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Méprises et Malentendus

Par Sogyal Rinpoché

Lorsque nous suivons un chemin spirituel, il est plus important que jamais de démasquer l’esprit et ses illusions, et de connaître à quel point les malentendus dominent nos vies.

Je me souviens d’une histoire que l’on m’a racontée lorsque j’étais enfant au Tibet. Elle est tirée des Contes de Jataka, le récit des vies antérieures du Bouddha, et parle du temps où, né sous la forme d’un lion, il vivait à la lisière d’une forêt profonde.

Un jour d’automne, une terrible agitation s’empara de tous les animaux qui s’élancèrent dans une fuite éperdue.

Le lion les vit, par centaines et par milliers, courant pour sauver leur vie sans oser se retourner. Il savait que si personne ne les arrêtait, ils continueraient jusqu’à la mer et s’y noieraient. En quelques bonds, il parvint au sommet d’une colline qui dominait leur route et rugit par trois fois. Tous les animaux s’arrêtèrent d’un coup, se pressant les uns contre les autres en une masse immense et tremblante. Le lion descendit de la colline et leur demanda pourquoi ils couraient si vite.

"La fin du monde arrive ! s’écrièrent-ils.

- Qui l’a dit ? demanda le lion.

- Les éléphants, répondirent-ils.

- Non, ce n’est pas nous, dirent les éléphants indignés, ce sont les lions.

- Non, ce sont les tigres qui nous l’ont dit ", répliquèrent les lions. Les tigres affirmèrent eux que c’étaient les rhinocéros, les rhinocéros que c’étaient les buffles, les buffles que c’étaient les gazelles, et les gazelles dirent que c’étaient les lapins. Les lapins dirent : "C’est ce petit lapin-là qui nous l’a dit !"

Le lion s’avança jusqu’à lui et lui demanda : "Comment sais-tu que c’est la fin du monde ?

- Je l’ai entendu Seigneur, un craquement effroyable, et j’ai entrevu quelque chose.

- Où ? demanda le lion. Dis-moi exactement ce qui est arrivé.

- J’étais assis sous un arbre fruitier, pensant à ce qu’il adviendrait de moi si la fin du monde arrivait, et soudain j’ai entendu ce craquement... comme si la terre s’ouvrait.

- Allons voir ", dit le lion. Le lapin monta sur son dos et lui montra le chemin. Quand ils arrivèrent en vue de son arbre, le lapin sauta à terre car il avait trop peur de s’approcher de la crevasse. Le lion avança jusqu’à l’arbre et regarda l’endroit où le lapin s’était assis. Il vit un fruit qui en tombant de l’arbre, avait craqué en s’écrasant sur les feuilles d’automne. Il appela le lapin et le lui montra. Puis s’adressant aux animaux, il les assura que leur panique était dénuée de tout fondement, et que ce n’était pas la fin du monde.

Bien souvent, nous construisons quelque chose d’énorme à partir d’un fait anodin. Nous en gonflons l’importance de façon disproportionnée. Combien de nos difficultés naissent ainsi d’une toute petite erreur d’interprétation : aujourd’hui, quelqu’un ne nous a pas sourit comme à son habitude, notre maître nous a regardés sévèrement ou notre meilleur ami nous a critiqués ; ce matin, le café n’était pas aussi savoureux que d’habitude, notre humeur était un peu grincheuse... Cela suffit à gâcher notre journée ! Nous sommes parfois si fragiles, si anxieux, si frêles et vulnérables, que n’importe quelle remarque désinvolte, n’importe quelle réaction désagréable ou plaisanterie déplacée peut détruire totalement notre confiance. Si nous ne réalisons pas sur-le-champ qu’il s’agit d’une simple méprise, celle-ci risque, comme le ferait une graine, de grossir de plus en plus. Les petits problèmes s’enveniment et s’accroissent jusqu’à devenir des peurs immenses, des séismes émotionnels et, peu importe que notre souffrance puisse être en fait insignifiante, nous imaginons vraiment, comme le lapin, que c’est la fin du monde.

