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Les fraternités sont-elles des lieux de formation ?

Regards croisés d’une formatrice et d’une psychologue sur la réalité formatrice au sein des Fraternités à La Vie Nouvelle

Par Christine Dahlström - Jacqueline Fraissenet

Depuis sa fondation le mouvement offre par sa structuration des modalités de fonctionnement qui permettent l’évolution de la personne par le biais d’une pratique communautaire. Comme dans tous les courants de l’éducation populaire qui contient une idée de subversion il s’agit d’inventer sa propre humanité en soulevant les problèmes de la condition humaine et de modifier la société. Cet apprentissage de la vie en commun conduit à sortir de l’isolement et à participer à la construction sociale. De quelle manière cela se passe-t-il dans les fraternités ?

Un virus à LVN : Le sujet contamine les frats ou les frats contaminent le sujet ?

L’appartenance au mouvement passe par la Fraternité, mini-groupe de 8 à 12 personnes, qui est un lieu de reconnaissance de la personne. C’est au sein des frats que se développe l’écoute nécessaire à l’accueil de la parole de l’autre, de sa différence, de sa singularité. La rencontre d’autrui est une épreuve affective, relationnelle et temporelle tout à fait irréductible. Autrui me transforme.

La frat constitue une situation d’autoformation (processus qui conduit le sujet à se donner sa propre forme) où la personne devient sujet de sa parole, où son cheminement lui permet de mieux appréhender ses conflits, de transformer l’émotionnel, pour les penser et les symboliser.

La frat est un lieu de réflexions, de partage d’expériences et de solidarité. Des savoir-être et savoir-faire se transmettent permettant la régénération du projet de vie de chacun. Une injonction militante soude la communauté au niveau substantiel et procédural. Des implications idéologiques non perçues émanent de tout projet pédagogique et il est important de pouvoir interroger et revivifier le sens des pratiques existantes.

Une réalité formatrice

Sentiments, désirs, passions jouent un rôle stratégique très important dans l’acte d’apprendre et de s’engager. Ils ont besoin d’être tamisés. L’animation dynamique du groupe doit permettre de trouver l’écart souhaitable entre la spontanéité et l’organisation, entre les tendances conservatrices et progressistes. Les visées (cf. la Charte) et des règles de fonctionnement permettent d’éviter le nivellement, l’affadissement du groupe.

Pour assurer un maillage vivant et dynamique au niveau d’un collectif de personnes il y a une nécessité de « passeurs » et de « médiateurs » (liens verticaux et horizontaux). Chacune des personnes dépositaire d’un savoir et d’une expérience peut aider l’autre à franchir un pas.

Dans les Frats la rencontre de la différence des sexes et des générations détermine des appréhensions nouvelles de ces réalités : homme / femme / différence d’âges et de situations sociales. Une articulation nouvelle des rôles pris dans la vie privée comme dans la vie publique peut en découler. Un dialogue difficile ou impossible avec des proches peut avoir lieu avec des substituts fraternels, parentaux ou filiaux.

Des processus de transformation et d’invention de nouveaux rapports à l’autre, à la langue, à soi-même se mettent donc en place. En effet, la personne se construit chaque jour par sa réponse aux événements et aux situations qu’elle rencontre. Les arrivées, comme les départs sont de l’ordre de la vie ordinaire où conflits, joies, douleurs tissent notre humanité. Des ouvertures, des passages, des changements sont nécessaires afin que le groupe ne devienne pas système figé ou paralysé.

La confrontation volontaire et le partage créent de « l’entre-soi ». Le risque serait de s’y tenir alors que le but d’une formation réussie est de migrer et de redéployer ailleurs les nouvelles compétences et les nouveaux désirs. Les ressources et les connaissances devraient pouvoir s’actualiser autrement et ailleurs.

Le « Je » et le « Tu » ne devraient pas s’enfermer dans le « Nous » mais garder le souci du « Il ». (cf. Paul Ricœur et sa triade éthique : souhait d’une vie accomplie, avec et pour les autres, dans des institutions justes).

