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Hsu Yun

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Les pré-requis de la pratique Ch’an

Par Hsu Yun

Tiré du Hsu Yun Ho Shang Fa Hui

L’objectif de la pratique du Ch’an est de préparer l’Esprit à percevoir sa « Vraie Nature » en le nettoyant de tout ce qui le souille, pour que puisse apparaître son « Visage originel ».

Ce qui le souille ce sont nos erreurs et nos attachements aux choses, prises pour réelles.

Ce que l’on appelle « Vraie Nature » est la digne caractéristique de la sagesse du Tathâgata, laquelle est aussi bien présente chez les Bouddhas que chez tous les êtres vivants(1).

Si les pensées erronées et les attachements sont rejetés, on atteste la caractéristique méritoire de la sagesse du Tathâgata et on devient Bouddha, autrement on reste un être vivant.

Depuis une éternité, nos illusions nous maintiennent immergés dans l’océan de la naissance-et-mort. Nous sommes souillés depuis si longtemps que nous sommes devenus incapables de nous libérer nous-mêmes de nos erreurs de jugement pour percevoir notre « Vraie Nature ». C’est pourquoi nous devons nous soumettre à la pratique Ch’an.
Le pré-requis de cette pratique est l’éradication de nos pensées erronées. Pour ce, parmi les nombreux conseils du Bouddha Sakyamuni, aucun n’est plus simple que celui d’« arrêter » dans le sermon suivant : « Si ça s’arrête, c’est l’illumination (Bodhi) »(2).

L’école du Ch’an, depuis son introduction par Bodhidharma lors de sa venue à l’Est jusqu’après le sixième Patriarche, se diffusa largement dans tout le pays et a joui d’une prospérité qu’elle ne connut ni avant ni après cette période. Cependant, la chose la plus importante qu’enseignèrent, et Bodhidharma et le sixième Patriarche, fut seulement celle-ci : « Laissez tomber toutes les causes concourantes ; ne provoquez pas une seule pensée ». Laisser tomber toutes les causes concourantes, c’est lâcher prise(3). Donc, ces deux phrases : « Laisser tomber toutes les causes concourantes. Ne provoquez pas une seule pensée », sont les pré-requis de la pratique du Ch’an.

Si la mise en œuvre de ces deux phrases n’est pas partie prenante de notre pratique, non seulement la pratique ne donnera rien, mais il sera impossible de même la commencer, car au milieu des causes qui apparaissent et disparaissent, pensée après pensée, comment voulez-vous qu’il y ait une pratique Ch’an ?

Maintenant que nous savons qu’il faut « laisser tomber les causes concourantes » et ne pas « provoquer une seule pensée », comment satisfaire ces pré-requis ?

Ceux qui vivent une haute spiritualité peuvent interrompre le surgissement des pensées, atteindre ainsi l’état de non-naissance et réaliser ainsi, instantanément, l’Éveil.

Ceux dont la spiritualité est moins élevée déduiront le principe de leur pratique et comprendront ainsi que leur « Vraie Nature » est fondamentalement pure et immaculée, que la souffrance (klésa) et l’Éveil, la naissance, la mort, le Nirvana ne sont que des mots creux, sans rapport avec leur « Vraie Nature » ; ils comprendront que tous les phénomènes sont des rêves, des illusions, des bulles, des ombres ; et que les quatre éléments constitutifs du corps physique, des montagnes, des rivières, du monde entier font certes partie de la « Vraie Nature » mais sont comme l’écume sur la mer, apparaissant et disparaissant, se suivant les uns les autres en une succession ininterrompue, sans changer d’un iota l’essence de l’océan.

Il faut donc laisser tomber les illusions, leur apparition, leur changement, leur disparition, ne pas s’attacher ou rejeter et ne pas susciter les sentiments de joie, de tristesse subséquents. Nous devons laisser tomber tout ce dont on se charge, jusqu’à devenir exactement comme un homme mort. Il en résultera que les organes des sens, les perceptions et leur conscience disparaîtront, et avec eux la concupiscence, la colère, la stupidité et l’amour.

Quand notre joie et notre tristesse, le froid de la faim et la chaleur du contentement, l’honneur et le déshonneur, la naissance et la mort, le bonheur et le malheur, la bénédiction et la calamité, l’éloge et la censure, le gain et la perte, la sécurité et le danger, le handicap et l’aide, sont abandonnés, c’est le vrai lâcher prise.

Lâcher prise une fois, c’est lâcher prise tout le temps, pour toujours et cela s’appelle « laisser tomber toutes les causes concourantes ». Quand on laisse tomber « toutes les causes concourantes », les pensées erronées disparaissent, on ne discrimine plus, on ne s’attache plus. Quand on ne discrimine plus, la lumière de la « Vraie Nature » brille pleinement. Alors, seulement, les pré-requis de la pratique du Ch’an sont pleinement satisfaits.

Après quoi, sont encore demandés à celui qui souhaite préparer son Esprit à percevoir sa Vraie Nature beaucoup de pratique et une réelle introspection.

Récemment, les bouddhistes de l’école Ch’an sont venus chercher conseil. Mais en ce qui concerne le Dharma, fondamentalement, rien ne peut être dit, parce qu’aussitôt que c’est exprimé par des mots, le sens est faussé.

Il faut juste voir clairement que l’Esprit est Bouddha et il n’y aura plus de confusion. C’est évident en soi ; tous les discours sur la pratique et la réalisation sont les mots du démon.

Bodhidharma, qui est venu à l’est pour « directement permettre à l’Esprit de l’homme de percevoir sa propre nature, accomplissant ainsi la bouddhéité », a clairement indiqué que toutes les créatures vivantes sur la terre étaient Bouddha. La connaissance parfaite de sa « Vraie Nature », pure et immaculée, et notre harmonie avec elle, sans être souillé par l’attachement à quoi que ce soit (4) et sans la moindre discrimination mentale, que nous marchions, soyons debout, assis ou couchés, la journée comme la nuit, n’est rien d’autre que la bouddhéité, évidente en soi.

Cela n’exige pas de pratique spirituelle et d’effort particuliers. Pas plus d’endroit approprié, aucune action, aucun mot, discours ou pensée. C’est pourquoi, il est dit que la réalisation de la bouddhéité est une chose des plus aisées, qui ne dépend que de nous. Toutes les créatures vivantes, sur cette terre, qui ne veulent pas passer de longues éternités à renaître par les quatre sortes successives de naissance dans les six royaumes d’existence et rester de ce fait immergées de manière permanente dans une mer de souffrance, mais qui veulent atteindre la bouddhéité et ce qui l’accompagne de vraie éternité, de vrai bonheur, de vraie personnalité et de vraie pureté (5), doivent croire sincèrement les mots véridiques des Bouddhas et des Patriarches et lâcher prise, sans penser au bon ou au mauvais ; ainsi toutes pourront-elles certainement devenir immédiatement Bouddhas.

Tous les bouddhas, les bodhisattvas et les Patriarches des générations passées n’auraient pas fait le vœu de libérer tous les être vivants s’ils n’avaient été garantis que cela est possible ; ils n’ont pas fait un vœu pieu et n’ont pas délibérément menti.

L’état de bouddhéité est naturel.

Le Bouddha et les Patriarches l’ont expliqué à maintes reprises ; leurs mots sont vrais, ils correspondent à la réalité, sans le moindre atome de mensonge et de tromperie. Cependant, toutes les créatures vivantes sur cette terre ont été pendant d’innombrables éternités abusées et se sont noyées dans l’océan amer des naissances et des morts, apparaissant et disparaissant dans leurs transmigrations infinies. Étant abusées, confuses et troublées, elles ont tourné le dos à l’Éveil et se sont vautrées dans la souillure.

Notre école préconise la pratique ch’an.

Le cœur de l’entraînement à « la réalisation de l’Esprit et la perception de notre Vraie Nature », c’est l’examen approfondi de notre visage fondamental.

La porte du Dharma qui consiste à « s’éveiller clairement à son propre Esprit et à percevoir sa nature originelle » a été transmise depuis que Bouddha a tendu une fleur, même après l’arrivée de Bodhidharma à l’Est, mais avec de fréquents changements de méthode de pratique.
Jusqu’aux dynasties T’ang (935) et Sung (1278), la plupart des adeptes de l’école Ch’an atteignaient l’Éveil en entendant un mot ou une phrase. Il n’y avait aucun Dharma formellement fixé : la transmission du maître au disciple se faisait d’Esprit-coeur à Esprit-coeur. Lors les séances de questions/réponses, le rôle du maître était seulement de délier les liens qui enchaînaient son disciple, en fonction des circonstances, un peu comme la prescription d’un médecin doit être appropriée à chaque maladie particulière.

Pendant et après la dynastie Sung, les disciples sont devenus plus sourds et les instructions de moins en moins suivies. Par exemple, quand on leur demandait de « lâcher prise » et « d’arrêter de discriminer entre le bon et le mauvais », les pratiquants ne pouvaient lâcher prise sur rien ni s’arrêter de discriminer. Dans ces circonstances, les anciens maîtres furent contraints d’inventer une sorte de contre-poison, et apprirent à leurs disciples à s’interroger sur des kung-an (6) ou à tenir un hua t’ou (7).

Ils apprirent même à leurs disciples à concentrer leur Esprit sur des hua t’ou vides de sens, aussi fermement que possible, sans jamais se relâcher, comme un rat ronge le bois du coffre jusqu’à ce qu’il ait fait un trou. Le but de cette méthode était d’employer une simple pensée pour arrêter le défilement des pensées innombrables, parce que les maîtres n’avaient aucune alternative.

Cela ressemblait à de la réanimation. Il y eut beaucoup de kung-an et, plus tard, de hua t’ou conçus par les anciens, par exemple : « Qui traîne ce cadavre ? » ; « Quel était mon visage originel avant ma naissance ? »… Aujourd’hui, les maîtres emploient le hua t’ou : « Qui répète le nom de Bouddha ? »

Tous ces hua t’ou ont une signification qui n’a rien de mystérieux, une signification très ordinaire.

Si on examine « Qui récite un sutra ? », « Qui fait une incantation ? », « Qui adore le Bouddha ? », « Qui prend un repas ? », « Qui porte une robe ? », « Qui marche sur la route ? », ou « Qui dort ? », la réponse à « qui ? » est invariablement la même : « C’est l’Esprit ».

Le mot surgit de l’Esprit, donc l’Esprit commande au mot, est antérieur au mot. La pensée surgit de l’Esprit, donc l’Esprit commande à la pensée, est antérieur à la pensée. Les myriades de choses naissent de l’Esprit, donc l’Esprit commande aux choses. En réalité, un hua t’ou est ce qui est antérieur à une pensée. Ce qui est antérieur à une pensée n’est rien d’autre que l’Esprit.

Pour mieux dire, avant qu’une pensée surgisse, c’est le hua t’ou. D’après quoi nous savons qu’examiner un hua t’ou, c’est examiner l’Esprit. Le Visage Originel avant la naissance, c’est l’Esprit. Pour observer son visage originel on doit observer son Esprit. La Vraie Nature, c’est l’Esprit et « tendre l’oreille vers son for intérieur pour entendre sa Vraie Nature », c’est « tendre l’oreille vers son for intérieur pour entendre son propre Esprit ». Dans l’expression : « la parfaite lumière sur la pure conscience », « la parfaite lumière sur », c’est regarder à l’intérieur et « la pure conscience », c’est l’Esprit. Puisque l’Esprit est Bouddha, répéter le nom de Bouddha, c’est-à-dire contempler le Bouddha, c’est contempler l’Esprit. Ainsi, « examiner un hua t’ou » ou « chercher celui qui répète le nom de Bouddha », c’est contempler l’Esprit, c’est-à-dire contempler la pure essence de la conscience de son propre Esprit, c’est-à-dire contempler sa bouddhéité.

L’Esprit est la « Vraie Nature », la conscience et Bouddha, sans forme, sans origine et mystérieux. Il est immaculé, pur par nature, pénétrant partout dans le Dharmadhâtu, il n’entre pas et ne part pas, ne vient ni ne va, et constitue en soi, fondamentalement, le Corps de la loi.

Un pratiquant devrait maîtriser ses six organes des sens et faire attention au hua t’ou en observant d’où la pensée apparaît jusqu’à ce qu’il perçoive sa Vraie Nature, pure et libre de toutes pensées. Cette enquête intime, impartiale, calme mais menée sans répit conduira celui qui la pratique à une contemplation lumineuse, avec comme résultat la prise de conscience de la non-existence intrinsèque des cinq éléments constitutifs de l’être et le nettoyage total de l’esprit et du corps.
Après quoi, cette conscience constante et absolue devra être maintenue en marchant, debout, assis et couché, le jour et la nuit. Avec le temps, cet accomplissement sera apporté à sa perfection, aboutissant à la perception de sa Vraie Nature et à la réalisation de la bouddhéité, avec l’élimination de toutes souffrances et afflictions.

L’ancien Kao Feng disait : « Si un étudiant qui examine un hua t’ou selon la même « droiture » qu’une tuile cassée jetée dans un étang profond plonge directement au fond, si un tel étudiant échoue à devenir éveillé en sept jours, je veux bien qu’on me coupe la tête ». Chers amis, ce sont les propos d’un maître expérimenté : ils sont vrais et correspondent, c’est certain, à la réalité ; ce n’est pas une mystification.

Pourquoi alors, trouve-t-on si peu de gens de cette génération qui atteignent l’Éveil quoique beaucoup examinent un hua t’ou ? C’est parce que leurs facultés ne sont pas aussi aiguisées que celles des anciens. C’est aussi parce que beaucoup de pratiquants ne savent pas vraiment comment examiner un hua t’ou. Ils courent aux quatre coins chercher instruction et vieillissent sans avoir encore compris ce qu’est un hua t’ou et la méthode de son examen. Ils passent leur vie entière attachés aux mots et aux noms, focalisant leur esprit sur la queue du hua t’ou (8). Ils fouillent les phrases « Explorez celui qui répète le nom du Bouddha » et « Prenez soin du hua t’ou », et plus ils les fouillent, plus ils les examinent, plus ils s’éloignent de ce qu’elles signifient. Ainsi comment pourraient-ils être éveillés par l’évidence du Wu Wei, l’ultime réalité, et comment pourraient-ils monter sur le trône des Bouddhas ? Ils sont aveuglés par de la poudre d’or, comment pourraient-ils attester du faisceau radieux de l’Éveil ?

Quel dommage ! Quel dommage ! Ce sont tous de bons enfants, qui ont quitté leur maison pour chercher la vérité, et leur détermination est hors du commun. Quel dommage que leur labeur n’aboutisse à rien ! Un ancien maître disait ainsi : « Il vaut mieux rester mille ans dans l’ignorance que de prendre le mauvais chemin un seul jour. »

Le progrès dans l’éveil à la vérité est à la fois facile et difficile. Un peu comme il est facile de mettre fin à l’obscurité lorsque l’on sait qu’il suffit d’appuyer sur un interrupteur électrique pour faire briller la lumière. Mais, si l’on ne sait pas comment faire, on risque d’abîmer les fils électriques, endommager l’ampoule et plonger de plus belle… dans l’ignorance et les passions.

Il y a aussi ceux qui, lors de leur entraînement ch’an et pendant qu’ils examinent un hua t’ou, sont troublés par les démons et deviennent fous, quand d’autres vont jusqu’à vomir du sang et tombent malades. Le feu de l’ignorance et les racines du jugement discriminatoire n’en sont-ils pas les causes ?

Aussi, les pratiquants doivent-ils harmoniser corps et esprit et se calmer, se libérer de tous les obstacles, du jugement discriminatoire pour résonner à l’unisson avec leurs potentialités.

Fondamentalement, la méthode du ch’an est toujours la même, mais sa pratique est à la fois facile et difficile, aussi bien pour les débutants que pour les pratiquants aguerris.

En quoi résident les difficultés pour un débutant ? Quoique son corps et son esprit soient mûrs, il est encore embarrassé avec la mise en œuvre de la méthode, sa pratique reste inefficace, il s’impatiente ou passe son temps à somnoler, illustrant la devise : « Une pratique de débutant la première année, une pratique plus aguerrie la seconde et plus de pratique du tout la troisième ».

Qu’est-ce qui est facile pour un débutant ? Il ne lui est demandé que d’avoir confiance, d’être persévérant et d’être désintéressé.
Un esprit confiant, c’est d’abord croire que notre esprit est fondamentalement Bouddha, ne différant pas des Bouddhas et des êtres vivants des trois temps et des dix directions, ensuite c’est croire que tous les Dharmas exposés par le Bouddha Sakyamuni mènent à la cessation du cycle des naissances et des morts et à la bouddhéité.
La persévérance consiste à choisir une méthode et à s’y tenir toute cette vie, toute la vie prochaine et toute la vie après la prochaine. L’entraînement Ch’an devrait être ainsi pratiqué ; la pratique de la répétition du nom du Bouddha devrait ainsi se faire ; la récitation d’un mantra devrait être ainsi pratiquée et l’étude des soutras, qui consiste à mettre en pratique ce que l’on a lu ou entendu, devrait ainsi s’appliquer.
La pratique de n’importe quelle porte du Dharma doit être fondée sur la stricte observance de Sila (les préceptes), et si l’entraînement est conforme avec cette façon de faire il n’y a pas de raison de ne pas réussir.

Le vieux maître Kuei Shan (9) disait : « N’importe qui pratiquant ainsi le Dharma, sans récidiver dans ses errements, peut s’attendre à gagner à coup sûr le plan des Bouddhas ».

Le vieux maître Yung Chia disait : « Si je raconte des sornettes pour tromper les êtres vivants, j’accepte de tomber dans l’enfer des langues tordues pour l’éternité ».

Par esprit de désintérêt, on entend le lâcher prise de tout jusqu’à devenir un mort vivant qui, tout en vaquant aux mêmes activités que tout le monde, ne laisse naître la moindre discrimination ni le moindre attachement, et vit comme un religieux sans rechercher de profit.
Après qu’un débutant a acquis ces trois vertus, s’il se conforme à la pratique du ch’an et examine, par exemple, le hua t’ou : « qui répète le nom du Bouddha » en récitant silencieusement par trois fois Amitabha Bouddha, il doit se demander : qui pense au Bouddha et d’où cette pensée provient ?

Il devrait alors comprendre que cette pensée ne vient ni de son corps ni de sa bouche. Si elle vient de sa bouche ou de son corps, quand il meurt, pourquoi sa bouche ou son corps – qui existent encore – ne créent-ils pas cette pensée ? A partir de là, il sait que cette pensée ne peut provenir que de son esprit. Alors, il devrait observer où son esprit fait apparaître cette pensée et guetter comme un chat une souris, tout entier concentré, sans qu’une autre pensée n’interfère. Cependant, son acuité et son équanimité devraient être égales. Il ne faut jamais trop d’acuité car celle-ci peut rendre malade. Si l’on s’entraîne ainsi en étant debout, en marchant, en étant assis ou couché, l’efficacité de la pratique augmentera au fur et à mesure, jusqu’à maturité, et comme un melon tombe naturellement n’importe quoi pourra causer l’Éveil.
Le pratiquant sera alors comme celui qui boit de l’eau et qui peut seul apprécier son degré de chaleur ou de froideur, jusqu’à ce qu’il soit libéré de tous ses doutes à propos de lui-même et expérimente un bonheur similaire à celui que l’on ressent quand on rencontre son père à un carrefour.

En quoi résident la facilité et la difficulté pour les pratiquants avancés ?
Par pratiquants avancés, on entend ceux qui ont appris sous la direction de maîtres et pratiquent depuis des années, sûrs de leur méthode, arrivés à un certain confort et n’éprouvant plus de difficulté particulière. La difficulté pour ces moines consiste justement dans ces sentiments de confort et de clairvoyance où ils peuvent se complaire. Parce qu’ils se sentent chez eux dans cette cité illusoire, ils ne font plus rien pour atteindre l’étape la plus précieuse, celle du Nirvana. Ils sont calmes certes, mais toujours sujets à des perturbations et leur formation est, en ce sens, incomplètement efficace. Dans le pire des cas, ce pratiquant expérimenté quand il atteindra ses limites, laissera naître les sentiments de plaisir et de déplaisir, d’accaparement et de rejet, avec comme conséquence que ses pensées grossières ou raffinées continueront d’exister. Sa pratique deviendra aussi inefficace qu’une pierre contre de l’eau. Avec le temps, fatigue et paresse s’y glisseront jusqu’à ce qu’elle devienne totalement stérile. Si un tel moine prend conscience de cet état de fait, il doit se réveiller, convoquer à nouveaux frais un hua t’ou, prendre toutes les mesures nécessaires, se forcer à monter encore plus haut sur le poteau de cent pieds sur lequel il est grimpé, jusqu’à en atteindre le sommet, ou à plonger plus profond encore dans l’océan qu’il parcourt pour en toucher le fond. Alors il aura rompu ses derniers liens avec l’illusion et rencontrera le cœur des Bouddha et des patriarches. Où est la difficulté ? N’est-ce pas facile ?