Bien sûr, il se peut que nous ne puissions pas définir exactement ce qui ne va pas - ce pourrait n’être qu’une mauvaise humeur passagère - mais d’une certaine façon, nous devons lui donner le plus d’importance possible. Nous nous apitoyons sur notre sort avec délectation et nous nous complaisons dans la dépression. On dirait que nous nous acharnons à tout rendre douloureux, comme si nous voulions prendre une revanche sur quelqu’un ou quelque chose... qui se révèle toujours être nous-mêmes. Nous nous dirigeons infailliblement vers une crise. Entretemps, notre illusion ou notre dépression se profile comme quelque sculpture macabre que nous modelons, ou comme une construction fiévreusement bâtie, agrandie, étendue, et que nous couronnons finalement par la découverte de quelque problème ancien profondément enraciné. Le tout est ainsi assemblé en une maison type, complète, nous offrant toutes les raisons d’être déprimés. Cependant, ce qui nous échappe tout au long de ce processus, outre le fait que notre problème n’est pas si grave - et encore moins catastrophique - c’est que tout cela est entièrement construit à partir de rien ! Cela n’existe pas réellement.

Durant l’été 1900, le mystique tibétain Tertön Sogyal commença à révéler un cycle d’enseignements et de pratiques de méditation qui fut caché il y a plus de mille ans par le maître extraordinaire Padmasambhava. Au cœur de sa révélation, il y a une instruction remarquable concernant la transformation des fautes dans le système d’interdépendance qui gouverne notre vie. J’ai été stupéfait quand, pour la première fois, j’en ai lu les toutes premières lignes :

"La racine de toutes les erreurs et de tous les défauts n’est rien d’autre que l’ignorance. Cette ignorance consiste, par exemple, à prendre un tas de pierres à l’horizon pour une silhouette humaine. Elle n’a absolument aucun fondement. Ce qui signifie que la source même de ces erreurs et de ces défauts n’existe pas."

Autrement dit, tous nos problèmes se créent à partir de rien : ils sont tous fondés sur une erreur d’interprétation qui, elle-même, n’existe pas. Plus je pense à ce qu’a dit Padmasambhava, plus je réalise combien cela est vrai. Avec toutes nos idées, toutes nos méprises, combien de fois nous sommes-nous accrochés à une version de la réalité plus que partiale et déformée ? Toute notre vision de la réalité revient en fait à une fabrication, une exagération, un édifice fantastique d’illusions. Dès lors que nous manquons de compréhension, nous créons à partir de cette méprise, quelque chose qui ne peut être que mensonge et illusion. Et, à notre tour, nous avalons le mensonge, nous nous laissons prendre par l’illusion, nous la tenons pour vraie, tel le fou qui passe sa vie à rechercher la fabuleuse cruche d’or enterrée au pied d’u arc-en-ciel.

Comme tout cela est tragique ! Car la méprise apporte avec elle des complications sans fin : espoir et crainte, désespoir et même suicide. C’est nous-mêmes qui nous faisons souffrir et nous créons des problèmes qui ne sont absolument pas nécessaires. C’est aussi simple que cela - la seule chose à faire est de le réaliser. Et en fin de compte, quand nous voyons la vérité, quand nous voyons à quel point c’est tout simplement inutile, notre cœur voudrait éclater avec compassion pour tous ceux qui souffrent de cette façon. En même temps, nous commençons à en mesurer l’absurdité.

Comme le dit un proverbe tibétain, c’est aussi ridicule que d’essayer d’attacher une ficelle autour d’un œuf.

Pourquoi donc endurons-nous tout cela ? Il nous est très difficile de voir la réalité telle qu’elle est réellement parce que tout ce processus est tellement personnalisé que nous n’arrivons pas à voir une autre perspective, ni à remarquer combien notre esprit exagère. C’est un des symptômes du samsara, le cycle incontrôlé de la vie et de la mort auquel nous souscrivons. Dès lors que nous les examinons, toutes ces apparences, toutes ces perceptions que nous tenons pour si réelles, se révèlent être complètement inexistantes. Il nous suffit d’un seul aperçu clair de la nature essentielle de notre esprit pour voir cette réalité truquée telle qu’elle est : un moyen de saboter et de saper notre vraie nature. Nous voyons alors que tous nos espoirs, nos attentes et nos peurs sont les agents du samsara, employés à nous épuiser et nous affaiblir.

