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N’oublie pas d’être heureuse

Les instructions concernant l’Effort juste sont très claires. Le Bouddha a parlé de ce qui est « sain », « bénéfique » ou « salutaire » pour désigner ce qui conduit au bonheur, et de ce qui est « malsain », « néfaste » ou « dommageable » pour désigner ce qui conduit au malheur.

Par Sylvia Boorstein

« N’oublie pas d’être heureuse »

Les instructions concernant l’Effort juste sont très claires. Le Bouddha a parlé de ce qui est « sain », « bénéfique » ou « salutaire » pour désigner ce qui conduit au bonheur, et de ce qui est « malsain », « néfaste » ou « dommageable » pour désigner ce qui conduit au malheur. La ligne de conduite est la suivante : on remarque quand des sentiments d’amitié, de compassion ou de générosité sont présents à l’esprit et on les encourage à grandir. Il faut pratiquer de manière à générer le bonheur. On reconnaît également quand des sentiments perturbateurs comme la colère et la convoitise surgissent à l’esprit et on essaie de les décourager de grandir, tout en sachant que l’idéal est de les faire sortir de l’esprit.

je pense que le Bouddha voulait dire que nous avons le choix de nos états mentaux. C’est plus facile à dire qu’à faire. La convoitise et la colère, pour le moins sous forme d’explosions mineures, ont un effet stimulant qui peut paraître séduisant. C’est peut-être la raison pour laquelle le Bouddha a parlé d’Effort juste et non de Choix juste.

Un jour, il y a des années de cela, je suis partie en voiture à l’aéroport d’Oakland pour chercher mon mari qui rentrait par un vol de nuit. L’autoroute était déserte et monotone. Voyant que je commençais à m’assoupir, j’ai eu peur de m’endormir au volant. C’est alors que, dans le défilement de mes pensées, je me suis sou-venue d’une personne qui avait été médisante à mon sujet.

« Quel culot celle-là », me suis-je dit, ce qui m’a réveillée d’un coup. Une indignation justifiée avait dissipé mon engourdissement.

« Fantastique ! me suis-je alors écriée, me félicitant de ma découverte. Les états mentaux sont interchangeables. Je peux les rem-placer. Je peux rester éveillée en nourrissant des pensées de colère. »

Et c’est ce que j’ai fait. Tout au long du trajet jusqu’à l’aéroport, j’ai eu des pensées de colère et j’ai joué différents dialogues : ce que j’avais dit, ce qu’elle avait dit que j’avais dit, ce que je pouvais dire à tout le monde sur ce qu’elle avait dit que j’ avais dit. . . En arrivant au parking de l’aéroport, j’étais complètement réveillée. je n’en suis pas totalement sûre, mais je crois que je devais être un peu remontée et irritée ce qui n’était pas le meilleur état d’esprit à avoir pour retrouver quelqu’un.

Deux jours plus tard, j’ai raconté cet épisode à mon maître de méditation, pensant qu’il allait me féliciter de ma découverte sur la relation entre le corps et l’esprit. Il a ri et dit : « C’est vrai ce que tu dis sur la capacité de remplacer les états mentaux. Mais tu aurais tout aussi bien pu te tenir en éveil avec une pensée sexuelle. Cela aurait été plus amusant ! » Cela m’aurait certainement mise de meilleure humeur pour un retour à la maison.

Beaucoup plus tard, j’ai commencé à me rendre compte qu’en dehors des petits accès de convoitise et de colère qui sont des

réponses naturelles de l’esprit face aux expériences agréables et désagréables, le fait de rester dans un extrême ou l’autre finit par être ennuyeux. Un désir prolongé est aussi fatigant et démoralisant qu’une aversion prolongée. Cela fatigue l’esprit, ce qui rend ces états mentaux encore plus difficiles à éliminer. je pense que cela nous épuise de leur donner du pouvoir et de regarder le monde à travers eux. Nous avons besoin de lignes directrices pour nous en souvenir, et aussi de gens pour nous le rappeler.

j’étais dans ma voiture sur le Golden Gate Bridge pour retrouver une amie avec qui je devais passer la soirée à l’opéra et, pour je ne sais quelle raison, j’avais l’esprit maussade. j’avais manqué le magnifique panorama de la baie de San Francisco avec toutes les lumières de la nuit qui s’allument. Lorsque je suis arrivée au péage, j’ai donné mon ticket à l’employé et il m’a lancé un : « Passez une bonne soirée ! » Ce fut comme un réveil brutal. « Mais que suis-je donc en train de faire ? me suis-je dit. je vais voir une amie que j’aime, pour faire quelque chose que j’adore, et j’ ai le cafard. »

De toute évidence, il y a des choses tristes dans le monde en ce moment même, y compris dans ma vie, mais le fait de broyer du noir n ’y changera rien. Cela ne fait même qu’empirer les choses. Le Bouddha a enseigné : « L’ esprit présent conditionne le suivant. » Le fait de ressasser les choses emprisonne l’esprit dans la lassitude de sa propre histoire. Le bonheur sort l’esprit de cet état pour le remettre sur les bons rails.

Sharon Salzberg, auprès de qui j’ai appris la méditation de l’amour, terminait nos entretiens maître-disciple en disant : « N’oublie pas d’être heureuse, Sylvia ! » Pendant longtemps, j’ai cru que cela correspondait à l ’habituel « Passe une bonne journée ! » que les Californiens ont tout le temps à la bouche. Plus tard, j’ai compris qu’il s’agissait d’une instruction.

Décembre 2000








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