BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Même rubrique

Les banques du temps : une spécificité italienne - Elisabetta Bucolo
La mondialisation vue sous l’angle social - Laurent Laot
L’économie solidaire - Conversation avec Jacques Archimbaud - La Vie Nouvelle
Les systèmes d’échanges locaux - Smaïn Laacher
L’économie solidaire en pratique - Bernard Eme
Economie solidaire et tiers secteur - Jean-Louis Lavillle
Donner du sens à l’argent : l’épargne solidaire - Michel Dughéra
Autres textes
Une idée de responsabilité du monde - Vaclav Havel
Ecoute l’Esprit : la paix et le pardon - Michael Amaladoss
Les impératifs du développement durable - René Passet
Un antibiotique naturel : la propolis - Jeanne Dumont
Les quatre Mantras ou la vraie présence - Thich Nhat Hanh
La montagne, laboratoire permanent d’autodéveloppement - Robert de Caumont
La transmission du Tantra de Kalachakra - Sofia Stril-Rever
Philippe Merlant

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Intégration > Société > Economie solidaire


Nouvelle économie : Entre start-up et économie solidaire

La question reste de savoir comment la sphère marchande privée peut intégrer de façon cohérente le rôle croissant du facteur humain et de la relation en son sein

Par Philippe Merlant

Le lien d’association trouve son authentique traduction dans l’économie sociale et solidaire.

Mais il concerne aussi les entreprises privées. Quatre réformes permettraient à celles-ci de répondre de façon cohérente au rôle croissant du facteur humain.

Comment expliquer ce paradoxe qui fait que ceux qui se regroupent pour créer une “société” de capitaux sont appelés des “associés”, et ceux qui fondent une structure de l’économie sociale (une mutuelle, par exemple) se retrouvent nommés “sociétaires” ? Les mots sont parfois cruels. Car cette confusion des termes n’indique-t-elle pas que la frontière entre les deux sphères n’est pas aussi étanche qu’on l’imagine généralement ? La “nouvelle économie” vient redonner une actualité à cette question…

Prenons l’exemple d’une start-up. Dans la grande majorité des cas, c’est une relation de type “associationniste” qui fonde la création d’une entreprise de ce type : l’envie que chacun se réalise dans un projet collectif, le souci de la qualité de vie au travail, la convivialité, le souhait de rapports non hiérarchiques, le partage du savoir et des connaissances… tout cela importe beaucoup plus, au démarrage tout du moins, que l’appétit d’argent ou la soif de pouvoir. Mais le cadre capitaliste dans lequel cette start-up évolue et se développe va l’empêcher d’aller au bout de son projet fondateur. Le stress interne, la pression de l’environnement concurrentiel et les sollicitations alléchantes des repreneurs potentiels vont progressivement la détourner de ses objectifs initiaux pour l’orienter vers la quête du bénéfice maximal, actuel ou à venir.

Ainsi, la relation associationniste ne peut trouver une authentique traduction que dans les structures relevant de l’économie sociale et solidaire :

- l’économie sociale, car en posant clairement la question de la propriété de l’entité économique et en affirmant le principe “1 homme = 1 voix”, elle rétablit le postulat d’égalité qui fonde le lien d’association ;

- l’économie solidaire, car en mettant l’activité économique au service d’un projet plus global, généralement de nature sociale et/ou écologique, elle pose la question de ce qui relie la structure et son environnement. Autrement dit, elle resitue l’association au sens étroit du terme (les structures de l’économie solidaire adoptent souvent le statut associatif) dans une logique d’association plus globale, entre l’équipe interne et la société tout entière.

On le voit : le principe association peut s’avérer un excellent vecteur pour redonner du sens politique au tiers-secteur. Car il resitue sa pluralité même dans une logique de complémentarité, et non de concurrence ou d’affrontement idéologique.

Quatre réformes pour un effet levier

Cela étant posé, si l’on admet que le lien d’association innerve aujourd’hui toute la société, l’économie sociale et solidaire n’en a, bien sûr, nullement le monopole. Naturellement traversées par cette évolution du lien social, les entreprises privées doivent également s’y adapter. Or, l’économie plurielle ne saurait se réduire à la coexistence pacifique de sphères totalement étanches les unes aux autres.

La question reste donc entière de savoir comment la sphère marchande privée peut intégrer de façon cohérente le rôle croissant du facteur humain et de la relation en son sein. Quatre réformes pourraient sans doute produire un effet significatif de ce point de vue.

1 - Voilà cinq ans, le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise (CJD) s’est prononcé pour l’instauration d’un “droit de l’entreprise”. Juridiquement, en effet, l’entreprise n’existe pas : seule est reconnue en droit la société de capitaux. Pour le CJD, cette confusion aboutit à ne reconnaître comme “parties prenantes” que les seuls actionnaires, alors que l’entreprise “de droit” pourrait mettre sur un pied d’égalité apporteurs de capitaux et apporteurs de travail (et surtout, de plus en plus, de compétences), dans les modes de pouvoir comme dans la répartition de la richesse créée.

2 - Un outil tel que le “bilan sociétal” (mis au point, cette fois, par le CJDES, qui regroupe les Jeunes Dirigeants de l’économie sociale) pourrait, et devrait même, s’appliquer aux structures privées de l’économie de marché. Il permettrait d’évaluer ce que chaque entité économique, quel que soit son statut juridique, apporte et détruit, sur les plans sociaux, écologiques, civiques et sociétaux.

3 - Comme le préconise Roger Sue dans son dernier livre, les rapports entre entreprises et associations devraient trouver une nouvelle dynamique, dépassant le cadre classique du mécénat. Ainsi, le soutien financier des acteurs privés pourrait apparaître comme la contrepartie – légitime et évaluée – de la création de richesses écologiques et sociales par les acteurs associatifs. De même, l’entreprise, en accordant des crédits d’heures à ses salariés, admettrait explicitement que l’engagement associatif leur apporte des compétences (sens de la relation, prise de responsabilité, capacité d’initiative, esprit critique…) dont elle peut tirer le plus grand profit.

4 - Enfin, un nouveau type de contrat devrait être créé, à mi-chemin du droit du travail et du droit commercial, afin de traduire sur le plan juridique toute relation de type “associationniste” entre différentes entités économiques (qu’il s’agisse d’entreprises, d’associations ou de travailleurs indépendants). Voilà cinq ans, le CJD a également pris position à ce sujet : “ Il s’agit à la fois d’assouplir le droit du travail afin de permettre l’essor de la multiactivité et d’introduire dans le droit commercial tous les éléments de protection nécessaires 1. ”(par exemple, un délai de préavis serait exigé avant qu’un donneur d’ordre puisse se priver des services d’un travailleur indépendant).

Ces réformes seraient, sans nul doute, susceptibles de produire un effet levier significatif. Elles représenteraient autant de signaux facilitant l’inscription de la sphère marchande privée au sein d’une économie plurielle. Elles permettraient enfin aux entreprises privées de se revendiquer légitimement, elles aussi, du principe association n

1. L’Entreprise au XXIe siècle, p. 122 (Flammarion, 1996)

Février 2001






Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling