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Nous avons besoin de compassion

Par Lama Thubten Yeshe

Cette méthode de yoga de L’Inséparabilité du Maître et de Tchènrézi a été rédigée par le XIVème Dalaï Lama. Comme vous le savez, les Tibétains croient que le Dalaï Lama est l’incarnation de Tchènrézi, le Bouddha de la compassion. Etre Dalaï Lama n’est pas la même chose qu’être président d’un pays ou être un souverain puissant que le peuple prend pour un dieu. Si vous étudiez l’histoire de Sa Sainteté, vous serez étonné par la façon dont il a été trouvé et reconnu, c’est inimaginable : des choses incroyables se sont passées.

Sa Sainteté a donc écrit cette sadhana, à l’âge de onze ans, je crois, à la suite des requêtes innombrables de certains de ses disciples. Le texte commence par une brève introduction, qui débute par un éloge à Lama Tchènrézi, le lama un et inséparable de Tchènrézi ; en d’autres termes : l’essence de la compassion de tous les Bouddhas, pareille à la pleine lune. La pleine lune exprime l’idée de totalité. La compassion de tous les êtres suprêmes des dix directions est assemblée et manifestée sous la forme divine de Lama Tchènrézi, qui est également le nectar le plus béni.

Sa Sainteté dit ensuite que toutes les réalisations dépendent du gourou. Bouddha explique cela à la fois dans les Soutras et dans les Tantras. Les réalisations dépendent particulièrement de notre propre guide spirituel : en comprenant son unité avec Tchènrézi, nous le prions de nous enseigner la voie parfaite, sans erreur.

La racine de toutes les plus hautes réalisations est le gourou. Bien sûr comme Sa Sainteté le sous-entend, la déité n’est pas uniquement Tchènrézi. Elle peut être n’importe quelle déité ; il y a de multiples manifestations de gourou et de déité pour convenir aux différents êtres sensibles.

Puis Sa Sainteté affirme que le cœur authentique du Mahayana est la bonté aimante et bodhicitta. C’est ce qui devrait être souligné. Il dit que ces deux choses sont importantes, pas pour une fois ou deux, mais dès le début de la voie, tout au long de la voie, jusqu’à sa fin. On accorde une importance particulière à bodhicitta et à la bonté aimante à toutes les étapes du développement.

Examinons pourquoi elles sont si importantes au début de la voie. Si nous n’avons ni bonté aimante, ni bodhicitta, nous ne pouvons pas développer le désir, la volonté, le souhait enthousiaste, de commencer à réaliser le chemin vers l’éveil pour le bien de tous les êtres sensibles, nos mères. De même, l’inspiration et l’énergie puissante dont nous avons besoin pour concrétiser ensuite toute la voie, proviennent de la bonté aimante et de bodhicitta.

Mais nous sommes paresseux. Au cours de nos méditations, il nous arrive de dormir. Nous n’éprouvons pas suffisamment de compassion envers autrui, c’est de là que vient notre paresse. Si vous souhaitez vraiment aider les autres, vous devriez être sans cesse affairé (pas physiquement affairé, vous comprenez...). Ne rien faire de cette précieuse renaissance humaine est un tel gâchis de temps. Nous n’avons pas d’énergie pour méditer ou pour travailler pour les autres car nous ne comprenons pas que le potentiel d’éveil existe également dans chaque être vivant universel. Dès que vous aurez compris cela, vous aurez confiance en vous et l’inspiration viendra. Vous vous sentirez vraiment quelqu’un. Vous « serez ». Au lieu de chercher toujours ailleurs ce qui est précieux, réalisez que c’est vous qui êtes précieux. Vous êtes le joyau.

Pourquoi bodhicitta et la bonté aimante sont-ils si importants jusqu’à l’éveil ? Lorsque vous vous retrouvez dans le samsara, par exemple, vous oubliez complètement la souffrance des autres êtres sensibles. Vous prenez plaisir à manger, à dormir, à intoxiquer vos sens au maximum. Vous oubliez les autres. C’est cela la nature de l’attachement. Cependant, lorsque l’on atteint la Bouddhéité, l’éveil, on est empli de compassion pour autrui. Telle est la compassion du Bouddha, il tremble de compassion pour autrui, à tel point que ses manifestations égalent plusieurs milliers de millions, toutes afin de venir en aide aux êtres sensibles universels.

Vous souvenez-vous du nirvana ? Selon les enseignements du Mahayana, la personne qui réalise le yoga tantra du Mahayana devrait éviter le nirvana. Supposez que quelqu’un vous dise : « Bien, tu n’as aucun souci à te faire. Tu restes simplement assis là, ne fais absolument rien. Je te donnerai tout, les choses les plus extraordinaires. Tu n’as rien à faire, tu n’as pas à aider les êtres. » Ou bien, d’un autre côté : « Bien que cela soit difficile, tu peux aider les êtres. » Laquelle de ces propositions choisirez-vous ? Choisirez-vous de prendre du bon temps plutôt que d’aider autrui, bien que cela soit difficile ? Sommes-nous sur la même longueur d’onde ?

La personne qui la première en traça les plans pensa : « Nous mettrons ces fleurs ici et là, et quelque chose d’autre là-bas... » Avant que le jardin prenne forme réellement sur le sol, le créateur l’avait visualisé. Sans l’idée, sans l’esprit, où se trouve le parc magnifique ? Où tout se trouve-t-il ?

Par exemple, disons que vous voulez construire une maison. Vous allez voir l’architecte et vous lui dites : « J’ai quelques idées, pouvez-vous les utiliser et dessiner une maison pour moi ? » Ensuite il imagine tout, le visualise. Ceci est sa projection. D’abord la maison est dans son esprit, puis doucement elle prend la réalité de la forme. C’est pareil ici pour le mandala de Tchènrézi. Si vous comprenez la procédure, vous pouvez voir que toutes les choses incroyables qu’il contient, sont une manifestation d’énergie mentale, une manifestation de l’esprit. Tout est une transformation de l’énergie de l’esprit. D’accord ?

Si vous comprenez cela, alors quand vous visualisez le mandala de Tchènrézi, par exemple, votre esprit devient automatiquement transcendantal. Tant que votre perception de la réalité est une perception de beauté, cette vision, cette perspective, devient votre réalité. Tout rayonne. C’est de cette façon que nous pouvons comprendre que le paradis, la demeure sacrée de la déité, n’ait pas d’existence externe quelque part. C’est la manifestation de la sagesse divine, de l’énergie pure transformée en beauté.

Extrait d’un enseignement donné par Lama Yéshé, en Australie en 1976
Traduction Sam Regad

Fondation pour la Préservation de la Tradition Mahayana (FPMT)
Centre Kalachakra - Centre de bouddhisme tibétain
5, passage Delessert - 75010 Paris
Tél/Fax : 01 40 05 02 22


http://www.centre-kalachakra.net/





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