Une pédagogie à expliciter

De "l’élite marchante" à "l’école de militants" les méthodes utilisées se sont d’abord inspirées du scoutisme puis de l’éducation nouvelle : un processus d’initiation était mis en place, Mai 68 et la Psychanalyse y ont mis le holà.

A partir de nos visées et de nos pratiques, au-delà du don volontaire et de la confiance des membres qui s’établit du fait d’une fréquente cooptation que pouvons-nous savoir des lois du fonctionnement des groupes à un autre niveau d’analyse ?

La psychologie sociale comme la psychologie clinique proposent des modèles de lecture sur ce qui se passe au su et à l’insu des acteurs. Sont à l’œuvre dans les groupes bien des mécanismes. Etre amené à en prendre conscience et à en parler est un acte formateur. Sont ainsi mis en relief dans les encarts diverses techniques d’analyse (La dynamique de groupe, l’approche systémique, la pyramide de Maslow, Le groupe et la psychanalyse).

ENTRE REPETITION ET INNOVATION

Toutes ces approches (encarts) sont connues et utilisées dans les groupes de formation d’adultes comme dans les groupes thérapeutiques qui s’appuyent sur leur éclairage complémentaire. On pourrait y ajouter l’analyse transactionnelle (système de pensées, d’émotions et de comportements liés aux différentes étapes du développement de l’individu) souvent explorée à La Vie Nouvelle. C’est un de ces outils facilement accessible qui peut nous aider à améliorer nos relations aux autres, qui permet d’enclencher des changements à partir d’une prise de conscience, et qui nous éclaire sur nos choix et attitudes.

Le groupe est un support, il offre un cadre, une enveloppe. Ce n’est pas un simple agrégat d’individus. Il permet de changer de code social et relationnel pour tenter d’en acquérir un autre supposé plus adéquat. Un champ d’illusion est offert, un espace de transition nouveau où vont pouvoir se trouver et se créer de nouvelles formes de symbolisation, de pensée et d’action. Du « déjà là » peut émerger du « non-advenu ». Le groupe permet ébranlement et maturation : Il a une fonction de liaison, de transformation de l’expérience et des pensées, par la confrontation. Ce que l’on apprend de l’expérience par soi-même vient s’ajouter au savoir antérieur et permet d’en disposer sans en être esclave.

Comme dans tout système vivant, l’activité mentale d’un groupe de travail n’est pas stable. Elle n’est pas à l’abri des moments de persécution, voire de désorganisation ou de dépression qui façonnent la vie. Toute idée nouvelle constitue une menace. Elle amorce un changement pouvant être vécu comme catastrophique. Les projets ne sont parfois que des « post-jets » et ils ne font alors plus qu’offices de répétition commémorée. Le groupe comme l’être humain est soumis au temps, ce qui signifie qu’il y a transformation et évolution nécessitant d’instaurer des coupures pour une mise à l’épreuve et une réalisation.

La frat, comme tout groupe, est un espace de possible création, de dépassement et de mise en jeu de soi-même. Elle est ce lieu de formation original et fondamental qui permet implication et appropriation.

Plus que dans d’autres instances du mouvement elle est ce lieu d’auto-analyse, de développement de la personne appelée à être un sujet-acteur capable d’affermir son discernement et de redistribuer ses forces pour agir en conséquence au quotidien.

Encart A - La dynamique de groupe

Un groupe est un ensemble de personnes qui ont un but commun et qui interagissent en s’influençant mutuellement. La dynamique de groupe voit le jour aux USA dans les années 40 avec Kurt Lewin, Carl Rogers et Jacob Moreno. Les relations humaines et les motivations des membres de l’entreprise sont alors étudiées.

L’organisation d’un groupe ne dépend pas seulement de facteurs rationnels mais aussi de données affectives. Kurt Lewin, fondateur de la psychologie sociale, considère que la dynamique de groupe est régie par un champ de forces qui exercent parallèlement leur influence : rôles, moyens de communication, type de leadership, normes et valeurs collectives, buts que le groupe se donne et actions qu’il mène.

