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Claude Aufort

Notre société fabrique de l’enfermement par Claude Aufort

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Notre société fabrique de l’enfermement

Que faire face aux problèmes de violence , de dépression et d’enfermement ? Comment créer les conditions d’une vie digne, d’une estime de soi suffisante ?

Par Claude Aufort

Que faire face aux problèmes rencontrées par les jeunes des banlieues, par les couches les plus pauvres ? Comment répondre à la haine de certains, à la violence ou à la dépression, à l’enfermement, sur soi, sur son quartier ? Comment créer les conditions d’une vie digne, d’une estime de soi suffisante ? Les lignes qui suivent sont un essai de réflexion autour de ces questions.

L’alternative pointée par les travailleurs sociaux dans les quartiers difficiles est entre dépression et violence. Alternative qui n’en est pas vraiment une. Le couple violence - dépression s’auto-alimente et prend des formes variées suivant les contextes. Que faire ? L’importance de la question ouvre-t-elle le champ à un questionnement des fondements de notre société.

Des efforts trop isolés.

Le problème de la société est global. Si l’observation est souvent pertinente, les diagnostics, l’analyse de ces phénomènes ne sont pas à l’unisson. Aucun consensus ne se dégage. C’est toute la question de la globalité de ce phénomène : il est à prendre par tous les bouts.

Quand le rapport Wrezinski est sorti sur « Pauvreté – Précarité », il montrait l’importance d’un action coordonnée et simultanée, comme condition pour arriver à lutter efficacement contre la pauvreté : revenu, logement, travail, famille, formation, etc. Mais il est difficile d’agir sur tous ces points. Cette action souhaitée sur l’ensemble des phénomènes est une remise en cause avant d’être une possible remise en route de la société, de ses habitudes, de ses évolutions,…

Pour plus de facilité, on prend des mesures particulières, trop isolées, mais repérables comme la création du RMI. La mise en place de cet outil, déjà compliquée isolément, montre vite ses insuffisances et provoque la déception. Prendre par tous les bouts implique de prendre le temps de chercher ce qui traverse notre société, les grands courants, les grandes évolutions.

Un « homme consommateur »

Quand le « faire » s’atténue et n’est plus une réalité chez beaucoup de jeunes, petit à petit, on le dissocie de l’ « avoir ». Ce n’est plus avec ce que je ferai que j’aurai . C’est « qu’est ce que je suis » et « qu’est ce que j’ai ». Etre et Avoir sont en corrélation directe et crée un homme non plus fabricant Homo Faber, mais un homme consommateur. Car quand cette société réduit l’accès au travail et parle de la fin du travail, elle ne parle pas de la fin de la consommation. Le bon citoyen est celui qui consomme (c’est le souhait et l’idéal de tout ministre de l’économie et des finances). Le consommateur se substitue au travailleur. La valeur consommation devient essentielle. Mais cette valeur est-elle consubstantielle à l ’ homme ?

Il est intéressant de remonter au début du siècle et de se transporter aux Etats Unis pour comprendre ce qui se joue actuellement. Pour cela retournons au livre de Rifkin La fin du travail et particulièrement au chapitre ’ L’effet de percolation et les réalités du marché ’, Rifkin définit la « valeur » de la consommation : Ce mot vient de l’anglais et du français « consommer/consumer » : a l’origine, il est de consonance négative, assimilé à "détruire peu à peu !".’ La métamorphose de la consommation de vice en vertu est l’un des plus importants événements sociaux (et l’un des moins étudiés) du XXme siècle. Rifkin montre que ceci n’est pas « l’ inéluctable sous-produit d’une nature humaine insatiable ». Au contraire, au début de ce siècle, on aimait mieux gagner du temps libre que d’avoir plus pour acheter plus. Il est utile de rappeler que les américains avaient, majoritairement, une éthique protestante du travail. Frugalité et modération étaient deux valeurs essentielles ! Etonnant, non ? En moins d’un siècle, on est passé « d’un peuple d’épargnants à un peuple de consommateurs ».

Travail et insatisfaction

La publicité et les médias, se sont nourris des mutations des modes de vie et d’urbanisation pour faire passer le message « soyez insatisfait de ce que vous avez ». C’est le triomphe d’une économie qui crée de nouveaux besoins, après lesquels on coure, et que l’on doit satisfaire (en achetant bien évidemment). C’est le règne de l’avoir.

Tant que le travail a correspondu avec l’idée de gain (salaire), travail et satisfaction des besoins se sont liés ensemble et le résultat pouvait être positif. Mais petit à petit la notion même de travail s’est modifiée. On a détruit la fierté de savoir faire, elle s’est émoussée avec le temps. Le terme de « belle ouvrage » est daté et le « chef d’œuvre »arrivant au terme d’un processus d’apprentissage renvoie au Moyen Age. En entrant dans l’ère du salariat, la société s’est organisée autrement. Il n’est resté du travail que l’idée d’un gain permettant de satisfaire ses besoins. L’économie s’est organisée autour de la consommation. La publicité est devenue un élément essentiel dans la transformation des mentalités. C’est ce que je possède qui me permettrait d’être ! Les autres valeurs sont évacuées, au fur et à mesure de l’émancipation de l’homme par rapport à Dieu, à la morale, à la patrie, à la famille… « L’argent n’a pas d’odeur ». Peu importe comment on l’obtient. C’est l’avoir qui compte. Autant l’argent de la drogue que celui provenant du travail. Et comme l’un rentre avec moins de fatigue…

Pour terminer, cette citation extraite d’un article de Marianne prêtée à Castoriadis : « je préfère avoir un nouvel ami qu’une nouvelle voiture préférence subjective, sans doute. Mais objectivement ?Si les choses continuent leur course présente, ce prix devra être payé de toute façon ! » Les violences actuelles ne sont-elles pas le début du paiement ?

