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> Bouddhisme > Essais


Les droits découlent des devoirs

Par Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar

v. 2.2 (1998/2002)

par Gabriel “Jîvasattha” Bittar, Dr en Sciences
chargé d’enseignement de phylogénétique aux Universités de Genève et Lausanne
intervenant à l’Université Bouddhique Européenne, Paris

cofondateur du Buddhâyatana
PO box 281, American River, Kangaroo Island, South Australia 5221
http://www.buddhayatana.org ;
buddhayatana@kin.net.au

A’niccâ vata san’khârâ

Copyright © 1998-2002 Gabriel Bittar

1. Le témoignage de Sunîta
2. Le Buddha, un pionnier des “droits de l’homme”

3. Les droits découlent des devoirs
4. L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits

Le 26 août 1789, la Révolution française a accouché d’un texte fondamental pour l’époque moderne, “La déclaration des droits de l’homme et du citoyen”. Toutefois, il convient de noter qu’en réaction à la main-mise multi-séculaire de deux groupes socio-religieux sur l’ensemble de la société (l’Aristocratie et l’Église), en réaction au sentiment que l’Ancien Régime avait imposé un corset et fait peser une chappe de plomb sur les individus, le texte voté par l’Assemblée Nationale, dans un classique mouvement de balancier historique, mit l’accent sur les libertés et les droits de l’individu, occultant dans une bonne mesure les obligations morales de celui-ci à l’égard du corps social, des autres et de lui-même, et évacua toute notion de transcendance dans ses considérants, faisant reposer ces droits entièrement sur eux-mêmes.

De ce fait, malgré son caractère indéniablement progressiste, et à l’image de la Constitution des USA (l’illusoire “droit au bonheur”…), la “Déclaration” était l’expression d’un déséquilibre conceptuel flagrant et contenait en son sein les germes d’un problème majeur de société. Avec le recul, on peut considérer que ces deux textes politiques ont contribué dans une bonne mesure à fonder idéologiquement ce que l’on appelle la “société moderne”, en conséquence on peut estimer que les dysfonctionnements de la société humaine dite moderne trouvent leur source dans ces deux textes.

Revenons-en au Buddha. On observe, dans son enseignement, qu’il allait bien au-delà de la simple notion de “droits de l’homme”, et ce sur deux plans. Premièrement, la Voie du Buddha est une voie de détachement et de renoncement, non une voie de revendication et d’affrontement. C’est aussi une Voie que l’on parcourt dans le contexte dharmique et toujours dans le respect de la Voie Médiane (Majjhimâ-Pati’padâ). En conséquence on constate que le Buddha prônait le respect aussi bien des devoirs que des droits, en un binôme indissociable, les uns ne pouvant pas aller sans les autres. Mais on remarque également que dans le Dhamma les devoirs priment les droits, non pas que ces derniers aient moins d’importance intrinsèque que les premiers, mais simplement parce que les droits ne découlent, logiquement, socialement et spirituellement, que du respect et de l’accomplissement des devoirs. (Il s’agit là d’une évidence inhérente au psychisme et au corps social, un fait indépendant de tout préjugé culturel - ainsi, près de deux millénaires et demi plus tard, la philosophe chrétienne Simone Weil [1909 - 1943] exprimera-t-elle à son tour, en langage moderne, cette évidence [6].)

Conséquemment, si les droits sont fruits des devoirs, l’oblitération des premiers revient à cultiver des arbres tristes ou inutiles, mais l’oblitération de ces derniers revient à cultiver des arbres stériles. L’arbre stérile vivra le temps de sa vie, puis il mourra sans descendance. À l’horizon, c’est l’avenir qui semble se profiler pour la société moderne. Une telle société, fondée sur la notion de droit de l’individu mais ayant évacué la notion de devoir envers soi-même et les autres, est dans une impasse sociologique et spirituelle. Ayant abandonné les principes psycho-sociaux fondamentaux d’attention aux autres et de responsabilité personnelle, elle ne fournit pas un canevas permettant la Libération et l’Éveil de ses membres.

Aussi, la société actuelle, narcissique et irresponsable, n’aurait-elle pas trouvé grâce aux yeux de l’Éveillé, comme la lecture de ses enseignements le démontre sans ambiguïté. Partant, si le Buddha s’était retrouvé à l’œuvre dans une société aussi égotiste et consumériste que celle dans laquelle nous évoluons (ou survivons, c’est selon…), il aurait sûrement été considéré comme un dangereux subversif par les tenants de l’idéologie dominante, bien que, vraisemblablement, pour des raisons opposées à celles de son propre temps. Mais ceci est une autre histoire...

Note :

[6] Simone Weil [Paris 1909 - Londres 1943], toujours remarquable de clarté et d’exigence morale. Les 4 premiers § de la première partie (“Les besoins de l’âme”) de son ultime ouvrage, “L’Enracinement - Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain”, écrit en 1943 et publié en 1949 :

“La notion d’obligation prime celle de droit, qui lui est subordonnée et relative. Un droit n’est pas efficace par lui-même, mais seulement par l’obligation à laquelle il correspond ; l’accomplissement effectif d’un droit provient non pas de celui qui le possède, mais des autres hommes qui se reconnaissent obligés à quelque chose envers lui. L’obligation est efficace dès qu’elle est reconnue. Une obligation ne serait-elle reconnue par personne, elle ne perd rien de la plénitude de son être. Un droit qui n’est reconnu par personne n’est pas grand chose.

Cela n’a pas de sens de dire que les hommes ont, d’une part des droits, d’autre part des devoirs. Ces mots n’expriment que des différences de point de vue. Leur relation est celle de l’objet et du sujet. Un homme, considéré en lui-même, a seulement des devoirs, parmi lesquels se trouvent certains devoirs envers lui-même. Les autres, considérés de son point de vue, ont seulement des droits. Il a des droits à son tour quand il est considéré du point de vue des autres, qui se reconnaissent des obligations envers lui. Un homme qui serait seul dans l’univers n’aurait aucun droit, mais il aurait des obligations.

La notion de droit, étant d’ordre objectif, n’est pas séparable de celles d’existence et de réalité. Elle apparaît quand l’obligation descend dans le domaine des faits ; par suite elle enferme toujours dans une certaine mesure la considération des états de fait et des situations particulières. Les droits apparaissent toujours comme liés à certaines conditions. L’obligation seule peut être inconditionnée. Elle se place dans un domaine qui est au-dessus de toutes conditions, parce qu’il est au-dessus de ce monde.

Les hommes de 1789 ne reconnaissaient pas la réalité d’un tel domaine. Ils ne reconnaissaient que celle des choses humaines. C’est pourquoi ils ont commencé par la notion de droit. Mais en même temps ils ont voulu poser des principes absolus. Cette contradiction les a fait tomber dans une confusion de langage et d’idées qui est pour beaucoup dans la confusion politique et sociale actuelle. Le domaine de ce qui est éternel, universel, inconditionné, est autre que celui des conditions de fait, et il y habite des notions différentes qui sont liées à la partie la plus secrète de l’âme humaine.”

Sommaire

1. Le témoignage de Sunîta
2. Le Buddha, un pionnier des “droits de l’homme”

3. Les droits découlent des devoirs
4. L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits

Copyright © 1998-2002 Gabriel Bittar

Docteur en Sciences chargé d’enseignement de phylogénétique aux Universités de Genève et Lausanne
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PO box 281, American River, Kangaroo Island, South Australia 5221






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