L’idée des psychologues de groupe était que les connaissances acquises par l’expérimentation doivent ensuite servir à la société dans son ensemble. Un autre courant est constitué de personnes en quête d’épanouissement personnel : thérapies de groupes à Esalen dans les années 60-70 (cri primal, gestalt therapy). Des dérives ont freiné l’enthousiasme de départ. Carl Rogers, psychologue humaniste, dans une perspective de non-directivité dans l’animation des groupes restreints, considère que l’épanouissement des individus passe notamment par des relations interpersonnelles.

Encart B - L’approche systémique

G. Bateson et P. Watzlawick de l’école de Palo-Alto (USA) sont les théoriciens de la théorie systémique à partir de leur réflexion sur la communication (de 1960 à nos jours). Le postulat de base de cette conception est qu’il faut toujours envisager l’individu non comme un être isolé mais comme le maillon d’une chaîne, d’un système de communication. La famille en particulier, est un système dans lequel le comportement de chacun des membres est lié au comportement de tous les autres et en dépend.

Le système de communication dans un groupe peut lui aussi être défaillant. La communication interpersonnelle a des règles spécifiques et ses pathologies. La première condition pour une bonne communication est la capacité de « métacommuniquer », c’est-à-dire de communiquer sur la communication. « Si l’on admet que dans une interaction tout comportement à la valeur de message, c’est-à-dire qu’il est une communication, il s’ensuit que l’on ne peut pas ne pas communiquer, qu’on le veuille ou non. Activité ou inactivité, parole ou silence, tout a valeur de message. De tels comportements influencent les autres : et les autres, en retour, ne peuvent pas ne pas réagir à ces communications, et de ce fait, eux-mêmes communiquer ». ( Une logique de la communication - 1972)

Encart C : Pyramide des besoins de Maslow

Maslow propose une pyramide des besoins qui est éclairante : nous ne pouvons répondre aux besoins d’un niveau supérieur que lorsque les précédents sont satisfaits. Il en est de même pour les besoins des groupes qui peuvent inspirer tout animateur de groupe : celui-ci peut être initiateur, accompagnateur, médiateur, catalyseur de conscience (« Animer et participer à la vie de groupe » de Charles Maccio - Chroniques Sociales) ou encore leader autoritaire, démocratique, laissez-faire ... (dossier Sciences Humaines N° 73 juin 77 et « Comprendre et construire les groupes » de Chantal Leclerc - Chroniques sociales).

Il convient donc que la Frat s’assure qu’elle réponde aux besoins des personnes qui la composent, du 1° niveau (la base) au dernier. Par conséquent elle évolue au regard de ses finalités, ce qui suppose de l’implication de chacun permettant de répondre au besoin d’actualisation de soi (notion en lien avec la créativité qui fait accéder au « Je »). Le groupe participe donc à la construction des personnes mais aussi à sa destruction si l’on n’y prend pas garde.

Encart D - Le groupe et la psychanalyse

L’analyse des groupes par la psychanalyse est inspirée fortement par la théorie Kleinienne de l’angoisse. Wilfred Bion est le 1° à en faire une élaboration après avoir fait de la formation dans l’armée britannique (1952). Il a mis en évidence sous le nom de « présupposés de base » la vie fantasmatique inconsciente dans les groupes. La situation de groupe non directif ravive les angoisses et les fantasmes archaïques de l’individu. Des vécus de morcellement favorisent la quête d’une illusion permettant de vivre un état fusionnel nécessaire un temps pour la cohésion du groupe mais dont le dépassement pour un vrai travail est nécessaire. Il s’ensuit une période de désillusion marquée par un climat de découragement avant que la réalité de l’effort et des compétences de chacun puisse se redévelopper. ( Le groupe cherche à établir du consensus et pour obtenir l’unité fait taire les différents. La complexité y est souvent niée.)

On peut lire : les œuvres pionnières de S. Freud « Psychologie collective et analyse du Moi » (1921) et « Malaise dans la civilisation » (1930), W.R. Bion « Recherche sur les petits groupes » PUF (1965), René Kaës « Les théories psychanalytiques du groupe » Que sais-je ? (1999).

La Vie Nouvelle
4 place de Valois
75001 Paris
Tél. : 01 55 35 36 46


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