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Nirvana

Notre pratique est de ne pas séparer et de balancer constamment concentration et sagesse. Pratiquant la paix de l’extinction à la fois dans le dojo et dans le tourbillon du monde nous pouvons réellement « résider dans le nirvana ».

Par Jean-Yves Leclerc

La plupart des gens connaissent le mot « nirvana ». Pour certains cela consiste à vivre à Tahiti. Mais même dans les cercles Buddhistes, il y a parois des confusions sur le sens de nirvana.

Nirvana peut se traduire par « la paix de l’extinction ». Pour beaucoup cette paix est atteinte après la mort et il y a confusion entre nirvana et mort.

Pour certains nirvana veut dire arrêter le cycle des renaissances. On renaît à cause de ses péchés. Un Harat, l’équivalent bouddhiste du saint, est celui qui ne reviendra pas, ne se réincarnera pas. Pour stopper le cycle des renaissances il faut abandonner ses passions et autres manifestations de la vie telles que aimer le chocolat, détester certaines personnes, avoir des problèmes… Mais c’est une quête sans espoir car tant que nous vivons, tant qu’il y a de l’énergie en nous, désirs et passions continueront d’apparaître, comme le Bouddha lui-même l’a expérimenté alors qu’il se nourrissait seulement d’un grain de riz par jour.

Dans notre pratique nous n’essayons pas d’arrêter les manifestation de la vie, nos désirs, nos passions. Nirvana, la paix de l’extinction, vient de notre compréhension que « les cinq éléments dans leur nature profonde sont vides » comme le dit le soutra de la Grande Sagesse. Vide dans ce cas veut dire que tout change tout le temps, que rien n’a d’existence propre et qu’il n’y a donc pas moyen de définir les choses ou de construire une opinion fixe et définitive à leur sujet. A partir de cette compréhension de la nature des choses nous pouvons abandonner nos opinions, nos idées personnelles sur les choses et atteindre le nirvana.

Mais le problème est que nous n’arrivons pas à abandonner nos idées car elles resurgissent à tout instant. Et parce qu’elles viennent constamment nous n’arrivons plus à les voir. C’est comme un ciel gris plein de nuages. Quand il y a trop de nuages on ne peut pas voir les nuages, on voit juste le ciel gris, le ciel continûment gris.

Notre pratique fondamentale n’est pas de tuer nos idées ou les supprimer. Pendant zazen nous tendons la colonne vertébrale, nous poussons le ciel avec la tête, tendons la nuque, observons le contact de nos deux pouces, ouvrons la poitrine. Nous surveillons constamment notre posture et en même temps notre respiration, l’air qui rentre, l’air qui sort, l’air qui descend sous le nombril. Nos yeux sont ouverts et nous voyons tout même sans regarder, nous entendons tout même sans écouter. Si nous maintenons cette forme de concentration et persévérons dans notre pratique, nous pouvons commencer à voir les idées apparaître et disparaître. Au lieu d’un ciel gris continu, nous commençons à voir les idées individuellement. La concentration est un vent qui dégage le ciel gris pour que nous puissions voir chaque nuage. Dans le Genjokoan Dogen dit « pratiquer la voie, c’est s’étudier soi-même ». Nous étudier veut dire nous concentrer sur notre posture, notre respiration, toute chose en nous et à l’extérieur, les idées qui passent dans notre esprit, les bruits de la rue.

Si nous persévérons, alors naturellement, automatiquement, inconsciemment, la vraie nature des choses nous apparaît, et sans rejeter nos pensées, nous abandonnons notre attachement à ces pensées et atteignons la « paix de l’extinction de notre attachement à nos pensées ». Les nuages ne perturbent plus la montagne bleue. Dogen l’exprime par : « s’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même ». S’oublier soi-même c’est abandonner notre attachement à nos idées personnelles sur le bien et le mal, la joie et la peine, la douleur et le plaisir. C’est le nirvana.

Mais voir que la vraie nature des choses est vide n’est que la moitié de l’histoire, qu’un côté de la vérité. L’autre côté est de voir les choses telles qu’elles sont à cet instant même. De voir la douleur comme la douleur, le travail comme le travail, la famille comme la famille, les désirs comme les désirs, les personnes comme les personnes.

Donc l’autre coté de notre effort, l’autre coté de notre pratique est d’interagir constamment avec les choses telles qu’elles sont : cela s’appelle pratiquer la sagesse. La sagesse est de voir les choses comme elles sont et d’agir le mieux possible. Dogen dans le Gengokoan exprime ces deux cotés de notre pratique :

« S’étudier soi-même c’est s’oublier soi-même,

S’oublier soi-même, c’est être certifié par toutes les existences »

Pendant une sesshin, dans le dojo ou dans des monastères, nous faisons des choses simples, appliquons notre sagesse à des choses simples. Pour nous éviter de revenir à nos propres idées, nos attachements, nos vues personnelles, tout est bien défini et bien organisé. Nous marchons tout droit et tournons à angle droit, pas en diagonale.

Nous ouvrons nos bols pour les repas d’une certaine façon, nous les rangeons d’une certaine façon. Quand la cloche sonne nous nous asseyons pour zazen. Quand la cloche sonne à nouveau, nous nous levons.

C’est une très bonne pratique. Mais si nous passons trop de temps dans un centre zen ou dans une organisation qui suit beaucoup de règles, nous courrons le danger que ces règles deviennent la chose la plus importante.

La sagesse est de s’adapter en permanence à des choses en perpétuel changement, la sagesse ne consiste pas à rendre notre monde simple. La sagesse consiste à aller dans le monde et à s’adapter au monde tel qu’il est. Et même si dans le nirvana il n’y a rien à atteindre, il y a beaucoup de choses à faire. Pratiquant dans notre famille, pratiquant dans notre travail, pratiquant avec nos désirs, pratiquant avec les gens autour de nous, nous pouvons réellement voir que les choses sont complètement impermanentes, qu’elles changent constamment et qu’il n’y a pas de recette. La sagesse c’est quoi faire quand il n’y a pas de recette.

Si nous passons trop de temps en concentration, la vie devient simple mais étriquée. Si nous ne passons pas assez de temps en concentration, si nous passons trop de temps dans le monde, notre esprit devient compliqué car le monde change constamment et nous finissons petit à petit par oublier la vraie nature des choses et perdons la sagesse.

Notre pratique est de ne pas séparer et de balancer constamment concentration et sagesse. Pratiquant la paix de l’extinction à la fois dans le dojo et dans le tourbillon du monde nous pouvons réellement « résider dans le nirvana ».

Mars 2001

Zendo du Boulay


http://www.zen-boulay.com/





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