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Méditation et non méditation par Yongey Mingyour Rinpoché

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> Bouddhisme > Enseignements


Méditation et non méditation

Par Yongey Mingyour Rinpoché

MINGYUR RINPOCHE À HALIFAX SHAMBALA CENTER
Nouvelle Ecosse, Canada

MÉDITATION ET NON MEDITATION 2eme PARTIE
le 21 Janvier 2004

Traducteur en anglais : Tyler Dewar
Transcription : Barbara Blouin
Editeur : Judith Smith

Bonsoir à tous,

SHAMATHA

Ce soir, nous allons continuer à discuter de shamatha [Skt.],ou méditation du calme mental. Shamatha est le premier type de méditation que l’on pratique lorsque l’on s’engage sur le chemin de la méditation. Comme nous l’avons dit hier, en Tibétain, Shamatha est traduit par shi-ne.

La première syllabe, shi,signifie "pacifier" - c’est-à-dire pacifier l’esprit en lequel nous n’avons aucun contrôle et dont nous ne sommes pas libres - cet esprit sauvage qui se comporte comme un singe fou, en créant des problèmes là où il n’y en a pas. Cet esprit semblable au singe que nous avons est d’ordinaire présent tout au long de notre vie quotidienne. C’est bien si nous reconnaissons cet esprit très sauvage, semblable au singe. La pire des situations que l’on puisse vivre est de ne même pas reconnaître que l’esprit se comporte comme un singe. Si nous ne reconnaissons pas cet esprit semblable au singe, alors davantage de problèmes et de tâches seront créés là où il n’y en avait pas.

Comment cet esprit sauvage nous cause-t-il des problèmes ? Il cause des problèmes du fait de notre fixation et de notre trop grande tension. Nous pouvons utiliser l’exemple de regarder notre visage face à un miroir. A en premier lieu, il n’y a aucun problème particulier avec notre visage, mais à cause d’une fixation rigide, nous finissons par nous créer des problèmes avec notre visage en lui cherchant et en lui créant des défauts. Ce type de fixation nous cause de très grandes souffrances.

Il y a trois niveaux de fixation : la fixation grossière, subtile et très subtile. Dans la pratique de la méditation, nous commençons par travailler d’abord avec le niveau le plus grossier de fixation.

La Syllabe ne signifie " demeurer " ou " reposer ", obtenir la liberté ou un contrôle sur notre esprit.

La méthode que nous utilisons pour obtenir une telle liberté est de reposer notre esprit au sein de sa propre nature par le biais de l’attention. Si nous sommes capables d’avoir une attention qui est en harmonie avec la nature de notre esprit, à un moment, nous en obtiendrons le contrôle.


SHAMATHA SANS OBJET

En ce qui concerne le fait de reposer l’esprit naturellement, j’ai parlé hier soir de "shamatha sans objet" ou de shamata sans attribut ". Pendant ce type de shamatha, nous laissons reposer notre corps et notre esprit dans leur état naturel, comme si nous avions fait deux heures d’exercice, ou accompli un travail très pénible. Nous nous épuisons, puis nous nous détendons complètement. C’est ainsi que nous restons pendant ce premier type de shamatha.

Shamatha sans objet est si facile que nous n’y croyons pas et ainsi pour les débutants nous avons besoin de quelque chose d’un petit peu plus difficile : La pratique de shamatha avec objet. Que nous pratiquions shamatha avec objet ou sans objet, nous devrions simplement nous dire que nous allons faire de notre mieux. Nous n’avons pas à maintenir notre esprit avec tension en pensant "Ce n’est absolument pas bon du tout. si je n’ai pas une bonne session de méditation".

RELAXATION

Nous devrions penser : "Si ma méditation est bonne, laissons la être bonne. Si ma méditation est mauvaise, laissons être mauvaise. Si elle est erronée, laissons là être erronée. Si elle est correcte, laissons là être correcte. Si je dois renaître en enfer, laissez moi y aller. Si je dois renaître dans les Champs Purs, laisser moi renaître dans les Champs Purs." Le moment de la méditation est précisément l’état d’être libre de toute préoccupation. Nous ne devrions pas être aussi libre de préoccupation lors de la post-méditation, mais lorsque nous méditons, nous devrions définitivement être aussi libre de préoccupation que cela.

Un jour alors que je voyageais de Delhi vers l’occident, j’ai rencontré un occidental à l’aéroport de Delhi. Il me demanda : "Est-ce que vous méditez ?" Je lui répondis :"Oui, je médite !"

Je lui posai la même question "Est-ce que vous méditez aussi ?" Il me répondit : "La méditation est trop difficile pour moi. Dès que je médite, après une dizaine de minutes, je commence à avoir la tête qui tourne, et je suis presque sur le point de vomir" (rires). Je lui dis alors : "Si c’est ainsi, ce doit être le signe que vous n’êtes pas assez détendu. Vous avez donc besoin de vous détendre davantage." Il me dit : "Ce n’est même pas la peine d’y penser ! Plus je me détends, plus je me sens mal. Plus je me détends, plus j’ai la tête qui tourne."

Je lui dis : "Avez vous un maître de méditation ?" Il me répondit " Non, je lis tout ce qu’il y a dans les livres."

Je lui dis : "Bien, asseyez vous ici et méditez, je vais vous regarder !" et l’occidental répondit : "Très bien, je vais le faire".

Il s’assit alors sur une chaise et commença à méditer.

(Rinpoché imite la personne qui méditait - long éclat de rire de l’audience)

Rinpoché : "Il méditait de cette façon : son corps tremblait, son regard était tendu, et ses lèvres étaient pincées"

Rinpoché au méditant : "Très bien, c’était très bien. Maintenant je vais méditer, et vous allez me regarder" "Bonne idée !" dit- il, et je m’assis. L’occidental me regardait de haut en bas, de la tête au pied, et à nouveau des pieds jusqu’au haut de ma tête. Après quelques minutes, il me dit "Mais vous restez simplement assis là !"

Rinpoché : "La méditation, c’est à quelque chose près, simplement s’asseoir, simplement se détendre avec notre esprit, quelle qu’en soit sa nature".

Et, suite aux annonces de l’aéroport, nous devions embarquer vers chacune de nos portes d’embarquement respectives. Après la première partie de mon vol, mon avion en provenance de Delhi fit escale à Frankfurt. Je descendis de l’avion pour me rendre dans l’enceinte de l’aéroport et je revis le même occidental sortir de son avion. Il s’approcha de moi et me dit : " Je me suis assis comme vous me l’aviez conseillé lorsque nous étions à Delhi, et je n’ai pas eu de vertige. Je pense que vous avez la bonne méthode. Je pense que cela m’a été bénéfique". BR>
La méditation c’est simplement s’asseoir, simplement se détendre avec notre esprit, quelle que soit sa nature. Notre esprit possède une nature qu’on ne peut pas définir en disant c’est ceci ou c’est cela. Mais en même temps, sa nature est détendue.

LA MEDITATION AVEC LE GOUT ET L’ODEUR

En ce qui concerne Shamatha avec objet, nous avons parlé hier soir de la méditation qui prenait les formes et les sons comme supports pour la méditation. Nous allons poursuivre cette explication, en commençant par les odeurs et en utilisant n’importe quelle odeur qui se présente comme support de notre méditation - odeurs plaisantes ou déplaisantes, parfums, encens, peu importe… C’est pareil qu’avec les formes et les sons. Nous pouvons regarder n’importe quelle forme qui se trouve devant nous, et lorsque nous utilisons les sons, nous écoutons n’importe quel son qui se présente à ce moment là.

L’odeur est ce qui est perçu par notre nez et lorsque l’on pratique Shamatha avec les odeurs, nous orientons simplement notre esprit afin qu’il perçoive l’odeur - Nous regardons l’odeur avec notre esprit et il n’y a rien d’autre à faire. Il n’est pas nécessaire de visualiser les odeurs, ou d’essayer de méditer sur celle ci d’une façon particulière. Nous portons simplement notre attention sur l’odeur et notre esprit en est conscient.

C’est pareil pour le goût. Nous pouvons utiliser n’importe quel goût comme support de notre méditation : sucré, acide, amer, épicé- peu importe. Lorsque nous mangeons, la faculté de notre langue perçoit le goût. Afin de pratiquer cette méditation, nous y portons simplement notre attention et notre esprit est seulement conscient du goût. Tout simplement.

ISi vous avez l’occasion de faire une retraite, vous devriez préparer de la bonne nourriture pour vos repas. Si vos amis du Dharma vous demande pourquoi vous mettez tant d’effort à la préparation de vos repas, alors que vous devriez passer plus de temps à pratiquer, vous pouvez simplement leur dire "C’est ma méditation. Je mange simplement de bons plats"

Et s’ils vous demandent, quel est le bienfait de manger tout au long de la journée, vous pouvez simplement répondre "C’est ma pratique !" (Rires)

Je plaisante !!!

LA MEDITATION AVEC LES SENSATIONS.

La cinquième méthode de méditation se rapporte aux objets tangibles ou les sensations tactiles. Parmi les cinq sens, les sensations tactiles sont les meilleurs supports pour notre méditation.

Les sensations tactiles incluent : les maux de tête, de dos, les douleurs aux jambes, aux genoux, tout cela…avoir chaud, froid, faim, soif, ou encore avoir le ventre plein, avoir mal aux dents ou avoir le vertige, se sentir lourd- tous ces états sont des sensations tactiles.

Lorsque nous avons un mal de dent insupportable, notre esprit désespérément en devient continuellement obnubilé. Il est impossible de le contrôler. Si nous essayons de manger un bon plat, notre esprit n’y prêtera aucune attention ; c’est le mal de dents qui le préoccupe. Si nous essayons de sortir pour une promenade ou de faire du sport pour nous rafraîchir, ou bien d’aller voir un film, cela ne nous sera d’aucune aide car la seule chose à laquelle nous pensons est notre mal de dents.

Quel est donc le principal remède à cette douleur ?
C’est notre propre esprit qui pense "Cette douleur est insupportable, elle me fait terriblement mal, quand est ce que cela va cesser ?". Ici nous avons tout à la fois de l’espoir et de la crainte : crainte de la douleur qui nous fait souffrir et espoir que cela cesse. Ces pensées incessantes dans notre esprit ne font qu’augmenter le mal de dents et la douleur grandira encore et encore.

Mais en utilisant ce mal de dents dans notre méditation de shamatha, nous pouvons placer notre attention sur la douleur. Où se trouve la douleur ? La douleur est une sensation que l’on expérimente dans notre esprit. Nous ne regardons pas la dent elle-même mais nous regardons la douleur que nous expérimentons dans notre cerveau.

Si nous regardons la douleur directement de cette façon, nous expérimenterons la non distraction de manière authentique.

D’habitude notre esprit est naturellement distrait par la douleur. Ainsi, si intentionnellement nous dirigeons notre attention vers elle, il y aura dès le départ un support solide pour la non distraction. Lorsque nous plaçons notre attention sur la douleur et en un seul point, celle-ci ne va pas s’arrêter mais nous ressentirons une douleur différente. Il y aura en même temps une sensation très vive de douleur et une sensation vive de bien être et de joie. Les pensées comme "Cette douleur me fait mal, j’ai besoin de m’en libérer, j’espère qu’elle va s’en aller" finiront par disparaître.

Ainsi donc, ce type d’expérience est une très bonne opportunité qui améliore notre pratique de l’attention et qui nous est bénéfique car nous ne rendons pas notre douleur plus grande. Nous allons faire cette pratique en utilisant les sensations tactiles comme les douleurs que nous avons aux jambes, au dos, ou aux fessiers qui sont dues à notre assise sur le coussin. Si vous ne ressentez pas de sensation tactile particulière, vous pouvez en créer une.

Pressez votre main entre votre pouce et votre index. Les médecins chinois disent que cela diminue les maux de tête et de ventre. Pressez vigoureusement pour qu’une douleur apparaisse. La douleur que vous êtes en train de créer est une sensation et celle ci existe dans votre esprit. Observez la, l’esprit concentré en un point. Ne soyez pas distrait par la sensation qui apparaît ou par un sentiment quelconque. Maintenant, nous allons ainsi méditez ensemble.

(Session de méditation avec Rinpoché)

LA MEDITATION AVEC LES PENSEES

Si vous comprenez cette technique méditative sans objet, vous atteindrez l’état de Bouddha très rapidement. Peut être en deux ou trois jours (rires).C’est une méditation très profonde mais elle n’a rien de spécial.

Notre plus grand obstacle dans la méditation est le mouvement des pensées - les pensées de désir, d’agression, d’ignorance, de jalousie, etc.. Dans notre esprit, s’élèvent différentes sortes de mouvements. Habituellement nous pensons que ces pensées font barrage à notre méditation et qu’elles lui nuisent ou la détruisent.

Mais si nous comprenons les points essentiels de la méditation, ces innombrables pensées seront un support pour notre méditation et elles ne nous nuiront plus. C’est de la même façon que les formes peuvent être un support méditatif.

Il y a plusieurs types de pensées : les pensées négatives liées aux afflictions mentales - le désir, la jalousie, la haine, etc, les pensées positives comme l’altruisme ou l’amour, et les pensées neutres, comme "Je veux manger" , "Je reste ici" , "Je veux me rendre à Halifax" ou autres.

Toutes ces pensées peuvent devenir un support méditatif simplement en les regardant. C’est comme regarder les formes ou écouter les sons.

Lorsque nous méditons sur les sensations tactiles et lorsque le son est le support de notre méditation, sensations et sons deviennent les supports de notre non distraction. Nous parvenons à maintenir ainsi une attention sans distraction. De la même façon en regardant les pensées, celles-ci nous aident à ne plus être distraits lorsque nous méditons.

Il y a deux états différents que nous pouvons expérimenter : le calme et le mouvement. Il n’existe pas de troisième sorte d’état pour les débutants sur la voie de la méditation. Il n’y a pas d’autres états qui puissent être expérimentés que celui du calme ou du mouvement

. La technique d’utiliser les pensées comme le support de notre méditation se rapporte à l’état de l’esprit lorsque celui-ci est en mouvement.

Il est très important de se rappeler qu’il n’est pas nécessaire de regarder qu’une seule et unique pensée. Nous devons simplement regarder les pensées qui s’élèvent quelles qu’elles soient. Par exemple, ces pensées sont comme ce rosaire ou ce mala - une pensée s’élève puis une autre pensée apparaît, et une autre encore. Notre esprit fonctionne d’habitude ainsi, mais si nous ne regardons pas les pensées, nous ne sommes pas conscients de ce processus. Nous devrions les observer sur le champ.

L’attention est comme ma main droite, et les pensées sont comme le mala. Celui-ci est égrainé perle par perle avec la main droite. De la même façon, nous observons toutes nos pensées avec attention. Nos pensées ne resteront pas fixées sur une seule pensée car notre esprit est semblable à un singe sauvage. Nous aurons beaucoup de pensées. Par exemple, nous penserons "J’ai besoin de manger quelque chose ; j’ai besoin de boire quelque chose ; je dois aller à cet endroit et y faire ceci ; il faut que je reste ici pour faire cela". Et tout cela, ça va. Nous pouvons simplement observer tout cela.

En regardant ainsi les pensées et si cent milles pensées apparaissent, alors nous aurions cent milles supports pour méditer. C’est très bien. Les pensées elles-mêmes deviennent un support qui nous permet de maintenir notre esprit. (Courte méditation)

QUESTIONS

Rinpoché, est t-il nécessaire d’étiqueter les pensées lorsqu’elles apparaissent, ou est-ce que simplement, la conscience regarde le mouvement ou écoute un son ?

Rinpoche : Le point le plus important est de reconnaître que nous avons une pensée. Il est possible d’utiliser une étiquette pour faire cela car notre esprit ne fonctionne pas sans étiquettes. Tout le travail de l’esprit, la sixième conscience, la conscience mentale avec laquelle nous travaillons est de relier les mots et le sens, de relier les mots et les choses auxquels ils se réfèrent et de s’attacher à eux comme s’ils étaient une même chose. De ce fait, il n’y a pas de problème à utiliser une étiquette car c’est la manière dont notre esprit fonctionne.

Lorsque nous utilisons la pratique de shamatha avec objet, il y a un sujet et un objet, celui qui perçoit et celui qui est perçu, une idée de dualité si bien que le processus d’étiqueter les pensées est convenable.
Celui qui regarde / celui qui perçoit est l’attention, et les objets qui sont perçus sont nos pensées. Il y a une citation d’un texte Bouddhiste qui dit, " Par la concentration en un seul point, l’état de non méditation s’élève avec excellence "

Q : Avec la pratique que nous avons effectuée hier en observant un petit objet, j’ai remarqué que l’esprit percevait l’objet et ensuite la vision de celui-ci s’affaiblissait, comme la mauvaise réception d’une télévision, puis se rétablissait. Aujourd’hui, lorsque nous avons effectué la pratique de shamatha avec la sensation de douleur, la même expérience est survenue : même si la douleur était insupportable, elle s’est atténuée et s’est manifestée à nouveau de la même manière. Ensuite, avec la pratique de regarder les pensées, le contraste n’était pas aussi vif, si bien que lorsqu’il y avait vision par opposition à une vision floue, alternativement, et la souffrance…

Le traducteur : …est-ce que les pensées étaient remplacées par les perceptions sensorielles ?

Q : Oui.

Rinpoche : Il n’y a aucun problème à ce que les pensées soient remplacées par les perceptions sensorielles. Lorsque nous travaillons avec la conscience mentale, notre objet principal est tout ce qui apparaît à notre conscience mentale. En général, ce qui apparaît à notre conscience mentale, ce sont les pensées, mais bien sur, notre conscience mentale peut aussi se focaliser sur l’une des cinq perceptions sensorielles. Si nous n’avons pas de pensées, mais que ce qui apparaît plus clairement est une forme ou un son s’élève, c’est très bien, nous pouvons nous concentrer dessus.

Q : Est-ce que pratiquer signifie se laisser simplement divertir par les pensées et ce avec attention ? Pour ma part, il s’agissait plutôt de produire de plus en plus de pensées et de rester simplement avec la succession des pensées et en fait plus elles se manifestent, mieux c’est.

Rinpoche : La technique que l’on utilise en ce moment n’est pas de produire ou de créer des pensées, mais plutôt de les regarder si elles s’élèvent, reconnaissant qu’elles se sont élevées. Cette reconnaissance est l’attention. C’est regarder ce qui se passe dans notre esprit, ce à quoi l’esprit pense. "Oh, il pense à ma maison. Oh, il pense au centre ville maintenant", et ainsi de suite.

Q : Donc, est-ce que lorsqu’il n’y a pas trop de pensées vous êtes davantage investis dans les perceptions sensorielles, ou est-ce ce que vous avez dit auparavant ?

Rinpoche (rit) : Nous parlerons un peu plus tard de ce que vous faites lorsqu’il n’y a pas de pensée.

Q : Merci.

Q : Quand j’ai essayé de me détendre lors de la méditation, c’est à ce moment là que j’ai eu beaucoup de pensées. Et lorsque j’ai essayé de créer des pensées, je n’en ai eu aucune. (Rires)

Rinpoche (rit) : Très bien, Nous en reparlerons également plus tard. (Rires).

Q : Plus tôt lorsque vous avez parlé de la méditation, il a été traduit qu’il s’agissait d’un moyen de "Contrôler l’esprit", puis cela a été modifiée par "Maintenir l’esprit ". La transmission que la plupart d’entre nous avons reçue de Trunpa Rinpoché était que contrôler l’esprit était le problème, et il nous a vraiment encouragé à laisser de l’espace pour que les choses s’élèvent et se dissolve. Je veux simplement clarifier ce que vous voulez dire - Pouvez vous commenter "contrôler l’esprit" ou "maintenir l’esprit" ?

Rinpoche : Avec le respect quant aux choix des mots, "Contrôler" a plus un sens de fabrication, que "Maintenir", un sens de création C’est la raison pour laquelle le mot "Maintenir" est un peu plus approprié.

Concernant le technique de méditation présentée par Trungpa Rinpoché, cette pratique était plus reliée à shamata sans objet. L’instruction principale était de permettre aux pensées de s’élever et de s’en aller. Tandis que la technique spéciale dont nous avons parlée est légèrement différente : il s’agit de regarder les pensées et d’utiliser les pensées qui s’élèvent comme le support de l’attention. Dans ce contexte, si les pensées apparaissent c’est encore mieux. Il est légèrement préférable si les pensées apparaissent ! Si plus de pensées s’élèvent c’est la numéro 1 quant à cette pratique particulière.

Nous allons méditer à nouveau ensemble. Cette fois ci, si vous n’avez pas de pensée, produisez-en. Produisez de nombreuses pensées, rapidement, clairement. Il y a trois qualités relatives à cette technique : rapidement, nombreuses et clairement. Mais il y a un point important : vous devez regarder chacune d’entre elles. Ne laissez pas passer une pensée sans l’avoir regardée, le fait de regarder est important.
(Session de pratique)

Q : Rinpoché, bien que cela semble un peu fabriqué, j’avais l’impression de déplacer l’esprit rapidement, comme si l’on scannait un écran de télévision. En fait, les yeux bougeaient aussi.

Rinpoche : L’aspect fabriqué ou créé auquel vous vous référez est juste, car nous travaillons avec shamata avec objet, et lorsque vous méditez avec cette technique, il y aura toujours une certaine fabrication. Comme il a été cité précédemment "Par la concentration en un seul point, l’état de non-concentration s’élève avec excellence"

Nous parlerons du second point, scanner un écran de télévision - un peu plus tard.
Q : Rinpoché, j’essaye de me défaire de certaines pensées depuis trente ans et ce fut intéressant de les faire ressurgir de là où elles étaient cachées. C’était presque comme les éclairer de la lumière d’un projecteur, une par une- éclairer, puis demeurer dans la suivante, et éclairer celle-ci. C’est comme un chat de dessin animé qui a les doigts pris dans une prise électrique et dont les poils s’hérissent en un seul instant. Ces pensées n’avaient pas vraiment disparu, elles étaient en quelque sorte paralysées ou figées.

Rinpoche : C’est très bien.

Q : Au début et à la fin de la session quand nous étions détendus, il y avait un espace où si une pensée se manifestait, je me détendais et je laissais cette pensée s’en aller, mais je la remarquais. Et ensuite, quand il était important de regarder les pensées, et qu’une pensée apparaissait, quand je regardais la pensée, elle n’était plus là. C’est difficile - l’esprit est soit en train d’observer ou de penser.

Rinpoche : D’accord, c’est bien.

LA MEDITATION SANS LES PENSEES

Lorsque vous regarder les pensées de cette manière, et en particulier pour les débutants, il y a deux sortes de choses qui peuvent se produire.

La plupart des personnes essaient d’observer les pensées mais ne voient rien se produire. Il y a un espace qui se produit, mais cela ne dure que trois ou quatre secondes environ. Ensuite une autre pensée s’élève et nous la regardons. Dès que nous commençons à l’observer, nous ne la voyons plus. Et ce, alternativement. Une pensée s’élève, nous la regardons, et nous ne la voyons plus. Une pensée s’élève, nous la regardons, puis nous ne pouvons pas l’identifier. C’est très bien. C’est comme s’asseoir simplement ici. Si vous avez déjà reçu les instructions qui montrent la nature de l’esprit, ce type de pratique est particulièrement bénéfique.

La méditation pendant laquelle nous ne pouvons voir aucune pensée devient shamatha sans objet. La méditation pendant laquelle nous pouvons regarder les pensées devient shamatha avec objet. Elles sont toutes deux très bonnes. C’est ce qui arrive à la plupart. Pour les autres, c’est comme regarder un écran de télévision.

L’exemple utilisé afin d’illustrer ceci, est celui d’une personne d’un certain âge qui regarde deux enfants qui sont véritablement absorbés par le jeu auquel ils jouent. Il se peut qu’ils créent un accident de camions, ou qu’ils construisent une maison, ou qu’ils jouent aux jeux vidéo, quoiqu’il en soit, ils sont très investis et très excités. Mai la personne âgée est capable de rester assise et simplement sourire, quoiqu’il arrive. Ainsi, nous pouvons regarder les pensées. Lorsque nous les regardons ainsi, elles sont dépourvues de leur pouvoir. C’est comme prendre un instantané de pensées ou faire défiler celles-ci les une après les autres.

En pratiquant ainsi, peu importe le nombre de pensées qui s’élèvent, si nous pouvons les contempler, toutes ces pensées deviendront un support de méditation.

Quand notre main fait défiler les perles d’un mala, elle égraine les perles l’une après l’autre sans interruption. Nous pouvons le faire de telle sorte que nous soyons attentif à chaque perle qui défile. De même, lorsque l’on est attentif aux pensées, il nous est impossible d’être seulement attentif à une pensée et de garder notre attention sur elle pour un certain temps, car la nature des pensées est de s’élever l’une après l’autre et une pensée ne demeure jamais. C’est une méditation facile, n’est ce pas ?

Il est bon d’avoir des pensées, il est bon de ne pas avoir de pensées et il n’y a pas d’état d’esprit dont nous pouvons faire l’expérience qui soit au-delà de cela. Avoir ou ne pas avoir de pensées - comment rendre les choses plus simples ?

Pendant notre dernière session de méditation, l’instruction était de créer des pensées. Mais quand nous pratiquons de façon ordinaire, il n’est pas utile de créer des pensées.

Dans la méditation, le point essentiel est de faire simplement attention, avec vigilance. Nous n’avons pas besoin d’identifier ce à quoi nous faisons attention la pensée. C’est le fait de faire attention qui est le plus important.

Lorsque nous continuons à pratiquer ainsi, nous commençons par un aspect de dualité, avec celui qui perçoit et celui qui est perçu, ou celui qui regarde et l’objet regardé. En étant plus à l’aise avec la pratique, celui qui perçoit et ce qui est perçu deviendront la même chose. Quand cela se produit, nous sommes très proche du fait de voir l’essence de notre esprit.

Ce matin pendant l’enseignement consacré shamatha, un étudiant m’a demandé s’il était possible de transformer la pratique de shamatha en vipashyana ou en vision supérieure, sans faire d’effort particulier. Dans la plupart des cas, la réponse est non. Il y aura une autre vue à adopter, comme celle de la vue sur la vacuité. Mais il existe une situation où shamatha peut être transformé en vipashyana sans utiliser une autre technique. C’est un cas très particulier.


LA MEDITATION AVEC LES PENSEES NEGATIVES

Comme nous l’avons dit auparavant, il y a trois sortes de pensées principales que nous pouvons expérimenter : les pensées négatives, positives et neutres. Pour les débutants qui sont sur la voie, il existe une méthode particulière pour travailler avec les pensées négatives.

Lorsque nous avons des émotions négatives, comme une forte colère ou une forte agressivité, et ce dans notre esprit, la première chose est de reconnaître que la colère "S’est élevée dans notre esprit".

A ce stade nous n’essayons pas d’arrêter la colère, nous la reconnaissons simplement. Ainsi, ne blesser pas la personne sur le champ ! Regardez la colère et non votre ennemi.

Pour les débutants, nous regardons principalement le sujet qui perçoit, au lieu du sujet perçu. C’est le point clé, c’est la différence.

Dans ce moment de colère, il y a un esprit qui pense : "Je veux frapper cette personne !!". Il y a un esprit qui se sent mal à l’aise, souffrant et en colère, tout cela à la fois. Ainsi, nous regardons cela. Nous regardons cet esprit en colère et plaçons notre attention sur cela, en seul point, aussi clairement que possible.

Cela nous permet d’entrer en relation avec notre colère de même que placer notre attention sur un mal de dent, nous permet d’entrer en relation avec ce mal de dent. Cela nous permet de cesser de créer davantage de souffrance en nous, et l’aspect insupportable de notre colère est apaisé. Il y aura toujours un aspect de colère ou de courroux mais la sensation insupportable et le malaise ressentis seront lentement pacifiés si nous les utilisons comme les objets de notre méditation. De même, la colère elle-même deviendra un support pour notre non distraction. Nous pouvons également adopter cette technique avec d’autres états mentaux négatifs comme la dépression, la peur, ou d’autres sortes de souffrance.

LA MEDITATION AVEC LES PENSES NEUTRES ET POSITIVES

Si nous travaillons avec les pensées neutres ou positives, nous pouvons regarder à la fois le sujet et l’objet. Par exemple, si vous pensez "Je vais me rendre au centre ville d’Halifax" vous pouvez observer l’objet de cette pensée. Vous pouvez regarder les bâtiments qui apparaissent dans votre esprit, les rues, les lumières, les gens qui viennent et qui partent, tout cela !

Regardez toutes ces images telles qu’elles apparaissent dans votre esprit est semblable à visualiser une divinité pendant la phase de création. C’est comme se visualiser soi-même comme la déité à l’intérieur d’un palais et de visualiser une autre déité dans l’espace en face vous. C’est également la même chose que prendre refuge, et visualiser tous les objets du refuge dans le ciel en face de vous.

Quelle est la différence entre penser à se rendre au centre ville d’Halifax et visualiser des déités ? La principale différence est qu’il y a un aspect d’une apparence pure dans la visualisation des déités, et qu’il n’y en a aucune lorsque l’on pense simplement au fait de se rentre au centre ville d’Halifax. Mais du point de vue de la non distraction et de la pratique de l’attention, et de l’accomplissement de shamatha ou du calme mental, il n’y a pas de différence. Cependant, il y a un bienfait distinct lorsque l’on travaille avec les apparences pures plutôt qu’avec la simple pensée d’Halifax.

Si vous vous demandez, "Quelle est la différence entre la pensée ordinaire de me rendre au centre ville d’Halifax et d’y penser avec attention ?". Vous n’êtes pas conscient de ce à quoi vous pensez. Vous n’êtes pas conscients de la manière dont vous êtes parvenus à penser au centre ville d’Halifax. Il n’ y a pas de conscience de la pensée de vous rendre dans votre voiture et de conduire, et de finalement se retrouver en ville. Mais si vous êtes attentifs, vous serez conscient et aurez une reconnaissance de chaque étape. Vous saurez à quel moment vous êtes entré dans la voiture et pourquoi vous étiez en train de conduire.

Si nous continuons à méditer ainsi nous parviendrons à un état dans lequel l’objet que nous regardons et celui qui regarde deviennent un. Toutes nos afflictions mentales comme le désir, l’agressivité, la jalousie, etc. se libéreront d’elles-mêmes. Le pouvoir de nos émotions perturbatrices ou de nos afflictions mentales (kleshas) diminuera graduellement.

Ceci était une explication des six méthodes de shamatha. Le point essentiel de shamatha est d’obtenir une liberté sur notre esprit, d’exploiter l’énergie naturelle de notre esprit, et d’apprivoiser l’esprit du singe sauvage. Lorsque nous parviendrons à faire cela, nous serons comme des éléphants bien domptés.

Les éléphants ne suivent pas chacun de leur caprice et ne nuisent pas sans raison. Ils marchent avec un objectif.

Que fait-on avec cet esprit de shamatha qui est comme un éléphant bien dompté ? Nous l’introduisons sur la voie de la libération. Afin de rejoindre entièrement le chemin qui mène à la libération, nous avons besoin d’utiliser la pratique de vipashyana ou de la vision supérieure, pénétrante. Il y a deux types de vipashyana : vipashyana sur la vacuité et vipashyana sur la nature de l’esprit. Si la vacuité et la nature de l’esprit sont réunies avec la pratique de shamatha nous obtiendrons l’état de l’éveil. C’est tout.

Y a-t-il des questions ?

Questions : Tout d’abord, je voudrais remercier le centre de Shambala qui m’a donné l’opportunité d’expérimenter vos enseignements, et votre sagesse profonde. "Les pensées, les pensées, les pensées, les pensées" - J’en ai à peu près un million, et je les cherche dans mes questions, soyez patient avec moi. Je vais essayer d’être très bref. J’ai expérimenté tant de sagesse et de savoir grâce à vous pendant ces jours ci que je me suis demandé, en tant que débutant, que souhaiteriez-vous que je garde en partant si vous n’aviez qu’une seule chose à dire ?

Deuxièmement (au traducteur) je pense que vous êtes un bon traducteur, je sais qu’avec les langues étrangères il est difficile de traduire les pensées et les phrases, et je me demandais si Rinpoché avait confiance en toutes vos traductions (Rires). Je ne vous en voudrais pas si vous ne lui posez pas la question ! Est t-il sûr que vous aviez convenablement traduit toutes les questions que les personnes ont souhaitées posées ?

Et troisièmement, il semblerait que Rinpoché soit une personne si calme, que je me demandais si il avait fait l’expérience de "l’esprit singe".

Rinpoche : Pour répondre à votre première question, en ce qui concerne les enseignements sur l’amour- bienveillant et la compassion, le seul point à garder à l’esprit est d’aider autrui avec équanimité. Concernant les enseignements sur la méditation, maintenez surtout la pratique de shamatha sans objet.

Q :Très bien.

Rinpoche (en Anglais) : Bon traducteur ! Je suis allé dans plusieurs endroits. Certains traducteurs rendent les choses pires. Tyler est très direct et très clair. Très bien. (Applaudissements)

Quant à "L’esprit-Singe", oui, j’ai un esprit-singe.

Q : Dieu merci ! Merci.

Q :Je suis curieux de savoir si Rinpoché pensait que certaines émotions négatives pouvaient se cacher ? Et si c’est le cas, comment pourrait-on encourager ces émotions, et plus spécifiquement la colère, à remonter jusqu’à notre conscience ?

Rinpoche : L’essentiel est d’essayer de s’habituer à reconnaître la colère. Une fois que vous arrivez à faire cela, graduellement vous serez capable d’observer la colère de plus en plus clairement. Par exemple, vous pouvez faire l’expérience de la colère, et seulement après être capable de reconnaître que vous étiez en colère. Vous pouvez prendre n’importe quel moment dont vous vous souvenez et vous dire "Oh, j’étais alors en colère" puis apprécier simplement ce moment de reconnaissance. Essayez de prendre cette habitude doucement et de cette manière. Il y a la colère qui s’est élevée avant que vous n’en ayez eu conscience et plus tard il y a l’instant de reconnaissance. Au moment où il y a reconnaissance, vous pouvez vous demander, "Qu’est ce que je ressentais quand la colère s’élevait et qu’est-ce que je ressens maintenant que je l’ai reconnue ?". Vous pouvez utiliser cela comme un exemple, un moyen pour prendre conscience de cela et faire de cette reconnaissance une véritable habitude.

Q : S’il n’y a pas d’apparition, est-ce qu’il n’y a pas de colère ?

Rinpoche:Si la colère ne s’élève pas cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de colère. Tout le monde a la racine de colère présente en soi sous une forme latente. Ainsi il y a une colère apparente et une colère latente. Il semble que c’est ce que vous demandez. Mais la colère latente ne disparaît pas avant que vous n’ayez atteint ce qui est appelé le premier bhumi des Bodhisattvas. Jusqu’à ce que l’on réalise directement la vacuité, tout le monde a une colère latente, et vous n’avez pas à vous en inquiéter.

Q : Mais ça peut prendre du temps !! (Rires)

Rinpoche : Un peu de temps.

Q :Premièrement, je voudrais vous dire merci. Deuxièmement, hier soir, vous avez répondu à une question sur la durée pendant laquelle un débutant devrait méditer ou pratiquer et vous avez dit une heure. En tant que mère d’une jeune famille, je pense que cette durée est plutôt décourageante pour moi. Troisièmement, j’ai pratiqué sur la voie spirituelle en tant que chrétienne pendant la plus grande partie de ma vie et je suis arrivée à un moment de ma vie où je sens le besoin de changer, mais en même temps je n’ai pas l’impression que j’en ai terminé avec le Christianisme. Alors je me sens confuse.

Rinpoche : L’exemple donné d’une heure ou deux de méditation n’est pas nécessairement la durée pendant laquelle vous devriez méditer. Ce conseil était adressé aux personnes qui sont sérieuses dans leur entraînement à cette technique de méditation et qui en ont le temps. Vous pouvez pratiquer aussi longtemps que cela. Mais il n’est pas dit qu’en méditant pendant une heure vous obtiendrez un bénéfice, et qu’en ne méditant pas pendant une heure vous n’obtiendrez pas de bénéfice. Vous pouvez commencer par quinze minutes de méditation, même une minute de méditation ou bien cinq. Si vous faites une minute de méditation alors vous obtiendrez le bénéfice d’une minute de méditation. Si vous méditez pendant une heure, alors vous obtiendrez le bénéfice d’une heure de méditation. Ainsi, vous pouvez commencer par méditer pendant quinze minutes- il est vraiment très bénéfique de faire cela.

Concernant la deuxième question portée sur les traditions spirituelles, vous n’avez pas besoin d’abandonner votre tradition d’origine pour pratiquer ces techniques de méditation. Il est tout à fait possible de maintenir votre pratique du christianisme et cependant de méditer en utilisant ces pratiques Bouddhistes. De plus, vous pouvez utiliser quelques unes de vos images chrétiennes pour la pratique de shamata avec objet, comme nous en avons parlé. Au lieu d’utiliser une figure bouddhiste comme objet de votre attention, vous pouvez par exemple, utiliser une croix comme objet de méditation, et pratiquer shamatha avec cet objet. Quelquefois, dans les pratiques bouddhistes, nous visualisons des Bouddhas dans le ciel, devant nous et pratiquons shamatha avec ces objets. Vous pouvez visualiser Jésus et utiliser cela comme support de shamatha. Tout cela n’est qu’une question de préférence personnelle. Je préfère la vue bouddhiste ainsi que les techniques de méditation et les enseignements Bouddhistes comme voie spirituelle, mais cela ne veut pas nécessairement dire que c’est ce que tout le monde veut. Cela dépend de chacun.

Q : Je sens que c’est le moment d’avancer spirituellement et d’apprendre d’autres choses. C’est là où la confusion se situe. J’ai étudié le Christianisme, non que j’en sois une experte, mais je sens que c’est le moment de m’intéresser à une autre spiritualité...

Rinpoche : Ce qu’il est à faire dépendra de vos propres sentiments. Examinez les et examinez ce que sont vos désires quant à cela. Les gens ont peut être beaucoup de questions quant à leur tradition religieuse d’origine. Ils peuvent se mettre à penser qu’il y a des choses qui sont indéfendables et qui n’ont pas de sens selon eux. Puis ils rencontrent quelque chose de nouveau et ils ont la sensation de se retrouver. Ils peuvent penser "Ceci a vraiment du sens pour moi ! J’ai l’impression que je me retrouve chez moi !". Si cela arrive alors il est bon de vous engager dans cette nouvelle tradition. Vous pouvez y réfléchir et voir comment vous vous sentez.

Q :Rinpoché, J’étais un peu distraite par une pensée négative lorsque vous avez donné des instructions sur la technique pour travailler avec les pensées négatives. Ainsi, je me demandais si vous pourriez revenir sur cela encore une fois, et peut être donner un peu plus de détails sur la partie concernant la manière de travailler avec le sujet plutôt qu’avec l’objet.

Rinpoche : Quel est votre niveau de pratique ?

Q : Sadhaka.

Rinpoche : Vous pouvez vous baser sur les enseignements des Trois Mots Qui Frappent les Points Vitaux. . Ecoutez les enregistrements et lisez le texte. Ici, le point essentiel est que même les pensées négatives peuvent devenir le support de l’attention. Quand vous les regardez, elles deviennent le support de l’attention et le support de la non distraction, tout comme lorsque l’on se concentre sur une forme ou que l’on écoute un son. Pour clarifier ceci plus précisément, vous pouvez écouter l’enregistrement de l’enseignement de ce soir.

Q : Merci.

Q :Bonsoir, j’étudie actuellement le Bouddhisme à l’Université de Dalhousie (à Halifax) Et j’ai un examen demain (rires). Il y a eu un débat considérable dans ma classe au sujet de la nature de l’impermanence. Certains élèves de ma classe pensent que la doctrine Bouddhiste dans sa propre essence est en contradiction avec elle-même parce que celle-ci affirme que tout est impermanent. Mais notre professeur nous a aussi enseigné que le stade du nirvana et l’état d’éveil sont permanents. C’est là où se trouvent la confusion et la contradiction : si tout est impermanent, comment l’état d’éveil peut-il être permanent ? Je me demandais simplement ce que vous en pensiez, et si vous pensiez vous-même que l’état de nirvana est permanent.

Rinpoche : TCe semblant de contradiction au sujet de l’éveil ou du nirvana comme étant permanents d’une part, et toute réalité apparente comme étant impermanente de l’autre, n’est pas en réalité une contradiction.Les voir comme une contradiction c’est mélanger la manière dont les choses apparaissent avec la manière dont elles sont.En d’autres termes, la façon dont les choses apparaissent est la vérité relative et la façon dont les choses sont est la vérité ultime

Lorsque nous nous référons à "la véritable nature de la réalité", il s’agit d’un synonyme de "bouddhéité". La "bouddhéité" est la véritable nature de toute chose - la véritable nature de tous les êtres, la véritable nature des Bouddhas - et la véritable nature des êtres est l’éveil. C’est le nirvana, la réalité ultime. Il est dit permanent car il est libre de naissance - il n’en vient jamais à exister et n’en vient jamais à disparaître. Une chose qui est dépourvue de naissance ne peut jamais être dite impermanente, car pour être impermanente, une chose doit suivre le processus de naissance, d’existence et de cessation. Naissance au début, existence au milieu et cessation à la fin.
La nature ultime, la véritable nature des choses, n’est jamais apparue donc elle ne peut être permanente. Mais si une chose apparaît, alors elle est nécessairement impermanente. Cela se réfère à tous les phénomènes de la vérité relative, ou la réalité apparente, la manière dont les choses apparaissent. Du point de vue de la manière dont les choses apparaissent, tout s’élève, demeure et cesse. Dès que quelque chose en vient à exister, cela est marqué par la qualité de l’impermanence. Cela doit demeurer et ensuite cela doit cesser. Mais d’un autre côté, du point de vue de la réalité ultime, il n’y a rien de tel que l’impermanence car il n’y a pas de naissance. Vous ne pouvez pas dire qu’elle est permanente non plus car s’il n’y a pas d’impermanence, il ne peut y avoir de permanence.

Toutefois, on la nomme parfois la permanence qui est au-delà de l’impermanence et de la permanence.

Q : Si la bouddhéité ne peut jamais s’élever, comment peut-on devenir éveillé, ou comment transcender ce qui est relatif ?

Rinpoche : Revenons sur la distinction entre la manière dont les choses apparaissent et la manière dont elles sont. La bouddhéité, ou l’état d’éveil, est en fait la manière dont les choses sont, la manière dont nous sommes de manière ultime. Mais du point de vue de la manière dont les choses apparaissent, nous apparaissons comme des êtres confus. La manière dont nous apparaissons n’est pas réellement ce que nous sommes. Donc, lorsque nous atteindrons l’état de Bouddha, quand nous reconnaîtrons ce que nous sommes réellement, la manière dont les choses apparaissent et la manière dont elles sont deviennent la même chose.

Q : Merci.

CONCLUSION

Rinpoche : Nous allons conclure à présent.

On m’a demandé de dire quelques mots à propos de Khenpo Jigmé Phuntsok. Khenpo Jigmé Phunstok était un grand Lama, un grand enseignant et un grand pratiquant. Il était principalement un pratiquant Nyingma, mais il pratiquait également les pratiques de la lignée Kagyu. Il était aussi un tertön, un découvreur de trésors. Il était en particulier un grand siddha, un mahasiddha. Khenpo Jigme puntsok remplissait une vallée entière au Tibet de disciples et donnait des enseignement à un rassemblement de plus de quinze milles personnes - dix milles moines et nonnes et cinq ou six milles laïques. Les gens construisaient une petite ville en édifiant des maisons de terre tout au long des collines sur les deux côtés de la vallée, et se rassemblaient ensuite sous une tente immense pour écouter les enseignements de Jime Phuntsok qui enseignait toute la journée

Du point de vue des étudiants, leur situation n’était pas très élaborée. Au fond, ils étudiaient le dharma et méditaient ensemble. Ils avaient peu à manger ou peu de vêtements sophistiqués à porter, etc. Cependant, parmi ceux qui se rassemblait lors de ses enseignements, Jigme Khenpo Phuntsok a formé un grand nombre de maîtres érudits (khenpo). Parmi les moines et les nonnes, il a aussi formé de nombreux maîtres pratiquants. Sur le même territoire, se trouvaient deux collèges monastiques (shédras), l’un Kagyu et l’autre Nyingma. Quelquefois Jigmé Phuntsok donnait des enseignements à ces étudiants, et en même temps il les emmenait sur un lieu où il découvrait un enseignement trésor (terma), qu’il révélait devant tout le monde.

Il y a deux khenpos au monastère de Shérab Ling, ma principale résidence en Inde ; Tous deux viennent de cet endroit au Tibet où ils ont étudié avec Khenpo Jigme Phuntsok. Khenpo Jingme Phuntsok est décédé il y a deux ou trois semaines. Tout est impermanent, n’est ce pas ?

J’ai été véritablement ravie d’avoir la possibilité de venir à Halifax pour quelques jours afin de parler du Dharma avec vous et je suis très heureux que vous ayez écouté avec un tel enthousiasme et beaucoup d’intérêt. En particulier, je suis très content de la manière dont les étudiants du Vajrayana ont écouté les enseignements et j’ai le sentiment que vous avez compris le sujet abordé. Les discussions et les audiences sur Shamatha se sont aussi très bien déroulées. Alors, merci à tous, et spécialement à tous ceux qui ont aidés à la préparation et à la coordination de ce programme. Tout a été parfait. Quand je devais descendre les marches, il y avait toujours quelqu’un prêt à m’aider, quelqu’un prêt à m’ouvrir la porte et m’aider à m’asseoir. C’était tout simplement comme être un roi. Je n’ai jamais été accueilli de la sorte auparavant. Aussi, merci à tous ceux qui travaillent dans ce centre.

J’apprécie beaucoup les étapes qui ont été mise en place par Trunpa Rinpoché - comment pratiquer et étudier sur la voie. Ce sont de très bonnes étapes et je suis très heureux que vous les pratiquiez tous.

Richard John (le Directeur du centre shambhala d’Halifax) : Rinpoché, vous savez maintenant ce que l’on ressent pour vous. Nous avons pu bénéficier de manière considérable de votre sagesse et de votre clarté. La façon dont vous avez inspiré tout le monde, des débutants aux dinosaures, est extraordinaire, nous vous en sommes très reconnaissants et nous sommes très émus de pouvoir étudier avec vous. Je souhaiterais vous offrir un témoignage de notre reconnaissance envers vous. Voici un petit paquet pour vous, une copie de Shambhala : La Voie Sacrée du Guerrier (de Chogyam Trungpa), qui est l’un de nos livres préféré. Tyler, Rinpoché souhaiterait que vous lui lisiez ce livre.

Rinpoche : Merci.

RJ : Lama Chewang, cela fut un plaisir de vous avoir parmi nous. Tyler merci une fois de plus. Vous êtes un grand traducteur. Vous êtes de plus en plus créatif aussi. Venez vous réellement de Truro (une petite ville près d’Halifax) ? (Rires et applaudissements)

Rinpoche (en Anglais) : Merci beaucoup, traducteur !

RJ : De nombreuses personnes ont fait la requête pour que Rinpoché revienne souvent à Halifax. Je lui ai présenté formellement cette requête avant l’enseignement, ce soir, et je suis très heureux avec votre permission, Rinpoché, d’annoncer à tout le monde que vous reviendrez l’année prochaine et l’année suivante.

Dédicaces des mérites et Hymne Shambhala )


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