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Les danses sacrées du Monastère de Shechen

Sans peur, sans arrière-pensée, et sans effort, on laissera jaillir de l’espace de l’esprit des gestes divins et des mouvements de danses inconnus, des chants jamais entendus

Par Via Découvertes

Sans peur, sans arrière-pensée, et sans effort,
on laissera jaillir de l’espace de l’esprit des gestes divins et des mouvements de danses inconnus,
des chants jamais entendus.

Tantra de la Roue du Temps

Les danses sacrées du Monastère de Shechen sont considérées comme les plus pures de toute la tradition bouddhiste tibétaine.

Au Tibet, la tradition des Danses Sacrées remonte à Gourou Padmasambhava, qui, venu de l’Inde, introduisit le Bouddhisme au Tibet. Ces danses sacrées, ou Tcham, tiennent une place importante dans le bouddhisme tibétain, faisant partie intégrante de la pratique spirituelle.

Au Monastère de Shechen, chaque année, à la fin du premier mois du calendrier tibétain (février ou mars), deux jours sont consacrés à un festival de danses sacrées auquel participent plus de soixante danseurs et musiciens, tous moines. Ces danses clôturent des cérémonies extrêmement profondes qui ont duré 10 jours et 10 nuits.

A la suite de l’invasion chinoise les traditions se trouvent en très grand danger de disparition., et de nombreux aspects de ces danses ne sont plus connus que par quelques moines âgés.

Depuis le décès de Dilgo Khyentsé Rinpotché en 1991, la responsabilité du monastère est assumée par Shechen Rabjam Rinpotché. Ce lama poursuit les mêmes efforts pour la préservation de la tradition spirituelle tibétaine.

Les danses sacrées sont par elles-mêmes visuellement très puissantes. Le spectacle présente le Tcham en tirant parti de la technique scénographique moderne afin de rendre accessible au public toute sa dimension de mystère spirituel, sans pour autant dénaturer, édulcorer ou moderniser cet art plus que millénaire. Il vise à créer un "écrin" dans lequel les danseurs vont évoluer et faire entrer le public dans l’univers magique du Tcham.

Origine des danses

Il est dit que sur le sol de l’Inde, le Bouddha Shakhyamouni se manifesta à quelques disciples doués de prédispositions spirituelles exceptionnelles, sous la forme de Kalachakra, Guhyasamaj et autres déités, afin de permettre à ces disciples de progresser rapidement sur la voie. A cette occasion, le Bouddha se manifesta également sous la forme de divinités courroucées, dont l’aspect terrible symbolise l’énergie indomptable de la compassion. Celles-ci dansaient de mille manières majestueuses, symbole des multiples facettes de leur activité pour le bien des êtres.

Il est dit que c’est ainsi que fut instaurée la tradition des danses sacrées lors de fêtes spirituelles appelées ganachakras.

Les attributs, parfois guerriers, que brandissent les danseurs sont un rappel du combat de l’Eveil contre l’Ignorance, de la lucidité sereine sur le tourbillon des émotions. Les chants et les rires formidables mettent en fuite les légions de Mara, le démon symbole de l’attachement au soi.

Ces danses, qui prenaient place durant des rassemblements initiatiques, étaient spontanées, libres de toute hésitation et de toute inhibition. Le Tantra de la Roue du Temps (Kalachakra) dit : "sans peur, sans arrière pensée, et sans effort, on laissera jaillir de l’espace de l’esprit des gestes divins et des mouvements de danses inconnus, des chants jamais entendus".

Au fil du temps les danses spontanées de ces yogis furent enseignées aux adeptes, et leur signification expliquée et structurée. On distingua trente six expressions de l’esprit, huit manières, trente deux mouvements fondamentaux, cent huit gestes de danses...

Danses sacrées du Tibet : Le Tcham

Au Tibet, la tradition des danses sacrées remonte à Gourou Padmasambhava, le Maître né du Lotus, qui, venu de l’Inde, introduisit le Bouddhisme au Tibet.
Alors que celui qui est aussi connu comme Gourou Rinpotché, Le Maître Précieux, s’apprétait à consacrer le sol pour la construction du Monastère de Samyé, il érigea le Mandala de Vajra Kilaya puis s’élevant dans les airs et dansant avec des mouvements formidables et majestueux, il subjugua les génies du sol. La surface sur laquelle se porta son ombre durant cette danse miraculeuse, aurait délimité la forme des fondations du monastère. On dit également que cet événement fut perpétué par les danses associées au mandala de Vajra Kilaya, dont la tradition reste vivante de nos jours.

Transmission

Cette tradition fut maintenue fidèlement par une transmission ininterrompue de maître à disciple. Elle fut également enrichie et ravivée par l’apport constant de visions qui n’ ont cessé de donner un souffle nouveau à la pratique des danseurs.

Dans le cadre d’un art sacré, le renouveau n’est donc pas le fruit d’une invention personnelle ou d’une aventure artistique : il s’agit plutôt d’un apport global d’une grande richesse, qui ouvre soudainement les portes de visions rendues possibles par une profonde réalisation spirituelle.

L’influence spirituelle de maîtres doués d’une telle réalisation peut s’étendre à ceux qui les entourent, comme l’illustre l’anecdote suivante.

Alors que l’époque du festival annuel de danses sacrées approchait, le maître Thutop Lingpa, dissuada les moines de son monastère de s’entraîner en prévision de l’événement. Lorsque vint la date fatidique, il dit simplement aux moines de danser exactement comme cela leur passerait par la tête, puis il entonna une mélodie d’invocation à Gourou Padmasambhava :

"Lève-toi, O Maître Né du Lotus, entouré de ton cortège de Dakinis, tournez votre esprit vers nous, Ô Bouddhas des trois temps et des dix directions de l’espace..."

Comme il poursuivait cette invocation, les moines saisis d’une inspiration soudaine dansèrent de façon admirable avec des mouvements jusqu’alors jamais vus. Lorsque le maître eut fini son chant, les danseurs s’arrêtèrent, comme s’ils se réveillaient d’un rêve. Le Maître leur dit alors, "de telles circonstances sont rarissimes, dorénavant entraînez-vous et vous deviendrez experts en ces danses".

Les visions évoquées plus haut, sont généralement le fait de maîtres appelés "découvreurs de trésors", ou tertön. Il s’agit, selon la tradition des réincarnations de disciples de Padmasambhava. En effet, après avoir initié ses disciples à la méditation sur un mandala particulier et leur avoir conféré toutes les instructions nécessaires, Padmasambhava "cachait" ces enseignements sous la forme d’un parchemin couvert d’écritures symboliques dans le ciel ou dans la terre, un roc, un lac, une image sainte... Il désignait également l’un ou l’une des disciples présent comme l’héritier de ce "trésor spirituel", et prédisait le temps, le lieu et les circonstances dans lesquelles une réincarnation de ce disciple révèlerait ce trésor pour en impartir le contenu aux êtres de son époque.

Cette tradition des trésors révélés ou Termas a joué un rôle capital dans l’essor du Bouddhisme Tibétain, et ce jusqu’à nos jours. Les enseignements ainsi révélés sont considérés comme étant particulièrement adaptés à l’époque où ils ont vu le jour et possèdent ainsi une efficience hors du commun.

Il n’est donc pas étonnant que nombre de ces Termas contiennent des instructions pour la pratique de nouvelles formes de danses sacrées. Parmi tous ces Termas liés aux danses sacrées, le plus fameux est celui de Guru Chöwang.

Dans une version, il se rendit, chevauchant un cheval blanc qui volait dans les airs, à la Glorieuse Montagne Couleur de Cuivre, le paradis de Gourou Padmasambhava. Là, il vit de nombreux êtres célestes qui dansaient en présence de Padmasambhava.

A la suite de cette vision il instaura Le Festival du dixième jour, au cours duquel des danses commémorent la venue de Padmasambhava au Tibet.

Les deux fondateurs du monastère de Mindroling au Tibet, établirent les danses du 10e Jour du 5e mois du calendrier lunaire comme une cérémonie annuelle très élaborée. A la suite de cela, d’autres monastères comme Shechen et Dzogchen adoptèrent cette tradition.

Le monastère de Shechen

Fondé en 1735 dans l’est du Tibet, le monastère de Shechen est l’un des six principaux monastère de l’ordre Nyingmapa. Cet ordre, qui signifie "ancien", est ainsi nommé car il est issu de la première diffusion du Bouddhisme au Tibet au cours du VIIIème siècle, sous l’égide du maître Padmasambhawa, du roi Trisongdétsèn et de l’abbé Shantarakshita.

