant Etat guerrier en un Etat soumis au Dharma.

Padmasambhava ne fait qu’une bouchée des esprits qui entravent la construction du monastère de Samyé ; il réussit même à les enrôler la nuit dans le projet. Une fois le monastère terminé, en 779, Shantarakshita donne l’ordination aux « Sept Candidats », les premiers bhikshus tibétains, formant ainsi la première sangha monastique. Puis, avec Padmasambhava, il entreprend de superviser les débuts de l’immense travail de traduction de l’intégralité du canon bouddhique du sanskrit et du chinois en tibétain.

Padmasambhava transmit de nombreux enseignements tantriques aux disciples qui se pressaient auprès de lui, mais il se rendit bientôt compte que les gens n’étaient pas prêts pour les doctrines et pratiques les plus avancées. Aussi aurait-il codé des textes dans un langage lapidaire qu’il aurait ensuite cachés dans des temples, des grottes, des crevasses de montagne... ; il prédit que ses disciples de l’époque réapparaîtraient pour en révéler le sens caché quand le temps de leur dissémination serait mûr. Ces enseignements secrets furent appelés terma (trésors) et ceux qui devaient en révéler le sens des tertôn (révélateurs de trésors).

La vie de Padmasambhava à la cour tibétaine ne faisait pas l’unanimité. Peu après son arrivée, le roi Trisong Detsen lui offrit en présent sa femme, Yeshé Tsogyel, épousée deux ans plus tôt. Cet acte de générosité fit scandale et suscita la colère des ministres restés fidèles à la religion Bön. Le couple dut fuir à Tibrom, dans une grotte située au nord-est de Lhassa, jusqu’à ce que les esprits se soient apaisés.

Enfin le jour arriva où Padmasambhava dut rentrer dans son pays, escorté jusqu’à la frontière par une foule de disciples. Au moment de la séparation, il exhorta ses disciples à se vouer entièrement à la pratique du Dharma, puis il « enfourcha un cheval ailé qui surgit du ciel et, s’envolant dans un nuage rayonnant de toutes les couleurs de l’arc en ciel, il disparut sur les rayons du soleil ».

Voir aussi l’artiche du même auteur consacré à Kangyur Rinpoche et l’implantation du centre de la Côte de Jor en Dordogne.

Extrait du châpitre 6 de "The Awakening of the West", de Stephen Bachelor, Parallax Press, (traduction Daniel Milles) ISBN 1-85538-343-8

Octobre 2000

Terre d’Eveil-Vipassana
8 rue Crébillon
94300 Vincennes


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