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Germaine Brocchiero

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Les rendez-vous du Larzac...

ou "petite chronique commémorative de la visite de S.S le Dalaï Lama en septembre 2000"

Par Germaine Brocchiero

Quel est le point commun entre José Bové et le Dalaï Lama ?

Et bien c’est ...Le Larzac !

Bon ! vous allez me dire que c’est un peu juste... oui, mais justement, Le Larzac à lui tout seul est une Légende... et tous les chemins mènent au Larzac... la preuve ?

J’ai lu récemment dans un article de journal datant des années 80, que la vague des hippies (ceux que nous appelons aussi les baba-cool, ou encore les soixanthuitards), enfin bref ceux qui ont décidé un jour de quitter la grande autoroute pour les petits chemins détournés, donc que cette vague s’était divisée : il y a ceux qui ont pris le chemin mythique de Katmandou en quête d’une spiritualité orientale non moins mythique, et ceux qui ont pris le chemin du Larzac, avec le slogan tout aussi mythique "Gardarem lou Larzac" (1) et qui sont à l’origine de l’expression devenue célèbre : "partir garder les chèvres sur Le Larzac" qui signifie en fait : "rompre les bans avec la société de consommation".

Comme vous le voyez, il y a beaucoup de mythes dans cette histoire qui n’est pas mitée pour autant, car ça continue ; depuis José Bové (agriculteur du Larzac issue de la vague post-soixante huit), est devenu lui-même la figure emblématique (donc un mythe) de la lutte contre la mondialisation, tandis que le Dalaï Lama, chef spirituel du Bouddhisme tibétain, est devenu quant à lui la figure emblématique d’une sagesse orientale pacifique, la même qui avait attiré nos hippies sur les chemins de Katmandou (Love and peace).

Pourquoi je vous raconte tout ça ? et bien parce qu’en cet été 2000, la route des uns a croisé celle des autres... sur Le Larzac, justement !

Tandis qu’à Millau se déroulait le désormais célèbre "procès de José Bové", nous préparions la venue du Dalaï Lama quelques kilomètres plus loin.

Donc Le Larzac est plus que jamais cette terre mythique et forte, lieu de toutes les rencontres. Car n’oublions pas qu’il fut sillonné par les Templiers, les Cathares, et qu’il l’est encore par les Pèlerins de Compostelle .

C’est à Roqueredonde que s’est installé le Centre de retraite de Lerab Ling, mais ne croyez pas que les bouddhistes tibétains furent les premiers sur ce territoire...non, avant eux, Lanza Del Vasto (2) lui-même a choisi cette terre pour y implanter une communauté (3) et pour y mourir. Sur la même commune, on trouve un monastère orthodoxe...c’est un lieu de rendez-vous, vraiment... et figurez-vous qu’il y a même un lac qui donne rendez-vous à ce lieu tous les 7 ans ! Oui, un lac ! le lac intermittent des Rives. C’est une résurgence d’eau souterraine qui produit un lac tous les 7 ans.

Bon d’accord, certains vous diront que la commune de Roqueredonde est plus précisément sur les Monts d’Orb, et que les Rives sont sur le plateau de l’Escandorgue, et que ce n’est pas tout à fait Le Larzac... certes, mais ne chipotons pas, vu à l’échelle planétaire, tout ça s’inscrit dans un mouchoir de poche.

Si ça représente un intérêt à notre époque, c’est que au moment où la Palestine s’embrase encore une fois, au moment ou juifs et musulmans s’affrontent dans la violence, au moment où notre économie mondiale et galopante produit de plus en plus de déchets humains, Le Larzac se trouve être le lieu de rendez-vous d’êtres exceptionnels qui viennent parler d’harmonie, de paix, de respect de l’Homme et de son environnement... mais comme parler ne suffit pas, ces êtres viennent surtout nous montrer comment le vivre.

Mais tout ceci n’était qu’un préambule à l’histoire d’hommes et de femmes tout aussi exceptionnels qui ont rendu possible la venue des enseignements du Dalaï Lama sur Le Larzac.

Bien sûr, il y eut les responsables de l’évènement, ceux qui officiellement ont été chargés de préparer le cadre, de concevoir tous les éléments techniques, d’assumer une part importante des responsabilités de l’évènement. Mais leurs mérites ont été pleinement reconnus, ils ont été félicités, bénis, mis à l’honneur, leurs noms cités... moi, je voudrais ici rendre hommage à l’armée de l’ombre des bénévoles anonymes, en commençant par ceux qui depuis des mois déjà exerçaient dans les locaux de Lodève, sans expérience, mais dotés d’une motivation sans faille : à l’accueil, à l’enregistrement, au courrier, à l’hébergement...il y eut Robert, Isabelle, Porzi, Amira, Corinne, Janet.... sans oublier Alberta, et les autres !

Au cours de ces 9 mois de gestation, j’ai été le témoin privilégié d’une multitude de petits et grands miracles... Car nous avions conscience d’entreprendre un très long travail, s’inscrivant naturellement dans notre vie d’étudiants et de pratiquants bouddhistes, mais dont le but allait bien au-delà de nos vies ordinaires

Au début était Lerab Gar (4), en fait un champ agricole ; sur ce site de 10 hectares, il avait été décidé de mettre en place l’infrastructure destinée à accueillir les quelques 8000 personnes désireuses d’écouter les enseignements de Sa Sainteté le XIVème Dalaï Lama...Le montage de Lerab Gar fut laborieux, on avait peine à croire à l’existence tangible de ce site, lorsque brusquement les grandes tentes blanches montèrent comme des champignons, au milieu d’une immense agitation de véhicules en tous genres, d’engins de chantier, et de personnages gesticulants en tous sens ; de ce chaos apparent surgit cependant l’ordre et alors, arrivèrent les bénévoles...

Ceux-ci venaient du monde entier ; certains avaient pour tout bagage une dévotion pure, une incroyable connexion avec ce guide spirituel au charisme exceptionnel qu’est le Dalaï Lama, et c’est cela qui les a guidés vers nous.

En dépit de nos différences de langues, de culture, nous avons su travailler ensemble, notre ciment était ailleurs, il était dans notre volonté commune de nous dépasser, d’oublier un temps nos intérêts personnels pour participer à cette aventure collective.

Beaucoup bravèrent les rigueurs climatiques sans souci pour leur propre personne en oubliant leur principale inquiétude : comment assister aux enseignements tout en assurant la charge de leur bénévolat ? et bien, à l’évidence,

cette préoccupation passa au second plan devant l’urgence des situations pour la plupart d’entre eux qui sacrifièrent leurs désirs au bénéfice du plus grand nombre.

Il me serait impossible de les citer tous, je voudrais juste raviver le souvenir de ceux qui se sont, pour un temps, mis en marge de leur vie pour mieux l’offrir.

Il y eut ainsi Sophie, la petite étudiante australienne à l’université de Sydney, mise en vacances pour cause de Jeux Olympiques, et qui a préféré venir soutenir notre initiative, Sharon qui mit si souvent notre patience à l’épreuve, mais qui "abattait" (c’est le mot !) un travail considérable, la gentille Alison et son petit garçon ; Ulm le baroudeur romantique, Michael, Ralph, Herman, Youske le japonais, Sergueï le sibérien qui couchait à la belle étoile, trouvant le climat du Larzac finalement moins clément que celui de son pays natal, Luc, Aurélie, et Dieuwke, la gamine hollandaise insolente, Shona l’Irlandaise, Karin, l’allemande, Greta la blonde, Gert, Max et Reinhard, Frédéric au parking, aidé par France, François à la circulation, Fabrice à la sécurité, passant ses nuits sur le site, Alexandra, Anne-Marie, si efficace au "trafic" des cars, la "bande" des charpentiers, José en tête, avec Olivier, Sasha, Jean...Loïc et son ineffable gentillesse, Marcelle qui nous fit salon de coiffure, et Jean-François qui nous offrit ses massages...

Que dire de Rosette, notre douairière de 82 ans, groupie infatigable du Dalaï Lama, et Claude, qui mit tout son cœur à réaliser le petit jardin privé de Sa Sainteté, Stéphane, notre chauffeur de minibus...

Et aussi "Jean des Poubelles", comme il se nommait lui-même, dynamique manager du nettoyage du site, aidé par son amie Fabienne, sans oublier Manuel, si présent pour assurer le bien être de tous, et l’inévitable Didier...et surtout notre "Ange Gabriel" ; tombé du ciel (en fait de New York), avec un immense sourire et un cœur tout aussi grand, mais qui gagna son surnom grâce à son "Réincarnation tea" qu’il nous préparait tous les soirs.

Ni les intempéries, ni les obstacles, n’eurent raison de leur ferveur.

Beaucoup de ces êtres sont allés jusqu’au bout d’eux-mêmes, certains sont allés jusqu’au bout, tout court, jusqu’à l’ultime rendez-vous...comme Valérie...

Que venait faire une jeune femme comme Valérie parmi nous ? nous ne l’avons pas su et ne le saurons jamais...il n’était pas coutume de demander aux bénévoles de nous raconter leur vie, nous n’avons rien su, ou si peu de celle de Valérie...jolie, menue, maquillée jusqu’au bout de ses ongles mauves, ornée de "perçing", juchée sur de hauts talons, aux formes moulées dans des tenues modes...tout juste savions-nous qu’elle avait 2 enfants, et habitait Montpellier.

Elle est arrivée simplement un jour au bureau pour se porter bénévole, et sa joie d’avoir été acceptée fut profondément émouvante : elle était semblable à une fillette qui vient de recevoir le plus merveilleux des cadeaux.

Ce qui l’animait ? une profonde, et peu ordinaire dévotion pour le Dalaï Lama, sans rien d’intellectuel chez elle, juste l’ouverture du cœur ; elle disait rêver de lui depuis qu’elle était enfant(?)

Son souhait ? pouvoir l’approcher.

Ce qui la caractérisait ? le bonheur permanent d’être parmi nous ! tout ce que nous lui proposions lui convenait, rien ne semblait venir à bout de sa joie et de son enthousiasme.

Avait-elle la santé fragile ? à moi, elle n’en parlait pas, par crainte sans doute que je ne réduise son temps de travail, car elle en faisait toujours plus, de plus en plus... au point, dans les dernières semaines, de passer ses nuits devant l’ordinateur pour rattraper le retard dans les inscriptions.

Tant et si bien, qu’au fil du temps, notre curiosité amusée se voua en admiration.

Le 17 septembre, Valérie était à mes côtés à Lerab Ling pour saluer l’arrivée de Sa Sainteté le Dalaï Lama, mais le 18, par un concours de circonstances étonnant, elle put réellement l’approcher... et le 19, alors que la tempête se déchaînait, Valérie s’en est allée... nous ne saurons jamais pour quelles raisons sa voiture est tombée dans la rivière à Lodève, ni pourquoi elle est morte d’un arrêt cardiaque, mais le soir même, le Dalaï Lama tenait dans ses mains la photo de Valérie et lui dédiait ses prières... le vœu de Valérie était exaucé au-delà de la mort !

Valérie, tu resteras pour nous cette comète de lumière qui a traversé nos vies, et si le paradis des cœurs purs existe, nul doute que tu y résides aujourd’hui.

Il me plait de souligner que ce sont des centaines de bénévoles qui ont consacré tout leur temps et leur énergie pour que se produise l’évènement.

Au regard du public, l’organisation fut pleinement satisfaisante, alors que côté coulisses (c’est à dire le mien) l’évènement relevait de la mission impossible ! Les obstacles en tous genres s’étaient succédés les dernières semaines : pénurie de carburant entraînant des retards de livraison et d’installation, problèmes informatiques à l’enregistrement des inscriptions,...mais enfin le 17, Sa Sainteté était arrivée, et le 18 notre site était presque terminé, pimpant avec ses drapeaux de prière aux couleurs vives, flottant gaiement dans le vent... et le 19, alors que rien ne le laissait présager, la tempête s’est abattue sur la région, sinistrant la ville de Montpellier, et transformant en quelques heures notre site en bourbier et en piège pour les véhicules qui s’y embourbaient, inondant notre grande tente des enseignements, renversant les petites, emportant nos drapeaux de prière dont les couleurs dégoulinaient lamentablement le long des tentes, rendant notre parking impraticable...bref, le 20 nous n’étions pas prêts, et pourtant contre toute attente, y compris celle des autorités (Préfet, Gendarmerie, Equipement...) qui doutaient au point d’envisager l’annulation, contre toute attente donc, sauf celle du public qui contre vent et pluie était là, la rencontre eut lieu au matin du 20 septembre, comme prévue, mais presque à notre insu !

Sans que nous ayions compris comment, à 11h, le Dalaï Lama et le public furent réunis sous la grande tente. Les bénévoles exténués, trempés, crottés de boue, levés depuis 6h du matin et qui, faute de moyens, n’avaient pu déjeuner, prirent note du miracle de cette rencontre, mais ceux-là même qui restèrent en dehors des enseignements afin de poursuivre et œuvrer encore et encore pour le confort de tous, furent témoins d’un autre miracle : au-dessus de la tente des enseignements, se déployait un arc en ciel. D’accord, vous allez me dire que par temps de pluie, c’est assez courant... sauf que celui-ci présentait une étrange particularité : sa courbe, légèrement aplatie épousait parfaitement la forme de la tente !

Que ceux dont les noms n’ont pas été cités ici me pardonnent, ce bref hommage englobe tous les êtres qui se sont dévoués à œuvrer pour le bienfait de tous.

Germaine, de la Coordination bénévole.

(1) extrait d’un article d’Yves Rouquette

(2) disciple de Gandhi

(3) la communauté de l’Arche

(4) Gar, en tibétain, signifie "campement"






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