Le monastère de Shechen, après avoir été célèbre dans tout le pays jusqu’au XXème siècle pour la profondeur des enseignements qui y étaient dispensés et sa parfaite discipline monastique, fut entièrement détruit après l’invasion chinoise au Tibet, dans le cadre de "la Révolution Culturelle".

Shechen avant l’invasion chinoise du Tibet comptait plus de 165 monastères qui lui étaient affiliés. La plupart de ces monastères envoyaient régulièrement à Shechèn des moines pour y apprendre tous les aspects de la tradition : rituels, danses, peinture, chants et également la pratique spirituelle elle-même. Ils se référaient donc au monastère principal pour maintenir cet ensemble de connaissances que constituait leur propre tradition.

Traditions en exil

Dilgo Khyentsé Rinpotché, l’un des maîtres spirituels tibétains les plus éminents de notre époque, décida de reconstruire le monastère. Les travaux débutèrent en 1985. Parallèlement, sur le sol du Népal, il entreprit la contruction d’un monastère affilié à Shétchèn. Commencé en 1980, ce monastère a été construit avec le concours de plus de cinquante artistes, comptant dans leurs rangs les meilleurs sculpteurs, peintres, orfèvres et costumiers du moment.

Chaque année, à la fin du premier mois du calendrier tibétain (février ou mars), deux jours sont consacrés à un festival de danses sacrées auxquelles participent plus de soixante danseurs et musiciens, tous moines. Le trésor du monastère compte plus de deux cent cinquante costumes de danses faits de brocarts anciens et modernes, et cent vingt masques modelés par les artistes de Shétchèn.

Ces danses requièrent une concentration particulière et une grande présence d’esprit de la part des danseurs. Ce ne sont pas des danses d’inspiration ou improvisées, au contraire, elles sont extrêmement codifiées par la tradition.

Et si de nombreux textes décrivent les moindres détails, l’enchaînement des mouvements, l’expression que doivent apporter les danseurs, la transmission de maître à disciple reste indispensable afin que les danses sacrées gardent toute leur puissance.

Leurs représentations interviennent en conclusion de cérémonies extrêmement profondes qui durent 10 jours et 10 nuits consécutives. Chaque danse est d’une certaine manière une illustration extérieure des méditations qui ont été pratiquées pendant les cérémonies. Elles sont en quelque sorte une projection dans le réel.

Ce sont donc les jours suivant ces cérémonies que les moines viennent danser dans la cour du monastère devant une multitude de fidèles.

Ces représentations attirent en effet une foule de spectateurs des monastères environnant et de la communauté tibétaine en exil qui marchent parfois pendant plusieurs jours pour y assister. Loin d’être un simple spectacle la contemplation de ces danses participe intégralement de leur vie spirituelle. On parle dans la tradition de libération par la vue. C’est donc avec un grand respect et enthousiasme qu’ils viennent assister à ce qu’ils considèrent comme des cérémonies.

Renouveau

Secondant Khyentsé Rinpotché, un groupe de moines âgés a redonné vie aux différentes branches des traditions spirituelles et artistiques en vigueur au monastère-mère de Shechen au Tibet : rituels, chants, dessin, peinture, construction de mandalas en poudre de couleur et danses sacrées.

On comprend l’urgence de cette démarche lorsque l’on sait qu’au monastère même de Shechen, il n’y a plus que 5 ou 6 moines âgés qui connaissent encore l’intégralité de ces danses.

Depuis le décès de Dilgo Khyentsé Rinpotché en 1991, la responsabilité du monastère est assumée par Shechen Rabjam Rinpotché. Ce lama poursuit les mêmes efforts pour la préservation de la tradition spirituelle tibétaine, et plus particulièrement celle du monastère de Shechen.

Avec le développement croissant en occident de l’intérêt pour la culture et les traditions du Tibet, un public de plus en plus large s’intéresse aux différentes formes de cette culture très ancienne.

Les danses sacrées du Tibet sont l’expression d’un partage spirituel mais aussi le témoignage d’un peuple qui après avoir subi un génocide humain vit aujourd’hui un génocide culturel. Ces danses, incursion dans le monde sacré des moines, nous permettent de découvrir une facette passionnante de la culture tibétaine, nous permettent de comprendre, comme le dit souvent le Dalaï-lama, que si le Tibet n’a pas de pétrole pour les voitures, il a du pétrole pour l’esprit ! Sa culture est encore vivante ; elle n’est pas seulement l’héritage de quelques six millions de Tibétains, mais fait partie intégrante du patrimoine mondial qu’il nous appartient de préserver.






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