Même s’il nous arrive d’écouter des enseignements spirituels et d’entendre encore et encore cette vérité que tout est semblable à une illusion et n’est qu’une apparence trompeuse de l’esprit, quand l’ignorance entre en jeu, nous échouons à la reconnaître et à la voir pour ce qu’elle est réellement, car elle prend des masques très sophistiqués et captivants. C’est cela qui nous rend vraiment "ignorants". De plus en plus, j’en suis venu à réaliser que, lorsque nous suivons une voie spirituelle, il est plus important que jamais de voir clairement l’esprit et ses illusions et de savoir jusqu’à quel point les erreurs d’interprétation dominent notre vie. Pour un pratiquant spirituel, il est crucial de dominer la situation.

Dominer la situation pourrait avoir différentes significations. L’une d’elles est qu’il nous faut reconnaître la racine de nos problèmes. Nous savons que c’est souvent lorsque quelqu’un commence à reconnaître son blocage fondamental que commence une guérison. Mais identifier la source de nos difficultés et de notre confusion peut sembler très difficile et prendre beaucoup de temps.

Ces difficultés ont des appuis partout, et même s’il nous arrive parfois d’avoir un bref aperçu de la réalité de notre situation, c’est comme si tout, autour de nous, conspirait pour nous empêcher de voir. Pour que la clarté se fasse dans notre esprit, peut-être faut-il un ensemble particulier de circonstances, un environnement spécial, ou un certain laps de temps. Il se peut aussi que la source de nos problèmes soit obscurcie par notre karma. Avant que celui-ci ne soit purifié, il nous est impossible de voir ce qui nous bloque, et ni même notre maître ni aucun un ami ne pourront nous le montrer clairement ; nous ne sommes pas prêts à le réaliser.

Ou peut-être notre fierté obstinée s’y refuse-t-elle et préférant prendre nos méprises pour la vérité, s’y cramponne avec une obstination sans faille ; car si en secret nous doutons de la justesse de notre attitude, nous ne pouvons y faire face. De nombreux facteurs entrent en jeu et le fait que nous soyons capables ou non de voir clairement en nous-mêmes dépend entièrement du fonctionnement complexe de l’interdépendance.

Tout naît de l’interdépendance. Quand toutes les circonstances s’agencent correctement, nous disons qu’elles sont "favorables". Tout s’accorde et se déroule harmonieusement. Mais lorsque quelque chose ne "s’enclenche" pas tout à fait, alors s’ouvre une brèche, un vide et dans cette absence de clarté, se glisse le malentendu. Une fois que suffisamment d’éléments défavorables et trompeurs se sont accumulés, ceux-ci constituent en quelque sorte la circonstance parfaite dont nous avions besoin pour nous prouver que cette méprise est la vérité ; Cela permet aux autres de l’exploiter, quelle que soit leur motivation, et nous incite à rendre la situation plus explosive : quelque chose en nous se réjouit presque de tout ce drame.

Les problèmes commencent alors à s’accumuler car, lorsque nous ne voyons pas clairement, nous entassons tout ce qui n’est pas clair - toute notre douleur et notre souffrance, notre insécurité, nos peurs, nos émotions et nos obsessions - dans notre propre zone d’ombre. Si nous ne pouvons pas voir notre problème majeur ou que nous refusons de l’affronter avec honnêteté, il est alors transféré et rebondit alentour pour se fixer sur l’un ou l’autre aspect de notre esprit et de notre vie. Dès qu’un problème est résolu, le processus se déplace sur un autre, puis un autre, jusqu’à devenir une calamité récurrente.

Mais si nous avons l’ouverture et la volonté d’identifier notre difficulté personnelle majeure et la voyons clairement telle qu’elle est, nous serons peut-être surpris de constater qu’elle n’est pas un problème si gigantesque. Il peut ne suffire que d’un changement subtil. Entrevoir la nature de l’espit, par exemple, ne demande que le changement le plus infime, simplement une façon différente de regarder : regarder à l’intérieur, regarder l’esprit.

Les textes bouddhistes ont leur exemple favori : Imaginez, disent-ils, que vous marchez dehors un soir au crépuscule. Soudain, sur le chemin devant vous, vous apercevez ce qui vous semble être un serpent. Vous êtes paralysés de peur, vous commencez à transpirer, votre cœur bat la chamade et votre esprit cherche à toute allure un moyen d’échapper au serpent et à la mort. Une impulsion vous pousse à allumer votre lampe de poche et, à votre grand soulagement, vous constatez que le serpent n’est autre qu’un morceau de corde tachetée. Vous soupirez, puis éclatez d’un rire nerveux. Mais où était le serpent ? C’était une illusion complète, n’existant que dans votre esprit, dans ses concepts et dans votre tendance habituelle à la peur, déclenchée en cet instant par une méprise et projetée immédiatement sur le bout de corde inoffensif.

N’avons-nous pas tous à un moment ou à un autre, connu des réalisations telles que celle-ci ? Toutes nos idées préconçues sont ébranlées et laissent apparaître une perspective de la réalité complètement différente, parfois surprenante, mais toujours plus authentique. Nous ne devrions jamais oublier de tels moments car c’est là que nous pouvons, en un éclair, voir le samsara - ce cercle vicieux dans lequel nous gaspillons notre vie - se révéler être une fabrication colossale, rien d’autre que l’ignorance, elle-même inexistante, édifiée en un tortueux labyrinthe d’illusions. Soudain, nous réalisons quelque chose, quelque chose de profond et de libérateur, sur le fonctionnement de notre esprit et la façon dont les méprises prennent forme. L’astuce consiste alors à garder en mémoire cette réalisation.

Ainsi, lorsqu’une situation similaire se reproduira, le processus aura au moins diminuer d’intensité. Il est une chose dont nous pouvons être sûrs : si nous ne nous appliquons pas à conserver vivant le souvenir de ce que nous avons réalisé, en un rien de temps, l’esprit trouvera le moyen de l’occulter.

Dominer la situation signifie aussi reconnaître et se souvenir de ces moments particuliers où des intuitions lumineuses jaillissent et s’épanouissent brièvement : un moment de clarté et d’éveil, lorsque quelque chose devient soudain très limpide ; un moment de libération, quand les paroles d’un enseignement spirituel provoquent un déclic, approfondissent une compréhension que nous avions déjà et livrent la clé du mystère de l’intégration de la vision spirituelle dans la vie.

Dans les enseignements Dzogchen, on parle de dissoudre toutes choses dans l’état de méditation, dans la pureté primordiale de la simplicité naturelle. Vous remarquerez ces moments où tout devient transparent, où vous pouvez effectivement voir que cette simplicité naturelle est vraiment la façon d’être des choses. Comme il semble ridicule alors de risquer son bonheur, de laisser sa confiance dépendre d’évènements fortuits et insignifiants. Même si l’insécurité que nous expérimentons à cause d’une dispute ou d’un regard trop sévère n’affecte en rien notre vrai "moi", le fait de le le prendre trop à cœur obscurcit notre jugement et affaiblit notre confiance en nous-mêmes. Mais dans ces moments de clarté, on peut voir que le plus important est de revenir à soi-même, de reconnaître sa vraie nature, d’avoir confiance en elle et d’affermir cette confiance jusqu’à ce qu’elle devienne inébranlable.

Regardez en arrière maintenant, et représentez-vous un tel moment : peut-être l’avez-vous couché par écrit ou bien est-il là, dans un recoin de votre mémoire. Retenez ces instants les plus marquants, ces expériences les plus intenses, et gardez-en le souvenir. Il est capital de ne pas les perdre, de ne pas les gaspiller, car aussi claires que soient ces expériences dans le contexte où elles se produisent, quand vous changerez d’environnement, elles s’affaibliront. La réalité quotidienne de notre existence ordinaire est tout simplement trop forte ; le samsara a son propre environnement, son propre soutien, sa communauté, ses protecteurs et son influence. Ils sont si puissants et si bien établis, la négativité qui en résulte offre des arguments si séduisants et si persuasifs, quà moins d’accomplir un effort résolu, il vous sera difficile de garder l’inspiration sur la voie spirituelle.

L’un de mes étudiants me disait cet été que, pour lui, "dominer la situation" signifiait ne pas être coincé dans ses vieilles habitudes. Mais comment éviter d’être coincé ? En prenant la sortie, la voie qui est là, toute tracée pour notre voyage. "N’oublie pas, lui ai-je dit, le premier enseignement du Bouddha sur les Quatre Nobles Vérités : il y a une fin à la souffrance et une voie qui conduit à la fin de cette souffrance. Le Bouddha nous montre effectivement la sortie, et s’il y a une chose à reconnaître, c’est bien cela. Refuse par tous les moyens d’être coincé par tes habitudes, mais va plus loin et suis la voie pour leur échapper."

Mes amis et mes étudiants me disent combien ils sont tourmentés par des comportemenst répétitifs : leurs partenaires les quittent toujours, ils rencontrent sans cesse des problèmes à leur travail, ou bien ils se brouillent avec tout le monde. Si cela vous arrive souvent, peut-être devriez-vous en chercher la raison. Mais n’en faîtes pas toute une affaire, ne succombez pas à l’erreur souvent commise de vous appesantir sur vos comportements habituels : "Je fais toujours cela... Je suis comme ça... Je serai toujours quelqu’un de ce genre-là... Je suis condamné d’avance... " De cette façon, nous ne faisons que donner de l’importance et une réalité fallacieuse à ce dont nous voulons nous libérer. Nous ne serons jamais capables de changer si nous passons sans cesse le même vieux disque rayé. Au lieu de cela, demandez-vous simplement : "pourquoi ? ".

Quelle qu’en soit la raison - qui pourrait s’avérer être d’une étonnante simplicité - vous devez d’abord l’identifier avant de pouvoir faire quelque chose. Si vous continuez à alimenter votre problème, il va grossir au-delà de toute proportion, et toute l’affaire s’embrouillera dans les complications. Vous serez alors à la merci des seules explications que vous puissiez encore saisir, des théories de toutes sortes pour savoir "à qui la faute" : à votre enfance, votre père, votre mère, votre frère, votre sœur, Bouddha, Jésus ou Dieu ? Que tout cela est compliqué !

Cessez de scruter vos schémas habituels et de vous tourmenter à propos de ce qui ne va pas en vous : ceci n’est peut-être qu’un schéma de plus. Quoi que vous fassiez, ne vous identifiez pas à votre douleur, à votre souffrance et à vos points sensibles, sinon vous n’en serez jamais libérés. Ne vous identifiez pas aux erreurs que vous avez commises et ne croyez pas que du simple fait que vous avez eu tort, vous êtes fondamentalement mauvais et que vous le serez à jamais. Il est beaucoup plus important de renforcer vos bons côtés, de réaliser et vous rappeler ce qui arrive dans ces moments merveilleux où vous avez confiance en votre nature. Vous vous sentez alors si bien que c’est presque comme s’il n’y avait plus d’ego, comme si toute notion de "soi" s’était complètement dissoute, révélant votre véritable identité, et laissant seulement la place à la compassion, la générosité et l’intrépidité.

Au plus profond de notre cœur, nous voulons tous progresser, changer et atteindre l’éveil. Il n’est pas nécessaire d’attendre la situation parfaite et que tout aille bien pour lâcher prise et changer. Nous pouvons commencer dès maintenant ; Regardons les choses en face : nous n’avons pas d’autre choix que de changer. Et cette absence de choix ressemble à une bénédiction déguisée, car elle nous offre sans arrêt l’occasion de nous épanouir, d’être libres de notre "moi" et de devenir vraiment nous-mêmes.

Pourtant, on se sent si frustré d’être aussi coincé, résigné et résistant au changement, qu’on voudrait absolument tout transformer en soi, même l’apparence. Ne vous jugez pas vous-même, ne soyez pas trop ambitieux. N’essayez pas de changer tout d’un seul coup. Au lieu de cela, assurez-vous de changer quelque chose de fondamental. Le changement doit grandir en vous. Il sera alors beaucoup plus stable. Un changement soudain est comme une promesse qu’on ne peut pas tenir. Continuez à travailler lentement, confiant dans le fait que cela va marcher. Car dans la vie, on découvre que lorsqu’on lâche prise réellement, ce que l’on demande se produit ; et si l’on essaie trop de l’obtenir, cela n’arrive pas. Mais lâcher prise ne signifie pas abandonner ; ce sont deux choses très différentes. N’abandonnez jamais mais, je vous en prie, lâchez prise.