Le Hua t’ou est l’Esprit-Un. Cet Esprit-Un, le vôtre, le mien, n’est pas dedans, n’est pas dehors, n’est pas entre les deux, et il est à la fois dedans, dehors, entre les deux, comme l’espace immuable et embrassant tout. En conséquence, le hua t’ou ne peut être tenu ou lâché. Retenu, il cause de l’agitation ; lâché, il provoque une dépression. Dans les deux cas, il s’opposera à la Vraie Nature et ne sera pas conforme à la Voie du milieu. Tout le monde craint les pensées illusoires, difficiles à contrôler, mais je vous le dis, chers amis : ne craignez pas les pensées et ne cherchez pas à les contrôler. Il vous faut seulement en être conscients, ne pas vous y accrocher, ne pas les suivre ni chercher à les chasser. Il suffira de cesser de réfléchir et elles s’évanouiront d’elles-mêmes. De là, le proverbe : « le développement d’une illusion devrait être immédiatement reconnu, car une fois reconnue elle disparaît ».

Cependant, dans son entraînement, le pratiquant pourra tourner ses erreurs de jugement à son avantage, s’il observe d’où elles viennent et prend conscience qu’elles ne lui sont pas étrangères, qu’elles ne sont pas de nature différente de la sienne propre. Alors, il réalisera qu’illusions et « vraie pensée » ne sont pas différentes, qu’elles n’existent pas en elles-mêmes et retrouvera son esprit originel, sans discrimination, immédiatement suivi de la manifestation de sa Vraie Nature de Bouddha Dharmakaya.

En vérité, la réalité et l’illusion ont la même nature ; les êtres vivants et les Bouddhas ne sont pas deux ; naissance-et-mort, Nirvana, Éveil et souffrance appartiennent tous à notre Esprit, notre Vraie Nature et ne peuvent être différenciés, appréciés ou détestés, saisis ou rejetés. Cet Esprit est pur, lumineux, immaculé ; c’est Bouddha. Pas un Dharma n’est requis dans la recherche de l’Éveil. Pourquoi tant de complications ? Cherchez !

Traduit de l’anglais par Fa Sheng Shakya
(Ordre Bouddhiste de Hsu Yun)
Extrait de Master Hsu Yun’s discourses and Dharma words, par Lu K’uan Yü.
Editions The Corporate Body of the Buddha Educationnal Fondation

(1) Dans la terminologie du Ch’an, l’expression « être vivant » signifie être ordinaire, non-éveillé.
(2) La phrase complète est : « l’Esprit malade ne s’arrête jamais ; si il s’arrête, c’est l’illumination ».
(3) Dans la terminologie du Ch’an, « déposer les causes ou les pensées », c’est déposer la lourde charge des causes ou des pensées pour libérer l’Esprit de la souillure.
(4) Même l’attachement à la Vraie Nature du Soi, au visage originel de l’Esprit est une impureté dont il faut se débarrasser.
(5) Il s’agit ici des quatre réalités transcendantales du Nirvana, exposées dans le Soutra du Mahaparinirvana.
(6) Kung an (Koan en japonais) signifie littéralement cas public, dossier. Il s’agit de « problèmes » posés par les maîtres Ch’an sur lesquels se concentrer en vue d’unifier l’Esprit et d’atteindre l’illumination.
(7) Hua t’ou, littéralement l’avant-mot, l’avant-pensée, c’est-à-dire l’esprit avant qu’il ne soit agité par une pensée. C’est l’esprit dénué de perturbation. « Tenir » un hua t’ou, c’est examiner son propre Esprit. C’est aussi tendre l’oreille à son intériorité pour entendre sa « Vraie Nature », pour libérer le sujet de son attention aux objets des sens.
(8) NDT : le sens. Le traducteur en anglais, Lu K’uan Yü explique : Quand la phrase « Qui répète le nom du Bouddha ? » est simplement répétée par un pratiquant qui s’attache seulement au sens, il pense à la « queue » du hua t’ou, au lieu de se concentrer sur sa « tête », ce qui est avant le mot, l’Esprit.
(9) Kuei Shan et Yang Shan sont les fondateurs de l’école Kuei Yang (en japonais Ikyô), l’une des cinq écoles du Ch’an chinois.

Kalyanamitra Shi Fasheng


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