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> Bouddhisme > Intégration > Art de vivre > Santé et nutrition


Nourrir la pratique

L’attitude face à la nourriture dans le bouddhisme ancien

Par Michel Henri Dufour

L’alimentation est, dans nombre de sociétés, la source de multiples attachements ou rejets, de tabous, d’opinions et de dogmes. C’est également, avec tous les “régimes” qu’elle peut susciter, une préoccupation dominante de notre modernité ainsi qu’un enjeu commercial important.

Pour un bouddhiste tout est nourriture, dans le sens de ce qui permet d’exister (combustible, essence nutritive, cause), que ce soit la nourriture matérielle, le contact des fonctions sensorielles avec le monde extérieur, la (les) conscience(s), ou la volition. Aucune de ces différentes nourritures ne possède plus d’importance ou de noblesse que l’autre, chacune étant nécessaire au fonctionnement harmonieux de l’ensemble corps/esprit humain, si précieux pour la réalisation de la Vérité ultime.

Les laïcs

Dans le bouddhisme ancien il n’existe pour les laïcs aucune prescription particulière en ce qui concerne l’alimentation. On n’y retrouve en effet pas cette obsession de la “pureté” comme dans le brahmanisme ou le jaïnisme ; les tabous en ce domaine, que l’on peut éventuellement rencontrer dans certains pays “bouddhistes”, sont étrangers à l’Enseignement du Bouddha et émanent de traditions religieuses différentes ou de l’animisme sous-jacent.

Le laïc se comportera vis-à-vis des aliments qu’il absorbe comme vis-à-vis de toutes choses, considérées comme objets susceptibles de créer l’attachement générateur de souffrance. En ce sens la pratique d’un bouddhiste sérieux ne sera pas foncièrement différente de celle d’un moine, la séparation n’étant pas si grande que certains voudraient le faire croire, ce sont simplement les conditions environnementales qui changent.

Tout laïc étant censé observer les préceptes de base (au nombre de cinq), en particulier le premier enjoignant de ne pas léser les êtres vivants, il lui appartient, et à lui seul, de prendre les décisions relevant par exemple de sa consommation ou non de produits carnés, en contemplant de façon réaliste l’étendue de sa responsabilité en fonction de ses actions intentionnelles (volontaires et conscientes).

Les moines

La nourriture fait partie des quatre besoins essentiels du moine (les autres étant les vêtements, le logement et les remèdes) et à ce titre doit être acquise de façon harmonieuse, non violente, sans ostentation, et en étroite dépendance avec la communauté des laïcs. C’est pour cela que la nourriture est offerte au moine, qu’il doit la consommer avec gratitude et la considérer avec pragmatisme. De nombreux points de son Code de discipline, Paatimokkha, régissent ce domaine.

Avant le repas le moine récite une réflexion sur ce qu’il s’apprête à prendre ; ce texte peut également constituer une saine base de contemplation pour tout bouddhiste :

« Nous utilisons la nourriture offerte en la considérant de façon correcte : non pas pour s’amuser, ni pour se gaver, ni pour s’engraisser ou pour la beauté du corps ; mais seulement pour entretenir le corps et le conserver en bonne santé nécessaire à la vie pure, pensant : nous allons ainsi détruire la sensation précédente de faim sans produire une nouvelle sensation due à trop de nourriture. Nous serons ainsi libres de toute maladie du corps et vivrons sans inconfort. »

Le moine mange en silence, dans la vigilance analytique (sati) en s’appliquant à contempler sa nourriture selon les divers aspects qui y sont liés, dans un véritable esprit de méditation : la connaissance des ingrédients de sa nourriture, de la véritable nature non attirante et non permanente de sa nourriture, du non-attachement à sa nourriture.

Diverses règles sont à observer pour celui “qui a quitté la vie du foyer”, en particulier il ne lui est pas permis de manger après le passage du soleil au zénith. Néanmoins, toujours dans un souci de réalisme et d’évitement de vaines austérités, en dehors de la période prescrite pour prendre le repas quotidien, le Bouddha a autorisé dans le Code de discipline monastique ancien la consommation de certains aliments reconstituants pour les moines malades et pour ceux qui éprouveraient de la fatigue ou de l’inconfort liés, par exemple, à un travail physique intensif. Ces aliments (considérés comme des remèdes à l’époque du Bouddha) étaient : le beurre clarifié, le beurre frais, l’huile de Tila (sésame), le miel, la mélasse. Ces produits sont remplacés de nos jours par le fromage ou le chocolat ! Les diverses spécifications relatives aux aliments et aux remèdes (les deux se confondant parfois) autorisés sont décrites dans le sixième chapitre du Mahaavagga, l’une des divisions du Livre de la Discipline, le Vinaya Pi.taka.

Il existe des règles particulières concernant les pratiques plus poussées permises par le Bouddha, et observées volontairement par les moines dans certaines circonstances. À l’inverse des règles du Paatimokkha elles ne présentent pas de caractère obligatoire et sont pratiquées dans le but du contentement et de la simplicité des besoins. Elles sont largement répandues chez les moines de la tradition de Forêt, ces moines se remarquant par leur diligence et leur impeccabilité. Ces (treize) règles (dhuta“nga) s’appliquent aux vêtements, à la nourriture, au mode d’habitation et à l’effort. Celles qui regardent tout spécialement la nourriture sont : aller chercher la nourriture offerte par les laïcs ; ne pas choisir le donateur de la nourriture ; ne manger qu’une fois par jour, en demeurant à la même place ; manger toute la nourriture uniquement dans le bol ; ne plus prendre de nourriture après avoir montré que l’on est rassasié.

Toutes les règles relatives à l’alimentation, volontairement observées, n’ont pour but que de cultiver la modération et le contentement vis-à-vis de la nourriture offerte, seule attitude correcte pour tous ceux qui se sont engagés dans la voie monastique instaurée par le Bouddha.

source : Samsâra

Association Bouddhique Theravâda
c/o Michel Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel, 71000 SANCÉ -
Tél. : 03 85 20 14 42


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