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Dzongsar Jamyang Khyentse

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Les obstacles, un cadeau du Dharma

Par Dzongsar Jamyang Khyentse

Suivant que nous sommes en retraite ou pratiquons dans le cadre de notre vie quotidienne, le caractère de notre pratique change. La constitution humaine étant irrévocablement liée aux éléments en perpétuelle mutation qui composent l’univers, on pourrait dire que les êtres humains ne sont, au final, pas grand-chose d’autre qu’un produit dérivé de ces interactions. En conséquence, notre constitution physique et notre esprit évoluent constamment. Inspirante et motivante un jour, parce qu’il nous est facile de nous concentrer, notre méditation peut, le lendemain, être un véritable désastre et une grande source de frustration. Mais nous ne devons pas laisser ces expériences colorer nos attentes à l’égard de la pratique.

Lorsque la pratique vous est facile, essayez de ne pas vous laisser emporter par l’euphorie et de ne pas voir dans votre concentration du moment une référence pour toute pratique future. Tsele Natsok Rangdröl avait coutume de dire que les pratiquants du Dharma ne devraient pas être comme ces enfants qui, tout à leur joie devant un coffre à jouets bien rempli, n’arrivent pas à faire leur choix et restent totalement paralysés.

A l’inverse, lorsque votre pratique est difficile, ne laissez pas cela saper ou éroder votre détermination. Le conseil que donne Jigme Lingpa est le suivant : lorsque vous êtes confronté à des circonstances défavorables ou à des obstacles, considérez-les comme autant de cadeaux pleins de compassion que vous fait le Dharma et comme le résultat de votre pratique.

Nos vies sont bouleversées par la pratique. Peut-être même attirons-nous les obstacles, comme le Bouddha Shakyamuni s’est attiré la colère de Mara dans les heures qui ont précédé son Eveil. Les difficultés sont donc un signe de ce que votre pratique porte ses fruits, et vous devriez donc vous en réjouir.

L’essentiel est de faire preuve de constance. Souvent, grisés par leur enthousiasme, les pratiquants font une sorte « d’overdose » de pratique, puis ils se sentent profondément frustrés lorsqu’ils ne parviennent pas à se concentrer ou à maîtriser leur esprit. S’étant gorgés de pratique, ils arrêtent pendant plusieurs mois. Et quand ils y reviennent, ils se retrouvent à la case départ. A ce rythme, les progrès sont très lents. Mieux vaut suivre l’exemple de la tortue. Chaque pas peut sembler prendre une éternité, mais continuez à pratiquer avec constance, sans tenir compte de votre lassitude, en suivant votre programme à la lettre.

De cette manière, vous pourrez retourner votre pire ennemi, l’habitude, contre lui-même. L’habitude se cramponne à nous comme une sangsue, plus rigide et obstinée d’instant en instant, et même si nous parvenons à nous en défaire, elle nous laisse une trace irritante de son existence. En nous habituant à pratiquer régulièrement le Dharma, en revanche, nous retournons notre ennemi contre lui-même, en contrant nos mauvaises habitudes par la bonne habitude de la pratique. Et comme le soulignait Shantideva, rien n’est difficile dès lors que l’on s’y est accoutumé.

Source : Dzongsar Jamyang Khyentse, « Obstacles Should Make You Happy », Buddhadharma, été 2013

Traduction : Françoise Myosen



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