C’est maintenant que tout se joue !

L’adolescence est un passage, jusque là nécessaire, entre l’enfance et l’état adulte. Outre que ses limites deviennent de plus en plus floues, on peut penser que pour les jeunes des cités et ceux issus des milieux les plus défavorisés, l’état adulte n’est ni un avenir souhaité ni un avenir souhaitable. Les parents qui ne travaillent pas, la substitution d’allocataire à ouvrier, le fait de voir que le temps qui passe n’améliore pas la situation de la famille, le manque d’espoir, l’installation dans le présent créent un monde sans lendemain. Les quelques contrats précaires ne permettent pas non plus de projeter. Les mentalités ont changé fondamentalement. Cela crée un phénomène d’enfermement sur soi, sur l’endroit où on est, sur le moment. Comme si demain n’était qu’un risque et jamais un espoir.

Philippe Meirieu demande dans un article du Monde sur la réforme des programmes des lycées : C’est quoi l’homme bien, actuellement ? On ne peut pas faire l’impasse sur cette question. Le jeune est un homme en devenir : « quand je serai grand, je serai… », disait-on. De moins en moins de jeunes peuvent dire cela. Peut-être est-ce pour cela, que la société entérine cette panne de projection possible dans l’avenir, en créant les droits de l’enfant ; en lui reconnaissant une autonomie de pensée et des champs de connaissance spécifique.

« Quel est l’idéal de l’honnête homme du XXIme siècle ? Quelle utopie de référence ? » Questionne encore Ph.Meirieu. L’adolescence s’est créée dans l’idée de passage ; pour qu’il y ait passage il faut qu’il y ait envie d’accéder à . Nous sommes en panne de désir de grandir. Parce que demain n’est pas engageant, parce que demain n’est pas mieux qu’aujourd’hui. Mais pareil, toujours pareil.

Cette panne de projection annihile l’idéal de l’école et de l’éducation. Eduquer, c’est conduire, vers, guider. Cela suppose que l’éducateur sache vers quoi il conduit…. Elle crée une incompréhension quant à son utilité et à son sens. S’il n’y a rien à attendre de demain, c’est maintenant que tout se joue.

Des droits pour soi

Le tout, tout de suite, l’instantanéité absolue, le culte du présent fausse fondamentalement les façons d’être et d’avoir. On ne relativise plus. Chaque être est alors égal à l’autre. Le jeune de 16 ans aurait autant de droits que celui de 40, de 70 ans (ceci est d’autant accentué par la création de droits spécifiques à chaque catégorie). On parle maintenant plus des droits que du droit. Ici se joue une des explications de la perte du respect. Si tout le monde est à égalité qu’est-ce qui fait que l’autre (femme ou personne âgée) aurait plus de droits que moi à occuper cette place ?

Passer de l’enfermement sur soi à la dignité ?

On doit poser en préalable que chacun est nécessaire à la société. Il n’y a pas de société viable à long terme si une partie de la population s’en sent exclue. Le spectre de L’horreur économique traité par Viviane Forrester n’est pas que certains ne consomment pas assez, mais qu’ils ne se sentent ni attendus, ni nécessaires, ni entendus. Comme si la société n’avait plus besoin d ’ eux. Si son besoin n’est qu’en terme de consommateurs, on voit bien qu’on retombe dans les mêmes ornières.

Il ne s’agit pas là de nier le droit à la consommation nécessaire pour vivre correctement ! Mais en rester là c ’est se priver d’une possibilité de travailler au renversement nécessaire des valeurs.

Les valeurs évoluent

Peut-être qu’avec le mouvement des chômeurs, avec les violence dans les banlieues, avec les phénomènes de pauvreté qui s’étendent, les risques de ghettoisation, nous allons dire de ce modèle, de ces valeurs qu’ils ne sont plus ceux auxquels on espère. Que chaque homme doit trouver sa place et doit pouvoir contribuer à sa façon à l’édification de la cité, de la communauté humaine.

Le travail doit alors être revu mais il faut le renverser cul par dessus tête ; car il nous faut révolutionner notre mode de pensée.

Revient un autre terme banni longtemps, et justement, mais qui peut-être connoté autrement : celui de morale. Je ne m’y attarderai pas dans le cadre de cet article, mais nous y reviendrons ultérieurement.

Bien sur on nous parlera de mondialisation, de globalisation…Mais on ne nous fera pas croire qu’il n’y a pas certaines marges de manœuvres ! Le franc fort ou l’euro ne constituent pas notre utopie et certains équilibres monétaires ne sont pas plus importants que certains équilibres personnels. Des changements s’opèrent, les valeurs évoluent, la société bouge. Le mouvement Vie Nouvelle doit être un lieu privilégié de réflexion, par ses fraternités et ses ateliers ; moyens de travailler sur nos sentiments et émotions autant que sur le rationnel et le raisonnement.

Sortir de l’enfermement par une réflexion sur « comment vivre avec dignité ? » est une bonne voie pour sortir par le haut des problèmes et des crises qui durent et de prendre une part active dans les évolutions actuelles.

1998

La Vie Nouvelle
4 place de Valois
75001 Paris
Tél. : 01 55 35 36 46


http://www.globenet.org/lvn





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