C’est là que la pratique de la méditation peut être très puissante : elle peut nous inspirer la réalisation que nous sommes vraiment capables de lâcher prise et que si nous lâchons prise, nous sommes libres. Etre vraiment capables de laisser tomber certains blocages, certains comportements ou certaines obsessions, c’est là le véritable résultat de la pratique. C’est le signe que notre pratique porte ses fruits.

Tout sera dès lors beaucoup plus facile pour nous car nous serons beaucoup plus faciles à vivre. Nous découvrirons la confiance intérieure : une confiance authentique, naturelle et indestructible qui nous rendra intrépides. Quoi que nous ayons à affronter, nous saurons nous en tirer. La peur, l’incertitude et l’hésitation que nous ressentons quant à notre capacité à changer, ou même à notre réel désir de changer, nous poussent, faute d’alternative, à placer notre confiance en de faux refuges, à retomber dans nos vieux comportements de souffrance, usés et familiers.

Bien sûr, il ne serait que trop facile de nous reposer sur nos lauriers en nous félicitant de la façon dont nous avons changés, pour nous apercevoir simplement que nos schémas subtils se frayent leur chemin en douceur, sous une nouvelle forme. Car notre esprit et les vues fausses qui constituent l’ego sont d’une sournoiserie sans fin. Nous pouvons couper court à nos schémas, mais comment, ensuite, empêcher leur retour ? En pratiquant, en demeurant continuellement dans la vue. Le but de la pratique est de nous procurer un cadre efficace qui recrée l’atmosphère vivante de l’inspiration et de la vue de la nature de l’esprit.

On entend souvent parler de la Vue et de la confiance en soi, mais qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Qu’est-ce qui indique que nous avons traduit la vue des enseignements spirituels dans notre existence quotidienne ? C’est lorsque nous pouvons accepter les évènements et les bouleversements de notre vie, les laisser nous enseigner non seulement la sagesse et le discernement, mais aussi les moyens d’être habiles avec les autres et avec nous mêmes.

C’est aussi cela qui indique que nous dominons vraiment la situation. Mes étudiants m’ont raconté comment ils avaient traversé les moments les plus difficiles de leur vie, comme la perte d’un proche, quand il n’y a plus d’autre choix que de lâcher prise. Ils disent avoir découvert qu’en lâchant prise à la lumière de leur pratique et dans l’inspiration des enseignements, progressivement, au cours des années, au travers de toutes les tragédies et de tous les lâcher-prise, une confiance profonde est née en eux.

Dans la méthode unique du Dzogpachenpo, les maîtres disent que plus les circonstances sont difficiles, meilleur c’est.

Ils ne veulent pas dire par là que les pires catastrophes vous attendent l’une après l’autre comme autant de bénédictions, mais qu’avec la Vue, vous pouvez abandonner l’aversion envers le mal et les difficultés, et transformer tout ce qui arrive en bénédiction.

Il y a une merveilleuse image du Bouddha dont je me souviens toujours. Il est assis en méditation, inébranlable, durant le premier quart de la nuit où il atteignit l’éveil. Mara, l’incarnation de l’illusion, ordonne à son armée de l’attaquer. Mais, alors que les armes atteignent son rayonnement, d’instruments malfaisants qu’elles étaient, elles se transforment en cadeaux d’adoration : lances, épées et huile bouillante se transforment en une pluie de fleurs douces et parfumées.

Tiré de "The Future of Buddhism" de Sogyal Rinpoché, avec l’aimable autorisation de Rider Books, Elbury Press ; édition française "L’Avenir du Bouddhisme", éditions de La Table Ronde, Paris 2003.

Source : Espace Bouddha Bouddhisme Enseignements sur Facebook animé par Stéphane Palden Larouche
https://www.facebook.com/Bouddha.Bouddhisme.Enseignements

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